L'ENFANT CONTRE L'AMOUR
L'enfant est le motif d'une des plus fortes objections de la morale sociale conventionnelle à la liberté de l'amour. Elle voit en lui la fin de l'amour, au double sens du mot : l'enfant est le but, la « fin naturelle » de l'amour — il est aussi le troisième être par qui doit finir le libre amour des deux autres, et à dater de sa venue ils doivent passer de l'amour à l'affection.
L'enfant, selon cette morale, intervient comme un rappel de l'hérédité. Armé du droit du passé, il restreint les hardiesses libertaires de la passion, réimpose le devoir, exige la réintégration, par le « droit chemin », aux cadres sociaux Le baptême de l'enfant est l'extrême-onction
de la passion. L'enfant est le moyen par lequel la société entend remettre la main sur le couple rebelle, elle s'approprie en lui le dernier terme des expansions et des indépendances de deux créatures qui auraient voulu vivre à l'écart selon un contrat exceptionnel. Elle s'arme si puissamment, pour légitimer cette reprise, d'arguments fondés sur la nature et l'appel des raisons les plus nobles, que les amants troublés s'inclinent, et admettent que l'enfant mette fin à leur révolte spirituelle, change tout au moins la forme de leur attachement. Parla mère, lasociété reprend la femme. Elle profite au nom de la race et de la loi de tout ce que la mère apporte contre ce que la femme concède. Les amants qui ont un enfant reconnaissent implicitement qu'une période d'extase unique est terminée — et ils trouvent juste, malgré leur regret, qu'elle le soit^ Or, peut-être n'y a-t-il là que le plus subti des pièges tendus à cette bonne foi naïve qui es' la marque des libertaires passionnés, et qui i toujours servi à les abattre dans les innom'ï brables drames nés du conflit de la société e de l'amour. Ce piège consiste dans l'acception frauduleuse de l'idée de l'hérédité. ^
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Cette idée, qui a révélé au siècle dernier la puissance formidable du Passé, a apporté dans le monde la forme la plus angoissante du pessimisme : elle a opprimé l'homme par la peur d'un immodifiabie déterminisme, elle en a fait l'esclave des morts, elle lui a prouvé qu'il était fabriqué avec la chair et l'esprit des morts, et qu'il n'était qu'un passé ajouté à la série des passés, une abdication ajoutée à la série des abdications. Elle lui a annoncé que la Restriction était la Loi, puisque sa pauvre initiative illusoire n'était que le résultat d'un jeu de permissions et de restrictions légué par les morts. Et ces restrictions qui étaient derrière lui, il n'existait que pour les transmettre à l'enfant, qui était devant lui et les transmettrait à son tour dans la série sans fin des passés successifs, sans l'espérance d'un écart de liberté, d'une brisure d'indépendance.
Jamais peut-être idée plus triste, plus déprimante ne s'était imposée — et l'humanité le sentit si bien qu'elle s'ingénia de suite, pour Ven dissimuler l'horreur, à lui découvrir des ispects consolants, culte des morts, sainte joie le l'obéissance et de la règle — tous éléments \ui ramenaient la liberté de pensée au respect
des formes légales transmises et de ces religions qui ont toutes placé leur Dieu derrière nous^ ^c^<^w^ rtiumanité. Ce Dieu, l'humanité ne peut l'atteindre qu'en rétrogradant, et elle doit renoncer à le conquérir, à le posséder par le développement à venir delà science audacieuse €t libre. On peut dire que jamais un principe apparemment scientifique et naturiste comme le déterminisme n'apporta à la religiosité, en somme, un concours plus efficace. Il parut d'abord s'en éloigner et servir le scepticisme en niantle miracle et la Providence. Mais par l'affreuse mélancolie qu'il dégageait, il ramena vite une humanité toujours désireuse de rêve à la réaction spiritualiste dont nous avons vu récemment profiter le néo-catholicisme.
