‹ La Magie dévoiléeChapitre 11 sur 26 · MIROIR MAGIQUE · texte numérisé non relu

MIROIR MAGIQUE

Lorsqu'un fait est dans toutes les croyances, lorsqu'il s'est présenté dans tous les lieux et qu'il se reproduit sous mille formes diverses ; lorsque les historiens de tous les peuples ont parlé de son existence, qu'importent les dénégations des savants ? Elles ne servent qu'à le rendre plus évident, car les explications qu'ils donnent pour le combattre en établissent au contraire la réalité.

Ainsi la magie — et sous ce nom nous comprenons des faits d'une occulte puissance, mal connus, mal définis, dont la source est en nous-mêmes — existe en Chine, dans l'Inde, en Orient. Ne la vit-on pas en Italie lutter de puissance avec le pouvoir spirituel ? Dans tout le Nord, chez les plus petits peuples, les Lapons on en constate encore l'existence aussi bien qu'ailleurs. C'est donc un fait digne d'étude; nous avons entrepris de le mettre en lumière et de reproduire, autant que nos faibles moyens nous le permettent, les phénomènes qui prouvent la réalité du pouvoir de l'âme humaine en dehors de l'organisation où elle s'est logée.

Sans nous inquiéter en rien des opinions diverses relatives à notre travail, nous dirons ici clairement, sans ambiguïté : Nous croyons à la magie. Et, pour établir notre croyance en la justifiant, nous relaterons une série d'expériences curieuses, résultant de l'emploi raisonné que nous avons fait de la force psychique qui existe en nous, sans qu'aucune addition d'autres forces ou agents soit venue nous aider. Il faut ici que tout produit soit le résultat d une seule cause.

Depuis longtemps nous soupçonnions que le magnétisme humain possédait des propriétés non encore connues des magnétiseurs ; que ces propriétés étaient justement celles employées par les hommes qui, dans tous les temps et dans tous les lieux, opèrent des prodiges. Nossoupçons, nous les eûmes dès le jour où, employant les procédés magnétiques, nous vîmes deux personnes incrédules être obligées de s'endormù' entre nos mains. Ils redoublèrent lorsque nous reconnûmes que ce pouvoir, s'exerçant au travers des murailles, pouvait saisir rhommequi ignorait notre pensée, et le dominer comme en notre présence. Nos doutes se changèrent en certitude quand nous fûmes mis à même de nous assurer de la communication de nos pensées» sans parole ni signe quelconque ; lorsqu'enfin il nous arriva de donner aux corps des qualités différentes de celles qui leur sont propres Plus nous avancions dans l'étude du magnétisme vulgaire, plus nous découvrions de faits incompréhensibles, mais certains qui, rappelant à notre mémoire les phénomènes merveilleux du passé, nous faisaient comprendre qu'ils avaient une commune origine avec ceux que nous produisions de nos mains.

Nos recherches n'étaient cependant point dirigées par la pensée de trouver ces affinités de faits et d'analogies ; nous avancions sans nous en douter dans cette route nouvelle où le magnétisme va lui-même être entraîné, au grand profit de la science et de l'humanité^ comme nous le démontrerons. En effet, Tignorance fut toujours un mal ; c'est par elle que les malheurs de r homme se perpétuent ; elle est la source de toutes nos calamités et de cette enfance des êtres qui vivent et meurent sans se connaître, dominés par des terreurs et

des craintes, soumis .qu'ils sont à d'habiles imposteurs qui se gardent bien de les éclairer.

Eh bien ! tout ce mal peut diminuer, et l'humanité changer de face si la science le veut, si elle daigne s'occuper de nos recherches, prendre en main la défense de la découverte de Mesmer, en poursuivre l'étude et éclairer le monde avec la lumière pure qui en jaillira. Nous sommes loin de l'espérer pour le présent ; l'avenir est à Dieu, il en ordonnera sans doute, et inspirera les hommes d'élite appelés à accomplir ses desseins. Nous manquerions de courage si nous ne publiions ce que nous croyons vrai, par craintedesopinionscontraires; car notre conscience nous dit que toute découverte estunbien utile à l'humanité, que toute vérité vient de Dieu, et que ne pas dire celle qu'on sait est un crime que les hommes ne peuvent punir, mais que Dieu punira sans doute ! Ne savons-nous pas d'ailleurs qu'on attachera peu d'importance à nos paroles et à nos récits ? Nos expériences passeront sans exciter beaucoup l'attention ; ce n'est que plus tard, lorsque nous ne serons plus, qu'elles seront considérées comme ayant quelque valeur. Mais peu m'importe ! je dois dire ce que je crois possible de réaliser avec la puissance découverte ; c'est d'ailleurs la seule route ouverte à l'investigation. Il faut que les magnétiseurs fouillent dans le passé pour y trouver des vérités, car ce n'est pas avec les savants modernes qu'ils pourront apprendre quelque chose touchant le magnétisme. Que ceux qui veulent nous suivre méditent ces paroles :

