‹ La magie de l'amourChapitre 7 sur 15 · NAISSANCE DE LA CARESSE · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE LA CARESSE

Elle est née un soir — il y a des siècles de siècles — où deux êtres étreints par la peur et le sentiment de leur isolement dans la nature ont senti, après s'être joints comme les bêtes, qu'ils demeuraient insatisfaits, sont restés Fun contre l'autre, et se sont découverts un peu moins malheureux parce qu'ils confondaient leurs souffles.

L'étrange et attachante histoire, celle de la naissance des caresses, de la lente transformation du besoin brutal en art d aimor^ de la mystérieuse création de l'amour! Qui donc a inventé d'étouffer sous ses lèvres le cri de la femelle humaine? D'abord ce ne fut qu'une

morsure, comme celle qu'imposent certains animaux à la nuque de la compagne sur laquelle ils se courbent, peut-être pour stimuler l'activité ^ du bulbe d'où naît Tardeur génésique. Mais il n'était donné qu'à Thomme de prendre une posture qui lui laissât voir la face de la femme. Quand prit-il, à y suivre les progrès du délire par le traumatisme du masque, un plaisir plus subtil que celui de voir râler un animal vaincu? Quand eut-il l'idée de boire l'haleine et de sceller entre les deux bouches le double émoi de la convulsion pour en mieux jouir? Alors la complication de l'esprit se délectant du retour à la bestialité n'existait pas : le sophisme futur du péché n'avait point fait inventer ni l'excitation des mots vils ni l'exaltation des paroles aimantes, ce n'était point pour pouvoir crier les interjections qui règlent l'entente du plaisir que les visages se tenaient éloignés. Qui songea à épier sur la face de l'autre les ravagesdu trouble et, inventant la tendresse, mêla la dilection de l'âme aux joies charnelles en unissant les lèvres après l'acte pour un remerciement de silencieuse douceur? Gomment se fît ainsi, dans la transformation progressive de Tinstinct en psychologie humaine, le passage dubesoinàramour?Toutes

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ces questions resteront sans réponse. On ne saura pas comment est né le baiser, si Ton peut conjecturer comment est née la pudeur.

De celle-ci, ses origines s'entrevoient. Sans cesse aux aguets et roidi contre une attaque brusque jusqu'à l'heure où, tapi dans quelque trou, il pourrait oser dormir, le primitif cherchait instinctivement à s'adosser à une roche afin qu'un ennemi ne pût le saisir par derrière en l'instant où il serait courbé et gêné. La station nécessaire à l'accouplement l'induisit à s'assurer d'abord de l'absence de tout témoin alentour : ainsi, s'associa l'idée d'isolement à ridée d'élimination organique. Celle de la dissimulation du milieu du corps naquit de la délicatesse des organes exposés à la blessure des ronces, et peu à peu le choix de la nuit pour rheure la plus favorable à l'étreinte résulta de la relative sécurité de la caverne défendue par la palissade ou le feu, de l'inaction des corps permettant le dévétement, du sommeil possible. Mais on ne saura préciser le moment où, dans la formation psychique de notre espèce, cet ensemble de précautions créa une tradition morale, un usage dont l'infraction fut tenue pour blâmable et engendra l'idée de

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pudeur, anlinaturelle comme Fidée de péché dont les racines doivent être cherchées dans l'intérêt de la tribu. La psychologie des premiers groupes humains avant Fintervention de cette idée néfaste du péché demeure d'une obscurité passionnante. Si Fidée de péché a apporté à Famour des civilisés, par réaction, une foule d'éléments, et a fait naître de la défense et du secret des plaisirs inconnus aux primitifs, ceux-ci n'en ont pas moins, dans leur très lent effort pour se dégager de la simple animalité, inventé les formes fondamentales de cet amour distinct du besoin reproducteur, de cette construction de Fespritet de la sensibilité à laquelle les arts, le luxe, la culture séculaire ont apporté de constants perfectionnements. Dans cette pénible évolution de Finstinct au sentiment, dans cette mixtion d'une signification morale au geste sexuel, Finvention du baiser, c'est-àdire du prototype de la caresse etdela tendresse, a été capitale — et du jour où un sauvage inconnu a trouvé plaisir à unir sa bouche à celle de sa femelle autrement que pour la mordre par réflexe nerveux, du jour où il y a trouvé, avant ou après Facte, une étrange détente et une sorte de douceur irritante et

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-calmante, de ce jour le sens du mot passion a sxisté sur la terre et la bête humaine s'est à jamais séparée des autres.

