‹ La Magie dévoiléeChapitre 12 sur 26 · SYMPATHIES ET ANTIPATHIES MAGIQUES · texte numérisé non relu

SYMPATHIES ET ANTIPATHIES MAGIQUES

Il est des nœuds secrets, il est des sympathies, Qui, par le doux accord des âmes asservies.

Se plaisent l'un à Tautre et se laissent charmer Par un je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer.

Les attractions et les répulsions qui se manifestent entre les êtres, à quoi sont-elles dues ? Pourquoi ces aversions subites ou ces attraits qui nous enchaînent ? Où en est le principe, la loi ? Le jugement, la raison ne peuvent répondre à ces questions ; les faits sont constants, l'explication n'est point encore trouvée.

Voyons si par le magnétisme nous pourrons jeter quelque lumière sur ces mystères et découvrir les causes secrètes qui agissent sur nous bien avant que la pensée et la réflexion aient pu s'exercer.

Si nous eu croyons les historiens, et nous avons toute raison de les croire, des exemples sans nombre de sympathie, comme d'antipathie, remarqués dans tous les temps, frappèrent vivement les imaginations comme ils agirent sur nous mêmes. Qui donc oserait en nier la puissance et la réalité ? Il n'est pas une seule personne qui n'ait senti cette influence occulte.

Il y a des visages qui s'attirent les uns les autres; il y en a qui se repoussent, dit Lavater.

Le premier moment qu'une personne s'ofifre à vous vous prévient-il en sa faveur ; cette première impression n'a-t-elle rien qui vous blesse, qui vous cause aucune gêne, aucune contrainte; vous sentez-vous en sa présence plus libre, plus animé et, sans qu'elle vous flatte, même sans qu'elle vous parle, plus content de vous-même ; cette personne, soyez-en sûr, ne perdra jamais dans votre esprit, elle y gagnera constamment, pourvu qu'un tiers ne vienne pas se placer entre vous.

Les philosophes sympathistes disent qu'il émane sans cesse des corpuscules de tous les corps, et que ces corpuscules, en frappant nos organes, lont dans le cerveau des impressions plus ou moins sympathiques ou plus ou moins antipathiques. On voit deux femmes pour la première fois, et l'une, quoique moins jolie que l'autre, vous plaît davantage.

Nous pourrions citer beaucoup d'exemples de ces sortes de sentiments irrésistibles dans leurs effets, ter-

ribles dans leurs résultats ; mais ce serait établir qu'il fait jour en plein midi. C'est donc un fait acquis. Voyons si nous ne pourrons pas, artificiellement, déterminer quelque chose de semblable aux phénomènes en question.

Il résulte des principes que nous avons établis que des courants de fluide entrent et sortent de chaque individu, et que, par des affinités encore secrètes, ces fluides^ lorsqu'ils ne sont point dirigés par la pensée, par Tintention, par le vouloir, vont pourtant comme s'ils étaient doués d'intelligence, se fixer dans des organisations de leur choix, et y faire naître une série d'accidents bons ou mauvais C'est ce qui ressort des faits cités plus haut. Maintenant que nous savons cela possible par le magnétisme, essayons encore d'en saisir la loi ; car, pour nous, tout est réglé dans la nature : nous n'admettons point le hasard, inventé par l'ignorance pour venir au secours de la sottise.

Première expérience

Voici ce qu'on observe en faisant l'expérience suivante.

Si je trace deux lignes parallèles AB, A'B' partant du même point, comme ci-dessous :

les personnes qui les suivent n'éprouvent point de changements dans leur marche : elles peuvent se coudoyer, se heurter, on ne voit point d'eftets moraux avoir lieu. Si, au contraire, on trace une autre ligne

partant du point C pour arriver à D, et que deux êtres marchent en même temps Tun sur la ligne AB, et l'autre sur CD, de manière à se rencontrer, tout ce qui se passe a un caractère étrange d'antagonisme et d'antipathie. Arrives au bout BD de leurs lignes respectives, ils se considèrent, s'animent : la figure se colore ou pâlit, et le délire de Temportement commence : au dédain succède la menace, et, comme des athlètes, les deux champions se préparent au combat. Il faut alors intervenir et bien choisir son temps, car il devient difficile de séparer les deux sujets^ qui, tout à l'heure encore, se voyaient avec indifférence. Je dis plus: c'est qu'avec une sympathie naturelle, préexistante, l'effet serait le même, ainsi que nous l'avons vu plusieurs fois résulter de nos expériences.

