‹ La Magie dévoiléeChapitre 9 sur 26 · ÉZÉCHIEL · texte numérisé non relu

ÉZÉCHIEL

« 11 y a vne chose créée de Dieu, qui est le subiect (( de toute merueille, laquelle est en la terre et au ciel, (( animale en acte, végétale et minérale : trouuee par- (( tout, cogneuë de fort peu de gens, et de nul exprimée « par son droict nom, ains voilée d'innumerables (( figures et énigmes, sans laquelle n'y Talchimie, ny la

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« magie naturelle ne peuuent atteindre leur completle u iifl. ))

Etudbs

Je venais souvent relire ces passages, renfermant un secret, comme si j'eusse pressenti qu'un jour ce secret devait m'être révélé.

Le mot de magnétisme fut prononcé devant moi vers la fin de 1815, année de la mort de Mesmer. Je ne veux point établir de rapprochement, mais seulement fixer une date. Ce mot seul éveilla tous mes sens ; il me sembla qu'il voulait dire nature, et tout ce que dans mon enfance j'avais le plus admiré se présenta à moi. Je rassemblai mes idées pour les coordonner et saisir ce qu'il y avait de commun entre les faits que je venais d'entendre raconter, et les impressions de mon jeune âge : celles-ci, me disais-je, m'auraient-elles donné un premier degré d'initiation qui doit aujourd'hui se compléter par une sorte de révélation mystérieuse ? Et, dans mon étonnement, je faisais répéter le récit des nouveaux et surprenants phénomènes. En sortant de ce premier entretien, j'étais magnétiseur. Quelque chose me disait que j'avais ce pouvoir occulte; pour la première fois de ma vie, je venais d'être remué par un agent intérieur, par un feu circulant dans mes veines, ayant la puissance de faire battre mon cœur.

C'est alors seulement que je compris que l'homme doit posséder dès son enfance l'histoire des temps passés, les mots surtout qui peignent les sentiments et qui donnent ainsi la faculté de rendre ceux qu'on

éprouve ; mon ignorance m'apparut une seconde fois, je cachai mon visage, mais sans être découragé. Quoi ! ce magnétisme était en moi, et je ne l'avais point encore découvert, personne jusqu'ici ne m'en avait parlé ! C'était donc un profond secret ! J'étais impatient de le connaître.

Les adeptes étaient peu nombreux, on citait Deleuze et Puységur ; je ne les connaissais point, et le temps n'était pas venu pour moi d'oser les aborder. La fièvre me prit, non la fièvre morbide, mais celle qui accompagne l'enthousiasme ; car moi, ne sachant rien du magnétisme qu'un récit de faits, sans avoir rien vu, je produisis, dès le soir même, sur deux jeunes filles aussi ignorantes que moi de ces matières, les merveilleux phénomènes du somnambulisme, et cela dans un instant. Tout ce que la raison de nos grands génies repoussait avec dédain et colère, je venais de le voir, de le constater avec une surprise mêlée de terreur : j'étais anéanti ! Sans expérience, dépourvu des moyens nécessaires pour diriger cette crise, mes forces me quittèrent : elles étaient passées dans deux corps qu'elles animaient d'une vie toute nouvelle. Je brûlais et j'étais froid, mes membres refusaient tout service, une affreuse pensée me traversa l'esprit : si tout à l'heure je ne pouvais rétablir dans leur état naturel ces personnes, que deviendrais-je ! J'ignorais tout.

x\près cinq heures d'angoisses, sur une simple question : Comment donc vous révoilier ? ces deux charmantes filles me tirèrent d'embarras.

C'était mon début, et cet instant décida de toute ma vie, il fut le motif et la cause de mon apostolat, je lui dus bien des souffrances, bien des affronts; mais, par

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compensation, les plus pures jouissances me furent offertes, et je les savourais à longs traits.

N'ayant aucune connaissance de la médecine, j'allai me placer sur les bancs de l'école, et je suivis les cliniques. Malgré mon aversion pour la dissection, je m'y livrai, je pris même mes inscriptions d'élève.

Je fréquentai un peu les leçons du Collège de France, et je feuilletai tous les livres des professeurs distingués.

Tous ces travaux n'eussent été rien pour moi, s'il ne m'eût fallu vivre et acheter des livres. J'éprouvais donc toutes les privations qu'éprouvent, hélas ! bien des jeunes gens ; mais, plus heureux que beaucoup d'entre eux, je les supportai avec courage et résignation ; elles n'altérèrent en rien ma santé.

C'est alors que je me rappelai mes premières années passées sans travail ; la nature avait eu le temps nécessaire pour fortifier mes organes ; mon cerveau, resté vierge, n'était point énervé ; j'avais toute la sève désirable, et Fécorcc était bonne.

Il ne me vint jamais à la pensée d'aller frapper à la porte de parents riches et puissants qui habitaient Paris, plusieurs étaient à la cour, tous pouvaient me servir. Je mettais une sorte d'orgueil à faire seul mon chemin. N'étais -je pas assuré que le magnétisme existait, non par un fait, mais par une continuité de travaux et de recherches, recherches faites souvent à l'insu de ceux qui me fournissaient de curieuses observations ? Par un levier invisible à tout le monde, je remuais des machines humaines, j'agissais également sur des animaux endormis ; profitant de toutes les occasions qui m'étaient offertes, je multipliais ma vie afin d'arriver plus vite, et j'en rendais tous les instants

utiles. N'y avait-il pas là de quoi m'ouvrir une carrière ? Cette vérité prouvée ne devait-elle pas me conduire à quelque chose ?

Ce qui influa sur moi d'une manière puissante, ce qui me donna le courage de la persévérance, je dois le dire, ce ne furent point les faits que j'obtins sur des gens éveillés, car je croyais que, jusqu'à un certain point, ils pouvaient se produire par Timagination, pouvoir encore inconnu ; mais ce fut de voir Thomme ou Tenfant endormi subir mon influence, et, plus encore, les animaux placés dans la même condition éprouver et présenter la série identique des mêmes phénomènes. Avec quel recueillement je contemplais la nature soumettant tous les êtres à la même loi ! Témoignage irréfragable de l'existence d'une force encore inconnue, d'un principe divin renfermé dans nos organes. Tous les savants avaient donc menti dans leurs affirmations : il y avait là quelque chose que je ne devinais point encore ; car il me semblait être d'une facilité extrême d'acquérir la même conviction que moi. Tout le mépris jeté par les savants sur les magnétiseurs devait donc un jour retourner à la source d'où il avait jailli.

Mais, en considérant mon chétif individu, je ne m'abusais point sur ma puissance. Je ne pouvais même pas raisonner sur un fait, en tirer toutes les conséquences, faire valoir la vérité, la soutenir. Hélas ! ce sont des faveurs qu'il faut mériter par le travail ; elles vous sont accordées aussi par la lutte, quand ou a l'esprit juste. Mais je ne savais point lutter, l'éloquence me faisait défaut, ma croyance était muette, mon néant m'écrasait. Courbé, affaissé, replié sur moi-même, ma figure se rida, quoique bien jeune encore.

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Dans mon désespoir, j'en appelais à Dieu.

Dieu tout-puissant, disais*je dans mes moments d'abattement, donne-moi force et courage ; si tu es le dispensateur de toutes les vertus, fais que j'aie celles qui me sont nécessaires ; inspire-moi, afin que je fasse triompher la vérité !

J'étais pourtant heureux et fier de mon petit savoir ; il était bien à moi, je ne le devais à personne et j'entendais une voix intérieure qui me disait : Marche en avant, la cause que tu défends est celle de la justice et de la vérité ! La nuit, je repassais dans mon esprit les travaux de la journée et j'eo effaçais toutes les illusions. Je lisais tous les écrits publiés contre Mesmer et sa doctrine, et lorsque je les voyais signés de noms connus et admirés du monde entier, sachant que ces juges étaient compétents, mes nuits se passaient sans sommeil. Semblable au condamné à mort innocent du crime dont on l'a accusé, qui cherche à briser les portes de son cachot pour éviter un remords à la justice et qui, ne trouvant point d'issue, se résigne, s'en remettant à la Providence du soin de rendre la paix à son âme ulcérée, je me résignai. Le magnétisme s'était comme personnifié en moi ; je me croyais un de ces flétris de par la science, portant sur le front le signe infamant du mensonge et de l'imposture .

Heureux sont les indifférents, ils ne connaissent aucun des tourments de l'âme auxquels sont exposés les novateurs ! Qu'est-ce, pour eux, qu'une vérité ? Ils ne s*émeuvent point d'aussi peu de chose ; mais, pour l'homme qui sent, c'est sa vie qu'il doit désormais défendre. Ne lui parlez plus des plaisirs du monde, il est insensible à toute jouissance ; il n'est qu'un bonheur

pour lui au monde : voir ses idées partagées. La mort lui paraît douce lorsqu'il aperçoit le triomphe. Sa tâche est alors accomplie, il croit avoir été l'instrument de la Providence pour accomplir une tâche difficile ; il meurt en dirigeant son regard vers le ciel, pensant que la vérité, pour arriver jusqu'à lui, a suivi ce chemin. N'est-ce point aussi un pressentiment de l'immortalité de son âme ?

Deleuze m'accueillit. Hélas ! ce n'était point une préférence ; les disciples étaient bien rares, on pouvait encore les compter. Puységur daigna m'encourager, il m'ouvrit sa maison. C'était un honneur qui devait me flatter. Je rencontrai chez lui des notabilités de la science nouvelle, les hommes qui avaient survécu au temps et à la tourmente révolutionnaire ; ils étaient tous d'un certain âge, croyaient, mais prenaient pacifiquement leur parti à la vue de l'indifférence générale et du doute plus qu'insolent du monde savant.

J'allai aussi chez l'abbé Faria. Je le trouvai enthousiaste comme moi, mais bien moins scrupuleux et attentif. Je reçus de lui quelques leçons et lui payai un léger tribut. Sa maison était le rendez-vous du monde élégant, des oisifs, des lions de ce temps. Je souffrais à la vue de ce monde moqueur, dont la vie est inutile au reste des humains. Je jugeai promptement de la valeur réelle de ce monde flottant ; il était savant en toutes choses, donnait son jugement sur toutes les questions. Insolent parfois, comme ses valets, la forme seule servait à l'en distinguer. Il possédait pourtant tout ce qu'on voulait me faire apprendre dans mon enfance : la nature lui était inconnue. Sceptique au dernier point, son église était l'Opéra ; il riait de tout.

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Faria était pour lui une sorte dç bouffon, il se rendait chez lui pour y rire, rien de plus.

J'épiais en sournois cette société d'élite, elle se révélait à moi avec tout son charme et ses défauts; mais, loin de me séduire, mon examen terminé, je m'en éloignai.

J'entrepris la cure de quelques malades. Un soulagement marqué fut la suite de mes premiers soins. Le magnétisme était donc un agent curatif, comme l'avaient dit et écrit nos maîtres. Et, incrédule pour tout ce que je n'avais point vu de mes yeux et touché de mes mains, j'acquis enfin un petit nombre de connaissances personnelles ; ce phare allumé au milieu des écueils me servit à les éviter.

Je devenais déplus en plus maître de ma force magnétique ; la parole me venait également ; une sorte d'éloquence, celle qui part d'un cœur convaincu, me permettait déjà d'agir sur la raison des êtres qui se trouvaient en ma présence. Je persuadais sans art ; car la vérité ne se farde pas, elle porte avec elle un témoignage de ce qu'elle affirme. Je me fis estimer par ma franchise, on me pardonna même mes emportements, car c'était toujours un doute injurieux qui soulevait en moi ces furieuses tempêtes. Une insolente incrédulité ne peut être supportée que par un saint homme, et je ne l'étais point.