Peut-être la réaction eût-elle été tout autre, si l'on avait consenti à envisager tout différemment cette loi oppressante et morne, tendant à incliner une fois de plus Id douloureuse âme humaine aux charmes endormeuis de l'esclavage, et à clore ses ailes toujours frémissantes.
Cette terrible force subie, aussi terrible et aussi subie que toutes les forces naturelles pourquoi ne pas la capter comme celles-ci le
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furent? Est-ce un rêve plus fou, ou une possibilité plus géniale, que toutes les captations du feu, de l'eau, de la terre et de l'air, qui ont renouvelé les formes matérielles de notre existence?
Il ne nous est pas défendu d'imaginer le Divin comme le but idéal à la connaissance duquel tendra, dans le Futur, la totalisation de nos découvertes et de nos victoires sur les secrets de la nature. Ce n'est point là une irréligion, mais un renversement des religions préétablies dont le caractère de constitutions sociales et morales provisoires et primitives, utiles jadis, maintenant caduques, n'est plus nié. Nous pouvons aller vers Dieu sans devoir retourner la tête vers lui. Il ne nous est pas défendu davantage d'imaginer que nous pourrions, ayant constaté le principe d'hérédité, nous en emparer au lieu de le subir, et constituer par son emploi judicieux une sélection humaine, un type libre.
Si vraiment l'étude du passé nous a conduits à reconnaître qu'une créature est le résultat immanquable d'une série de combinaisons transmises, cela a pu d'abord nous forcer à nier toute liberté et à nous courber
devant un fatalisme : mais rien ne s'oppose à ce que nous croyions possible de disposer de ces combinaisons et de faire de ce fatalisme le tout-puissant auxiliaire de notre volonté. Après avoir connu la loi pour la subir, nous la connaîtrions pour créer à notre tour, et à notre gré, par des croisements longuement calculés, une humanité d'élite.
Assurément nous ne saurions en créer beaucoup d'exemplaires. Nous ne pourrions procéder selon le gaspillage aveugle de la nature^ qui sème au hasard avec une prodigalité inouïe, animant des formes sans souci des immenses déchets : notre but ne serait point la fécondité irresponsable et multiple, mais la sélection limitée d'une aristocratie humaine, sélection qui emprunterait à la science des moyens autrement complexes que ceux qui ont présidé à la généalogie des pur sang ou des dynasties. Ce serait là un Grand Œuvre de la psychophysiologie recréatrice. Il a été envisagé sous le mode, sous le vocable de 1' a eugénie ». Rien d'absurde ne tare son audace. Une telle tentative du savoir humain n'aboutirait-elle qu'à la constitution d'un seul être, que par cet être la preuve vivante serait faite du pouvoir Im-
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main de retourner les principes oppresseurs de rhérédité.
Une semblable combinaison de science et de volonté semblerait faire abstraction de la passion et de Tamour, qui sont des élans magnétiques vers Finfini jetant sur leur route des germes et n'en raisonnant pas la destinée. Et certes d'abo^-d la passion et Famour, enivrées de leur libre choix, verraient en cette œuvre de sélection froidement logique leur plus grand ennemi, intervenant avec une rigueur et une insensibilité mathématiques dans la mêlée passionnelle qu'excite éternellement, pour ses fins, la nature.
On a même rêvé une société où les enfants seraient propriété d'État, élevés par et pour l'Etat, et parmi lesquels on pourrait alors choisir, pour l'expérience de la sélection eugénique, des types qu'on unirait en vue de la production d'une descendance sans tares unissant les éléments phj^siques et moraux les plus harmonieux. L'amour se révolterait contre ce choix et cet appareillage, il y verrait une violence horrible faite à la force aveugle, tout enivrée de la confuse création delà nature, dont il est agité. Et pourtant ces couples isolés pour
Tœuvre eugénique, reconstituant une petite société dans la société, s'aimeraient, élevés en commun. L'éternelle attirance renaîtrait en eux, et d'eux daterait la première génération consciente non reçue du hasard, mais calculée et stylisée par le génie de l'homme.