Il a fallu pour cela un temps incalculable, comme pour la trouvaille de tous les actes décisifs qui contenaient un symbolisme latent 3t que nous n'avons fait que développer et adapter. Le geste de baiser les lèvres de l'être que nous aimons nous semble si instinctif, et le premier par lequel lui signifier notre désir, que aous ne songeons jamais qu'il est une conquête 5ur l'instinct et une invention au-dessus de la mensualité naturelle. La nature le permet, elle ne l'exige pas comme nécessaire à ses fins. C'est une invention d'artiste que la fusion des lèvres, et tellement distincte du plaisir sexuel, tellement mêlée de volupté spirituelle, que les plus luxurieux l'évitent avec des compagnes mercenaires : non par répugnance, puisqu'ils 'possèdent tout le corps, mais parce qu'ils sentent que ce contact n'aurait point son véritable attrait. L'aspiration du souffle est l'allégorie de l'effusion d'âme et de la communion consentie, elle n'a de sens que si l'amour mutuel existe, elle complète et scelle l'entente magnétique.

Ce fat une grande pitié, faite de tant de terreurs et de souffrances subies, que celle qui, en ce soir primitif, dégagea de la conscience obscure de ces deux betes la velléité adorable du baiser, etmêla cette douceur au simulacre de rapt, de combat et d'agonie qu'était l'étreinte — et dès lors la bouche féminine fut un nouveau fruit cueilli. Cependant les animaux n'ignorent pas la caresse, mais le baiser est notre invention. Par lui s'achève l'union, et l'échange vital s'accomplit sans que rien en soit distrait et perdu. Par lui s'inaugure Tanormalité d l'amour, c'est-à-dire le fait d'enrichir, d'orner de spiritualiser le strict dessein de la génératio — et ce fait s'appelle la tendresse humaine. I y a eu la créature à face humaine avant le baiser et l'homme et la femme après le baiser. D celui-ci, et de lui seul, a daté la conception idéa liste des fins de Tétreinte, et toute cette série des signes de gratitude et d'aspiration commun vers, l'infini qui sont les caresses, et ont introduit l'idée de beauté dans l'acte, l'entrevision du sens métaphysique dans le geste physique Même les embrassements chastes, les baisers d'alliance et de paix, maternels, fraternels filiaux, amicaux, issus du frôlement des bêtes

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[ui, en troupeaux de même race, se flairent et ;e reconnaissent, n'ont été et ne sont que les Images affaiblies de cette union des souffles )ar quoi deux vies ont tenté de s^échanger, donlant ainsi Timage de l'acte secret par lequel, ians l'étreinte, la vitalité du mâle va se perdre ians la femme qui la restituera, avec la sienne, îous la forme future de l'enfant.

Par la trouvaille du baiser, confusion à la fois ;ymbolique et matérielle des âmes et du souffle jui les figure, l'amour humain est devenu un irt : et la luxure elle-même n'est point autre )hose. Mot flétri par la fausse morale, mais amais expliqué loyalement par elle! Au vrai, 'invention des pratiques de la luxure, attribuée 5ar une psychologie rudimentaire à la perverûté ou à l'impuissance génésique et considérée 3omme inséparable d'une certaine vilenie norale, a des raisons beaucoup plus profondes, 3t amorales. La nature a donné à l'homme et à la femme deux organes, et le désir de les combiner en vue d'une certaine fin : mais au sein même de ce déterminisme elle leur a laissé an libre-arbitre relatif dans le choix et la fantaisie des meilleurs moyens de combinaison : 3t ces moyens varient selon les individus, et la

recherche leur en est licite. C'est à eux de diversifier, d'améliorer, d'orner, de rendre plus' séduisants les procédés qui les conduiront à Fobéissance fatidique aux fins dont la nature ' s'inquiète seulement.

Cette diversification est un acquit du génie de l'homme : Fanimal Tignore. De Tétude des^ mœurs des animaux il est remarquable que la morale ne se mêle pas. Elle juge indécent d^| s'inquiéter scientifiquement du mécanisme de Famour chez les bêtes et chez Fhomme, et ainsi ses conceptions demeurent-elles de pures rêveries démenties par les faits. L'étude de la reproduction des bêtes, et de leurs approches dans ce but, cette étude que les moralistes et romanciers vertueux eussent tous dû faire, autant par loyauté que pour ne point dire de sottises, cette étude nous apprend et leui apprendrait que les moyens de la nature ne soni pas toujours ce qu'ils pensent ; que ces approches sont souvent difficiles et douloureuses, Fadap^ tation défectueuse des organes rendant la con^ jonction plus pénible qu'agréable, et que Foppositiondu « plaisir sain et normal » des bêtes et des « perverses inventions humaines » tani décriées, n'est dans bien des cas qu'une preuve