Le temps était enfin venu de mon véritable apostolat. Certain que ma conscience ne me reprocherait rien, convaincu à tout jamais de l'existence en moi d'une puissance réelle, je cherchais les occasions de la démontrer à tous les yeux, de la faire briller dans toute son évidente réalité. J'étais persuadé que tous les doutes

devaient cesser, et qu'aucun médecin, qu'aucun savant ne refuserait, étant convaincu, d'avouer la vérité. Je brûlais donc d'impatience de me trouver en présence de quelques hommes de valeur. Hélas ! lecteurs, c'est ici que mes véritables chagrins vont commencer ; j'avais dormi sur des feuilles de roses! Je m'étais cru malheureux jusqu'alors; je n'avais pourtant fait qu effleurer des lèvres la coupe d'amertume : j'allais la vider à longs traits.

Mon erreur était grande lorsque je fis la connaissance d'un monde à part, celui qui se dit savant, n'ayant presque plus rien de la nature, mais nageant en plein dans le fleuve de la science, à ce qu'il croit, du moins.

C'était donc un troisième degré d'initiation à subir; j'allais voir paraître devant moi tous les ministres de la mort, tous ceux qui croient que le monde se gouverne par les lois inscrites dans leurs almanachs. Mais je m'arrête; ayant trouvé un aliment à mon activité, une vaste carrière s'ouvrait devant moi, j'allais enfin faire mon entrée dans le sanctuaire de la douleur ; on m'accueillait à l'Hôtel-Dieu ; on me priait même avec instance de ne pas perdre un instant, car on avait l'intention de s'amuser âmes dépens. On ne peut empêcher les sages de rire un peu, cela leur fait du bien ; mais, ma foi, le sachant, j'en pris résolument mon parti, et, tout d'un bond, je me rendis dans la maison de Dieu.

Voilà, chers lecteurs, ce que j'ai à vous apprendre sur mon commencement ; peut-être la fin de mon récit vous présentera- t-elle plus d'intérêt ; mais, comme je ne veux rien dissimuler, je vous livre ma vie. Tout à l'heure, elle va se compliquer, la vérité également i

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toutes deux prendront plus de dimension et de nouvelles formes. J'espère vous prouver que je suis un peu sorcier ; les choses que j'ai faites ne sont point toutes vulgaires ; plusieurs d'entre elles, sans doute, seront niées jusqu'au jour où un homme plus éclairé ou plus entreprenant les jettera avec éclat dans le monde.

Non, la vie n'est point un rêve ; elle a ses réalités cruelles, qui glaceraient d'épouvante l'homme le plus hardi, s'il les apercevait dès ses premiers pas. Dieu les ^ dérobe à la vue, il a ses desseins, sans doute ; il ne m'appartient point de les pénétrer.

Aujourd'hui, je suis comme le soldat qui assista à vingt batailles, et qui raconte avec simplicité tous ses traits de courage ; mais, comme lui, je suis ému à ces souvenirs, je vous montre les blessures que j'ai reçues en combattant, je vous dirai les coups que j'ai portés. Si l'ennemi n'est point encore vaincu, il le sera bientôt, du moins j'en ai l'espoir ; mais, crainte de surprise, cependant, je ne laisse point rouiller mes armes ; je conserve ma force tout entière, mes sens sont affinés comme au premier jour. Semblable au chien du contrebandier qui flaire un douanier de très loin, quelque habit qu'il ait pris, moi je reconnais un savant rien qu'à la première vue, malgré son déguisement : n'est-il pas aussi un douanier? Un charlatan, eût-il un diplôme, ne pourrait me tromper. Privilège de l'âge et de l'expérience, qui permets de juger, tu donnes un complément à la vie, tu rends honàme ! .

Apostolat

Par cinq années d'études, je m'étais préparé, sans le savoir, à ce que j'allais entreprendre. Sommes-nous les arbitres de notre destinée, ou bien quelque chose de caché et de mystérieux règle-t-il nos actions, de manière à nous pousser dans une route où, bon gré mal gré, nous serons contraints de marcher? Je crois à la destinée. On verra plus tard sur quoi je fonde mon sentiment. Quoi qu'il en soit, me voilà, moi, timide jusqu'à la faiblesse, obligé de corriger ma nature, ou tout au moins de paraître résolu ; me voilà, moi, enfant encore, en présence d'hommes capables d'inspirer de l'effroi au plus entreprenant des magnétiseurs. Qu'on ne l'oublie point, magnétisme était alors synonyme de jonglerie ; nous n'étions qu'en 1820, et nulle expérience du genre de celle qui m'était proposée n'avait été tentée.

J'ai dit, dans mes autres écrits, quel fut mon succès, mes espérances dépassées ; j'ai décrit mon triomphe. Husson, Jeofifroy, Récamier, dont le nom signifie légion, et quarante autres médecins rendirent, pour un instant seulement, hommage à la vérité.

La Providence préparant les voies au succès de son œuvre, je me figure avoir été conduit par elle ainsi:

Dieu avait pris un enfant par la main, il le mena au séjour de la douleur, et lui dit : « Sois sans crainte, tu « es l'instrument dontje veux me servir pour confondre (( ces sceptiques ; ils vont prendre au milieu des infir- (( mités humaines celle qu'ils croient incurable ; tu la (( guériras sous leurs yeux, par la seule imposition de

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« tes mains, afin de leur apprendre qu'il existe une « médecine supérieure à la leur, parce qu'elle découle « de moi ; afin qu'ils voient que chaque être est un « vase où j'ai déposé mon essence, et qu'elle seule « contient la vie et la lumière. »

Et l'enfant obéit avec docilité, une secrète joie pénétra jusqu'à son âme, et sa tâche achevée le trouva sans orgueil.

Ce n'était point un mirage, une illusion, mais une chose réelle, palpable, que plus rien désormais ne pouvait détruire : le magnétisme existait^ il était prouvé. Alors pour moi de nouveaux tourments commencèrent. Quelle est cette puissance incommensurable? Comment agit-elle sur nous et comment peut-elle guérir les maux? Ma joie était troublée par le besoin de connaître.

D'où vient ce désir impérieux qui enflamme notre esprit ? Dieu a-t-il voulu que nous pénétrions dans le domaine des causes, afin que, tout étant infini, nous n'ayons nul repos? Le repos ! mais c'est déjà la petite mort! Est-ce que la nature se repose jamais? Elle produit, détruit et reproduit sans cesse. Quel est le but de cette incitation de l'homme ? Sans doute qu'il cherche sans relâche à connaître le domaine où il vit, et l'énigme même de sa propre existence. Dans ce grand travail, les générations s'engloutissent. Mais voyez quels progrès déjà! La terre est fouillée, analysée presque dans toutes ses parties; on a pesé le globe, on sait ses dimensions comme ses ascensions dans l'espace. L'intelligence est pleine d'étonnement à la vue de ses conquêtes ; pourtant elles ne sont rien auprès de celles qu'elle fera.

On peut donc espérer découvrir la loi du magnétisme.

ses rapports avec les autres agents de la nature, ses vertus cachées encore à tous les yeux, et enfin la source d'où découle cet agent merveilleux. Nous laissons de côté tout mysticisme; quand on invoque Dieu dans les sciences, c'est souvent une preuve de faiblesse et d'impuissance, un besoin de l'âme, si l'on veut, qui, ne pouvant se rendre compte d'un fait, l'attribue au principe suprême. Chaque fait a sa cause physique ou morale ; il s'agit de la trouver, elle existe certainement.

L'on conçoit dès lors mon inquiétude ; car, ne me regardant point comme un homme privilégié de la nature, ce que j'avais produit, un autre pouvait l'exécuter; mais quelle était la force employée, l'agent des phénomènes? Mon ignorance sur ce point était on ne peut plus grande. J'agissais sur dès êtres placés dans un certain rayon, j'exerçais une influence qui avait pour caractère une modification marquée dans leur individualité du moment, cela était indubitable, sinon constant. Il y avait bien là. de quoi justifier Mesmer et tous ses adeptes ; mais, lorsque l'on me demandait : « Comment agissez-vous? — - Je répondais: « Mettez- vous là, je vais vous le montrer. » Et je faisais des passes ; Teffet suivait souvent, c'était une méthode assez bonne; elle était semblable à celle de ce philosophe qui se mit à marcher devant quelqu'un qui niait le mouvement. Mais qu'est-ce que le mouvement lui-même ? C'est l'action d'aller et de venir, me répondra- t-on. Il n'est qu'effet; la cause, c'est un agent subtil. Quel est-il? Je n'en sais rien...

Je me trouvais dans une situation perplexe. Mes premiers succès m'avaient donné une certaine renommée ; on venait à moi pour recevoir des conseils et des éclair-

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cissenients, des malades venaient aussi me demander la guérison. Alors, m'étonnant de me trouver un aussi grand médecin sans le savoir, j'acquis la certitude que rignorance des hommes était profonde : la mienne, hélas ! ne Tétait pas moins. Je restais confondu. Comment donc arriver au savoir ? par l'étude, sans doute ; mais tous travaillaient sans beaucoup de fruit. Ce n'était donc pas la route suivie qu'il fallait prendre. Quel était le nouveau chemin ? Celui-là même que la science dédaignait : obser^ver la nature, l'imiter ensuite. Quand j'interrogeais Deleuze, il me répondait : « Ayez 'la foi, Vespèrance et la charité ; lisez mes livres. » — Piiységur : c Croyez et veuilles^ c'est la clef du magnétisme. » Oh ! oh ! mes maîtres, je vous remercie, mais j'en sais déjà plus que vous ! Vous êtes d'une grande droiture de cœur, vous avez des vertus, je chercherai à les acquérir ; mais ce n'est point cela qu'on me demande ; ce n'est pas la morale que je veux enseigner : ce sont tout simplement les règles de la médecine magnétique. Vos ouvrages sont excellents ; ils ne peuvent cependant satisfaire mon esprit. Puységur répondait encore : — « La nature fait tout, "inens agitât raolerUy expérimentez. » — Deleuze paraissait vivement contrarié de mes questions ; j'étais déjà pour lui un novateur dangereux, ayant exposé^ compromis le magnétisme en faisant des expériences publiques.

Ces temps sont loin, et ces hommes pleins de zèle et de foi sont descendus dans la tombe. Ils plantèrent leurs jalons, soutinrent le magnétisme avec persévérance et courage : on ne peut leur demander plus qu'ils ne pouvaient produire. Un sot seul peut s'imaginer qu'une science se fait toup à coup. Le magnétisme, pas plus

que la chimie et la physique, n'est ce qu'il était au commencement du siècle. Il a grandi par les recherches et les efforts de tous ses partisans. Et si les mêmes hommes dont nous déplorons la perte aujourd'hui, l'avaient trouvé comme nous le voyons, ils avaient assez d'intelligence pour lui faire faire un plus grand progrès.

Un oiseau ne trouve jamais son nid tout fait ; à moins qu'il ne soit voleur et ne s'empare du nid d'autrui, il faut qu'il le construise ; mais souvent le savant est comme l'oiseau voleur, il prend le nid d'autrui ; sans plus de façon, il s'y arrange et donne des coups de bec à qui veut le déposséder. Nos académiciens occupent un nid commun ; et lorsqu'un de ces rares oiseaux meurt, la place qu'il quitte est aussitôt prise, et gare les coups de bec aux oiseaux en retard ! Ce nid est sale et vieux, il est construit avec des branches mortes et des détritus de vieux chiffons ; qu'importe ! ils y font leur ponte et leur couvée, et, comme les oies du Capitole, ils sont tous nourris aux dépens de la république ; cependant ils n'ont jamais rien sauvé, et ils sifflent toujours le même air, ce qui est très ennuyeux.