Il y aurait eu, au moment de cette entrée dans une ère qui changerait toute la morale sociale, une période d'étonnement, de rébellion instinctive, de douleurs individuelles, l'amour n'ayant eu jusqu'alors d'autre but que soi.
Et cependant l'amour serait bientôt amené à comprendre qu'une telle tentative répondrait à son but mystérieux et suprême, la transmission des « mois » défiant la mort, et les transmettant dans leur double intégrité. L'enfant voulu et conçu de telle sorte serait véritablement non pas la restriction mais l'affirmation de la liberté illimitée de l'amour. Il démentirait la prétention sociale de clore l'ère d'indépendance du couple : il ouvrirait au contraire à celui-ci une ère de droits nouveaux. Par une semblable fusion de la volonté et de l'instinct, l'amour cesserait d'avoir peur de la rivalité de l'enfant, et verrait en celui-ci l'affirmation vivante de ses initiatives.
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Nous n'en sommes pas encore là. Nous vivons encore sous la double contrainte de la religiosité et de l'hérédité, qui nous condamnent à tourner la tête vers le Dieu d'où selon elles nous sommes partis, et qui nous guette en disant : « Tu n'iras pas plus loin : pour me connaître, rétrograde. » Et l'hérédité s'unit à la religion pour nous intoxiquer par cette maladie lente qui peut être appelée la peur du bonheur. Cette peur est une des conditions de notre obéissance au contrat social. Il est de l'intérêt essentiel de la société que personne n'y ose aller jusqu'au bout d'un geste, d'une idée, d'un désir : quiconque l'ose est déclaré monstre, c'est-à-dire exceptionnel et pouvant engendrer de l'exceptionnel, démentant une harmonie fondée sur l'opportunisme des médiocrités concertées. C'est pourquoi toute arme est bonne à la société contre Tamour, qui est le plus grand créateur de valeurs exceptionnelles. Ce ferment de vie qu'elle n'a su remplacer et dont elle a besoin en le haïssant, elle le traite comme un explosif ou un poison; elle tâche, obligée de s'en servir, d'en annuler les effets, elle le réduit à l'office de « piège à féconder » et, sitôt obtenu l'enfant, elle en fait la fin de l'amour. L'instinct
maternel détache suffisamment la mère de Tamoureuse pour Finciter à retourner aux préjugés et aux devoirs de la communauté, que Famourlui avait fait négliger. Dans une société eugénique, Tamour trouverait en la maternité son indépendance définitive, la garantie de sa suprématie sociale.
Nous en sommes encore à une période où la conception de Fexceptionnel et de Teugénisme encourt Faccusation d'immoralisme, et où l'on confond à dessein l'immoralisme et Fimmoralité. Ce dernier terme désigne Finfraction réputée criminelle à la morale courante, commise par quelqu'un qui croit à cette morale. L'immoralisme désigne Fétat d'esprit d'un être qui peut bien se ranger sous la règle commune, mais croit à la relativité et à la faiblesse de toutes Î8s morales établies, et en fait la critique comparée devant son propre état moral libre.
Si ce livre est, comme Z)e V Amour physique, un ouvrage immoraliste, je prétends que m Fun ni l'autre ne décèlent la moindre immo*^ Falité, car je ne crois pas à la morale courante et ne me donne point la peine d'y manquer, el: pour moi la seule immoralité consiste dans le fait de vivre sans préoccupation de la question
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aorale, satisfît-on à tous les préjugés dont observance suffit à mériteruncertificat d'études Timaires de la vertu. Le monstre est, par une onvention analogue, tout type annonciateur e transformations, et le vulgaire ne veut pas emarquer que la série des types qu'il admet omme normaux a toujours été au cours des ges une série de monstres relativement aux spèces antérieures; c'est ce que penserait homme lacustre d'un de nos électriciens.
