LIGNES MAGIQUES
Dans nos cinq dernières conférences du dimanche, M. le baron du Potet a essayé de produire quelques effet de magie magnétique, dont la réussite prouve que le magnétisme est la clef de la science occulte de tous les temps et de tous les pays. Les expériences faites sur six personnes, en présence d'un auditoire nombreux et choisi, ont présenté des résultats tels que la plume la mieux exercée aurait peine à les décrire. Comment, en effet, traduire les sensations variées, dépeindre le jeu
multiple des muscles de la face, le regard, l'attitude corporelle des personnes soumises à un pouvoir occulte qui les pénètre, les domine, qui a fait élection de domicile dans le centre cérébral lui-même, où il livre un combat à l'âme de cette organisation, qu'il subjugue ? Essayons pourtant de faire comprendre quelques traits de ces étranges phénomènes.
Première expérience.
Soient deux lignes de craie tracées sur le sol (figure cidessous) avec une intention magnétique, à Textrémité desquelles se trouve, séparé par un espace C, une spirale D, figurant conventionnellement un précipice.
Le patient, jeune et robuste, est placé, tout éveillé, au point A, un pied sur chaque ligne. M. du Potet, qui a reconnu précédemment sa sensibilité, ne le magnétise point et le laisse complètement libre d'obéir ou de résister aux diverses impressions qu'il éprouvera. Il résiste. Bientôt un tremblement convulsif des membres inférieurs se manifeste et se communique à toute l'économie ; les yeux deviennent brillants, vitreux, fixes ; quelque chose de saccadé se fait remarquer dans ses mouvements, une impatience manifeste se montre, et il commence aussitôt à marcher sur les lignes sans pouvoir les quitter, en dévier, les fuir, les éviter. Quelque
chose d'inexprimable se peint alors sur ses traits. Un pouvoir dominateur ou fascinateurTattire jusqu'au bout de cette route fatale^, où le magnétiseur a voulu qu'un profond précipice existât. Ce n'est cependant qu'une idée, un désir magnétiquement formulés ; mais cette idée s'est tellement communiquée au magnétisé qu'en approchant de l'abîme imaginaire il se couche et rampe du point B à l'ouverture béante du précipice fictif. Là un profond désespoir se peint sur sa figure ; il a la respiration haletante, râleuse, bruyante. Comme saisi de vertige, il cherche à s'accrocher, se retenir en enfonçant ses ongles dans les rainures du parquet. Un tremblement insimulable agite tout son corps. Dans ce moment, la plus grande partie de l'assemblée, émue par la vue de cette scène singulière, y participe tellement que tous les regards se tournent avec attention vers le magnétisé, que les corps se lèvent, que les bouches s'entr'ouvrent : encore un instant, il va sortir de cette foule des cris déchirants. Mais M. du Potet, mettant fin à cette scène imitative de magie, fait enlever le patient, toujours livré à ses craintes, à ses angoisses ; ce n'est que dans une pièce voisine qu'il reprend ses sens, et oublie les dangers auxquels il se croyait exposé quelques instants auparavant. Une sueur froide l'inonde, et l'oubli par lui de ce qui s'est passé frappe d'un étonnement nouveau les témoins de cette curieuse tentative.
Deuxième expérience.
Ce sont encore deux lignes crayeuses, tracées avec volonté déterminée, qui forment tout l'appareil de cette démonstration. Un triangle E se trouve à Tune des
extrémités linéaires (figure ci-dessous), pour un usage que nous connaîtrons tout à l'heure.
Le sujet de cette expérience, jeune et robuste aussi, est égalemment éveillé. Placé les pieds dans Tespace compris entre les deux lignes, qui sont assez éloignées pour marcher sans les toucher, et abandonné à la seule action du fluide déposé sur les lignes, cet homme est bientôt attiré dans ce plan, dont il ne peut franchir les limites, qui lui paraissent comme des murailles contre lesquelles il se heurte tantôt à droite, tantôt à gauche. De l'extrémité, en suivant la ligne ponctuée, il arrive au point A, où il fait de vains efforts pour continuer sa route en ligne droite ; la pointe de ses pieds heurte la ligne magique sans la pouvoir franchir. Un brusque mouvement le fait obliquer et suivre jusqu'au point B la direction figurée par la ligne ponctuée et de là au point C, à chacun desquels il s'arrête, les pieds comme cloués et le corps oscillant, jusqu'à ce qu'un brusque demitour le replace dans son sinueux chemin. Parvenu au bout D, il trouve l'issue fermée par l'écartement des côtés du triangle E ; il fait les plus grands efforts pour franchir cet obstacle, et manifeste une sorte de désespoir et de crainte que des mouvements musculaires involontaires attestent à tous regards ; il est comme fixé au sol.