Le nid que m'offraient Puységur et Deleuze était assez bon, j'en conviens ; mais je voulais me construire un petit édifice que je pourrais considérer comme mappartenant en propre. J'étais jeune, la vie matérielle ne m'occupait guère, j'avais peu de besoins. Je me mis donc en quête, et cherchai avec ardeur les matériaux nécessaires à la construction que je projetais. La nature était là, devant moi ; je l'avais tant admirée dans mon jeune âge ! Comme je la trouvbiis belle et harmonieuse ! Pourquoi donc, puisque j'étais devenu mon maître, ne l'admirerais-je plus de nouveau ?

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On dit que les dévots, à force d'admirer la Vierge, finissent par en être inspirés. Quelques autres ont pareillement recours aux saints du Paradis, lorsque, dans des cas extrêmes, la raison ne leur suffît plus.

Les païens invoquaient de même leurs dieux et leurs demi-dieux; partout, enfin, l'homme cherche la vérité en dehors de lui-même ; il se crée un monde dans l'espace ; il récuse ses yeux de chair, il prétend mieux voir avec les yeux de son esprit.

Suivons d'abord une marche différente, plongeons notre regard autour de nous, allons, s'il le faut, jusqu'au soleil ; mais c'est déjà bien loin, ne dépassons pas cet astre ; recevons sa lumière et sa chaleur, préférons-les à celles que les hommes produisent, comme nous préférons bientôt la médecine de la nature à celle de la science ; car entre ces deux imitations il y aura la même difTérence.

Je coupai donc les ailes à mon imagination, je jetai de l'eau sur le feu qui, intérieurement, exaltait mon esprit, et les sens, désormais dans un état régulier, éloignaient, s ils ne détruisaient complètement toute cause d'erreur. Comme un arbre qu'aucun homme n'a ni greffé, ni écussonné, porte des fruits de sa nature, ne devais-je point, moi, plante sans aucune culture, produire aussi des fruits semblables?

Voilà, lecteurs, comment je me préparai à mon apostolat; comment, avant d'être professeur, il me prit l'envie de savoir quelque chose de ce que je voulais enseigner. Cette marche me fît, dès mes premiers pas, éviter bien des écueils, me préserva de beaucoup d'erreurs acceptées comme des vérités. Ne voulant point tromper les autres, j'évitais, autant que possible, de l'être moi-

même. Je savais que 1 obscurité est la compagne de rhomme sur la terre, et, ce qui est non moins vrai, que la vérité ne fait jamais fortune ; que, bien au contraire, plus Terreur est monstrueuse, plus elle plail aux hommes : le tribut qu'ils lui paient est presque incalculable.

La vérité fait peur, le mensonge rassure. Si j'eusse spéculé sur Tignorance, la superstition et la sottise humaines, je serais aujourd'hui un des hommes les plus riches et les plus considérés; peut-être même serais-je de toutes les académies ; j'eusse, à coup sûr, été décoré. Et je pourrais, dans mon orgueil, prendre en pitié la race humaine ; puis, la mort me saisissant enfin, tous mes compères chanteraient mes louanges ; ils diraient tous en chœur sur mon cercueil les vertus que je possédais, mon amour de l'humanité, et s'empresseraient de combler le vide fait par ma perte.

Lecteurs, ce n'est point une plainte, une supplique à votre adresse, pour que vous me distinguiez comme un saint homme : je ne crois pas à la sainteté , mais je crois au martyre, je crois à la souffrance. 11 fut un temps où le dédain qu'on avait pour moi m'offensait : il me ravit aujourd'hui, il me laisse la liberté de tout dire, comme de tout examiner et de tout produire. Cette heureuse circonstance me permettra de vous divulguer des vérités propres à vous éclairer ; mais lorsque vous me croirez méchant, je ne serai que juste. Je laisserai la calomnie à nos antagonistes, j'irai droit au but. La vérité, chassée de leur temple, doit y entrer un jour ; ils l'ont insultée, bafouée, traitée de prostituée ; ils se sont fait gloire de leurs outrages. Il faut bien, à moins d'être lâche comme eux, réhabiliter celle qu'ils ont

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flétrie. J'aime beaucoup la croyance en la justice de Dieu ; mais nous n'en sommes point les témoins ; elle influe moins qu'on ne pense sur les vivants, et surtout s.ir les savants, qui pensent avoir de bonnes raisons pour douter de cette justice suprême; ils seront plus sensibles à celle qui s'exerce par les hommes : ici c'est une certitude qui manque rarement son effet.

Sachant, dès mon début, que je recevrais des académies les mêmes outrages qu'elles adressèrent à Mesmer, comme aux hommes qui se dévouèrent à sa cause avant moi, j'ai appris à me défendre, afin de me faire respecter, et par moi la vérité. Lecteurs, vous serez témoins de ce duel en champ clos, où un seul homme défiera des milliers d^ennemis ; mais, avant de me battre, je dirai à chacun d'eux : — Ote ton masque, laisse voir ton visage; d'où viens-tu? Es-tu un de ces bourreaux du corps et de la pensée, jésuite, faux philosophe ou médecin î voyons î Est-ce toi qui^ de ton palais inabordable, as déversé l'injure sur des hommes sincères, et, pour masquer ton ignorance, les traitais de charlatans? Réponds !

Voilà ce qui fait ma joie et mes délices; car je ne puis succomber sans qu'un autre prenne à l'instant ma place, jusqu'au jour où le dernier de nos ennemis sera vaincu. Voilà aussi pourquoi j'ai travaillé sans relâche, jusqu'au jour où tous les doutes de mon esprit devaient être effacés.

Auguste vérité î heureux ceux qui combattent pour ta gloire et ton triomphe ! Le soldat qui tombe en défendant son pays reçoit une mort digne d'envie. Plus glorieuse encore sera la mémoire de celui qui, pouvant éviter les périls, les a recherchés pour défendre la cause

(le rhumanité. Est-ce que je n'entends pas les cris des victimes de l'ignorance? Est-ce que je ne suis pas témoin de ces assassinats où la barbarie le dispute à la bêtise? Affreux holocaustes, plus cruels cent fois que ceux du moyen âge, où des hommes aveuglés, mais passionnés, jetaient sur le bûcher ceux qui pouvaient les éclairer ! Aujourd'hui, c'est à froid, et sans jugement, que l'art de guéri?* s'exerce, et Timbécile troupeau humain se contente de faire entendre ces bêlements ! Ce n'est point comme un agneau que je vais me plaindre, ma voix ne serait point entendue. La vérité a ce caractère, c'est qu'elle change la nature de Thomme, elle lui donne plus que le courage, elle lui donne la certitude de vaincre, quel que soit le nombre de ses ennemis.

Cette longue digression n'est point étrangère à mon sujet, elle initie aux combats intérieurs que se livrent en moi deux forces ennemies : la vie et la mort. L'une m'enflamme et me souffle des pensées brûlantes : c'est la vie, qui, sachant qu'elle me quittera, m'invite à profiter des instants qui me sont laissés. L'autre dit : A quoi bon? Engraisse-toi, prends du repos; vois comme ceux qui s'abandonnent à moi sont menés doucement au terme de leurs jours ; j'en abrège le cours autant que je le puis, à peine s'ils s'en doutent; je leur laisse leurs joies et leurs plaisirs ; j'éloigne d'eux la lumière, afin que dans l'obscurité j'arrive sûrement à les frapper : je choisis le moment.

Ces deux forces sont dans chaque être, elles sont dispensées toutes deux. Je vais apprendre à les distinguer l'une de l'autre. N'attendez pas de moi un magnifique langage, quoique j'aie à vous parler de grandes choses ; vous savez mon histoire, je n'ai point appris la langue

académique^ celle qui charme l'oreille sans aller jusqu'au cœur.

Je serai simple dans mes récits, mais ils seront sincères ; peut-être y trouverez-vous des fautes de langage, qu'importe encore tout ce qui est de convention et qui ne vient point de la nature peut être délaissé. Je parlerai comme un Français du vieux temps, mais toujours de manière à me faire comprendre. N'ai-je pas d'ailleurs un témoignage puissant : ces mille instruments que j'ai formés et qui portent partout la vérité ? J'ai trouvé le chemin de leur intelligence ; pourquoi seriez-vous moins accessibles à ce qui les a convaincus ? Sans doute vous ne verrez point de faits, mais déjà beaucoup sont tombés dans le domaine public. Pourquoi vous tromperais-je ? dans quel but? — La science, je vais vous la donner, je n'en fais point mystère ; je réserverai sans doute quelque chose encore, la partie seulement où mes sens auront peu parlé, celle enfin où il n'y a que des probabilités au lieu de certitude.

Je vais vous introduire dans un monde nouveau où tout est merveilleux. La science officielle ne vous a mon- . tré qu'un cadavre ; lorsqu'elle vous a parlé de. la vie, elle Ta étudiée elle-même sans comprendre. Vous allez voir l'homme actif, ce chef'-d'œuvre de Dieu, reprendre son rang et sa dignité ; vous verrez ses forces ignorées, comme son abaissement passager lorsqu'il sera soumis à une pression exercée par un agent terrible, mais invisible encore ; puis ses propriétés et ses facultés cachées prendre tout à coup leur essor.

Vous constaterez deux existences dans l'être. L'une, que les savants étudient depuis le commencement du monde sans la comprendre ; c'est l'état de veille, la vie

de relation. L'autre, plus mystérieuse ; c'est celle où les sens sont engourdis, où Tesprit est dégagé de la matière, où il agit en liberté. L'une condamne l'autre, et leurs actions sont différentes . La dernière est tout à fait ignorée des savants ; ils ne soupçonnent même point qu'elle existe .

Puis, allant plus avant, je perturberai ces deux existences, et produirai un amali^ame qui ne sera ni la veille ni le sommeil, mais un état mixte rempli encore de phénomènes méconnus des savants.

Ne perdant point de vue le but de cet enseignement, le parti que vous pouvez tirer d'un semblable levier, d'une force si inconcevable, vous sera dévoilé. Vous ferezj en sachant vous y prendre, ce que les médecins ne peuvent faire avec toutes leurs drogues et tous leurs agents : vous guérirez des maux désespérés. — Vous vous expliquerez alors cette longue résistance du corps médical surtout, cette lutte envenimée de fiel ; car, si le magnétisme existe, c'est lui qui doit réformer ou détruire tout ce qui est faux ou mensonger. C'est- la lumière chassant les ténèbres ; c'est, enfin, une révolution certaine dans les systèmes et les doctrines qui régnent, c'est l'ère d'un nouveau progrès, une révélation divine.

N'anticipons point, cependant, sur ce qui ne doit être dit que dans son temps. Marchons pas à pas, comme nous l'avons fait jusqu'à ce jour. Cet écrit doit être médité, car il va contenir la vraie clef pour ouvrir la porte du sanctuaire de la plus élevée des sciences. Le magnétisme semble s'être incarné en moi, et pour connaître ce que j'en sais, il faut que l'on parcourre le chemin que j'ai suivi. Je ne fais d'emprunt à aucun livre,

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afin qu'il n'y ait aucun mélange ; non que je me croie plus infaillible que tous, mais je veux prouver que j'ai su découvrir quelque chose de ce qui était caché à bien des yeux.

Je prévois que beaucoup diront : Mais je savais ceci, cela, puis encore cette chose. — C'est un travers commun à bien des hommes, rien ne les en guérira ; je me permets de sourire d'avance à leurs tardifs aveux, car je leur ai dit : Vous tous, qui savez tant de secrets nouveaux, ne vous laissez pas devancer ; écrivez-les, dénoncez-les. Mon livre doit finir par la magie ; si vous prétendez la connaître, formulez-la, je vous en laisse le temps ; agissez, prenez les devants. Hélas ! Técho de mes paroles a été sans efi'et ; je voulais laisser à nos initiés modernes une gloire intacte, et ne point affaiblir leur renommée. Devancez-moi, leur disais-je, écrivez, ne serait-ce qu'une page. Une page suffit pour dire clairement ce que Ton sait de cet art important^ sans trahir son secret ; mais une page suffit aussi pour établir son ignorance.