L'honnêteté incomparable des savants réside ans cette religion de la vérité qui leur fait ejeter à Tinstant la théorie la plus célèbre si ne découverte la démontre fausse. L'inventeur 3ste honoré, mais sa théorie est abandonnée, t les savants trouveraient absurde et funeste 3 s'obstiner à la maintenir, sous prétexte qu'il
va de l'honneur et de la vertu. La vérité est ïur honneur et leur vertu, ils savent que la nence ira de rectifications en rectifications i: ils ne s'en étonnent ni ne s'en découragent. , Il n'y a que la morale pour être menteuse JL point d'exiger le respect immuable de ses ogmes et de considérer l'apparition des Dntre-vérités éthiques ou religieuses comme n scandale d'immoralité. L'immoralisme n'est
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pas autre chose qtie la ferme résolution d considérer les données morales comme sou mises aux mêmes lois de contre-expérience que les données scientifiques, et de constater que toute morale est provisoire, progressive, et valable seulement jusqu'à la nouvelle constatation qui la ruinera, sans qu'il soit utile de traiter sans respect ses inventeurs précédents. Les fondateurs de religions et de codes ne deviennent haïssables que par la faute de ceux qui exigent Tintangibilité respectueuse et Tobservation passive de leurs dogmes périmés. Ils n'ont pourtant pas été, non plus que les grands savants, autre chose que des monstres, c'est-à-» dire des exceptionnels dont toutes les manifestations furent successivement combattues. Si la morale n'est pas tenue pour aussi vivante et mouvante que la science — et c'est Thommage que lui rend Timmoraliste — elle n'est qu'une chose morte, et aussi nuisible que le serait par exemple dans les sciences la théorie des tourbillons de Descartes ou celle de « Thorreur du vide » si on déclarait criminel d'en douter et de fonder la physique sur d'autres bases.
Je ne doute pas que ces considérations ne doivent faire envisager les quelques audaces
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qu'on croira trouver en ce livre comme les prodromes de vérités destinées à être acceptées et tenues pour banales dans quelques années — et que spécialement ce que je dis de l'enfant, à l'heure où je le dis, ne soit fait pour étonner avant de paraître trop naturel. J'écris encore ceci sous le régime de la peur du bonheur, et à une époque où l'enfant est dressé par la [société contre l'amour de telle sorte que celui- :i doive en appréhender la venue comme une louvelle menace de contrainte. L'amour est ine transposition trop richement imaginative iles suggestions de la nature pour qu'il n'ait .)as donné au désir un tout autre sens que l'insinct de créer un être. L'amour accepte l'enfant, 1 n'en a point fait son motif primordial.
Le souci de l'enfant survenu inspire à l'amante in éloignement de l'homme tout instinctif, dont es raisons sont d'origine physiologique, et 'est là ce que la société jalouse de l'amour utise pour un détachement moral. Il y a un loment infiniment troublant où l'amante se 'ansforme en mère, où elle hésite entre ces eux rôles, où tout ce qu'elle veut donner à l'un lit tort à l'autre, où le magnétisme de l'amour 3t combattu en elle par un idéal différent, où
elle tâche de s'éclairer et de concilier. C'est à cet instant que la nature la ramène du rêve individuel aux traditions de la série animale, et que la société l'absout d'avoir disposé de soi en considérationde r« utilité » de sonacte. jL'enfant est pour la société l'utilité et l'excuse de Famour. Pour l'amant, comme pour Tartiste, Fart et Famour sont totalement inutiles, c'est-à-dire qu'ils trouvent leur fin en eux-mêmes. Le désarroi de conscience imposé aux amants en une telle heure ne peut être apaisé par Fidée qu'ils n'ont fait que prolonger et incarner le symbole de leur double liberté. Ils savent trop que l'enfant leur sera pris, qu'il différera d'eux par une foule de traits héréditaires empruntés à leurs ancêtres, qu'il échappera un jour à leur contrôle moral, qu'il représentera, mêlés à eux-mêmes, des morts dont ils n'auront rien su, qu'il sera un étranger malgré tout. Ils n'auront pas été libres de le vouloir, de le préparer, ils ne se seront pas choisis en pensant à lui, ils l'auront à peine prévu. C'est pourquoi Famour a peur de l'enfant.
