‹ La magie de l'amourChapitre 12 sur 15 · ADOLPHE, OU LA SOCIÉTÉ CONTRE L'AMOUR · texte numérisé non relu

ADOLPHE, OU LA SOCIÉTÉ CONTRE L'AMOUR

Peut-être ne me suis-je pas assez fait scrupule jusqu'ici de dissiper un malentendu entre le lecteur et moi, touchant les rapports de la morale et de Tamour : à savoir qu^il n'en existe aucun.

. La morale est une fiction rationaliste : Tamour n'obéit à aucune morale parce qu'il crée sa morale, s'en nourrit et en meurt. Tentative magnifique et désespérée pour approcher en un éclair le principe de toute vie, il est par excellence l'acte antirationaliste : il ne révère pas an idéal inaccessible inventé et défié par son

imagination, il s'élance au plus profond des causes motrices de Tunivers. La morale, pour l'amour, est d'être la force-amour avec toutes ses qualités de force, et s'il ne niait pas toute morale, il cesserait de prétendre à l'absolue prépondérance de la valeur qu'il est. C'est donc folie et contradiction que de tenter d'accorder la morale et l'amour, de chercher à celui-ci l'excuse de celle-là et de vouloir lui ménager ainsi une place légitime dansla société, car il préfère, se riant d'y être admis par les boules blanches d'une faveur titularisée, s'y choisir sa place occulte, autrement grande.

A mesure que la morale chrétienne le considérait comme un péché capital et une suggestion démoniaque, c'était pour les sceptiques et les-; libéraux une sorte de revanche que de le tenir^ pour une bagatelle : et ainsi l'amour était-il également méconnu par eux dans la vraie nature de ses conditions physiques. En le réduisant à une frivolité et à une formalité, à un phénomène analogue à la nutrition ou à l'élimination, les sceptiques lui ont encore plus nui' que les mystiques en y incarnant le vouloirvivre qu'ils haïssaient. Seuls les antiques ont compris que l'amour était grave et puissant

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précisément parce qu'il est la plus violente forme des fatalités de l'instinct et étranger à tous les idéaux de la morale, qui consistent à supposer des règles dans le ciel, à voir la vie autre qu'elle est, et à Tisoler des conditions qu'elle engendre et modifie incessamment, en supposant qu'elle les suit alors qu'elle les crée. Jamais les antiques, même lorsqu'ilstombèrent dans l'erreur du rationalisme qui nous isole de notre raison et lui ôte toute liberté sous le joug d'une Raison universelle, même lorsque avec Platon ils créèrent de fausses divinités appelées jidées, aussi illusoires que les dieux qu'elles remplaçaient, jamais, dis-je, les antiques ne commirent la méprise de ramener l'amour dans cette région factice, et de le traiter selon les procédés de la morale. Ils respectèrent toujours son mystérieux et fort isolement : pour eux, levant ses décrets, tout ce qui s'explique, se conseille, se raisonne et se justifie s'arrêtait, 3récisément parce qu'ils restaient frappés de ;on caractère élémental, physique, magnétique- Il a fallu le judaïsme et son succédané le christianisme, qui vengea le judaïsme en ruinant e monde antique et en déconsidérant sa morale le force, pour imposer le sophisme de la légiti-

mation de Tamour par sori admission conditionnelle dans la morale. Notre société rationaliste, qui combat les religions sans s'apercevoir qu'elle en est nourrie, et qui s'est refait un Panthéon de la Raison et des Idées, cette société ne peut rien utiliser de Tamour, parce que l'amour est un élément fondamental d'une morale de force, non-égalitaire, négatrice de vérités fixes, n'admettant ni raison pure, ni beau ni bien révélés comme références supra-humaines, ni aucune forme de kantisme — c'est-à-dire rien de ce qui vicie la mentalité présente.

L'amour ne tient aucun compte d'une telle société, et elle le traite logiquement en ennemi comme représentant l'immoralisme même. Ce qu'une telle société appelle l'amour, c^est une dissociation du besoin physique et de l'amitié, l'une excusant l'autre. Ce dont la société se sert, c'est de l'affection, laquelle est le résidu de l'amour comme le coke Test de la combustion de la houille après l'échappement lumineux du gaz. L'affection est touchante, utile et vénérable : mais c'est la puînée de l'amour. Elle peut servir à tous les usages sociaux. L'amour n'en connaît aucun. Il est impossible à une telle société d'admettre l'amour, comme il est impossible à

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l'amour de vivre dans une telle société autrement qu'en secret, et il en sera ainsi jusqu'au jour imprévisible où renaîtra une société transformant et accommodant à ses conditions d'énergie la libre morale antique. Notre société n'a pas la morale correspondante à ses formes d'activité : c'est un christianisme honteux dans un machinisme, cette vieille morale mue par l'électricité se pense très hardie pour avoir banni les dieux alors qu'elle les a rajeunis sous des pseudonymes ; et le pire, c'est qu'elle croit bien s'être libérée des erreurs, n'ayant fait que les remplacer! Peut-être sera-t-elle détrompée et procédera-t-elle à un renversement nouveau et plus clairvoyant : alors l'amour sera rappelé et compris, dans un monde où les idées coïncideront aux énergies, comme la plus grande des énergies humaines.