Mon défi n'a point été accepté, pourtant j'aurais aimé qu'il le fût, et qu'un autre me devançât; on aime à trouver un compagnon pour marcher pendant la nuit, surtout s'il sait la route. Rien encore ici n'indique le chemin.

Enseignement

J'entrai dans cette voie nouvelle vers 1826, en ouvrant, dans le quartier même des écoles, passage Dauphine, un cours public et gratuit.

Pauvre et chélif professeur, enfant perdu de la science, j'enseignai d'abord Torigine de la découverte de Mesmer, les traces qu'elle avait laissées et que son génie avait retrouvées à travers des décombres ; les luttes de cet homme de génie avec les corps savants, ses succès auprès du grand monde, puis ses chagrins, puis encore ses malheurs. J'étalai sous les yeux d'un public attentif les pièces de ce grand procès, où se faisaient remarquer comme accusateurs tous ceux qui portaient le nom de savant, tous ceux qui pouvaient se parer de ce vain titre ; puis tout ce monde Tlottant, sans principes, sceptique par nature, riant de tout, beau diseur sarcastique, qui pour un bon mot se laisserait couper le cou ; enfin je fis connaître les méfaits du théâtre, les épigrammes de la caricature ; et, pour qu'il ne manquât rien au tableau, je montrai la vérité, au milieu de ces flots en courroux, comme une naufragée, luttant seule et voyant s'éloigner le rivage hospitalier à chacun de ses efforts ; car, poursuivie jusqu'au loin par des clameurs insensées, c'était à qui, en la voyant se débattre et surnager, lui lancerait une invective. Je fis encore voir comment des médecins, voulant même effacer jusqu'au souvenir de sa présence parmi nous, chassèrent de leur assemblée ceux qui d'entre eux s'en étaient approchés ; et, pour comble de vicissitudes, la tempête révolutionnaire dispersant au loin les derniers amis de Mesmer, les dépositaires de sa doctrine, comme si rien désormais ne devait la transmettre aux généralions, et qu'elle devint un mythe.

Je ne celai rien des erreurs commises, et, tout en justifiant Mesmer, je montrais que sa doctrine ne pouvait soutenir l'examen ; parce que, en changeant ses

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procédés, sa méthode, on obtenait les mêmes faits, les mêmes résultats positifs.

Je signalai les hommes honorables tels que Jussieu, Deslon, Bergasse, qui, contraires aux décisions des Académies, osèrent braver la censure des corps savants et de l'opinion publique.

Ma voix était faible, en présence d'un auditoire assez peu bienveillant. Je voulais ressusciter ce qui paraissait mort, bien mort; etj'élais un jeune homme n'ayant rien de ce qui peut donner quelque autorité à la parole, rien enfin de ce qui impose. Mes membres étaient tremblants, ma contenance incertaine ; mais c'était déjà beaucoup d'oser faire ce que je faisais. Je continuai ce cours, sans jactance, mais résolu pourtant à laisser toute faiblesse de côté, si j'étais. attaqué.

Jours d'émotion, vous ne reviendrez plus ; je ne sentirai plus le sang bouillonnant dans mes veines, me monter au visage? Assis sur la sellette, exposé aux regards de la foule, je sentais dans mon être quelque chose d'indéfinissable; mes yeux embrassaient l'assemblée et recevaient à angle aigu les rayons de feu de plus de mille prunelles ; je soutenais ce choc, non comme un chêne qui défie la tempête, mais comme un roseau qu'un léger souffle abaisse et qui se relève à l'instant. Hélas! c'est la vie que je recevais; tous ces corps échauCTaient mon âme par leur rayonnement, ils la trempaient sans le savoir, et lui donnaient la fermeté, le courage.

Puis je parlais des faits ; n'en laissant voir qu'une partie, je voilais la vérité; car cette lumière eût été trop forte pour des esprits prévenus. Je citais des noms d'hommes respectés dans les sciences, en puisant dans

leurs écrits ce qu'ils contenaient de favorable, non une croyance absolue, elle n'y était point; mais un calcul de probabilités rendant la vérité mesmérieilne possible : Ampère, Cuvier, Laplaee et d'autres auteurs. A chaque instant je m'arrêtais, comme si j'eusse eu moi-même des doutes ; je n'en avais point : c'était une réserve, une prudence excusables ; cette conduite m'évitait une chute qui eût été funeste au magnétisme.

Je n'ignorais point que beaucoup de magnétistes avaient fait du tort à la science nouvelle, en mêlant trop de merveilleux à leurs récits, et en reculant toujours devant une démonstration. Je partais du simple pour aller au composé ; mais quand il fallut parler de la vue sans le secours des yeux, de la prévision, de l'instinct des remèdes, de la vue à distance, mes traits durent s'altérer sensiblement ; j'osai cependant, car des preuves existaient en mes mains. La vérité avait lui un instant aux regards de Rostan et de son collègue Georget. Bertrand aussi l'avait aperçue. Je montrai que ces opinions venaient d'hommes vivants qu'on pouvait consulter; puis c'étaient des faits de catalepsie, des observations de maladies où ces phénomènes s'étaient montrés sans magnétisme, par la seule action de la nature. Petetin, Cabanis et d'autres médecins, parleurs écrits, vinrent à mon secours et me prêtèrent leur appui. J'amenai mon auditoire au point où je le voulais, je le disposai favorablement. C'était avoir fait beaucoup : arracher les épines, préparer le terrain et jeter dans le sillon la divine semence avait été ma pensée : mon œuvre commençait.

J'expliquai comment les guérisons citées avaient pu véritablement avoir lieu par la seule influence du système nerveux, sans miracle et sans la foî. Je montrai

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comment les juges de Mesmer s'étaient trompés, en adoptant, pour expliquer les faits, des causeç tout à fait étrangères à leur développement : Vimagination, la chaleur animale, Vèrèthisme de la peau, V imitation, etc. Déjà j'avais observé l'action indépendante du magnétisme exercer, en dehors de tout agent étranger et sans auxiliaire, le rapprochement de deux êtres mis dans certains rapports ; mais je n'osais point encore produire au grand jour des sujets rendus sensibles, je n'osais pas même faire quelque tentative pour en obtenir parmi tous les jeunes gens qui paraissaient avides de saisir au moins quelques traits. Ce n'était point la crainte qui me dominait ; mais la bizarrerie des procédés employés, leurétrangeté, melaissaientdes doutes sur une continuation debienveillance lorsqu'on verrait ce qu'on appelait des simagrées. J'expliquai à ce sujet ma pensée et tout fut dit.

Un borgne s'était fait applaudir par des aveugles. Ah! me disais-je, la fortune me sourit, me voilà professeur ! Et je rentrai chez moi joyeux, le cœur content. Bien différent, cependant, d'un marchand qui suppute les bénéfices de la journée, je récapitulai mes dépenses : le fisc avait prélevé sur moi une certaine somme ; l'éclairage, l'impression, le papier, les cartes, la salle, les garçons, etc., m'en prenaient une autre; enfin de compte, je me trouvai considérablement obéré. Que serait-ce donc plus tard ? Nul jusque-là ne s'était informé comment je vivais, si j'avais même les moyens de vivre, et pourtant mon sort était déjà envié : quelques magnétiseurs d'alors cherchaient à m'enlever jusqu'à l'apparence d'un modeste succès ; ils se faisaient mes contradicteurs devant le public.

Voilà, lecteurs, mon début dans la carrière enseignante] il n'est pas brillant, mais je vous assure, sans présoniption, qu'il était difficile à cette époque de faire ou d'oser faire davantage. C'était d'ailleurs, de ma part, un vrai tour de force, et c'est parce que nul de tant de braves en paroles ne se présentait pour accomplir ce premier pas, que je me mis en avant ; mais je gémissais de ma faiblesse : j'eusse voulu être le second, non le premier; ce rôle m'écrasait.

Je ne savais point alors qu'un professeur pouvait devenir illustre sans beaucoup de sciences ; qu'il suffisait ordinairement d'un bel organe, d'une certaine faconde, d'un peu de mémoire et de beaucoup d'aplomb. Je juge mieux maintenant des renommées; j'ai vu tant de grands hommes en robe de chambre, qu'ils ne m'imposent plus. La science, lecteurs, doit se traduire au premier mot; il faut que celui qui prend possession d'une chaire fasse à l'instant éclater son savoir : car il doit résumer dans sa personne toutes les connaissances acquises, et en augmenter la somme par ses propres découvertes.

Mais moi je n'entrais point en possession d'une chaire laissée vacante ; j'élevais par instinct, plutôt que par génie, une petite tribune d'où la vérité pût descendre. Sans le secours de personne, avec mes propres deniers, loin des magnétiseurs riches, j'ouvrais à tous un chemin nouveau, et je l'arrosais de mes sueurs. Recevai-je par-ci, par-là quelques encouragements? Oui ; par des malheureux qui venaient chaque jour me témoigner leurs remercîments pour la portion de' vie que je leur distribuais gratuitement.

Fortune ! Fortune ! si tu étais venue me trouver

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dans un de mes moments d'abattement, je t'eusse sans doute ouvert les bras ; mais, à coup sûr, ma carrière eût été brisée ; j'eusse refusé de continuer plus longtemps cet apostolat ; car je me disais souvent dans mon désespoir : Le pionnier est bien heureux ! quand il a fini sa journée, il dort tranquillement, sans souci du lendemain, et moi je ne dors pas ! Toutes les professions offrent des chances avantageuses, la mienne est remplie d'ennui, et je ne vois point de repos. Voyez les fins de la Providence : riche, heureux, je serais devenu indolent, paresseux ; ma croyance, peut-être, ne m'eût point abandonné au milieu des distractions ; mais, assurément, j'aurais laissé à d'autres le soin de la faire partager au monde. La vérité, par la fortune, perdait un utile instrument; me laissant malheureux, ma sensibilité restait entière. Créant autour de moi l'antagonisme, la vérité devait à la fin me rendre fort. Il y a donc quelque chose qui mène l'homme à des fins prévues, car maintenant je me prends à regarder comme un bien ce que je considérais alors comme un mal ; je ne changerais point ma vie pour celle du plus grand Esculape moderne ; et cependant je ne suis rien ;• je représente seulement une pensée, ma main tient un drapeau avec cette devise :

La vérité, n'importe par quelle bouche.

Le bien, n'importe par quelles mains.

Mais, lecteurs, je vous initie trop à ma vie ; que vous importent des détails, des récits du passé ? Vous voulez la science. Patience ! je vous y mènerai ; ne voyez-vous pas que ce sont tous ces souvenirs qui me donnent la force de V évoquera car il faut qu'elle sorte de mon

cerveau, [n'étant point encore dans les livres. Il faut donc que je me reporte vers mon passé, jusqu'aux racines de Tarbre déjà ancien ; que je le secoue luimême pour en faire tomber un dernier fruit. Sa sève a besoin d'être excitée, et je ne sais point dans ce moment si elle pourra monter jusqu'au sommet pour donner à ce fruit la maturité nécessaire.

La science ! mais elle est cachée en moi, puisque je réalise sous vos yeux les prodiges de l'antiquité, et que mes doigts semblent tenir une baguette magique. L'ai-je empruntée, prise quelque part, cette science? Non ; elle m'est venue par le travail de toute ma vie, par un labeur si grand, que je ne sais plus aujourd'hui où j'ai puisé les forces pour résister.