« Les anciens admettaient dans l'homme l'intelligence naturelle, la spirituelle ou métaphysique, l'éthérée et la

divine. Ils modifiaient ces degrés d'intelligence par le mélange de l'un dans Tautre ; comme le terrestre magique ou la puissance physique servent de causes à des effets merveilleux, le terrestre-divin ou le miraculeux basé sur les causes matérielles, dont les principales étaient le vin, le laurier, le narcisse, etc. Ils ne regardaient rien audelà de la puissance humaine, qu'ils ne renfermaient dans aucune borne, et qu'ils portaient jusque dans le sein de la divinité suprême ne l'identifiant avec elle ; ils prétendaient même que Tâme de Thomme, enfermée dans son corps charnel, pouvait encore communiquer avec les intelligences dégagées de la matière, et tirer par elles les lumières les plus instructives. Enfin, ils ne refusaient d'admettre aucun genre de divination qui pouvait contribuer à élever l'esprit humain au-dessus du degré matériel, qu'ils regardaient comme le plus malheureux état de l'humanité. »

Ce préambule demanderait un volume, tant les choses à dire sont nombreuses. L'intelligence du lecteur suppléera à notre discrétion forcée, car nous n'avons que quelques pages pour émettre nos pensées, ce Journal étant consacré à d'autres faits de magnétisme dont nous ne voulons point interrompre les récits pleins d'utilité.

Premier fait.

Pour cette opération, nous prenons un morceau de braise et traçons un disque, comme ci-après, en ayant soin que toutes les parties en soient noircies. Nos intentions sont bien formulées, aucune hésitation n'est dans nos pensées ; nous voulons que les esprits animaux

soient fixés dans ce petit espace, et y demeurent enfermés ; qu'ils y en appellent d'autres, ambiants et semblables, afin que des communications s'établissent entre eux et qu'il résulte une sorte d'alliance.

Le sujet, approché de ce point, le regarde. Une pénétration intuitive, due au rapport qui s'établira entre les esprits qui sont en lui et ceux fixés sur le miroir magique, doit lui permettre de voir les événements et tout ce qui l'intéresse comme s'il était dans l'extase ou dans le somnambulisme le plus avancé, bien qu'il soit libre de ses facultés comme de son être, et qufi rien chez lui ne soit enchaîné. Ce n'est peut-être pas là toute notre pensée, mais nous n'avons point de termes pour l'exprimer autrement.

L'opérateur doit se tenir à distance, sans qu'aucune influence de sa part vienne désormais ajouter ou se joindre i ce qui a été fait.

Cette expérience, neuve pour nous comme pour toute l'assemblée, commande le silence et l'attention.

Tous les yeux sont ouverts ; c'est en plein jour, sur un parquet qui n'a reçu aucune préparation, qui n'est revêtu d'aucun enduit, que le disque est tracé, et )e charbon qui a servi est déposé sur la cheminée, où tout le monde est libre de l'examiner. Aucun parfum n'est répandu, aucune parole prononcée ; il n'y a rien enfin

que cette poussière de charbon et l'occulte puisrsance déposée en elle au moment même, opération qui a demandé quatre minutes seulement. Durant ce court espace de temps, des rayons de notre intelligence, poussés par d'autres rayons, ont formé un foyer invisible, mais réel ; nous sentons qu'il existe au trouble inconnu que nous éprouvons, à Tébranlement de tout notre être, plus encore à une sorte d'afiaiblissement résultant d'une diminution de la somme de nos forces . Voici ce que Ton observe :

Plein de confiance en lui j sûr de l'impuissance de cette magie, un homme de vingt-cinq à vingt-six ans s'approche du signe fatidique, le considère d'abord avec un regard assuré, en examine les circonvolutions — car il est inégalement tracé, — lève la tête, regarde un instant l'assemblée, puis reporte ses regards en bas, à ses pieds.