Quatre autres personnes, placées dans les mêmes
conditions, obéissent de la même manière, avec des différences d'intensité seulement.
Jusqu'ici ces faits, quoique curieux, ont cependant beaucoup de ressemblance avec les effets de l'attraction magnétique, bien qu'ils en diffèrent essentiellement quant à la manière de les produire, puisque dans le cas présent le magnétiseur reste passif, et que dans l'attraction il magnétise énergiquemént. Mais voici où commence la magie. II s'agit de faire sortir de ce labyrinthe les gens qui s'y sont engagés. L'adhérence de leurs pieds au sol rend cette opération difficile ; ils n'opposent pourtant pas de résistance, et ce n'est pas Tinertie que l'on a à vaincre ; c'est quelque chose de plus : une sorte de soudure qu'un seul homme ne peut rompre ; il faut que plusieurs s'emploient à cet office. Et lorsqu'on est parvenu à éloigner les magnétisés du plan magnétique, leurs pieds sont attirés vers les lignes et s'y fixent de nouveau, de telle sorte que, pour enlever les patients, il faut les emporter en évitant le voisinage du plan vers lequel ils tendent sans cesse à se rapprocher.
Tous ces magnétisés, transportés dans une chambre voisine, reprennent leurs sens, mais n'ont pas une connaissance exacte des sensations qu'ils ont éprouvées. Il leur reste un peu de fatigue dans les pieds et dans les mollets, avec un sentiment de chaleur et de traction, comme si tous les muscles des jambes avaient été tiraillés.
Mais, nous le répétons, il est impossible de rendre sensible tout ce qu'il y a d'anormal dans ces faits : la pensée s'abîme en voulant approfondir ces mystères.
Troisième expérience
Les faits de magie imitative que nous allons raconter laissent bien loin derrière eux tout ce qu'on a fait jusqu'ici en magnétisme ; ils ouvrent un vaste champ aux investigations des expérimentateurs et agrandissent la pensée. Heureux ceux qui ont été témoins du drame que nous allons décrire, car ils ont pu comprendre et sentir ce que vainement notre plume essaiera de tracer.
M. le baron du Potet, tenant de la craie d'une main et du charbon de l'autre, trace sur le parquet deux lignes droites, parallèles, Tune blanche et l'autre noire, distantes d'un mètre et longues de trois environ. Personne ne connaît son projet, lui seul Tayant conçu ; on est attentif, car il va s'agir, comme dans les conférences précédentes, de magie magnétique.
A l'extrémité B de la ligne blanche se trouve dessiné de la même manière un niveau N ; l'extrémité D de la ligne noire se termine par un serpent S ; deux étoiles de craie, X, 0, sont tracées, sans intention magnétique, à une égale distance des deux lignes.
Maintenant M. du Potet nous fait connaître sa pensée;
voici ce qu'il se propose : reconnaître si véritablement deux principes opposés nous gouvernent, comme l'ont cru les anciens philosophes : Tun qui, principe du bien, nous pousse et conduit dans cette voie ; l'autre qui, principe du mal, nous incite sans cesse à des actes coupables. Le triomphe de Tun ou de l'autre fait le vice ou la vertu de chaque être, le rend heureux ou malheureux.
« Voyons, dit M. du Potet, si Têtre humain placé entre ces symboles décèlera sa tendance ; voyons quelle sera la direction prise par les êtres engagés dans cette route. L'espace est libre ; Tintluence magnétique n'existe que sur les lignes. En les traçant j'ai eu deux pensées : la noire est pour moi le chemin du vice ; j'y ai imprimé, par intention, tout ce qui peut le caractériser. La blanche est contraire ; j'y ai imprimé aussi, par ma volonté, mes pensées, tout ce que les hommes regardent comme étant la vertu. Essayons donc leur influence sur des personnes sensibles au magnétisme, mais non magnétisées actuellement. Je vais donc rester entièrement passif durant l'opération, et le résultat, quel qu'il soit, devra être attribué à l'unique influence exercée par les lignes et symboles. »
Un jeuue homme de vingt-quatre ans, robuste et décidé, chez qui le sommeil magnétique n'a jamais été produit, est placé sur l'étoile crayeuse, X. Sa volonté est libre, et personne ne remarque d'altération ni dans sa raison ni dans son maintien habituel ; il rit et exprime ses doutes sur l'issue de cette tentative.