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l'ignorance physiologique. L'histoire naturelle în donne de très étranges exemples, et je les ûterais si je ne m'étais interdit à dessein le 3édantisme de recourir, en ce livre, à des citaions scientifiques. Cependant les animaux auxquels la fatalité de la perpétuation impose jênes, tortures, et même parfois la mort, n'ont 3oint le pouvoir d'adoucir leur destin lorsque 'instinct de se perpétuer va jusqu'à vaincre en 3uxle désir de défense vitale. Ils subissent, ils 'épètent le même geste éternel qui les tue ou es martyrise, ils ne peuvent, ni là ni ailleurs, nventer en marge de Tinstinct. L'homme le leut, parce qu'il est un animal-monstre, par une permission insolite et mystérieuse dont nous asons sans en connaître l'origine et en élucid er .e secret.

Mais si l'homme est un animal-monstre, du noins n'est-il pas, comme les apparences nous lortenttrop à le croire, un animal hors-série : me étude plus approfondie tend au contraire à e situer à sa place exacte, privilégiée mais non solée. Ce qui peut sans doute montrer le plus puissamment la vanité des morales religieuses 3t des réglementations légales quant à l'amour tiumain, c'est cet envisagement des lois sub-

tiles qui font procéder notre amour des conjonctions animales; et bien des ironies relatives au sophisme sentimental, à la distinction du vice et de la vertu, aux permissions et aux défenses, deviennent les expressions de la sagesse et de la droiture d'esprit mêmes lorsqu'on ose constater, avec le goût hardi de la vérité, tous les prodromes de la comédie ou du drame de Tamour humain dans les mœurs de la série animale. Ils y sont à l'état embryonnaire, nous n'avons fait que les perfectionner, mais c'est ce perfectionnement qui est tout, car il est notre .œuvre, et peut-être le plus étonnant témoignage de nos efforts non point pour répudier l'animalité, mais pour nous enrichir de ses indications.

Qu'y a-t-ilpar exemple de « moral » ou d' «immoral » à constater que, si souvent l'homme très jeune incline sa préférence vers la femme mûrissante, c'est que le germe jeune a besoin d'un terrain bien préparé ? Que la femme déclinante est passionnée, parce qu'au moment de ne plus être apte à concevoir la nature se hâte de multiplier en elle les cellules réceptives ? Qu'au contraire Thomme vieillissant convoite la femme très jeune, parce que le germe affaibli a besoin d'un terrain neuf ? En quoi ces

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volontés, secrètes de la nature, pour être connues, infirment-elles les sentiments de protection, de douceur, de tendresse quasi maternelle qui peuvent se mêler à Téchange physique entre de tels êtres? Ce sont là les fleurs dont la conscience humaine orne l'instinct ; c'est là la part de l'homme, son mérite propre d'avoir construit un art sur les simples données naturelles. La nature d'ailleurs l'oriente et l'accompagne jusqu'à un certain point dans cette voie. Le règne animal est riche en exemples de ces ébauches^, de sentimentalisme et d'art, mâles qui se lissent, oiseaux pavanant leurs plumes ou exaltant leurs chants, chattes aux comédies amoureuses si jolies et si troublantes... Mais ce ne sont que des ébauches, et l'animal appelé homme a été plus loin que tous — si loin que la morale conventionnelle se fait forte de répudier les origines animales de son art d'aimer, tout au moins de lui en faire honte et de lui en suggérer des remords. Et c'est bien en quoi elle est immorale et anormale. Et ce qu'elle appelle, en gémissant de son insuccès, la tendance obstinée au vice des générations qui se succèdent, c'est la révolte innée des êtres qui ne veulent pas dissocier la sensualité éternelle

et Fart sentimental que le génie humain y surajouta, et gâcher ainsi le plaisir de vivre.

Nous n'en sommes encore qu'au pressentiment des surprises que la biologie zoologique pourranous donner quant à une réforme raisonnée de la morale courante de Famour et à Fabolition de ses préjugés qui contreviennent à la nature et à la raison en tyrannisant des millions de créatures. Mais nous pouvons entrevoir dès maintenant que Fhomme n'a inventé (( son » amour qu'avec la collaboration des exemples d'une foule d'insectes, oiseaux et mammifères, organismes vivants auxquels toute préoccupation morale et sentimentale est inconnue et que les légalisateurs du péché n'ont jamais songé à éyangéliser. Lorsque nous [nous penchons sur le monde des animaux, sur cette mêlée sexuelle d'une violence aveugle, nous découvrons, avec trouble si nous croyons à la morale religieuse, avec curiosité et confirmation si nous n'y croyons pas, l'esquisse de toutes nos velléités, de toutes les nuances que nous croyions nous appartenir en propre : et nous recevons là une grande et profonde leçon sur la déraison qu'il y a à chercher ailleurs qu'au profond deFénergie physique les lois appareni-

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ment les plus « spirituelles » de Tamour.