C'est alors qu'on aperçoit un commencement d'effet : sa tête s'abaisse davantage, il devient inquiet de sa personne, tourne autour de la plaque noire sans la perdre un instant de vue ; il se penche davantage encore, se relève, recule de quelques pas, avance de nouveau, fronce les sourcils, devient sombre et respire avec violence. Alors on a sous les yeux la scène la plus étrange, la plus curieuse. Cet homme voit, à n'en pas douter, des images qui viennent se peindre dans le miroir ; son trouble, son émotion, plus encore ses mouvements inimitables, ses sanglots, se? larmes, sa colère, son désespoir et sa fureur, tout enfin atteste l'effroi, l'agitation de son âme.

Ce n'est point un rêve, un cauchemar, les apparitions sont réelles : devant lui se déroule une série d'événements représentés par des figures, des signes qu'il sai-

sit, dont il se repait ; tour à tour gai ou rempli de tristesse, à mesure que les tableaux de Tavenir passent sous ses yeux. Bientôt même c'est le délire de l'emportement; il veut saisir le miroir sur lequel il plonge un regard terrible ; puis s'élance et frappe du pied, la poussière s'en élève, et l'opérateur s'approche pour mettre fin à ce drame rempli d'émolions et de terreurs. Pour un instant on craint que le voyant n'exerce sur l'opérateur un acte de violence, car il le saisit brusquement par la tête et Tétreint avec force; quelques paroles affectueuses jointes aux procédés magnétiques l'apaisent et le calment^ les courants vitaux débordés rentrent dans leur lit.

Le crisiaque est entraîné dans une pièce voisine avant qu'il ait repris entièrement ses sens, on lui ôte le souvenir de ce qu'il à vu, et on achève de le calmer. Il ne lui reste bientôt qu'une douleur dans la partie supérieure du crâne, qui disparait d'elle-même au bout d'une demi-heure. Malgré tout il conserve une vague pensée, une préoccupation de l'esprit ; il cherche à se rappeler, il sent qu'il s'est passé en lui quelque chose d'étrange ; mais, quoiqu'il fasse, sa mémoire ne peut lui fournir un trait, une figure de tout ce qu'il a vu ; tout est confus en lui, et les interrogations nombreuses qu'il subit n'amènent aucune révélation.

Rêvons-nous? sommes-nous nous même sous le charme d'une illusion ? avons-nous bien vu ce que nous venons de décrire? Oui, oui, nous l'avons saisi, plein de calme et de raison ; tout est réel, et nous restons au-dessous de la vérité, ne pouvant entièrement la peindre dans ce récit, car les mots nous manquent, quoique notre mémoire soit fidèle.

Cette expérience a porté dans tous les esprits la conviction qu'une découverte venait de se révéler, et que le magnétisme allait certainement s'ouvrir une nouvelle route. Les faits déjà si curieux offert par le somnanbulisme sont dépassés ; car ici l'homme est éveillé, et par sa seule intelligence il peut dévoiler les secrets de Tavenir.

Deuxième fait

La plaque noire étant en partie effacée, on y repasse à plusieurs reprises le charbon, jusqu'à ce qu'elle soit ' bien rétablie. Indécis sur le choix d'un nouveau sujet, l'opérateur cherche des yeux dans l'assemblée la personne qu'il croit apte à sentir Tinfluence occulte du miroir et à en manifester les effets. Pendant ce moment d'hésitation se présente de lui-même un jeune homme de vingt ans environ, qui depuis quelque temps suivait attentivement les mouvements de la main de l'opérateur et fixait ses yeux sur le tracé. Bientôt il se lève de son siège et cause un étonnement général ; il approche lentement, muet, pâle ; il tourne plusieurs fois autour du miroir magique, le considère attentivement, s'éloigne se rapproche, se penche. Que voit-il dans cette plaque noire? Nul ne le sait encore, mais il voit. 11 est pris d'un rire sardonique inimitable ; sa figure prend bientôt une expression sérieuse ; il se trouble, tremble de tous ses membres, puis redevient calme. Différent du premier expérimenté, nulle fureur ne se peint en lui : un sentiment de curiosité semble le dominer, et son regard est constamment plongé dans le miroir. Comment pourrionsnous traduire ici les gestes, les mouvements de ce jeune

homme, l'expression peinte sur son beau visage : l'attitude de toute l'assemblée flottant entre la crainte et Tespérance, et semblant partager les émotions profondes du voyant ? Il reste ainsi dix à douze minutes, murmurant, articulant quelques mots ; et c'est au moment où il va parler que l'opérateur intervient. Mais, méconnu d'abord comme étranger, il éprouve quelque difficulté à éloigner le patient du miroir.