Mais nous ne verrons pas cela, et le malentendu est séculaire et le sera sans doute encore. Ce qui fait la valeur d'Adolphe, le plus desséché et le plus antipathique des livres célèbres et durables, c'est la justesse et la force avec lesquelles, atrocement paisible et froid, l'auteur a opposé les deux égoïsmes de la société et de l'amour et a conduit ce dernier jusqu'à sa défaite

inéluctable et à sa mort. Il est indéniable qu'Eléonore est l'obstacle de tout le « bel avenir » d'Adolphe parce qu'elle ne s'inquiète que du présent, et, voyant toutes choses du point de vue absolu de son amour, reste indifférente à toutes les contingences sociales. Les ayant rejetées au mépris de son intérêt et de sa réputation^ elle se désole et se rebelle si elles importent à autrui. Il est indéniable qu'Adolphe est jeté dans la plus malheureuse irrésolution par son égale impuissance à choisir l'amour absolu ou la séparation et les bénéfices sociaux de la carrière, sans regrets. A mesure que Famour d'Eléonore l'opprime, lui pèse, lui donne l'angoissante certitude de « manquer sa vie », il y admire pourtant une beauté dont lui-même est incapable tout en l'appréciant, et il se traîne de concessions en demi-sacrifices, ne contentant ni la société, ni la maîtresse tyrannique, ni luimême, jusqu'à ce que la société l'écarté, que la maîtresse désolée et obsédante disparaisse trop tard, et qu'il demeure seul avec le vague sentiment d'avoir été ce qu'on n'appelait pas encore du temps de Constant « un mufle ».

Ce couple d'Adolphe et Eléonore s'oppose à celui de Manon et Desgrieux : Manon « sociale »,

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Desgrieux aussi absolu qu'Eléonore, gâchant sa vie ni plus ni moins qu'Adolphe, mais avec une ivresse qui malgré tout Ta illuminée. Et Adolphe est encore la caricaturale prévision de Tristan et Isolde. Elle aussi, la plaintive, fidèle, exclusive et ennuyeuse Eléonore, peut soupirer la question fameuse : « Dois-je encore vivre ? » Mais l'immortelle harmonie artistique de Tristan et Isolde résulte de la conformité d'idéal et de renoncement chez deux créatures qui veulent bien tourner le dos à la vie sociale et dire, comme l'Axé! et la Sara du romantique et wagnérien Villiers de l'Isle-Adam : « Pourquoi réaliser nos rêves? Ils sont si beaux ! Vivre ? Nos serviteursferontcela pour nous! «Ce qu'il yadediscordant, de grinçant dans Adolphe^ c'est l'inégalité des idéaux résultant de la croyance de chacun en l'inégalité des sacrifices qu'ils échangent. Adolphe et Eléonore^ c'est une réduction de la partition d'âmes de Tristan et Isolde pour médiocres. Dès l'instant que les amants n'éprouvent point l'amour absolu et dévorateur au même degré et n'y puisent point l'énergique appétence de fuir et de périr, leur conflit avec Tordre social se répercute en eux-mêmes, et il faut bien que le moins aimant, happé par

Fégoïsme social, laisse périr en beauté l'autre dont Tégoïsme passionnel ferait tôt ou tard un gêneur.

Ce qui fait la touchante noblesse des derniers chapitres de Manoriy c'est que Manon, après avoir admis l'intérêt et r« adolphisme» au point de se vendre et d'escroquer, en véritable fille, tout en n'aimant que Desgrieux, finit par s'élever à sa hauteur d'âme dans l'infortune : en route pour le bagne, vomie par la société, elle se tourne enfin toute vers l'amour et meurt en lui : tandis qu'Adolphe, après avoir pleurniché, s'avouera à soi-même qu'il est bien débarrassé et tentera quoique un peu tard de réparer ses affaires et d'atteindre au mariage avantageux. On n^a rien à lui reprocher, et pourtant une voix secrète, assurément déraisonnable, mais bien profondément troublante, nous avertit qu'il nous dégoûte un peu. Adolphe^ par sa concision, sa logique sèche, sa clarté sceptique, nous fait voir vivement combien la société a créé d'antinomies entre elle et l'amour, et combien il est urgent de choisir, et de se persuader que le ménagement de Tune et l'autre possibilité est une chimère.