Il faut donc que je l'arrache de mes propres entrailles, que je la fasse sortir de mes sentiments ; car elle y est cachée, cette vérité, comme une pensée qui se fait chercher longtemps avant de venir, et qui vient souvent dans un moment inopportun. Comprenez-vous maintenant la difûcullé, et comment je ne puis savoir si je pourrai la vaincre ? Si l'on m'eût transmis un secret, la chose serait toute simple : je le donnerais s'il m'en prenait l'envie. Je n'aurais point à me torturer l'esprit. Ah ! les hommes ignorent quand doit venir l'inspiration! la plupart l'attendent toute leur vie inutilement; quelques-uns, plus heureux, la saisissent au passage. Lorsque le bouillonnement de leur sang a donné naissance à cette émanation de l'âme, ils deviennent artistes célèbres ou poètes renommés : savants parmi les plus éclairés, ils dominent leur siècle. Je sens qu'il existe en moi un grand alchimiste qui me jette par-ci, par-là quelques parcelles de vérité ; mais

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il est avare de ses trésors, il m'ôte la possibilité de me les approprier ; car lorsque, produisant selon les inspirations qu'il me donne, je veux poursuivre mon œuvre commencée^ il me remplit de terreur.

Les hommes peu réfléchis ne comprendront rien à mon langage ; est-ce qu'ils écoutent jamais ce qui se passe en eux-mêmes? Sensible au vain bruit du dehors, leur oreille intérieure est obstruée. Est-ce qu'ils s'étonnent jamais de vivre? est-ce qu'ils savent rien de la vie? Ce qui les remue, les pousse ou les retient, leur est tout à fait étranger. Lorsqu'ils frappent leur cheval, celui-ci sait d'où vient le fouet, il connaît son maître. L'homme sent mille aiguillons intérieurs : est-ce la chair, est-ce l'esprit, est-ce un hôte incommode qui veut être obéi? Il n'en sait absolument rien.

Quelquefois même une inspiration subite donne à l'homme la double vue ; il pressent, ou plutôt voit ce que l'œil ne peut apercevoir. Est-ce sa raison qui parle et l'avertit ? Non ; c'est un éclair parti on ne sait d'où, qui traverse la chair et laisse voir pendant un instant les choses présentes ou futures. Gomme quand, dans la • nuit, nous voyons notre chambre éclairée par la foudre, nos yeux aperçoivent ce que l'obscurité empêchait de saisir .

Le grain jeté en terre ne sait pas qu'il germera; il obéit à une force inconnue, qui, Tinstant venu, tire de sa léthargie l'exemplaire d'un des ouvrages de Dieu. Comme ce grain, mes pensées endormies attendent un souffle pour se produire au jour ; car, en passant par la chair, elles se revêtiront de ce qui peut les rendre sensibles à l'intelligence.

Ne ;VOus étonnez plus de mes perplexités, de mes

tourments. Ce n'est pas assez de sentir, la volonté est impuissante dans un semblable travail. Voilà pourquoi je m'excite ; car, comme la pythonisse sur le trépied, je ne puis être instruit des secrets des immortels qu'en étant animé par une sorte de transport. Comme le feu souterrain soulève parfois la terre et fait couler la lave, les pensées en tumulte sortent du corps humain.

Voyez, lecteurs : les pages que je vous ai données jusqu'à ce jour ne sont que les scories, la partie la plus grossière du métal en fusion. Les romanciers vous donnent moins encore dans leurs écrits : ils vous ravissent en idée, vous bercent par des rêves comme ils sont bercés eux-mêmes; ce n'est pas même Tombre altérée des choses réelles. Triste repas du corps que celui qui se fait en idée ; mauvais aliment pour Tàme, que les choses frivoles et sans réalité. J'espère que le résultat que je me promets sera différent, je crains même que cet écrit ne vous enseigne des choses trop réelles ; je n'aime point les fictions et ne m'en sers que pour aider à me faire comprendre. Ce que je vais, oser paraîtra téméraire : un autre que moi, peut-être, eût reculé d'effroi en pensant à de pareilles divulgations. Je me suis interrogé souvent à ce sujet, et me suis dit : Si, dans l'antiquité, les hommes qui possédaient des secrets nous les eussent révélés, nous serions aujourd'hui le premier peuple du monde. Tout ce que Dieu inspire, tout ce que ie génie découvre n'est pas pour rester enfoui ; c'est pour la race entière. Sans doute l'homme abuse d'abord, comme il est tenté d'abuser toujours de tout ce que le Créateur fit pour son bonheur, et qui entre en sa possession ; mais sa justice est là, elle punit le coupable. — Donnons donc

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un libre cours à nos pensées ; nous offenserons peutêtre certains hommes, mais jamais la Divinité.

Ouvrages

Je devais tenter toutes les entreprises difficiles en magnétisme, et parmi elles celle d'écrire était pour moi un sujet d'effroi. Cependant je m'y résolus.

Ma brochure sur les Expériences de VHôtel-Dieu eut quatre éditions ; pourtant son seul mérite consistait dans les faits rapportés ; ce n'était point une œuvre de style ni de raisonnement.

Le magnétisme n'avait plus d'organe périodique en France, je conçus le projet d'en créer un nouveau.

Je cherchai donc, vu mon insuffisance, des collaborateurs ; beaucoup me promirent aide et concours ; c'était à qui m'encouragerait. Désormais certain de quelque sympathie, j'annonçai la publication du Propagateur du Magnétisme, Ce journal devait continuer les Annales, la Bibliothèque et les Archives, morts après quelques années d'existence, en laissant des matériaux précieux. Ainsi je fus lancé dans la presse, et devins éditeur d'une œuvre collective. C'était en 1827.

J'appris bientôt à mes dépens qu'il ne faut point se fier aux promesses, à moins pourtant qu'on ait de l'or, beaucoup d'or, afin de stimuler le zèle et de le récompenser. De cette manière vous pouvez marcher ; mais, lorsqu'il s'agit de dévouement, il faut attendre qu'il s'exalte de quelque cerveau intelligent. Tous les magnétologistes me manquèrent à la fois lorsqu'il fallut faire paraître ; ils me promettaient toujours cependant quel-

ques articles ; mais, soit paresse, soit impoissance ou mauvais vouloir, aucun ne tint parole. Je me vis donc

seul pour tenir les engagements de tous, et pour comble de malheur j'ignorais Fart d'écrire. J'étais sur le point de donner mon âme au diable afin qu'il me tirât d'embarras. Enfin je fis un article, puis un autre, de vraies ébauches ; mais le journal continua de paraître. L'œuvre dura une année ; épuisé, endetté, je cessai ma publication après avoir tenu mes engagements. Deux volumes justifiaient de mon labeur.

Dès ce temps il eut été fiacile de créer un oi^ane durable ; les magnétiseurs commençaient à se multiplier. Une œuvre semblable, hélas ! exige des sacrifices ; elle ne peut se produire sans cela ; les partisans les plus riches se montraient les plus avares. Je crois que c'est ainsi en toutes choses, aussi vaut-il mieux intéresser à ses idées la classe la plus humble ; celle-ci, au moins, vous la trouvez toujours au moment de vos appels et quelquefois de votre détresse.

Il y avait bien de quoi rebuter les plus décidés, et cependant je songeais toujours à écrire un livre qui fût de moi. Je récapitulai donc toutes les idées que j'avais déjà émises sur le magnétisme, et je préparai mon Cours en sept leçons. Ma ténacité venait non de mon orgueil^ je m'appréciais trop bien, mais je me disais : Les gens capables ne font rien, leur croyance est stérile ; des ouvrages nouveaux sont aujourd'hui nécessaires pour résumer et faire connaître les travaux et les découvertes des magnétiseurs. Si aucun homme ne se présente, on excusera ma faiblesse, on pardonnera à mon inexpérience, il restera des faits, et ceux-ci, du moins, auront toujours une grande valeur.

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Mon ouvrage était composé, mais comment trouver un éditeur? Un libraire n'imprime point l'écrit du premier venu ; il faut un nom, une réputation faite. Dans ce cas on consente vous faire un chemin vers Vimmortalité. Avons la gloire, à l'éditeur le produit plus positif de vos œuvres : chacun est satisfait. Je m'ingéniai, et à force de chercher je trouvai ce moyen. J'ouvris des cours payants dont j'espérais consacrer le produit à la publication de mon livre. M^s cours avaient lieu dans une sorte d'athénée, passage du Saumon. Cet établissement, que je croyais honorable, était tenu par un Eobert Macaire et un Bertrand. Ils m'enlevèrent un beau matin quinze cents francs, amassés avec fatigue et peine. Mais j'étais si bon garçon, que j'en ris le premier. Je me croyais bien payé parles soixante on quatre-vingts élèves que j'avais formés. Je les eusse faits pour rien, tant mon amour de propager le magnétisme était extrême.

Je recommençai donc, mais cette fois je pris mieux mes mesures, et en 1833 je publiai mon Cours, par cahiers contenant chacun une leçon. Cet ouvrage eut assez de succès pour que j'en fisse faire une seconde édition, en 1840, à Besançon. J'y ajoutai seulement le volumineux rapport de M. Husson à l'Académie de médecine, exprimant l'opinion de la Commission nommée en 1825 et dont les travaux ne se terminèrent qu'en 1831, par des conclusions extrêmement favorables.

Désormais lancé dans cette double carrière, j'étudiai avec plus de soin les faits dont je devais un jour rendre compte. Aucun homme ne fut jamais mieux placé pour observer, puisque j'étais en même temps l'instrument qui produit et le cerveau qui conçoit, recueille et juge. Mais la multiplicité même des faits était pour moi un

embarras. J^avais trop de richesses en mains, et le cerveau, comme l'estomac, n'est capable que d'un travail borné ; ma tête était d'ailleurs trop petite.

J'allai porter en Angleterre la vérité nouvelle ; elle n'y était point connue ; deux personnes seulement s'en étaient occupées un instant. Je supportai dans ce pays, de la part de Tincrédulité, tout ce qu'il est possible d'amère raillerie, de mépris, d'insulte et de dégoût ; mais, comme le clou sur lequel on frappe à coups redoublés, j'entrais chaque jour plus avant dans le lieu d'où on voulait me faire sortir. Je publiai à Londres, en 1838, un volume intitulé : An Introduction to the study of Animal magnetism.

Le magnétisme s'étend dans ce pays, il y fait d'immenses progrès. Peut-être un jour, si l'on n'est point ingrat, reconnaitra-t-on que c'est bien moi qui en ai répandu les germes, en les arrosant pendant vingt-deux mois de mes sueurs.

Rentré en France, je n'y pris pas un instant de repos. Je commençai de nouvelles pérégrinations. J'avais visité Reims, Bordeaux, Montpellier, Béziers ; j'enseignais le magnétisme aux hommes studieux de Metz, Nancy, Dijon, Besançon, Gray, Vesoul, etc. etc. ; chaque ville parcourue me fournissait un chapitre d'un ouvrage nouveau. Tous ces matériaux pour l'histoire du magnétisme furent recueillis, et je les publiai à Paris, en 1840, en un volume intitulé : Le Magnétisme opposé à la médecine.

J'avais aperçu trop de faits merveilleux pour qu'une nouvelle philosophie ne germât pas dans mon esprit. J'en écrivis les feuillets tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre ; puis je les méditai à loisir. Craignant l'effet que devait produire l'étrangeté de mes idées, et peut-

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être aussi la sublimité des principes nouveaux, qu'on ne pourrait accueillir que comme le fruit d'un enthousiasme exagéré, je laissai venir le temps où je pourrais sans crainte publier cet ouvrage. Je le livrai à la publicité en 1844 ; il est intitulé : Essai sur renseignement philosophique du magnétisme.

C'était construire un édiGce en commençant par le faîte; je le sentis, et, pour échapper à cette juste critique, je donnai une base physique à mon ouvrage, en publiant simultanément mon Manuel de V étudiant magnétiseur, contenant tous les préceptes d'une magnétisation intelligente, toutes les règles pratiques d'application du magnétisme à la thérapeutique. Trois éditions rapprochées prouvent que ce petit livre répondait à un besoin urgent.