Comme au sujet du premier fait, on lui ôte le souvenir, sans eau du Lèthè.

Les prêtres d'Isis n'étaient donc point des imposteurs; ils connaissaient, sans nul doute, l'existence du principe magnétique et s'en servaient pour opérer leurs prodiges. Dans certains cas ils obtenaient de ceux qui allaient subir les terribles épreuves de l'initiation dès révélations propres à les guider dans la route de la vie ; mais pour imprimer plus de respect, on attribuait aux dieux ce qui venait de l'homme lui-même. Peut-être aussi voulaient-ils exercer un salutaire empire sur le vulgaire, et le tenir dans une sorte de crainte.

Nous donnons ces réflexions sans y attacher une grande importance ; c'est assez pour nous de posséder désormais le secret si longtemps caché d'entrer en communication avec un monde supérieur. D'autres hommes fouilleront le passé, et, lorsqu'ils referont l'histoire de ces temps reculés, ils n'attribueront plus au mensonge ou à l'imposture ce qui est dû à une loi éternelle de la nature. Le magnétisme, comme ces forces, occultes encore, qui fécondent les germes et créent tout ce que nous voyons, rentrera dans le domaine des sciences.

Quelle profonde révolution nous entrevoyons pour

l'avenir et quelle pitié nous inspire le présent ! Voyez les sciences, que savent-elles des choses morales et des facultés de Tâme? Elles se font gloire de leur ignorance en ces matières, et méprisent la vérité nouvelle I Le hachisch, l'opium, l'éther ! (^est avec ces moyens que le savant expérimente et prétend connaître ce que Dieu a caché en nous... Magnétiseurs, vous avez en vous la cause, le principe de toutes les merveilles ; le moindre de vos faits est supérieur en grandeur à tout produit académique. Allez donc en avant, passez sur ces vieux corps invalides, sur tous ces immortels à qui on a donné un fauteuil pour qu'ils soient plus commodément posés et qu'ils digèrent à l'aise. Laissez en paix toutes ces débilités humaines semblables à ces bois pourris qui donnent des clartés phosphorescentes ; on a beau souffler dessus, les frotter, ils ne donnent point de chaleur, et ne projettent toujours qu'une lueur terne qu'ils doivent à leur corruption.

Nous nous laissons emporter et nous devenons injuste: les savants sont nécessaires ; mais pourquoi donc leur temple ne s'ouvre-t-il point à la vérité nouvelle? pourquoi n'est-elle point honorée?... Taisons-nous sur les motifs de cette conduite coupable, et suivons notre chemin, emportant notre perle jusqu'à ce que nous ayons trouvé un lapidaire qui en sache le prix ; nous la lui donnerons sans demander un grain de mil, trop heureux de la voir accueillie et enchâssée avec les autres joyaux que le génie de Thomme a trouvés et fait briller par mille facettes.

Les secrets surpris pendant ces opérations magiques doivent être encore gardés ; nous serions indigne déposséder la science si nous les divulguions à qui que ce

soit ; car ce n'est plus un fait d'homme à homme : des expériences faites devant une centaine de personnes commandent la réserve ; c'est pourquoi nous nous sommes arrêté. Il nous eût été facile de faire articuler hautement ce que la bouche des voyants murmurait tout bas, ce que nous seul avons entendu. — Illusion, dira-t-on, rien n'était réel !!! — Paroles d'insensés et de faux savants. Voici notre réponse à de grossières suppositions : le dernier crisiaque assistait pour la première fois à nos séances démonstratives ; son nom même nous était inconnu comme sa personne ; il ignorait entièrement ce qui avait eu lieu précédemment. Eh bien ! nous le vîmes, après nos expériences, et lorsqu'il était redevenu très calme, suivre le trajet d'une ancienne ligne tracée pour d'autres opérations faites il y avait déjà trois semaines, et sur laquelle la brosse avait passé plusieurs fois. C'est avec un sentiment indicible, partagé par tous, que nous le vîmes suivre celte ligne invisible, bien présente à notre mémoire, sans s'en écarter. Interrogé, il nous dit qu'il se sentait entraîné dans cette direction, mais qu'il en ignorait la cause : il était alors sur l'extrémité du plan où la force magi-magnétique avait été déposée; nul effet ne s'était fait sentir au dehors.