M. du Potet se place au point 0, où il reste inactif, attendant l'événement, comme chacun des assistants, pour qui cette expérience est aussi nouvelle qu'inatten-
due, personne ne croyant alors à l'influence que peut exercer un signe de craie ou de charbon tracé avec intention magnétique. Tout le monde est invité au silence ; mais cette recommandation devient inutile, car, au moment où on ne .pouvait encore s'y attendre, un mouvement assez violent agite, secoue le patient. On est, dès lors, dans Tattente anxieuse de ce qui va se passer ; le plus grand silence règne. Les traits du sujet prennent un caractère d'inquiétude ; il fixe alternativement ses yeux sur les lignes, et ne regarde déjà plus l'assemblée. C'est alors que dé nouvelles secousses remuent tout son corps et Tébranlent fortement. Il avance enfin d'un pas vers la ligne noire, puis retourne volontairement à sa place ; mais à peine y est-il arrivé qu'il repart dans la même direction. On remarque déjà manifestement que la ligne noire l'attire ; il s'en approche en oscillant, et la touche enfin du bout du pied au point E ; puis il la quitte de nouveau pour rentrer dans le plan, mais quelque chose semble le retenir ; il regarde la ligne blanche, et son corps se penche latéralement vers elle, les pieds restant immobiles près de la ligne qu'ils touchent presque. Un brusque demi-tour le replace sur la ligne qui Tattire, et il y marche rapidement jusqu'au point G. Là, tournant un peu sur luimême, son corps, fléchissant de côté, forme presque un demi-cercle, la tête inclinée sur la ligne blanche. C'est dans cette position, ainsi courbé, qu'il avance latéralement vers l'extrémité D de la ligne noire, regardant avec anxiété ce qui la termine. Ses yeux semblent lancer des lueurs tant ils sont brillants ; tout est saccadé dans ses mouvements ; le jeu des muscles de la face exprime les combats de l'âme ; on peut y voir l'ivresse
du plaisir comme le désespoir que cause une grande faute. Agité par le tumulte de ses pensées, tout est en mouvement dans son organisation ; sa poitrine se gonfle, sa bouche chasse des bouffées d'air, puis toute hésitation disparait ; il se tourne vers le serpent symbolique; se penche sur ce signe fatidique en écartant les mains comme pour le saisir. On l'arrache alors de cette cruelle situation ; il est sans connaissance, et inondé de sueur ; ses yeux sont immobiles. Transporté dans une pièce voisine, il y reprend peu à peu Fusage de ses sens. Interrogé sur ses sensations, il ne se rappelle que ses premiers mouvements, et dit que les trois premiers pas qu'il a faits étaient accompagnés d'un sentiment de plaisir indicible, puis qu'aussitôt après un sombre désespoir s'est.emparé de lui, qu'il entendait une voix intérieure qui lui criait : « Où vas-tu ? Retourne sur tes pas... » Mais qu'à dater de ce moment il ignore ce qu'il a fait, ce qu'il est devenu, où son corps a été entraîné. Il assure qu'il ne croyait point d'abord à une influence de cette sorte, et qu'il était bien résolu, si elle se faisait sentir, à la repousser de toute sa volonté.
Il est impossible de dépeindre la diversité des sensations éprouvées par les assistants. Chaque mouvement du patient produisait sur tous l'effet d'un choc électrique, une sorte de contagion vibratile ; toutes les poitrines étaient haletantes, et, lorsqu'il fléchit pour saisir le symbole du mal, des bras se sont levés, des bouches se sont ouvertes, comme si, blessés dans leur conscience, les témoins de cette scène étrange eussent voulu protester contre ce résultat.