Mes soins se portèrent en même temps sur le Journal du mag7iéttsme ; mais, cette fois, en collaboration de plusieurs hommes très versés dans les connaissances magnétiques. Ce recueil, précieux pour la science, est arrivé, au moment où j'écris, à son onzième volume. Il a surpassé en durée tous ses aînés ; et, si je ne m'abuse, en mérite aussi.

, Voilà par quels travaux je suis parvenu à prendre rang parmi les magnétistes. La partie la plus essentielle peut-être, l'expérimentale, est connue de milliers de personnes ; les faits, en général, n'ont point été rapportés, si ce n'est quelques-uns de magie que j'ai décrits dans le Journal.

Je ne mentionne point ici mes luttes avec les corps savants, mes procès avec l'Université, à Montpellier ; ces pièces éparses peuvent justifier démon labeur, mais je ne les regarde point comme importantes.

Maintenant je presse Téponge pour extraire ce qui reste en moi des choses acquises et conservées par ma mémoire.

Je n'ai point la passion qui pousse certains hommes à écrire, à traduire leurs pensées ; ce n est que par devoir que je prends une plume ; je sais qu'elle serait mieux placée en d'autres mains ; mais un homme laborieux, voyant un champ sans culture, s'en empare et prend la pioche ; il cherche à le rendre fécond. N'ayant pour lui que son courage, on ne peut lui demander d'être habile dans un art qu'il n'a point appris. Ne vaut-il pas mieux encore voir cette terre à demi couverte de grains qu'inculte ? science du Magnétisme ! sublime découverte ! grande comme Dieu ; tu es destinée à renplir d'admiration l'univers ; mais les hommes de ce temps ne songent qu'à la politique, ils ne voient rien au-delà. Ils ressemblent à ces éphémères qui prennent une lampe pour le soleil, et vont se brûler par milliers à ce petit foyer, jusqu'à ce que l'astre du jour, tout rayonnant de clarté, les tire de cette erreur.

Hommes malheureux, vous vivez un instant sans vivre ; arrêtez-vous, prenez garde, le fallot qui vous guide vous conduit aux abîmes, et, comme les éphémères, vous périrez presque tous en arrivant au but que vous vous promettiez d'atteindre.

Découvertes

Je n'emprunte rien au passé ; si parfois je me rencontre avec ceux 'qui écrivirent jadis sur les mêmes matières, ce ne sera point un plagiat ; car je puiserai

dans mon propre fonds. Lorsque je vois tant de livres vides aujourd'hui, malgré les promesses qu'ils contiennent dès leurs premiers feuillets, je ris de cette indigence, de tous ces faux interprètes, de tous ces savants en herbe, qui, n'ayant point d'idées, s'emparent effrontément de celles d'autrui. Je connais des enfants qui croient être initiés, et qui disent: Venez, je vais vous révéler les mystères de la nature ; les voici dans ce petit format.

D'autres, s'imaginant posséder la pierre philosophale, enseignent à tout venant le moyen de faire de l'or ; au besoin même ils évoquent les morts, font apparaître les esprits. Pour eux, ce sont de petites choses, un travail vulgaire, une sorte de hors-d'œuvre placé à la porte d'un sanctuaire où ils pénètrent seuls. Espèces d'imbéciles dont le nom fourmille, et qui pourtant se croient des titres à l'immortalité. Agissant sur des cerveaux faibles, ils en reçoivent des hommages, comme cet âne de la fable qui portait des reliques.

J'ai cru longtemps au grand savoir de ces cerveaux fêlés, et dans mon innocence j'admirais leur pouvoir. — Montrez-moi, leur disais-je pourtant, un de ces faits anciens, une de ces merveilles qui donnent à l'âme la foi ; je n'ai point de doute, vous affirmez trop bien, mais j'ai besoin de voir. — Et ceux qui prétendaient fendre des montagnes d'un seul coup de leur caducée auraient eu beaucoup de peine à casser une noix. — Transportez-moi soudain à une grande distance, et je proclamerai votre immense savoir. — Mais toutes mes prières ne pouvaient les convaincre de ma soif de connaître ; tous se montraient courroucés de mon insistance.

Allez ! allez ! beaux faiseurs de miracles, vous êtes

des rêveurs ; vous n'êtes point sur la route où vous croyez marcher. L'homme qui sait dit peu : mais il fait voir beaucoup. J'irai demander la lumière à qui la possède ; je solliciterai la nature sans trop l'importuner ; je me rendrai digne de la connaître en Tobservant toujours. N'est-elle point la grande magicienne? Mais ce qu'elle fait et opère est un résultat des forces qu'elle emploie ; c'est à saisir ces instruments que consiste la science : la voir d'abord, Tadmirer toujours et tâcher de rimiter.

Rien sans la nature, tout avec elle !!!

Fouillant alors dans chaque fait de magnétisme, j'en extrayais l'essence, et j'arrivai à produire authentiquement V insensibilité. En rendant public ce divin résultat de mon observation, je gravai sur une table d'airain un des premiers remèdes^aux maux désespérés. Ce serait assez pour la gloire d'un homme.

Comme un invisible messager, j'envoyais au travers des murailles un rayon de ma pensée, qui, franchissant l'espace, saisissant l'être, ayant tous ses sens et sa volonté, le contraignait partout de s'endormir à l'instant. Et pour témoin de ce phénomène, je prenais rincrédulité la plus avouée.

Puis, me jouant de la volonté d'un être qui me voyait pourtant agir, je l'attirais et le repoussais au gré de ma fantaisie et de mon caprice.

Voilà les premiers fruits de ma pénétration. Tous ces faits étant tombés dans le domaine vulgaire, j'eus des imitateurs. Je n'avais imité personne. Prenais-je, pour justifier mes œuvres, des hommes aveuglés par la foi? Non ; je m'adressai souvent au premier venu, sans m'informer en rien de sa croyance.

BIOGRAPHIE DE l' AUTEUR 49

Je dis ici ces choses, parce qu'on les oublie, et que trop de gens peut-être sont portés à se les attribuer. Ils se garderaient bien de dire la vérité et de rendre hommage à qui leur donna les moyens de briller un instant.

Le premier encore franchissant le seuil d'une Académie, j'osai, dans ce séjour de l'incrédulité, marcher droit à Tennemie. On sait le résultat : brisant le doute d'un de ces esprits forts, je torturai sa chair, sans la toucher pourtant, et je forçai ainsi tous ces hommes, jusque-là rebelles, à s'incliner devant la vérité.

Ces premiers états de service me donnaient déjà le droit de regarder en face un médecin, un académicien, et de dire à tous deux : Je sais plus que vous, car je fais ce que vous ne pouvez exécuter.

Si les académiciens eussent rempli leur devoir, ils auraient averti le ministre, en lui disant : il se passe en ce moment des faits d'une haute portée, qui peuvent influer sur les sciences. Le gouvernement ne peut y rester étranger. Nous vous prions, monsieur le ministre, de donner vos ordres pour un sérieux examen ; nous appelons dès aujourd'hui votre attention sur l'homme singulier qui, jusqu'au milieu de nous, n'a pas craint de paraître et de justifier en partie l'existence d'un agent nouveau. Ordonnez, monsieur le ministre, nous sommes à vos ordres.

Mais, non, ces gens, peu dignes du poste qu'ils occupent, cachaient au contraire les faits, les déniaient au public, et renfermaient dans les cartons de l'Académie les Mémoires où ils avaient constaté la vérité.

Bien mieux, ces infâmes laissaient planer sur leurs propres collègues les soupçons les plus injurieux. Quant

à moi, j'étais oublié ou immolé à leur dieu, qui est le mensonge ; et comme je ne cherchais ni le scandale ni la publicité, j'attendais patiemment de meilleurs jours, en étudiant toujours davantage : car ce que je savais me laissait voir clairement que je n'étais encore qu'un apprenti.

Suivant pourtant d'un œil attentif les travaux précieux des membres illustres de TAcadémie, j'apercevais leurs noms chaque jour au bas de certificats vantantles merveilleuses vertus du racahout desArabes, d'onguents pour la brûlure, d'emplâtres pour toutes les douleurs, de papiers chimiques, etc. etc. grand génie de l'industrie humaine ! tu planes sur le monde, et chasses devant toi les clartés de l'âme. Tu remplis la bourse de tes adorateurs, mais tu éteins chez eux tout sentiment du cœur.

Frapi)e, et il te sera ouvert ; demandey et il te sera accordé. Suivant ces divins préceptes, je marchais dans la vie, cherchant, au milieu de l'obscurité dont elle esf environnée, le rayon de lumière que l'on dit exister ; semblable à l'oiseau qui grandit, et qui, apercevant l'espace, le mesure d'abord des yeux, puis, ses ailes poussées, s'y élance enfin. Le gland qui tombe à côté de lui, la feuille que le vent emporte, la branche morte précipitée sur le sol, il a vu tout cela ; mais il sent qu'en lui-même un principe différent, une force vivante, le soutiendra dans Tair ; la nature lui a dit, dans un langage mystérieux, que telles étaient ses fins et ses destinées : il obéit à la nature. Nous, nous écoutons et cherchons à comprendre cette voix intérieure ; mais, rejetant bientôt et ses avertissements et ses conseils, nous nç savons ni voir ni comprendre. Le plus savant

BIOGRAPHIE DE l'aUTEUR 51

se montre le plus aveugle, car il dit à l'enfant : Adore les dieux que notre imagination a créés, ceux que notre raison repousse. Châtrant ainsi le génie au moment où il va s'épanouir au jour, il abâtardit les races, et puis il meurt lui-même, comme meurent les bêtes avec leur stupide indifférence. Un bon génie m'a préservé dans mon jeune âge, aucun homme ne m'a inoculé son poison, et voilà pourquoi aujourd'hui je pense autrement que tous, et vois la nature comme Dieu Ta formée. Je n'ai point à ressusciter au jour, ni à me débarrasser du linceul de plomb que portent avec eux tous les hommes.

Comme une plante rebelle à toute culture, mon fruit sera ce que la nature a voulu.

Voilà pourquoi j'entendais des discours savants sans les comprendre ; comment les médecins, se succédant au lit du malade, avec chacun une médecine différente, étaient pour moi autant d'énigmes ; comment, en voyant les représentants de tant de dieux d'origines diverses, je restais ébahi ; car ce qui paraissait ici vérité se traduisait ailleurs par mensonge et imposture : je me disais : Ce sont les précepteurs des hommes qui font tous leurs malheurs. Ce n'est pas assez que le lait reçu par l'enfant soit sophistiqué par Faltéralion morale et physique de la nourrice qui le doniie, il faut encore que, dès ses premiers pas, il devienne la victime de nos erreurs, qu'il suive les sentiers perfides où nous fimes tant de chutes. Faux, hypocrites, méchants, nous lui apprendrons à être tout cela, et, pour qu'il ne puisse un jour relever la tête, nous le menacerons du courroux des dieux.

Je ne m'étonnai donc plus si tant d'hommes ne pouvaient conàprendre la vérité nouvelle ; elle était pour

eux comme une langue inconnue. J^avais beau la traduire par des signes,' en indiquer le sens par des images, les yeux voyaient sans voir, les oreilles entendaient sans entendre, et l'interprète de la nature rencontrait à chaque pas Terreur, la sottise qui lui barraient le chemin. -.

Ce n'est pa^ que d'abord quelques-uns ne comprissent ; mais, le voile de leur ignorance tombant, ils n'en devenaient que plus acharnés contre la vérité.

En effet, Terreur les faisant vivre, la vérité pouvait les ruiner en sapant par la base leurédificé de science mensongère. Ils la reniaient, comme des enfanls devenus riches et ingrats renient leur tendre mère lorsqu'elle se présente à eux dépourvue de clinquant.

