LES SOURCES
tablette êurpu ; la sixième fait suite à la quatrième, comme le prouve la ligne d'amorce qui termine celle-ci et commence celle-là. Cette lacune apparente s'explique par ce fait que nos exemplaires de la quatrième et de la sixième tablette appartiennent à des recensions différentes, qui ne sectionnaient pas de la même manière les incantations de la série. King a remarqué aussi dans les prières nié kâti des traces nombreuses de remaniements. Il en donne comme exemple1 le
texte : siptu btltu êurbutu ummu rîmînttum aéibat êamê
ellûti. (Incantation dame auguste, mère miséricordieuse,
qui habites les cieux brillants). Dans le n° 6, où elle est adressée à la déesse Bau, cette prière est placée entre une prière à Sin et une prière à êamas; dans le duplicat D, elle est précédée de quelques indications rituelles, tandis qu'elle forme la première prière du duplicat £. Nous retrouvons la même prière au n° 7, où elle est suivie d'une prière à Ishara, et au n° 4, où le texte est si altéré, qu'il « forme pratiquement une nouvelle incantation ». Enfin une preuve curieuse de remaniement, qui je crois, n'a pas encore été relevée, nous est fournie par la huitième tablette de la série maklû. Gomme je l'ai déjà dit, cette tablette nous donne l'indication des rites propres à chaque incantation, désignée par la première ligne. Ainsi à la ligne 58 nous lisons : « Incantation chasseresse des chasseresses. Il fera une image du sorcier et de la sorcière, et la placera dans le vase des ablutions, etc. ». Ensuite viennent les prescriptions pour l'incantation « J'ai lavé mes mains et purifié mon corps ». Les incantations sont énumérées par la huitième tablette dans l'ordre où les tablettes précédentes nous les présentent, sans omission ni déplacement. Or dans la septième tablette (1. 107-114), nous avons, entre les deux incantations que nous venons de citer, une incantation kiçriki ku$$irma pour laquelle nous ne trouvons dans la
i. Magic t p. zx.
huitième aucune prescription rituelle. L'incantation kisriki knçsirma a donc été introduite à cette place postérieurement à la rédaction que nous possédons de la huitième tablette ; à moins qu'on n'aime mieux supposer une omission du copiste de la huitième tablette. De toute façon ce manque de concordance montrerait que le texte a subi des remaniements plus ou moins volontaires du fait des copistes, et qu'il est antérieur k l'époque d'Aéurbanipal.
C'est malheureusement ce que nous pouvons dire de plus précis sur la chronologie de nos documents. 11 est très vraisemblable que les Assyriens ont emprunté aux Babyloniens leur littérature magique, comme tant d'autres choses, mais nous n'en avons pas de preuve directe et absolue, et surtout nous ne pouvons pas dire qu'ils n'y aient rien ajouté. Le fait même que la plupart des incantations sont rédigées en deux langues ne prouve pas qu'elles soient un legs du peuple qui occupait l'Irak avant les Sémites. A la rigueur, on peut supposer que le sumérien s'est maintenu comme langue liturgique jusqu'à l'époque d'Aéurbanipal et que les deux versions des textes magiques bilingues ont été écrites par des Assyriens : tous les chants de l'église catholique ne sont pas l'œuvre de romains ou de gens parlant le latin. Toutefois, à défaut d'indications chronologiques précises, le caractère primitif du rituel magique assyrien nous engage à le considérer comme très ancien, et, s'il fallait fixer une date, il semble bien qu'elle serait d'autant plus près de la vérité qu'elle serait plus reculée1.
i. Les termes de magie assyrienne, d'incantation assyrienne, que nous employons, pour plus de brièveté, ne doivent pas être considérés comme impliquant, dans notre pensée, Vorigine assyrienne des croyances et des rites que nous allons étudier.