Cette première émotion calmée, M. du Potet engage une autre personne à se placer sur l'étoile X. C'est
l(i LA MAGIE DEVOILEE
encore un homme fort et parfaitement éveillé ; il pense que sa volonté est plus puissante et dominera toute sorte d'influence. C'est donc résolument, sans hésitation, qu'il consent à subir Tépreuve. Chacun est dès lors attentif et s'apprête à saisir les moindres particularités de l'expérience. Deux minutes sont à peine écoulées, que déjà les mouvements convulsifs se manifestent dans les jambes ; le regard est fixé entre les deux lignes ; on peut remarquer une grande hésitation ; son corps se penche tantôt à droite, tantôt à gauche ; enfin un premier pas a lieu vers la ligne blanche. Toute l'assemblée croit qu'il va s'y diriger de plus en plus, mais il n'en est rien : il est jeté brusquement sur la ligne noire au point E, et puis la côtoie jusqu'au point H, où il la touche de nouveau.. C'est alors que le désespoir s'empare de lui, que de grosses larmes coulent de ses yeux. On croit qu'un mauvais génie le pousse. Erreur ! Par un effort désespéré, il s'éloigne et se dirige au point I de la ligne opposée qu'il touche du bout du pied ; mais il la quitte vite, et, dans une sorte de transport impossible à rendre, arrive au point 0, sur M. du Potet, qu'il étreint de ses bras et inonde de ses larmes.
Voilà deux épreuves qui semblent décisives ; chacun est saisi et pense dans ce moment que véritablement deux génies, deux forces gouvernent la machine humaine, se la soumettent ; plus de doute même pour quelques-uns, dont une sombre tristesse s'empare. Quelque chose de fatal nous pousserait-il invinciblement vers un abime lorsque la puissance contraire ne peut contre balancer sa rivale, et chacun de nous pourrait-il, par ces épreuves, connaître son destin? Essayons
encore, dit M. du Potet ; et, prenant un nouveau sujet qui paraît sûr de lui, il le place sur l'étoile X comme les précédents.
Cette épreuve encore va donner des résultats. Les membres de cet homme résolu sont agités convulsivement ; Tattitude de ses traits commence à s'altérer ; encore un instant, et il va marcher... Tout à coup une porte est violemment poussée, des individus froissés, des sièges renversés ; un jeune médecin, que personne n'avait remarqué dans un coin delà salle, s'élance vers les lignes avec la rapidité d'un trait ; renversant tout ce qui lui faisait obstacle, il arrive d'un bond dans Tespace compris entre les deux lignes. Il a les traits bouleversés, les cheveux hérissés, les yeux hagards, les bras étendus, les doigts écartés ; il s'agite violemment et semble vouloir prendre la place de celui qui se prêtait à l'expérience.
Tout le monde se lève étonné ; une sorte de panique a saisi l'assemblée ; mais M. du Potet s'approche promptement, passe la main sur le front du patient, qui se penche sur lui, ferme les yeux et redevient calme. Entraîné dans une autre pièce, le héros de ce drame imprévu est interrogé ; lent à répondre, il exprime enfin que, malgré lui, il a commis cet acte ; qu'entraîné par un pouvoir invincible il avait été comme jeté sur les lignes.
Comme on le voit, les émotions les plus grandes n'ont cessé de pénétrer l'auditoire, qui, dominé, semblait être sous le charme de cette magie. Plusieurs personnes avouent même avoir senti pendant ces épreuves quelque chose d'anormal qui les portait à regarder les symboles et à s'en approcher aussi. Voilà donc, à n'en point dou-
ter, les sources de la magie ; voilà par quel pouvoir toute l'antiquité a été subjuguée, dominée, et d'où découlèrent tant de croyances qui eurent dans tous les siècles une si grande influence.
M. du Polet, résumant la séance, engage l'assemblée à ne tirer aucune conséquence rigoureuse des faits qui viennent de se passer. Il croit qu'en cette circonstance la matière, obéissant plus que Tesprit, a été subjuguée par les seuls propriétés de la vie ; que Tâme, trouvant des organes paralysés, ne pouvait manifester toute sa puissance. Il engage tous ceux qui s'occupent de magnétisme à ne répéter ces expériences qu'avec une grande réserve ; car, pour bien conduire ces opérations encore mystérieuses, il faut posséder une certitude d'action et un calme profond de l'entendement ; le plus grand trouble pourrait résulter de l'ignorance ou de l'inobservation des conditions reconnues nécessaires à la manifestation régulière des effets. Il rappelle à ce propos la profonde vérité pratique contenue dans ces simples paroles d'une somnambule : Ne vous étontiez de rien. Nous savons, en effet, que si le magnétiseur partageait l'émotion que fait toujours naître la surprise, ou se laissait influencer par la vue des perturbations qu'il a causées, tout bientôt ne serait que désordre qu'il ne pourrait plus détruire.