Trop de gens tentent de tout concilier,

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Iparce que l'intérêt est séduisant et Famour tentateur : et de là naissent une foule de ridi- 3ules ou tragiques péripéties dont sont faites les vies manquées. La crainte de « manquer sa ne )) est extrême chez tous les êtres que les ivantages sociaux attirent, et dès ladolescence ds s'appliquent avec minutie à trier les éléments ie leur édifice, comme, étant enfants, ils choisissaient les pièces de leur « jeu de construction )> 3u de leur puzzle. Les êtres nés pour l'amour l'éprouvent point cette crainte et ne s'imposent ooint cette servitude, étant assurés que la < réussite » d'une vie peut tenir en une minute îuprême, et ne dépend pas de la longueur, mais le l'intensité. Et ils estiment qu'ayant jalonné le telles minutes leur existence, elle ne saurait Hre « manquée ». On a vu des adeptes de l'autre ihéorie,chargésd'ans,derichesses,depuissance 3t d'honneurs, regretter amèrement d'avoir gnoré lamour et dépassé l'heure de le retrouver ût-ce au prix de la ruine. Ils semblaient ainsi iccorder en fin de compte à Télément jusqu'alors légligé une valeur supérieure àtoutescellesdont acquisition avait fait le soin et l'orgueil de leur îxistence : ainsil'écrivain comblé des prébendes lu gros succès et blasé sur les joies de la glo-

riole lucrative jalouse-t-il parfois Finsuccès du pur poète invendu que seule une élite de délicats comprend et estime. Adolphe établit avec une netteté cruelle que la conciliation est vaine : c'est un document social très symptomatique puisqu'il montre à quel point la société, issue de l'amour et alimentée par lui, le trahit et l'exclut, n'en sait, n'en veut ni n'en peut rien faire. Il y a en Eléonore une force : la société ne la capte pas et la laisse perdre. Elle n'y reconnaît même pas — et c'est cela qui est effrayant — la force essentielle, l'attraction qui crée la vie. La société fabrique de la vie sans amour avec le cynisme inconscient du chimiste fabriquant du beurre sans lait et le déclarant plus sain et plus naturel que l'autre! Qu'a fait ce charlatan? Il a dissocié des éléments et les a recomposés à sa façon. C'est ainsi que le charlatanisme social a dissocié l'instinct reproducteur, l'attrait magnétique, les affinités du spasme et de la mort, le plaisir charnel, la tendresse, l'inclination affective, les a recomposés en y introduisant l'idée de péché et de rachat par le mariage, l'idée d'honnêteté, les distinctions entre le vice et la vertu, des permissions, des défenses, des tolérances, et a refait de ce mélange adultéré une

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sorte d'émulsion érotico-sentimentale assimilable à son idéal essentiel : la conquête des vanités et de l'argent.

L'amour vrai, tel qu'il sort du creuset de la nature, est étranger à cet alliage : et les êtres qui apportent et montrent l'amour vrai se trouvent au milieu de gens qui préfèrent le goût de la falsification, et une vérité composée de solides tourteaux de préjugés agglomérés. Pourquoi, dans De V Amour physique^ ai-j© été conduit à m'exprimer avec violence et amertume, ou avec une ironie dont Tacerbité a étonné? C'est qu'avant de dire ma pensée sur l'amour lui-même il me fallait analyser et détruire tout ce que la société, sous ce nom, vend et impose de camelote.

J'avais voulu quitter les études d'art, les poèmes, les romans, pour écrire ce livre, estimant que le devoir de l'écrivain et de Tartiste I est parfois de sonder et de débrider certaines plaies, 'et non de croire, selon les préceptes de la littérature vertueuse, que sous-entendre c'est guérir. Je ne me suis point réfugié dans le commerce des grands morts et dans les régions de l'imagination ou de la méditation par peur •des laideurs de la vie sociale. Je ne la conçois

pas comme un univers de crème fouettée, de nougat, de rubans roses et de bons sentiments, mais comme un monde tragique où rhomme qui écrit doit employer parfois son talent de dire et de peindre en de cruelles et saines enquêtes, toute honte étant un peu la faute de tous. Et j'étais né avec Famour de la fiction, mais aussi avec l'aversion du mensonge.