Il faut donc chercher désormais d'autres explications aux phémonènes observés : ils ont, pour nous, leur cause dans ce fluide inconnu qui se revêt de nos pensées et les garde quelque temps emprisonnées en lui. Mais pour aider l'esprit de recherche des hommes forts, nous rendrons compte successivement de toutes nos expériences. Qu'on ne croie point cependant que nous abandonnions l'étude des phénomènes simples du magnétisme ; bien au contraire, nous avons été conduit par eux

96 I-A MAGIE REVOILKE

à nos nouvelles explorations ; nous espérons apprendre ainsi ce qui nous manquait pour perfectionner l'art de magnétiser. Nous avons l'espoir fondé d'y arriver.

Attraction magique

Dans les expériences auxquelles se livre M. le baron du Polet, dans nos conférences dominicales, quelquesunes faites pour prouver l'attraction magnétique, ont produit le singulier résultat que nous allons chercher à décrire.

Premier fait.

Le magnétisé et le magnétiseur se tenant debout, face à face, à quelques pieds de distance, il arrive que, si celui-ci tourne lentementsur lui-même, celui-là, au lieu (l'être attiré dans la sphère d'activité de l'opérateur el de le suivre, éprouve, au contraire, un mouvement' de rotation tout à fait semblable, mais en sens inverse, comme cela a lieu à l'égard de deux cylindres et de tout engrenage.

On remarque que magnéliseur et magnétisé tournent avec une vitesse égale d'abord ; mais bientôt ce dernier perd son mouvement rotatoire, et tend à s'éloigner en décrivant une courbe.

Ces curieuses expériences, répétées sur des hommes qui n'étaient point prévenus, étrangers par conséquent à toute espèce d'inlluence, ont réussi pleinement et servent de base au mémoire qu'on va lire.

« Monsieur, « Persuadé que rien de ce qui se rapporte au magné-

tisme ne vous est indifférent, je vous demande la permission de vous soumettre quelques idées que m'ont suggérées de récentes expériences d'attraction . Ces réflexions seraient susceptibles d'un long développement ; je me bornerai à vous les exposer dans toute leur simplicité. Je serai court et je tâcherai d'être clair.

« Au nombre des expériences faites par M. Derrien, j'ai remarqué particulièrement les mouvements de rotation et d'attraction imprimés à la personne magnétisée ; j'ai observé que le mouvement de rotation avait lieu dans un sens contraire à celui du magnétiseur, et j'ai cru y trouver la raison de certains phénomènes astronomiques : je veux parler du mouvement diurne de la terre et de sa révolution annuelle autour du soleil. Le fait de ce double mouvement est parfaitement démontré depuis l'admirable théorie de Newton ; Kepler en a tracé les éléments dans les célèbres lois qui portent son nom. Quant à la cause du mouvement, il faut, pour l'expliquer, recourir à une impulsion primitive donnée à tous les corps célestes. Examinons si le magnétisme ne pourrait pas fournir ici quelque lumière.

« Si l'on considère le soleil comme saturé et entouré d'un fluide dont l'influence se ferait sentir sur toutes les planètes dont il est le centre et le régulateur ; s'il est reconnu qu'il est doué d'un mouvement de rotation sur son axe, on concevra sans peine qu'il puisse imprimer aux fluides qui entourent chaque planète un même mouvement de rotation, mais dans un sens inverse. Or les notions les plus élémentaires d'astronomie nous apprennent que le soleil tourne sur son axe en vingt-cinq jours environ, que ce mouvement, relativement aux planètes, a lieu d'orient en occident ; on sait aussi que toutes les

planètes sont douées de ce même mouvement, et que toutes, chose remarquable, se meuvent d'occident en orient.

« Je dis donc que la rotation du soleil, agissant sur les planètes par la communication des fluides, est la cause probable de leur mouvement diurne, de même que la roue principale d'une machine met en jeu d'autres roues secondaires.

« Quant au mouvement de translation ou de révolution annuelle, l'explication qu'on en donne, c'est que notre globe obéit à la fois à deux forces qui se font équilibre, savoir : la force centripète, qui tend à attirer vers le soleil la terre et toutes les planètes, et la force centrifuge, qui tend à les en éloigner ; mais cette force centrifuge, quelle est-elle ? Faut-il absolument que ce soit une impulsion que les planètes auraient reçue primitivement, impulsion en vertu de laquelle elles continueraient à se mouvoir dans la même direction et avec la même vitesse, tant qu'une cause étrangère ne viendra pas changer cette direction, diminuer ou anéantir cette vitesse ?