(( C'est, dit il, par une suite de démonstrations analogues, en poursuivant cette série d'expériences, que nous espérons allumer le flambeau qui doit éclairer la marche du magnétisme. Trop longtemps les magnétiseurs sont restés dans le cercle expérimental tracé par nos devanciers ; il faut maintenant le franchir hardiment, résolument, en marchant toujours du connu à
l'inconnu, sans oublier un instant les règles pratiques, sans perdre de vue les propriétés de Tagent magnétique. Laissons de côté ceux qui voudraient empêcher la marche de la science en exprimant leurs craintes . Innovons, innovons sans cesse, mais que toujours la sagesse et l'expérience nous servent de pilote. »
Quatrième expérience
Les épreuves précédentes de magie magnétique ne pouvaient être continuées sur les mêmes sujets ; leur caractère ne le permet point. Il était bon de les tenter ; elles ont réussi, cela suffît. Il faut maintenant poursuivre sous un autre aspect Fétude de ces faits singuliers, mais en évitant de trop exalter le système nerveux des personnes qui se prêtent aux expériences. Nous allons suivre M. du Potet dans ses nouveaux essais, et rendre aussi fidèlement que possible les phénomènes observés.
L'opérateur trace sur le parquet, avec de la craie, trois cercles d'un diamètre d'un pied à peu près (figure ABC ci-dessous).
Son intention, dit-il, n'est pas de produire une action sur le moral de la personne qu'il va soumettre aux expériences, mais de rechei*cher quels vont être les
effets physiques résultant du principe magnétique déposé sur le parcours des trois lignes circulaires. Il'croit que ce fluide va être senti, et déterminera, par conséquent, une série d'accidents nerveux ou d'effets physiologiques dignes d'être examinés. M. du Potet prend d'abord un homme de vingt-quatre ou vingt-cinq ans, trapu et fort; il le place au centre du cercle A ; il l'engage à maîtriser les effets qu'il pourrait éprouver tendant à le déplacer. Cette recommandation le fait sourire, et cependant, tout en causant, les muscles de son front se plissent, un rire singulier se fait remarquer, quelque chose de chevrotant a lieu dans sa voix, et tout en parlant avec les personnes qui l'entourent il pivote ; on voit qu'il résiste ; mais bientôt, dominé de plus en jilus, il tourne comme une toupie d'Allemagne. Ce mouvement s'arrête brusquement ; on engage le magnétisé à rester encore dans le cercle, et bientôt il pirouette comme la dernière fois, forcé qu'il est d'obéir à un pouvoir que tout à l'heure il méprisait, car il ne pouvait le comprendre.
L'agitation de tout son être dure une dizaine de minutes, et pendant ce temps le magnétiseur place un autre jeune homme au centre du cercle B. Il s'éloigne, et l'on examine avec attention quelles vont être les sensations éprouvées. Bientôt les yeux de ce second sujet se ferment ; sa tête commence à décrire un mouvement circulaire dont le rayon successivement s'agrandit. Les pieds restent invariablement fixés au centre du cercle.
Le mouvement devient plus rapide, tout son corps y participe ; on voit qu'il va perdre son centre de gravité. M. du Potet engage une personne à prévenir sa chute. On examine cette continuité rapide de cercles infinis, et il tombC; malgré les précautions prises. On l'emporte
loin du lieu de Texpérience; il ne sait rien, ne se rappelle que son arrivée sur le cercle ; il n'a pas senti sa chute plus que les mouvements de tout son corps.
Jusqu'ici ce ne sont que des jeunes gens sur qui on a expérimenté; on peut croire que leur système nerveux est plus influençable. Voyons, dit M. du Potet, si sur une personne âgée les elBfets seront les mêmes; et il prie M. le comte de Beaumont, dont Tâge n'est pas contestable, puisqu'il a vu Mesmer chez Marie-Antoinette, de vouloir bien se placer sur le cercle C. et de nous faire connaître ses sensations. Au bout d'un instant les membres inférieurs sont agités; on remarque un écartement des jambes et leur rapprochement subit ; il est enfin saisi par tout le corps, et, prêt à s'affaisser sur lui-même, il s'écrie : « Aïe ! aïe » C'est alors seulement qu'on Tenlèvo du cerele. Loin de se plaindre de cette expérience, il en semble ravi ; une douce chaleur partout le pénètre ; un de ses bras, peu flexible par suite d'affection rhumatismale, devient tout à coup aussi libre que s'il n'eût jamais souffert.
Pendant toutes ces expériences, M. du Potet est resté entièrement passif. Ceux qui ne reconnaissent point les propriétés dont peut être revêtu l'agent magnétique pourraient croire que l'imagination des sujets a été ici la cause productrice ou motrice des phénomènes ; il n'en est rien. Voici une nouvelle démonstration bien propre à éclaircir à cet égard .