Il mefallait combattre des préjugés haïssables à cause du mal qu'ils font, les préjugés inoffensifs ne méritant que Tironie ; dépouiller la virginité de ses atours de fausse poésie ; montrer en l'ignorance sexuelle imposée aux jeunes gens par l'éducation une source de souillures, d'illusions, de désordres, de déceptions; montrer que le post coïtum triste n'est qu'un mensonge religieux ; montrer l'immoralité profonde de ce pharisaïsme qu'est le sentimentalisme du roman moral; montrer que la dissociation de l'amour en physique méprisable et moral estimable est le chef-d'œuvre funeste d'une hérésie religieuse et philosophique et le plus scandaleux démenti aux lois de la vie ; montrer enfin que la fameuse théorie du « péché » avait pour conséquence directe le maintien dans la vie sociale de

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cette figure lamentable et terrible qui s appelle la prostituée, à la fois tolérée et honnie, avouée et cachée, création d'une hj^pocrisie qui a honte de soi, occasion pour l'État de se montrer aussi ridicule qu'odieux. La fille, c'est ia négation elle-même de lamour, et l'horrible création de l'ingéniosité sociale. Il me fallait ceindre « en laideur )),et avec la plus violente îpreté, ce que la société a fait de cette créature, M lui en présenter ce portrait, afin de pouvoir )las tard, en le présent livre, mieux dire ce fue l'amour, malgré la société, sait et peut aire de lui-même. Pour avoir détesté le libre •mour, la société a dû s'humilier jusqu'à tenir )Our indispensable, encore qu'à la dérobée, cet ffreux compromis, cette caricature de l'insinct, cet automate et ce cadavre moral qui est la •rostituée, dressée contre elle avec une inapaiable haine et lui rendant mal pour mal.

Je ne pouvais pas ne pas la peindre en pied, ette figure représentative des méfaits de la msse morale, avant de parler de la vraie, l'est là, dans cette création de la lille, qu'on eut prendra la société sur le fait, en flagrant élit de désobéissance à la nature, de complexe ypocrisie, de misère constitutionnelle. Là,

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elle avoue. Parce qu'elle a inventé le péch^ et l'ignominie du corps, elle est forcée dQ breveter et de déclarer d'utilité publique une paria qu'elle charge de cette ignominie paç fonction rétribuée. C'est elle qui, au centre même de la question de l'amour, a placé la question de la fille, et n'a trouvé, pour expli quer la soudure de la chair et de l'esprit, que ce symbole écœurant. N'ayant jamais su utilisez sans l'altérer la force naturelle de l'amour, elU a été conduite à tolérer au milieu d'elle cett^ force destructrice qu'est la prostitution ; et elle reconnaît que le cancer est hideux et dangereux, mais elle continue à méconnaître, l gêner, à détester, à paralyser l'amour.

Gomment ceux qui aiment ne haïraient-ih point la société qui a admis au nombre de sej créations et de ses institutions la fille, e incarné en elle la négation insultante de leui idéal? En un tel monde ils sont des bannis qu ne pardonneront pas. Ils sont des réfractaire^ qui ne s'inclineront pas. Ils se glorifient d'êtn les immoraux de la fausse moralité, les insou mis de la loi d'argent et d'hypocrisie. Ils son ceux qui se donnent là où tout se vend, et S' refusent là où tout s'achète. i

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S'il m'a paru logique et véridique de m'élever contre l'ignorance où Ton maintient les adolescents, contre le culte puéril de la virginité, contre la fausse idéalisation de la pudeur, contre l'idée de a mystère sexuel », contre tout factice idéalisme sentimental, contre tous les éléments tragi-comiques que Thypocrisie morale et religieuse apporte dans l'appréciation de la question charnelle, je sais qu'une les plus apparemment fortes objections qu'on m'en présentera sera que, si je bannis le mystère et arrachç les fleurs artificielles du senti- Tientalisme, tout se ramènera à un acte l'hygiène fait loyalenient et consciemment, nais désenchanté, plat et triste — une convul- ;ion épileptique intervenant périodiquement )ar nécessité organique, un fatigant et court lélire. Oui, ce serait cela, et rien que cela... si )récisément l'amour n'en faisait pas un miracle ransfigurateur et un tout autre acte, comme, ansle même fil électrique, peuvent être envoyés eux messages distincts : en sorte que pour ceux ui aiment il y a^ paroxysme d'idéalité dans le aroxysme charnel, et dans le geste physique une Blleforce métaphysique qu'elle bannit la sensaion d'une différence entre la chair et l'esprit»

Et ce miracle naît de la chair, il n'est ni une aspiration de l'àme, ni une idée pure, mais une résultante de l'énergie nerveuse; il ne serait pas sans la chair, Famour aussi est « un verbe qui s'est fait chair ».

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