BKBR 164, n
Gonolusion. &Aagie, religion et science
Nous voici parvenus au terme de notre enquête. Nous avons déterminé le but et passé ea revue les procédés de la magie assyrienne. Nous pouvons essayer maintenant de marquer sa place entre la religion et la science»
Comme nous l'avons constaté, les rites oraux ou manuels reposent tous sur cette idée que le semblable engendre le semblable* La magie ne fait point appel au surnaturel, elle ne prétend pas faire de miracles ; elle utilise seulement à son profit une force, la sympathie, dont l'action lui parait aussi régulière et aussi naturelle que celle de la pesanteur et de la chaleur. La destruction d'une image entraîne la destruction de l'original, comme le feu fait bouillir l'eau. Il n'y a point là de mystère, et toute la supériorité du magicien consiste dans la possession de recettes déduites logiquement du principe de sympathie, comme celle du chimiste et du physicien consiste dans la connaissance des propriétés de la matière. Si d'aventure l'effet que l'on attend d'un rite ne se produit pas, on n'en conclut pas qu'il pouvait ne pas se produire, mais, comme pour une expérience de laboratoire, que toutes les conditions nécessaires n'ont pas été réunies. Les premiers physiciens ont été regardés comme des magiciens, et les premiers rudiments de leur science dénommés magie naturelle. Aux yeux du vulgaire, qui voyait magiciens et physiciens obtenir, en dehors de l'intervention divine, des résultats également surprenants
136 chapitre xni
pour son ignorance, il n'y avait point en effet de différence entre les applications de la science et celles de la magie.
Au contraire, on a souvent insisté sur les différences qui séparent la magie de la religion, et les religions officielles, romaine ou chrétienne, ne se sont pas fait faute de poursuivre ce qu'elles considéraient comme une concurrence déloyale. Une des distinctions le plus souvent proposées est que la ma* gie a recours aux démons tandis que la religion s'adresse aux dieux. Une seconde différence, qui n'est guère qu'une conséquence de la première, c'est que la magie est un art illicite, tandis que la religion est une fonction régulière et légitime de l'organisme social. Je ne crois pas que ces distinctions soient justes, et, en particulier, qu'elles soient applicables à la magie assyrienne. Dans toute magie, et notamment dans celle que nous venons d'étudier, il y a une grande quantité de rites qui agissent par eux-mêmes, et sans l'intervention d'aucun esprit bon ou mauvais. On pourrait même dire que la magie assyrienne ne connaît les démons que pour les combattre, tant est effacé le rôle des démons bienfaisants. Bien plus, quand elle n'agit pas directement, c'est plutôt aux dieux qu'aux démons qu'elle fait appel, et nous avons vu qu'elle prétendait utiliser la puissance des dieux les plus élevés du panthéon assyrien. Elle pouvait le faire sans sacrilège, et elle n'était nullement considérée comme un art réprouvé et illégal. Les magiciens figuraient dans les cérémonies officielles, les rois les employaient officiellement, et c'est dans la bibliothèque d'un roi que les incantations parvenues jusqu'à nous étaient conservées.
S'il est vrai que les religions étrangères et défendues ont été souvent persécutées sous le nom de magie, si Pline a pu compter parmi les mesures prises contre la magie les décrets de Tibère contre les Druides4, c'est là une conception chauvine
i. Histoire naturelle, XXX, i, 4.