Il ne me fallut pas beaucoup de temps pour découvrir toutes ces misères. Mon cœur baltait toujours violemment, car à chaque instant je recevais une insulte nouvelle. Un autre serait devenu fou, ou bien il eût embrassé le parti de ces faux sages, pour arjpiver comme eux à se faire une position daiîs la fange, et Tordure. La nature m'offrit une consolation. Cequejéper,d5aisenfaux biens fut remplacé par un trésor plus réel, par une source de jouissances, pures que rien ne devait tarir.

Bravant tous les préjugés, j'allais en avant, menant de front Tétude de la propagande. Clest ainsi que je découvris la cause des insuccès, même lorqu'on avait la foi magnétique ; je réussis où d'autres," ayant la même puissance, avaient pourtant échoué. Je puis traduire ce changement par une figure. Placé devant un savant ou incrédule, je me disais : Tu n'es point Jupiter ; tu ne m'imposes point, je n'ai pas peur ; c'est à toi de trembler !

BIOGRAPHIE DE l'aUTEUR 53

J'ouvris de nouveaux cours pour un petit nombre de jeunes hommes. Mon langage devint moins obscur et donnait à ma pensée ce qui pouvait la rendre compréhensible ; une certaine netteté d'expression ; l'idée, quoique enveloppée de figures, ne laissait souvent rien à désirer, tous mes élèves la saisissaient.

Frappant les sens par des démonstrations rigoureuses ayant pour base des faits, je forçais l'intelligence la plus rebelle à en saisir les conséquences. C'était donc déjà un commencement de science pratique, un art avec quelques règles certaines.

Le magnétisme alors gisait exclusivement dans le sommeil. Je fis voir que ce phénomène n'en était qu'un effet, bien surprenant sans doute, mais qu'il avait bien moins d'importance qu'on ne lui en attribuait. Le magnétisme, sa nature redevenaient donc l'objet principal, et je replaçais l'étude sur son véritable terrain. Quels que fussent tous ses phénomènes, je voulais qu'on ne perdit jamais de vue leur point de départ.

Petit à petit un immense horizon s'offrit à ma pensée comme à mon regard ; mon admiration grandit, car je surpris quelques lois invariables de la circulation de l'agent nouveau. Je m'expliquai comment celui que je magnétisais pouvait très bien ne rien sentir, tandis que la personne placée près de lui éprouvait de cette manière tous les effets dont je cherchais le développement. Toutes choses que l'on ne m'avait point apprises, et qui d'ailleurs ne se trouvaient qu'en germe dans quelques écrits.

L'agent magnétique décelait ses propriétés successivement. Je m'aperçus que, pour produire le sommeil, il n'était pas besoin de le désirer, de le vouloir, mais que

l'agent portait en lui cette propriété', comme Topium la possède. J'apprenais que cette force s'accumulait dans les organes du magnétisé ^ comme Télectricité dans une bouteille de Leyde, et qu'arrivant à y être en excès, le vase humain laissait fuir ou se débarrassait violemment du principe qui opprimait la vie en gênant par sa présence le jeu des organes.

Je constatai la loi de la circulation du fluide à travers les tissus qui forment notre enveloppe;je reconnus que, quel que fût le point de son introduction, il parcourait bientôt tout le trajet nerveux et venait naturellement sortir par les extrémités inférieures pour se perdre dans les corps ambiants après avoir passé par le cerveau.

J'appris que Tincrédulité du sujet magnétisé n'empêchait rien, qu'elle était simplement un trait de stupidité ; car, nier une chose seulement parce qu'on ne la conçoit pas, c'est absolument comme si on niait sa propre existence.

Et mon succès sur les incrédules dépassa mes espérances.

Je découvris bientôt la cause réelle de beaucoup d'afiTections nerveuses, qui ne sont dues qu'à de véritables rétentions du fluide nerveux, et il me fut dès lors possible de produire artificiellement et momentanément ces accidents.

Une erreur de Mesmer, alors accréditée par Deleuze et généralement partagée, était que les métaux, la soie, etc., diminuaient s'ils ne neutralisaient même l'action magnétique. Je détruisis cette croyance en magnétisant des personnes couvertes de soie et portant des bagues ou autres corps prétendus isolants.

BIOGRAPHIE DE l'aUTEUR 55

Voilà ce que Tétude m'avait permis d'apercevoir. J'étais heureux de ces petites victoires, car je médisais: si je découvre ceci, un autre découvrira davantage, et la science se fera : les magnétiseurs cesseront d'être de pures machines. Ce qu'avait dit Puységur : Nous ne serons jamais que dey tourneurs de manivelle, cessera d'être vrai. A chaque pas nouveau, je simplifiais les procédés, je leur ôtais tout ce qu'ils avaient de ridicule ou d'inutile, je ne touchais plus les magnétisés que pour les soutenir lorsqu'ils fléchissaient.

Le magnétisme devenait donc entre mes mains un instrument pouvant acquérir une précision presque rigoureuse, en permettant de graduer le développement des faits, de les circonscrire et de les détruire. Alors^ plein d'étonnement de posséder ce rudiment de science, mais sans pourtant m'en enorgueillir, je constatais ma supériorité sur une infinité de magnétiseurs, de ceux surtout suivant les procédés de Deleuze et de Puységur. Je voyais les dispositions natives de leurs sujets et tout ce que l'on devait produire. Les magnétistes avaient besoin de traîner ou de conduire avec eux des instruments dressés, sans lesquels ils n'étaient rien ; moi, il ne me fallait plus qu'un auditoire ; les faits naissaient sous mes mains, et souvent sur le premier venu. Enfin, il eût été impossible à aucun de ces opérateurs de lutter avec moi.

La vie de l'homme est échelonnée, elle se marque par des périodes de croissance morale et physique, elle a son apogée, puis son déclin. Les fruits probablement portent l'empreinte de ces phases.

IjCs livres mystiques que j'avais feuilletés en vain, je les trouvais alors pleins de faits, ayant tous un sens

mystérieux, mais saisissable. La Bible même contint pour moi le magnétisme ; à chaque page, en effet, on trouve des voyants, des prophètes, des miracles, et on devine aisément la source des visions et des prodiges, comme les causes des guérisons miraculeuses inscrites dans les archives religieuses des temps passés.

La Grèce, avec ses pythonisses et ses crisiaques, ses trépieds et ses sibylles, dévoile ses mystères ; le magnétisme en formait la base, il était l'élément de la production de tous ces faits où le vulgaire voyait la présence des dieux.

Ces évocations des héros qui parfois se rendaient visibles ; l'existence de ces temples où on allait dormir pour trouver la santé ; tous ces ex-voto suspendus à leurs murailles, où les malades reconnaissants avaient inscrits les recettes données par le dieu vu en songe, et mille autres indices certains peuvent servir à convaincre les plus incrédules.

L'Egypte n'était-elle point remplie également de toutes ces choses? Aujourd'hui encore, quoique dégénérée, elle laisse voir des restes évidents des croyances anciennes ; le magnétisme y est pratiqué par des hommes qui, hélas ! ne savent plus l'origine et les éléments de cette science délaissée, que tous divinisaient autrefois.

L'Inde offre également des traces irréfragables d'une ancienne science qui, se liant au sacerdoce, donnait aux prêtres et leur renommée et leur puissance; cette science, nous allons bientôt la reconstituer. Elle fut^ elle sera^ car elle est d'essence immortelle et ne pouvait périr.

Mais ne laissons pas apparaître à notre esprit lé

BIOGRAPHIE DE l' AUTEUR 57

moyen âge ; oublions sa sombre histoire, écrite partout avec du sang humain. Les prêtres alors se montraient comme de mauvais génies ; partout où ils passaient, les bûchers s'allumaient, le deuil était dans les familles, rintelligence poursuivie fuyait épouvantée.

C'était le magnétisme, cet agent de la nature, qui se révélait dans tous les faits attribués au diable.

C'était lui qui était le principe et la cause de la sorcellerie ; car les peuples, dans leur ignorance de la nature et des forces qu'elle emploie, voyaient partout le démon. On ne les détrompait point, au contraire, on entretenait ces croyances abominables par de sanglants holocaustes ; on punissait des innocents. Leurs crimes, hélas ! nous les révélerons dans cet écrit, nous les exposerons à tous les yeux.

Viens, Nature, rechauffer mon esprit ; donne-moi force et courage ; ce n'est pas assez de sentir, il faut encore savoir peindre, et ma voix n*a ni charmes ni éclat ; mais, à défaut de ce précieux don, elle devrait gronder comme le tonnerre à l'approche de Forage ; car tous les éléments d'une tempête sont entrés dans mon âme. L'injustice des faux savants et leurs amers mépris, leurs insultes de chaque jour, leurs bassesses communes, leur froide ironie ; ces levains empestés ont pénétré jusqu'à mes os, ont agité mon sang. Quoi ! voilà soixante-dix ans qu'on leur dit d'avancer, qu'on leur présente la science nouvelle, et toujours à leurs yeux nous sommes des charlatans et des jongleurs ! Ah ! oui, les gens qu'on appelait ainsi et que l'on voyait autrefois sur les places de Rome, de Memphis et d'Alexandrie, en savaient plus que nos Instituts surtout ce qui tient à la nature et au pouvoir de Thomme. Voilà

sokante-dix ans que les magnétistes réparent, autant qu'il est en eux, les maux causés par la médecine dite savante, et l'Académie de médecine a conservé la même ignorance des faits et son même mépris de la vérité ! Ignorance et vanité, voilà la devise de son drapeau !

Inspire-moi, Nature, laisse-moi saisir ta loi, afin que ma vengeance soit la tienne ; et que, digne interprète de tes secrets desseins, j'annonce au monde les changements que tu prépares en silence ' la fin du règne de ces faux sages est l'expiation de leur ignominieux matérialisme !

trons donc plus avant ; allons, s'il se peut, juséjour des âmes, mais sans nous écarter de noie, l'expérience; saisissons des rapports ignorés intelligence et la matière, entre Dieu et ses ou- ; que la mort même ne soit plus un mystère, la magie pour nous a cessé d'en être un.

is entrer dans le domaine des idées, aborder un nouveau : il faut que ma pensée le pénètre.

;e est parfois punie, souvent aussi elle est résée. Marchant à travers les ténèbres, éclairé faible rayon, puissé-je ne point m'égarer, car la i toute ma vie fut celle-ci : éviter les erreurs, igieusement la vérité.

DELXIE]\IE PARTIE

Avertissement

Qui que tu sois, prends garde en lisant cet écrit ! Ne le médite point si ton caractère est incertain : rejetle-le bien vite si quelque pensée de mal te portait à rechercher la science. Considère que jamais impunément le mal ne se pratique, et que, par cela même que tu lui aurais ouvert la porte, il entrera chez toi pour le punir et venger Foutrage que tu auras fait à la nature. Souviens toi qu'en raison de ce que tu agis sur les êtres au moyen d'une force cachée, il doit en résulter une sorte d'engagement et de consentement de ton esprit, qui sera lié à la chose faite et dont il ne pourra se dégager facilement.

Tu as donc besoin d'obtenir l'assentiment complet de la personne que tu désires soumettre à tes expériences, à tes épreuves, afin que jamais un reproche ne puisse t'être adressé ; ce serait un crime d'agir en dehors ou contre la volonté de l'être quel qu'il soit. Non seulement la justice aurait dès à présent le droit do topurur,

mais chaque homme également pourrait exercer sur loi sa vengeance, si tu avais transgressé la loi des rapports en créant des penchants durables, contre les intérêts ou la santé de celui qui ne doit rester qu'un instant soumis à ton pouvoir.

Reste simple, si tu veux être fort ; ne veuille que le bien surtout ; la science viendra ensuite, elle viendra, vierge et pure de tout alliage ; tu pourras aborder sans crainte les plus hautes questions, produire les plus grands phénomènes, sans que ta marche soit en rien embarrassée. Dans le cas contraire, tu irasd'écueil en écueil : tu réussiras sans doute à produire des faits immenses, mais qui, loin de te trouver préparé à les conduire vers une fin donnée, rencontreront un homme rempli de crainte et d'effroi.