Deuxième expérience

Un effet non moins bizarre résulte de la disposition de ces lignes. Si vous placez à l'extrémité de l'une d'elles, soit B, mais sans qu'il bouge, un individu quelconque ; celui qui la parcourt depuis A s'éprend de sympathie pour l'être qui est sur son chemin ; sa pantomime est expressive et témoigne toute la tendresse possible. Mais bientôt, s'apercevant que celui qui la cause n'y répond point, n'a point la même chaleur, il le retourne brusquement en signe de dédain, et s'appuie nonchalamment sur ses épaules.

Nulle description ne pourrait donner l'idée de ces phénomènes ; il faut les déterminer soi-même ou assister à leur développement pour les concevoir. Les mouvements de l'âme ne peuvent se traduire par la plume

et nous y renonçons. Mais nous allons poursuivre Tétude de faits aussi curieux. Nous avons été, nous osons le dire, impressionné comme toute l'assemblée, car nous n'avons rien vu de pareil dans nos nombreuses expériences. 11 est vrai qu'ici tout est combiné et résulte forcément d'une puissance agissant par courant contraire.

Nous sommes donc toujours sur le chemin des plus grandeis découvertes ; nos lecteurs nous sauront gré de les tenir au courant de nos explorations ; car leurs résultats, appartenant à la science du magnétisme, doivent retendre et en augmenter les bienfaits.

Flèche magique

Dans ces précédentes expériences, M. du Potet, ayant cru découvrir une nouvelle loi magnétique, attendait avec impatience le moment de s'en assurer par des faits sur lesquels aucun doute ne restât. Dans la dernière conférence, s'adressant à l'assemblée, il s'exprima ainsi :

(( Si la direction du tracé des lignes influe sur le résultat de l'expérience ; si la manière de les laire n'est pas indifférente, nous avons découvert une chose magnifique, et un progrès marqué doit en résulter pour le magnétisme. Nous allons donc, devant vous tous, tracer de nouvelles lignes de craie, et, pour qu'il ne puisse y avoir d'incertitude, toutes partiront d'un point donné sans irrégularité, afin que l'épreuve soit complète, et la démonstration péremptoire.

« Formons une figure dans laquelle toutes les lignes de l'extrémité A. convergeant au point B, se prolongent jusqu'en C, où convergent également les lignes D et E.

Si je ne me trompe, il doit y avoir deux actions bien distinctes, l'une qui porte les patients de A vers C,

Tautre qui les empêche d'aller de C en A. Plaçons donc, pour avoir de suite un exemple, un sujet résolu dans les conditions supposées, et voyons les phénomènes qui vont se manifester. »

Première expérience

En conséquence, M. C... est prié de se placer au point B, et d'analyser avec tout son sang-froid les sensations qu'il éprouvera. Bientôt une sorte de défaillance, de faiblesse, se manifeste ; il assure sentir par les pieds un écoulement de ses forces. «Ma tête se vide, » dit-il ; puis, ne pouvant plus se maintenir verticalement, il s'affaisse, et l'on est obligé de le soutenir. Il accuse de plus en plus l'épuisement de tout son être ; et Ton remarque un état syncopal caractérisé par la pâleur du visage, la débilité, Tatonie générale et une respiration si courte qu'elle est presque insensible. On Tenlève immédiatement pour le placer au bout C de la flèche; on voit aussitôt les caractères d'une vitalité puissante apparaître et chasser la faiblesse, comme quand un animal, un instant plongé dans le vide, rentre dans Tatmos-

phère. M. C... sent distinctement des courants fluidiques s'établir de la flèche à lui. 11 éprouve là des sensations tout à fait opposées à celles ci-dessus décrites ; il jouit de cet état, s'y complaît, manifeste sa joie, et voudrait rester plus longtemps sur ce point.

Deuxième expérience

M. du Potet, pour s'assurer que l'imagination n'entre pour rien dans la production de ce fait, prend un jeune homme nouvellement arrivé, qui n'a rien entendu ni vu de l'expérience précédente, qui ignore le but qu'on se propose. Mis au point C, à la place que vient de quitter le précédent sujet, on voit avec une grande surprise qu'il respire avec activité, qu'il éprouve une sorte d'excitation fébrile ; ses yeux brillent ; il semble vivre davantage. Prié d'avancer, il fait un pas sur le tracé, et ne peut poursuivre sa route ; il multiplie en vain ses mouvements, ses muscles se gonflent, le dépit, la colère s'emparent delui, et ses efforts sont inimitables comme indicibles. On le laisse cependant dans cette situation^ l'excitant à poursuivre ; mais quelque chose d'infranchissable le repousse, comme à la marée montante le flot repousse, rejette à la côte l'imprudent qui s'avance. Furieux, il s'élance la tête baissée ; vains efforts ! 11 ne va pas à la moitié de la flèche. Un homme que l'on eût placé sur une glace polie, ceint de liens fixés à un poteau, ayant aux pieds des patins et voulant avancer, donnerait l'image des mouvements bien infructueux effectués par l'expérimenté qui, suant à grosses gouttes après avoir fléchi cent fois sans tomber, demande, prie qu'on le retire de cette position. 11 accuse des sensations en