Cinquième expérience
L'opérateur trace avec de la craie un nouveau cercle, représenté par la figure X ci-dessous.
Ensuite il fait partir une ligne du point A. au point B, puis une autre, parallèle, du point C au point D.
Ces deux lignes, ainsi que le cercle auquel elles aboutissent, sont magnétiques. M. du Potet agit comme dans Texpérience précédente ; sa volonté, son désir a été d'imprimer fortement sur ces trajets une puissance d'action capable d'influencer les personnes qui s'engageraient entre ces lignes. Voici les plus curieux résultats que Ton puisse imaginer, car ils vont jeter quelque lumière sur des points remplis d'obscurité. Le hasard seul en est cause, non les combinaisons de l'esprit du magnétiseur.
Trois personnes successivement se placent au point étoile. Leur jambes, s'écartant de côté, ne tardent pas à toucher les lignes ; mais, chose singulière et digne d'attention, l'une d'elles, AB, attire fortement les sujets vers le cercle, tandis que CD, agissant en sens contraire, les reporte vers le point de départ, et c'est par un déraillement continuel, les jambes écartées, qu'ils avancent vers le cercle. Tout le corps est tordu et incliné vers la ligne AB sans que les pieds aient quitté les deux tracés; ils arrivent enfin jusqu'au milieu du cercle, où une sorte de suffocation se fait remarquer sur tous les sujets. Voici l'explication que donne
M. du Potel des irrégularités qu'ont présentées ces expériences.
« On a pu remarquer, dit-il, que, pour tracer les lignes, je ne suis pas parti du même point : Tuné a été tirée du point A vers le point B ; j'ai fait partir, au contraire, l'autre du point G, et l'ai dirigée au cercle. De cette simple difiPérence dans les deux points de départ du tracé résultent toutes les contrariétés éprouvées par les personnes qui se sont prêtées aux expériences, une ligne étant attractive et l'autre répulsive par le seul fait de leur arrangement. Le magnétisme ici a obéi à une loi qu'il faut connaître, et confirme cette vérité que j'ai souvent soutenue ; l'agent employé à des propriétés inhérentes ; livré à lui-même, c'est-à-dire lorsqu'il n'est point revêtu des qualités de l'âme ou l'esprit peut y imprimer, il agit conformément à sa nature physique et présente quelque analogie avec l'aimant. Tout consiste donc, pour établir l'art de magnétiser, à reconnaître d'abord les propriétés fixes, inaltérables, de l'agent magnétique, puis toutes celles dont il peut se revêtir par l'empreinte de notre volonté. On le voit clairement ici : ce que nous croyons dans notre peu de connaissance, être inexplicable et dû à des causes inconnues, résulte seulement du défaut d'observation des règles connues, mais dont on ne souvient plus en expérimentant.
« Cette expérience dernière est d'une grande importance, en ce qu'elle nous fait apercevoir clairement la cause des irrégularités remarquées, et nous place sur la voie de phénomènes que nous pourrons expliquer désormais. »
Voici un autre résultât non moins intéressant :
l.A MAGIE DEVOILKE
Sixième expôrienoe
M. du Poteta engagé deux des personnes soumises aux expériences précédentes à se placer sur une seule ligne, l'une d'elles restant immobile un peu en dehors du tracé, l'autre touchant l'extrémité opposée, comme l'indique le plan suivant :
La personne placée au point A est attirée et parcourt une partie de la tige, remuée, secouée par l'agent magnétique, tandis que celle du point B n'éprouve encore rien d'apparent. Mais, à mesure que l'attraction s'exerce et rapproche le sujet de l'extrémité B, celui qui s'y trouve éprouve un ébranlement nerveux de plus en plus marqué ; et au moment où les deux êtres vont se toucher, les commotions sont si fortes qu'on est obligé de les enlever, impuissants qu'ils sont à s'éloigner d'eux-mêmes. On pouvait donc reconnaître l'action de l'un sur l'autre, d'autant plus vive, que l'atmosphère plus active do celui qui était attiré venait pénétrer le système nerveux de celui qui se trouvait dans sa sphère d'activité.
M. du Potet nous annonce que ces expériences sont pour lui une révélation ; qu'il vient de découvrir un des mystères les plus cachés du magnétisme, qu'il en -' — "ira une preuve évidente dans la prochaine confé-