Ce n'est point un vain fantôme que j'étale aux yeux

du lecteur pour l'effrayer et lui faire croire à des cWt

mères : la réalité est ici. Trop certain de ce que je vais

dire, j'adresse un avis, je donne un conseil, je fais une

prière ; s'il est des esprits téméraires qui. méprisant

toute prudence, veuillent aller en mer, malgré le vent

et la tempête, sans écouter la voix du nautonier qui

leur dit : Plus sage serait de rester sur la plage, tant

pis, alors, pour les imprudents qui persisteraient: qu'ils

"leur à qui ne l'aura point

ir, on n'a rien à me deman-

je fais davantage, je donne

le sans s'en écarter. On ne

ai trouvé seul, et je serais

nent ; mais je sais que les

i des fidélités si douteuses et

je suis plus assuré d'être

écouté et suivi en m'adressant au cœur de Thonnête homme.

Préliminaires

Nous nous éloignons désormais de la route tracée par Mesmer et Puységur. Nous laissons de côté Deleuze et toute son école. Nous abandonnons tout système médical fondé sur les propriétés de l'agent magnétique. Le somnambulisme n'est plus pour nous qu'un accident, un fait seulement. Nous ne contestons aucun de ces phénomènes acquis : nous les rangeons tous dans un ordre simple et purement physique. Cet ordre de phénomènes ne souffre plus de doutes ; mais il reste encore, pour en compléter l'ensemble, immensément à découvrir : ce sera l'ouvrage du temps et de l'observation. Le bien, en cela, dominera toujours le mal ; car, quoique à la portée des esprits les plus vulgaires, ces commencements de prodiges resteront dans leurs limites naturelles.

Il faut perfectionner Tart qui commence, et établir les bases d'une sage application : tel doit être le but des magnétistes, et nous y travaillons nous même sans relâche. Mais c'est un devoir non moins impérieux de sonder la nature, de chercher si, en dehors des propriétés bien connues de l'agent magnétique, il n'y en aurait point d'autres plus mystérieuses, plus importantes à connaître sous le rapport de la science morale, plus capables par conséquent de nous révéler les divines facultés de Tâme humaine. Pour cela, il faut s'isoler du monde magnétique, de celui qui a des yeux qui ne

62 LA MAlilE DEVOILEE

voient point, et qui toarne toujours dans le même cercle sans rien produire de nouveau.

Prenons garde cependant de rencontrer le mal quoique cherchant le bien. Ce que Dieu a fait est bon, nécessaire, utile : l'homme change ces dons ; curieux autant que passionné, nulle condition ne peutle satisfaire, et sa soif de connaître augmente à mesure qu'il découvre. Il a besoin, pour apprendre, de tout altérer, de tout changer ; il faut qu'il viole la nature pour en saisir les lois, mais c'est à ses risques et périls. Lorsque les habitants de fonde s'élèvent à sa surface, leur vie est en danger d'être absorbée, il ne faut qu'un instant pour les voir périr. L'oiseau qui s'élève dans les airs retombe bientôt suffoqué, s'il est monté trop haut : tout est fait pour une situation moyenne, la sagesse commande de n'eo pas sortir. La fortune, les honneurs même accablent bientôt les hommes. Malheur k l'ambitieux ! s'il parvient au pouvoir sans que son génie l'y appelle, il en est bientôt précipité. La science seule n'a point de bornes, elle ne doit ses conquêtes qu'à son audace, qu'à ses témérités, qu'à ses sublimes folies.

Les nations périssent lorsqu'elles arrivent à un trop

haut degré de civilisation et de richesses ; la science

même, parvenue à une limite extrême, fait sentir à

l'homme sa faiblesse, il défaille bientôt et devient fou

s'il ne s'arrête, et ceci dans les circonstances ordinaires

de la vie. Que sera-ce donc, lorsque la loi qui enchaîne

i brisée et que les entraves de la

un obstacle aux perceptions ;

comme l'homme fort, pénétrer

a nature a caché les mystères

•e ne nous conserve-t-elle point

le triste exemple de ce qui advint aux générations passées, au sujet de la sorcellerie et de la magie ? Les faits n'étaient que trop réels et donnaient lieu à d'affreux abus, à des pratiques monstrueuses. Il est vrai encore que rignorance y avait la plus grande part. Les sorciers, Magiciens de ruelles et Gircés de carrefours, ne s'élevaient point jusqu'à comprendre Tordre moral ; satisfaire des passions brutales, torturer quelques êtres, obéir à des sentiments de vengeance, était Tunique but où visaient les volontés et les pensées. Et que vais-je faire par cet écrit ? Donner des règles pour agir plus sûremenl, faire revivre un passé qu'il faudrait oublier peut être ? Mais comment ai -je trouvé cet art? Où Tai-je pris? Dans mes idées? Non ; c'est la nature elle-même qui me Ta fait connaître. Comment? En produisant sous mes yeux, sans que je les cherchasse d'abord, des faits indubitables de sorcellerie et de magie. Et si, dès les premières magnétisations, je ne Tai point reconnu, c'est que j'avais un bandeau sur les yeux comme Tout encore tous les magnétiseurs.

En effet, qu'est-ce que le sommeil somnambuliqiie ? Un résultat de la puissance magique. Qu'est-ce que la magnétisation à distance, par la pensée, sans rapport, si ce n'est encore l'action occulte exercée par les bergers, sorciers ou sorcières ? — Car, sachez-le, les effets se produisent sur les animaux comme sur Thomme. Qui détermine ces attractions, ces penchants subits, ces fureurs, ces antipathies, ces crises et convulsions que Ton peut rendre durables et dangereux, si ce n'est le principe même employé, l'agent très certainement connu des hommes du passé ? Tous les principaux caractères de la magie, de cette science divine ou diabolique, se

trouvent donc écrits dans les phénomènes produits actuellement ; ne point les y voir ou les nier, c'est manquer de jugement. Ce que vous appelezfluide nerveux, magnétisme, somnambulisme, extase, les anciens rappelaient puissance occulte ou de VâmCy sujétion^ envoûtement^ etc. etc., Votre insensibilité, vos paralysies artificielles, votre catalepsie et bien d'autres accidents du système nerveux ou de la vie se retrouvent à chaque pas dans Thistoire du vieux temps. Si ces faits, aujourd'hui, ne prennent point encore d'autres formes, c'est que vous ignorez comment il faut procéder ; vous imitez seulement Mesmer^ Puysègur, Deleu::e et d'autres maîtres qui ignoraient ou n'ont pas voulu vous enseigner d'autres pratiques. Soyez-en certains, l'agent est le même pour tous les phénomènes, qu'ils soient grands ou vulgaires, utiles ou nuisibles ; comme c'est le même soleil qui fait périr ou féconde, qui réchauffe ou brûle, tarit les sources, et produit les orages. Seulement sa puissance est aveugle, toujours la même ; la nôtre revêt les propriétés de nos âmes, elle obéit à notre volonté, elle est l'instrument de notre entendement, qui la met au service des passions et des vices ou sait lui donner un caractère divin et miraculeux.

C'est ce que ne présentent point les forces mortes. L'électricité, dans toutes ses variétés, est toujours l'électricité ; l'aimant, de même ; le calorique peut se reconnaître aussi. Mais la pensée qui se fixe où on l'a déposée ; mais ces jets de flammes invisibles qui, plus subtils que des arômes, vont où Tintention les dirige, à travers l'espace, sans que rien les arrête, emportant avec eux nos désirs et le rudiment de tout notre être ! Qui pourrait donc assimiler cet élément magique aux autres

agents découverts dans la nature par le génie de l'homme ? Qu'y a-t-il de commun entre eux ? Les mots seuls, ici, servent à les rapprocher, parce qu'ils sont les mêmes, la pauvreté de notre langage le veut ainsi ; mais bientôt on distinguera leurs ordres diflerents, et on rendra au magnétisme animal le rang qui lui est dû, en le plaçant le premier sur la liste où se trouvent inscrites déjà les merveilles de second ordre.

Voilà par quelles réflexions je voulais vous amener à comprendre la grandeur de la découverte de Mesmer, de ce trésor nouveau, intarissable source où se puise la vie de tous les êtres, et qui rend la nature toujours jeune, toujours riche et féconde. Apprenez à distinguer cette force créatrice de tout ce que vos sens peuvent saisir, car elle leur échappe d'abord : elle est pensée avant de se traduire en acte. C'est ainsi que vous approcherez un jour de la vérité, et comprendrez les paroles des anciens sages.

La fable a couvert d'un voile épais toutes les opérations de la magie. La poésie ancienne, dans un langage harmonieux, mais rempli d'énigmes, a peint à grands traits tous les travaux des sages et l'intermédiaire des dieux pour assurer le succès de leurs œuvres merveilleuses. Nous, enfants, nous ne savons plus rien de ces antiques vérités qui dévoilaient aux hommes les mystères de la création. Il nous faut chercher avec patience et persévérance tous les matériaux épars de ce vaste édifice que le temps a détruit, afin qu'il puisse être reconstruit par nos successeurs. Les hommes de science viendront combler le vide qui existe parmi nous, ils nous sont nécessaires. Ne sont-ils point les architectes naturels, indispensables ? Que pouvons-nous sans eux ?

Rien qu*étonner le monde ? le stupéfier un instant, en lui montrant des phénomènes nouveaux bien au-dessus de ce que la raison peut comprendre, Teffrayer peutêtre, par une série de désordres inconnus jusqu'à ce jour ; puis l'oubli viendra, voire même le dégoût des générations ; car il faut que les faits de nature soient liés entre eux, qu'il en sorte une science, plus même, une religion, une croyance, au bout de laquelle soient Dieu et la vie future. Ah ! je suis écrasé par mon néant ; je sens, c'est tout ! Je ne saurais jamais peindre !

Ce qui va suivre vous rappellera mes premiers travaux, vous initiera aux phénomènes qui m'ont fait concevoir l'existence de la magie, et m'ont donné la possibilité d'en reproduire les œuvres. Suivez-moi donc pas à pas, si vous voulez apprendre ; soyez attentifs si vous voulez saisir le principe même des opérations ; car les règles ne sont point encore parfaites.

Opérations

Voici les faits de magie, ou, si l'on veut, les ébauches qui me mirent sur le chemin de l'art ancien. Il est nécessaire de se pénétrer de ces phénomènes et des pensées qui m'amenèrent à les produire, afin que* les idées de possibilité de choses pareilles entrent et se développent chez celui qui veut opérer.

Je transcris donc ici les expériences déjà publiées dans le Journal du magnétisme ( 1) , avec leurs commentaires, de manière à suivre l'ordre chronologique de la décou-

(1) Voir les années 1846, 1847, 1848.

verte. La partie secrète, celle qui na point encore vu le jour, viendra après, elle en sera le complément ; mais elle ne peut être bien comprise qu'en se pénétrant des premiers principes qui m ont guidé. Je ne change rien à ce qui fut écrit au moment même où je produisis. J'ignorais alors toute la grandeur de la découverte, la richesse extrême du pays conquis ; j'étais comme l'enfant qui tient en ses mains des pierres précieuses, et qui n'admire que leurs belles couleurs ; il me fallut produire souvent, et sous une infinité de formes, ces faits merveilleux pour en connaître la vraie cause ; la sachant enfin, j*ai pu pénétrer plus avant, et, comme pour l'étude du magnétisme, je pus aller du simple au complexe, sans que le doute vint arrêter ma marche.

Je pourrais multiplier les faits ; mais, outre la difficulte de les rendre, leur récit, aujourd'hui, n'ajouterait aucune valeur à ceux que je vais citer et qui eurent pour témoins plusieurs centaines de personnes. Je remonte donc à mon point de départ, et reproduis textuellement les premiers faits de magie.

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