A mesure que nous nous libérons des facticités funestes ou risibles qui ont rendu possible la théorie de Tamour permis, le platonisme ou autres billevesées, nous admirons davantage Fart avec lequel, pour créer « son )) amour, Fhomme patient et industrieux a coordonné, raffiné et enjolivé de fantaisie ingénieuse les données fournies par les divers degrés de réchelle animale. Il a affirmé là d'une façon éclatante qu'au milieu du déterminisme des causes finales, un libre arbitre lui a été laissé par la nature pour varier et perfectionner ses moyens par sa faculté d'association des images, refusée aux autres bêtes : car il est par excellence la béte de synthèse — et c'est ce trait qui lui permet d'échangerle nom de bête pour celui d'homme.

L'amour physique de Fhomme, identique à celui de Fanimalet régipar des lois semblables, est donc une sorte de mosaïque patiente de toutes les indications de Finstinct animal, et ce n'est que de la physique même de Famour que sa métaphysique peut être déduite. La supériorité [et la beauté de Famour humain n'ont rien à voir lavec la morale dont on Faffuble, mais elle con-

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siste dans la possibilité d'avoir fait jaillir de l'apaisement d'un besoin et du jeu d'une fonction une signification supra-charnelle. L'amour, réfléchissant sur l'intensité de sa propre sensation, peut devenir, au sens précis du terme, métaphysique, mais il ne s'inquiète pas de savoir s'il est moral : charnel et mental, il se constitue de son acte et de l'idée de son acte. Le reste lui est étranger, ce sont constructions de l'esprit, précautions de l'intérêt social, dont il ne prend aucun souci — et c'est pourquoi sa lutte contre la religion et la loi est inévitable. On peut dire quil leur est incompatible comme la science des mœurs et l'hypothèse métaphysique sont incompatibles, bien que tant de métaphysiciens se soient crus obligés plus ou moins gauchement de chercher dans le ciel philosophique des raisons de réglementer les mœurs humaines. Tous ceux dont s'empare la magie de l'amour savent combien à l'instant toutes les assertions religieuses, sociales, morales, leur apparaissent reléguées à Tarrièreplan de leur conscience comme de négligeables idoles, et ils se sentent éclairés par une lumière plus vraie, celle de l'instinct qui les libère, les mène au but, et leur propose une

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Vision renouvelée et simplifiée de toutes choses. En même temps ils sentent bien qu'au delà de cet instinct charnel s'ouvre une région abstraite où les portera son élan lui-même, et ils se délivrent au moment même où les pieux moralistes les croient « captifs de leur passion », ils dépassent la morale et rejoignent la métaphysique.

L'homme n'a fait qu'appliquer à la conjonction sexuelle et à son prolongement mental le même désir d'amélioration, d'adaptation diversifiée, qu'à toutes les circonstances de sa vie dans la nature. Ce sont toutes ces opérations jui, en matière d'amour, ont été flétries du nom ie luxure. On pourrait aussi bien, et avec un mépris non moins déraisonnable, qualifier de luxure la variété et la préparation raffinée des nourritures et en général toutes les recherches iu confort, la jouissance des yeux avivée par a peinture, celles de l'ouïe par la musique et le l'odorat par les parfums, en un mot toutes es délicatesses sensorielles, tous les progrès ît tous les arts surtout, qui ne sont que des noyens de procurer à nos sens des joies plus •affinées, d'en intensifier et d'en étendre les )erceptions, et de donner par eux à notre es-

prit des spasmes abstraits, analogues au plaisir sexuel. Et il est bien vrai que la fureur des moralistes et des dévots, hélas ! du grand Tolstoï lui-même ! a dû être conduite naturellement, sur les voies du fanatisme ascétique, à maudire dans les arts, dans l'élégance, dans toutes les conquêtes pour le bien-être et dans bien des formes du progrès, les variantes du besoin primitif de raffiner la conjonction sexuelle. C^est autour de ce besoin que tous les arts et toutes les formes de culture, c'est-à-dire de fine satisfaction nerveuse et intellectuelle, se sont agrégés.