« Ne peut-on pas encore ici admettre que ce mouvement est le résultat d'une attraction dont l'efTet se fera sentir tant que la cause qui la produit existera ?

« En effet, si la nature n'était sollicitée que par le soleil qui l'attire avec une force supérieure, elle serait précipitée immédiatement vers lui, et son mouvement cesserait assitôt ; mais elle doit être attirée aussi, dans une certaine proportion, par tous les corps de la sphère céleste, qui, quoique placés à des distances infiniment plus grandes que le soleil, empêchent cependant la terre de s'élancer vers cet astre.

(( Il résulte de la double attraction produite par des forces contraires que la terre ne peut se rapprocher du centre ni s'en éloigner. Mais comme le soleil qui l'attire à lui est beaucoup plus rapproché, et que la force d'attraction augmente en raison inverse du carré des distances ; en outre comme le soleil, en tournant sur luimême avec une vitesse quatre fois plus grande que la terre, imprime ce mouvement aux planètes qui Tentourent ; de ce mouvement de rotation résulte un déplacement dans Tespace qui produit le mouvement orbiculaire des planètes.

(( Pour rendre plus sensible cette démonstration, supposons une masse d'aimant fixée au centre d'un bassin rempli d'eau, et une petite boule de fer flottant à quelque distance ; il est certain que le fer sera attiré avec d'autant plus de force que la masse d'aimant sera plus puissante. Mais, si le bord du bassin est entouré d'un cercle de fer aimanté, le mobile flottant étant attiré à la fois vers le centre et vers la circonférence, ne pourra se porter ni vers l'un ni vers l'autre, et restera à une distance quelconque des deux corps attirants. Si maintenant on suppose dans le plus rapproché, soit le point de centre, un mouvement de rotation assez puissant pour se communiquer au mobile, ce mouvement ne devrat-il pas, comme la roue d'un bateau à vapeur, produire le déplacement du mobile? On conçoit alors que ce mobile ne pourra se mouvoir que dans la ligne qui représente la résultante des forces qui agissent sur lui, et décrira une courbe autour du point central.

« Ainsi donc, puisqu'un effet semblable se manifeste dans certains phénomènes célestes, concluons qu'il est dû à des causes analogues, et que Vattraction est le

principe du mouvement ; qu'il existe un fluide qui remplit tout Tunivers, par qui se transmet la force motrice à des distances infinies, et sur des masses incalculables ; que ce fluide est le point d'appui et la force inconnue qui maintient l'harmonie et l'équilibre dans la création.

« Ce moteur universel se montre à nous dans les phénomènes magnétiques, mais avec de sensibles modifications. Ce n'est plus une force aveugle de corps inanimés agissant mécaniquement en vertu de leur masse et de leur pesanteur ; c'est une force vive, intelligente, émanée de la volonté et de la nature humaine, et qui est aussi éloignée de la première que Tesprit Test de la matière. De là vient sans doute que la série des phénomènes produits par le magnétisme ne présente pas toujours la même exactitude mathématique, et qu'il s'y rencontre même des anomalies apparentes, parce que la nature, toujours la même dans son ensemble, est variée à l'infini dans ses 'détails.

(( En vous exposant ces idées, qui, je le crains, n'ont pas toute la précision désirable, je n'ai eu en vue que d'indiquer un rapprochement qui a pu échapper à d'autres esprits, et d'ouvrir un nouveau champ à la discussion. S'il en résultait le germe d'une théorienouvelle, je m'en applaudirais comme d'une découverte due au magnétisme, et à vous, Monsieur, qui accueillez la vérité n'importe par quelle bouche, et à l'homme de génie qui l'a peut-être pressentie quand il composa sa fameuse thèse De influxu Planetarum, »

RÉNOVATION DE LA MAGIE lOl

Deuxième fait

Une autre expérience, tentée pour confirmer la précédente, réussit pleinement. La voici :

Deux magnétiseurs étant placés, Tun en AetTautreen B (figure ci-contre), attirant en même temps, axec une intensité la plus égale possible, un sujet placé en C. Celui-ci, sol-, licite par deux forces perpendiculaires, chancelle, oscille, puis s'échappe par la diagonale

D, résultante des forces. Si le A

magnétiseur A agit davantage

que le magnétiseur B, ou réciproquement, le magnétisé n'arrive au point A ou B qu'en décrivant une courbe plus ou moins prononcée.

Page 1