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Il en serait tout autrement dans une société reconstituée au point de vue de Feugénie, ayant fait table rase de toutes les raisons actuelles d'union, n'ayant décrété qu'un seul principe légitime, celui de la combinaison physiologique la plus juste et la plus fructueuse. Nous sommes tellement éloignés de cet état que dans le mariage lui-même, c'est-à-dire dans une combinaison sanctionnée par les cultes et les codes^ ayant pourbutfranchement avoué la continuation de la race, et ne tenant l'amour que pour un moyen, l'étude des conditions physiologiques et du rôle des hérédités dans le croisement se borne à quelques vagues renseignements sanitaires pris discrètement, les convenances ouïes revenus demeurant les objets essentiels de l'accord.
L'enfant est fait par une jeune fille dont l'ignorance est un brevet d'honorabilité, et un homme qui pense peu ou point à l'hérédité de sa famille, et ne s'enquiert à peu près pas de celle de sa femme. Pendant la gestation même, aucune précaution sérieuse n'est prise avec méthode, avec volonté d'application, pour éviter à l'enfant qui se forme des répercussions organiques dont les conséquences pourront le
poursuivre toute sa vie, et il n'est pas exagéré de dire que l'imprévoyance du couple trop souvent commet sur l'enfant futur de véritables demi-infanticides. Personne ne se charge d'inculquer aux mères la connaissance de la responsabilité redoutable qu'elles assument, durant toute la gestation, à l'égard de Têtre à venir ; on s'en tient à quelques banales recommandations, à de fades manuels, on ne les enclôt pas dans le silence reposant d'une retraite corporelle et spirituelle; et, par une inconscience dont les Orientaux sans parler même des bêtes nous feraient honte à bon droit, on ne les soustrait même pas, jusqu'à un terme avancé, aux recherches du plaisir qui inflige à la créature qu'elles portent les tares hystériques les plus graves.
<( Il n'y a plus à se gêner »,leur suggère-t-on trivialement : mais c'est l'enfant qui est frappé, et expiera cette luxure. Ainsi se fait, dans l'immense majorité des cas, avec aveuglement, ignorance etdésordre, Texpérience la plus haute de la physiologie, gâchée par des opérateurs maladroits qui se sont unis pour créer la vie,étourdiment, sans science ni conscience, sans s'inquiéter de ce que leur progéniture pourra encourir du fait de leur imprévoyance, ou prêts à en.
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î-ejeter sur Thérédité les conséquencesfunestes.
Si la majorité en est là dans le mariage, dans un état qui subordonne Famour à la création de I l'enfant, le choix individuel à la continuation ' sociale, comment Tamour ne serait-il pas plus lég'timement amené à exclure de son désir le tiers qui vient troubler la contemplation mutuelle, rompre le cercle magique, mêler à l'idéal un autre idéal? Si l'enfant fait peur à l'amour, la société Ta voulu. Ce n'est "peut-être qu'un terrible orgueil, cette résolution par laquelle l'homme ose voir dans le suicide et dans le refus d'enfanter ses deux droits souverains, les droits de son libre défi à la vieille loi du flambeau qu'on doit entretenir. La société qui ne peut lui ôter ces deux droits lui en impute l'exercice à crimes : mais elle les détermine trop souvent. Si Pamour s'est détourné de la nature pour imaginer sa [fin dans un vertige métaphysique et non dans la [radieuse réalité de l'enfant procréé, du flambeau I rallumé, c'est que la société a voulu que le .flambeau fût à elle, tout en détestant la]flamme, 3n tâchant d'éteindre l'amour. Elle ne tolérait îue la lueur gardée par les froides^t officielles vestales, elle avait peur de l'ardente torche l'Eros, capable de l'incendier tout entière.