Tous les sens concourent à l'amour, qui profite de touteslesformes de la sensibilité : et précisément Tamour « vertueux », c'est-à-dire borné à l'acte pur et simple, fait à la hâte et comme avec une honte mutuelle, est infiniment plus près de la bestialité que celui qui demande à toutes les voluptés de tous les sens leur concours gradué pour enrichir, parer, intensifier le contact, et faire de l'obéissance à la nature une sorte de fête d'art. Ce qui est parfaitement naturel, c'està-dire logiquement conforme à la situation exceptionnelle de l'homme dans la série animale, c'est qu'il ait cherché à obtenir de ses

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Srganes beaucoup plus qu'ils ne semblaient pouvoir donner, de même qu'il a fait de sa oaain, dont un singe, un rongeur, un saurien, qui en sont également pourvus, ne font pas ^rand'chose, un instrument si merveilleux qu'aucune machine ne Tégale : et il est presque inutile de rappeler que toutes les inventions humaines ne sont que les prolongements des sens. Ce sont les preuves de l'exigence du cerveau, qui conçoit infiniment plus que les organes ne peuvent donner; quand l'homme a eu assez exercé son tact, sa vue, son ouïe, il s'est refusé à s'en tenir aux permissions apparentes de la nature qui limitaient son pouvoir, et c'est en elle-même qu'il a pris les moyens, par une observation plus profonde de ses lois et de ses ressources, de l'outrepasser, et de projeter à travers le monde, par le machinisme, des sens démesurés qui pussent mieux servir sa volonté. Il eût été inexplicable qu'en présence de sa plus violente possibilité de plaisir, de sa plus mystérieuse source d'émotion physique, il ne tendît point à amplifier le thème primitif.

Il n'est pas de trouvaille mécanique qui n'ait paru d'abord absurde et n'ait même été décriée

et maudite par les médiocres, comme une désobéissance aux permissions naturelles et la preuve d*un orgueil démoniaque de Tintelligence demandant aux sens Timpossible : ce n'est pas sans raison que toute découverte ayan|l pour but l'extension de la puissance de nos sens a soulevé la colère scandalisée comme une infraction aux défenses d'un ordre étabi que les cerveaux paresseux et les docilités di troupeau avaient divinisé. Pareillement li luxure a été condamnée.

Elle n'est pourtant que l'effet d'une rechei^ che parallèle d'où sont issus avec elle tou^ les arts et une grande partie des sciences, qui sont non des démentis à la nature, mala^ des rectifications, des amendements ou dem épanouissements de ses données. La luxur» est la transformation en art de l'acte sexuel, et cet art est né le jour où le premier mâle humain a bu le souffle de la première femelle et s'est appliqué à trouver un plaisir inusité dans le moulage parfait de leurs deux bouches. Les vrais amants ne prennent aucun souci de ridée de luxure et du sens que les moralistes y attachent : ils sont luxurieux sans le savoir, uniquement occupés de la recherche

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ommune d'une intensité maxima de leur onjonction, qui leur conseille les gestes et les ttitudes dont ils doivent la science à des jiècles d'expérience héréditaire acquise loin les prudes et des sots. L'amour est fait de tous ,3S contacts, de toutes les visions, de toutes les enteurs, de tous les murmures : la sensibilité let à contribution, pour Tenrichir, toutes ses emarques et toutes ses expériences, les sens 'entr'aîdent et se suppléent, Fintelligence tilise et associe, et ainsi se recompose un art, ui n'a rien d'antinaturel ni d'anormal : ceux ui se plaisent et s'attirent commencent aussiôt de le créer ensemble tel que leur double lésir le souhaite. 11 semble certes très éloigné lu programme primitif de la nature, comme :n manteau de velours brodé l'est de la peau e bete revêtue pour se défendre du froid«> omme un chapeau délicieux l'est du dessein l'abriter la tête du soleil ou de la pluie, omme, en un mot, tous les raffinements 'éloignent de toutes les primitivités. Il n'en >béit pas moins aux destinées, pour enjoliver a route qui l'y conduit. Le baiser découvert )ar deux malheureuses créatures, qui trou- 'èrent dans l'union de leurs lèvres une sorte

de bonheur inattendu et indéfini, a été quelque chose comme le trait charbonné sUr un mui par Dibutade cernant l'ombre du profil de sok fiancé, ou la première sonorité issue d'un roseau évidé, le premier os gravé, la première chair cuite au feu, la première fibre végétak' entrelacée à d'autres pour former un tissu: Les arts sont des luxures qui ont servi la luxure et ont été tyrannisés comme elle par un piétisme aux formes innombrables y voyant une libération de l'homme impatient des défenses apparentes des dieux et de la nature.

Cette libération est pressentie par tous les amants; leur choix de caresses s'accomplit selon une morale supérieure qui est la seulq vraie, car elle n'est que la science des mœurs qui doivent leur convenir pour créer entre eux, l'harmonie et l'intense félicité. Jamais la préoccupation de savoir si tel ou tel geste est permis ou illicite, décent ou obscène, honorable ou vil, ne les effleure, non plus que le désir de préférer perversement l'illicite, l'obscène et le vil, tout cela étant privé de sens et d'intérêt pour eux. Joyeusement et sans scrupule ils se présentent au seul tribunal de leur instinct, se jouent de toutes les nuances, passent de la

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caresse la plus pure à la plus précise lubricité, sans qu'aucune de ces distinctions leur présente un sens où leur jugement s'attarde. Tout leur semble naturel, simple et absous par la grâce de l'amour, dans une délicieuse liberté, en sorte qu'ils se sentent peut-être les plus jpurs là où, s'il nous était donné de les surjprendre, nous les trouverions les plus éhontés. jPareils au couple édénique, ils ne savent même pas qu'ils sont nus, et l'instant où ils en auraient conscience et en éprouveraient de la gêne serait seulement celui où ils cesseraient de s'aimer. Ils vivent dans une sorte de convention radieuse qui n'est une convention que pour nous et est pour eux la seule vérité, très m-dessus de la pudeur, de l'honnêteté et de la morale : ils se retrouvent dans la situation de :es deux ancêtres anonymes qui inventèrent la première caresse humaine. L'hérédité a mis en îux un savoir que le raffinement incessant iugmente,^mais leur ingénuité est celle du prenier jour. Ils peuvent, dans la vie sociale, ivoir des jugements médiocres et céder aisénent à la morale courante : mais, lorsqu'ils se •etrouvent seuls et s'avancent l'un vers l'autre oour mêler leurs haleines, confondre leurs ma-

gnétismes et s'unir, aussitôt ils redonnent, par la force de l'instinct, un libre démenti à tous préjugés, et aux leurs propres ; ils rejettent tous vains scrupules pour se livrer en riant aux jeux que l'ingéniosité humaine a surajoutés aux données de la nature, ils choisissent ceux qui les laisseront le plus enchantés l'un de l'autre, au delà : du bien et du mal, dans un total insouci des con-| venances, dans l'heureuse complicité du secretJ

Au delà de la science et de la morale, l'amour et la musique sont les deux seuls moyens que aous ayons de sonder l'univers et d'en pressentir les lois profondes et les secrets magnétiques. L'intelligence et la raison ne nous jervent, là, de rien. Du fait qu'elles saisissent ît isolent un phénomène pour l'étudier, elles e déforment, parce qu'elles le soustraient à la oi du changement et de l'enchaînement incesiant. Elles en font, comme l'anatomie, un [îxamen distinct de l'activité vitale elle-même, f^es vérités qu'il faut sentir nous nourrissent au noins autant que celles qu'il faut comprendre : !ton ne peut les sentir qu'en les suivant dans

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leur marche, en les vivant, en conformant notre rythme au leur. La musique et Tamour sontnos moyens essentiels d'intuition sans le concours de la raison. La musique et l^amour sont les harmonisations naturelles de tous nos élans irraisonnés. Une origine élémentale leur est commune.

Qu'est-ce donc, en effet, que la musique et Tamour apportent à notre conscience? La faculté de se placer durant quelques instants dans une attitude exceptionnelle en face de Funivers, par l'adaptation au rythme dont tous deux sont faits. Par eux nous coïncidons à révolution de forces magnétiques démesurées à notre corps, et nous leur sommes joints instantanément, emportés avec elles dans l'orbe immense de la vie supra-terrestre. Notre minime personnalité, avec lespetites ressources de raisonnement dont elle est munie, est absorbée et volatilisée par la magie du rythme et de la sonorité. La sensation auditive ou sexuelle est le seul tremplin qui nous soit nécessaire pour le bond prodigieux dans une région inaccessible. Dépersonnalisés, hyperesthéî^iés,nous mourons à la vie ordinaire et nous devenons 1 son ou le spasme eux-mêmes, que tout notr

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être corporel imite et seconde par ses gestes. Notre moi abdique avec délice dans une volupté à la fois matérielle, puisque les sens la perçoivent, et immatérielle puisque Finfini nous requiert. La musique et Famour sont les deux seules puissances plus puissantes que notre raison, qu'il nous soit donné de faire intervenir dans notre vie. Nous nous plaçons à volonté par elles dans le plan des rêves, ce sont nos deux expériences facultatives de la mort, c'està-dire de la vie prolongée. Nous en sommes les maîtres, comme Aladin, en frottant sa lampe le cuivre, devenait le maître de formidables énies-esclaves infiniment plus puissants que lui cependant.

Ce n'est point ailleurs qu'il faut chercher le secret de la passion grandissante des foules Dour la musique et les raisons du rôle consilérable de l'orchestre dans la formation de la sensibilité moderne. L'état contemplatif, l'état musical et l'état passionnel ne font qu'un. L'amour de la musique surexcite la sensibilité des êtres amoureux, et même si ceux-ci ne sont pas sensibles à la musique, ne la con? prennent ni ne l'aiment, ils en recèlent à lejr insuies magies caractéristiques. L'amour est la mise en

œuvre de tous les éléments rythmiques dont la musique n'est que la systématisation artistique. Sans le concours de la raison, le virtuose exerce sur ceux qui Fécoutent le pouvoir magnétique del'amour: ils les réduit au silence dans une docilité totale, dans un consentement absolu, dans une radieuse passivité, et il est le maître de leurs nerfs : il retarde, accélère, suspend, par la seule inflexion de ses doigts, le battement de leurs cœurs et Témoi de leurs centres nerveux ; son toucher de Tinstrument n'est qu'un moyen d'émettre des fluides, le piano ou le violon ne sont que les transmetteurs d'une électricité recueillie par les auditeurs^ dont les organismes vivants et réceptifs sont les véritables instruments soumis au virtuose. Rien ne ressemble plus aux conditions physiques de l'émission de l'amour que cette suggestion et cette imposition du rythme stupéfiant ou exaltant les corps et faisant délirer les âmes dans un oubli total de l'existence ordinaire, au delà de toute convention morale. Le virtuose est un amant surnaturel qui apporte indifféremment aux hommes et aux femmes de profondes réserves d'énergie amoureuse, et cela explique le caractère spécial de Tenthou-

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siasme avec lequel ils raccueillent, la dévotion mystique des silences, la fureur des acclamations et la contemplation fervente du public devant Têtre qui Ta fait haleter: ni le peintre, ni l'écrivain, ni même Facteur ou Torateur ne recueillent des hommages aussi intenses. L'action collective de l'orchestre est^ quoique non individuelle, non moins aiguë, parce qu elle détermine une hyperesthésie sensorielle d'une exceptionnelle puissance, et crée dans la foule une sorte d'émoi qui, à l'analyse, est à peu près identique à celui de Tamour sensuel.

Le caractère érotique de la musique est incontestable, même s'il ne s'agit point d'une musique spécialement conçue, comme celle par exemple de Massenet, pour provoquer des sensations amoureuses et suggérer à la foule un état de langueur voluptueuse ou, comme celle de Wagner dans Tristan et Ysolde, pour lui suggérer l'union de la volupté et de la mort dans la tentation enivrante du non vouloir vivre. La symphonie la plus sévère comme le plus charmeur des airs de ballet provoquent dans l'organisme le même érotisme, c'est-a-dire la même allusion magnéto-nerveuse aux propriétés profondes du

rythme : et la musique dispose d'une incomparable gamme de caresses. On peut considérer que l'audition d'une symphonie détermine chez le mélomane la succession de tous les étals de Famour par la dépersonnalisation progressive et l'intensité graduée de l'émotion métaphysique, jusqu'à une lassitude heureuse et un abandon de tout l'être pareils à ceux qui succèdent à l'amour. Il n'est point d'amant de la musique qui n^éprouve, Faudition terminée, cette sensation d'une lente redescente vers l'existence réelle du haut d'une région spirituelle toute magnétique : cette sensation est distincte des plaisirs esthétiques donnés par la littérature, la peinture ou la sculpture, où la raison a sa part et où l'esprit reste maître des sens — vraiment elle n'a d'analogue qu'en Famoui', au point de se confondre avec lui. C'est que la musique n'est point un art proprement dit, maisl'accommodationesthétiqued'une force élémentale : une partition est une captation du Rythme universel et primordial comme l'éclairage, le téléphone ou le télégraphe sont des captations, à des fins utilitaires, d'un élément électrique dont la substance elle-même nous est inconnue. Nous

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savons quel plaisir logique ou sentimental réside dans un raisonnement ou une description littéraires, dans Tétude d'une forme, d'un plan, d'une couleur par la sculpture ou la peinture : nos sens n'en jouissent que sur les indications de noire raison. Mais nous ne savons rien de la musique en soi, sinon que nous en jouissons, et le plaisir intense que nous trouvons, en dehors de tout contrôle delà raison, dans rémission lente ou précipitée, longue ou brève, d'une sonorité continue, dans la hauteur ou la modulation du son, dans le timbre, dans le rythme, ce plaisir reste indéfini.

L'origine du plaisir esthétique des lettres, de la peinture ou de la statuaire est humaine et définissable : l'origine de la musique et de sa jouissance demeure au delà de l'esprit humain. L'orchestre est une énorme pile accumulant de puissants éléments et dont le contact électrise une foule presque exactement de la même façon que se manifestent les phénomènes électriques d'induction. La musique n'est qu'un moyen de placer les organismes vivants en contact intermittent avec les forces rythmiques et magnétiques de l'univers, éparses et non habituellement perçues, et de

polariser les forces rythmiques et magnétiques incluses dans chaque individu considéré comme microcosme et comme accumulateur de puissance restreinte. Ce contact, cette polarisation sont identiques à la mission et à la signification intime de l'amour : en d'autres termes, la musique est de l'amour spiritualisé, et encore emprunte-t-elle comme l'amour le concours sensorieletmagnétique du corps. Si l'on mesure la distance qu'il y a d'une simple satisfaction organique, animale, à la recherche magnétique de l'infini, d'un acte banal, bas et vil pour beaucoup, à une révélation métaphysique aussi grave que la mort, la distance ne sera pas trouvée moins grande entre le simple bruit qui émeut l'oreille et l'organisation des bruits dans leur qualité de timbres et leur quantité de rythmes jusqu'à cette révélation métaphysique qui s'appelle une symphonie. Plus on analyse, et plus on est conduit à considérer l'amour et la musique comme deux synonymes de la même force mystérieuse et souveraine : et si la musique est un art, î'amour aussi doit être tenu pour tel.

C'est pourquoi ceuxquiaiment, mais auxquels le goût et la compréhension de la musique sont

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refusés, obéissent pourtant par Famour à certaines de ses lois : et c'est pourquoi ceux qui sont à la fois sensibles à la musique et à Tamour connaissent d'incomparables états de volupté physique et mentale. Tous les sens contribuent àTamour, contrairement à l'opinion du vulgaire croyant que le sens génésique est suffisant en soi : et cela est si vrai que la constatation de la froideur génésique entraîne toujours celle de la faiblesse ou du défaut d'éducation des autres sens. On ne concevra pas qu'une intense capacité amoureuse soit permise à un aveugle, à un sourd ou à un individu dénué de tout odorat, leur puissance génitale fût-elle grande. L'analyse de la sensation et Témotivité musicales nous montre à quel point l'impressionnabilité de l'ouïe par la musique est profondément reliée à l'amour, à ses plus secrets desseins. L'émotion génésique et l'émotion auditive se rejoignent par de mystérieuses similitudes, et connaissent d'étranges réversibilités. Il a été donné à certains musiciens, et à Wagner plus qu'à tout autre, de suggérer d'immenses spasmes indéfinis, simultanément et indissolublement, à la chair et à l'âme, dans un émoi radieux qui était l'amour lui-même en la fusion

de réalisme et d'idéalisme dont il est fait.

Toute musique est un acte d'amour, et, comme l'amour, elle est une délivrance individuelle, une invitation à Foubli, une évasion soudaine de Tindividu dans ces libres régions du rêve et de l'extase où ne saurait le poursuivre aucun contrôle social. La musique est une luxure abstraite qui devient parfois presque concrète — et les femmes passionnées le savent, et de tous les arts c'est le seul qui les émeuve véritablement, par ses subtiles transpositions des joies de l'étreinte, par ses rythmes, redites éloquentes du rythme spasmodique recélé en leur sein. Et qu'on ne reproche pas à de tels commentaires de profaner la musique en l'associant aux joies charnelles : la symphonie la plus noble, la prière harmonique la plus ardente, comme la valse la plus franchement sensuelle, sont faites de ce rythme vital que l'homme a capté et appris à susciter à volonté pour amplifier la forme rythmique de son amour. Aucune musique ne nous émouvrait sans cette allusion cachée au tumulte de notre sang; dénuée de ce sous-entendu sensuel dont les effets nous soulèvent, elle ne serait qu'un aride travail professoral, une combinaison

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arithmétique d'éléments sonores, un jeu et un exercice de l'ouïe. C'est à quoi la réduisent certaines compositions scolastiques, aussi éloignées des joies musicales qae les travaux sur les lois de la couleur le sont des joies de la peinture. Si la musique noMS émeut et vit en nous, c'est que son impression sur l'ouïe n'est que le signe de sa pénétration dansnotre organisme voluptueux, et que toutes nos émotions retentissent toujours — jusqu'à la douleur elle-même! — dans notre domaine génésique.

Quiconque n'aime pas la musique en amant ne sait pas tout à fait l'aimer. Elle est la caresse par excellence et la plus haute forme del'amour; elle donne, par la chair, tout ce que la chair n'atteint pas, elle est la région où l'étreinte projette, pour une seconde, les amants soulevés vers l'infini, et d'où l'ironie de la nature les fait retomber sur la terre. Elle est, permanente et ardente, la région des Grands Rythmes à laquelle ils essaient d'atteindre par les leurs. Elle est la Terre promise où le frisson réitéré des corps prend tout son véritable sens. Les âmes s'épousent par la musique comme les corps par leur conjonction, et toute véritable musique est une messe solennelle de l'amour.

LES FORMES SOCIALES DE L'AMOUR

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