tout analogues à celles de son prédécesseur. Son corps était parcouru par un fluide pénétrant qui portait sur tout son trajet une excitation vitale, remarquée d'ailleurs par tout le monde dès les premiers instants ; il se sentait vivre doublement, sans pouvoir comprendre par quel mystère, par quelle puissance ce fait s'était produit. Mais quelques minutes après l'opération il éprouvait dans les bras et les jambes le sentiment de fatigue d'un homme qui a beaucoup lutté.

Troisième expérience

Une troisième expérience tentée fut moins concluante. On n'avait que le diminutif des précédentes, soit que" cette personne fût moins impressionnable, soit plutôt parce que l'action des lignes était affaiblie. Cette supposition est très probable, et l'on eût dû à chaque essai renouveler les lignes en partie effacées ; car il doit y avoir soustraction du principe agissant par les corps mis en contact; c'est du moins ce qui arrive pour des agents analogues.

« Les conséquences à tirer de ces faits, ajoute M. du Potet, sont nombreuses. Ils indiquent pourquoi, dans la magnétisation directe et par contact, on obtient du sommeil ou de l'excitation, selon les procédés suivis. Ils justifientles principes que j'ai posés dans le Manuel de l'Etudiant magnétiseur, et reportent au système de Mesmer qui admettait des pôles dans le corps humain ; car les effets produits par son baquet et ses verges de fer étaient tantôt positifs, tantôt négatifs. Ce grand homme n'avait pas eu le temps de découvrir les vraies lois du magnétisme ; les crises convulsives dans lesquelles il

mettait les malades résultaient d'une magnétisation mal dirigée. Il sera possible désormais de produire à volonté le calme ou l'agitation : nous en donnerons les preuves les plus multipliées Mais ce n'est là qu'un fait de la découverte nouvelle ; voici qui est plus important.

« Lorsque nous avons parlé de magie, nous en admettions l'existence, convaincu que sa source était dans le magnétisme, comme toutes les merveilles de la nature ont leur cause dans des agents ou des forces qui s'y trouvent ; il n'est donc pas besoin de recourir à des interventions diaboliques ou divines pour expliquer les phénomènes. Un jour viendra où l'ignorance revêtue du manteau de la science sera à tout jamais bannie^ où il sera reconnu que tout miracle est physique, qu'il a sa cause soit en nous-même, soit extérieurement en des agents d'un ordre élevé sans doute, mais dont l'action n'a jamais cessé d'exister. Trop longtemps le^ savants ont laissé dans l'oubli ou abandonné au vulgaire une étude si curieuse et si utile. Curieuse, parce qu'elle seule peut donner aux sciences ce qui leur manque : la connaissance des premiers principes ; utile, car c'est par elle que les préjugés, que les erreurs, que des crimes même peuvent disparaître de la terre.

« Nous sommes heureux d'ouvrir le chemin, malgré les clameurs des gens qui se repaissent de chimères, et, quel que puisse être le jugement des plus éclairés^ qui semblent faire un crime d'oser toucher à l'arche sainte, c'est-à-dire de porter la main sur ce que les siècles barbares nous ont transmis comme des vérités, bien que cela repose sur un défaut d'observation, ou soit le fruit d'impostures intéressées. Pourquoi faut-il que ce soit un homme faible qui donne l'exemple ? Tant de

gens capables, libres penseurs, auraient dû nous devancer et dire au monde ce que dans leur for intérieur ils reconnaissaient d'opposé aux superstitions régnantes. Il est vrai que l'on court risque d'être placé au rang des fous, des méchants des impies, tandis que Dieu ne cesse d'inspirer la tolérance, et de crier aux hommes : La lumière luit dans les ténèbres ; mais ils ne l'ont point comprise.

(( C'est en vain que le travail que nous entreprenons a été tenté par le raisonnement. Assurément les ouvrages des philosophes, des penseurs sont nombreux sur ce sujet ; mais le raisonnement fait peu dans ces matières, souvent même il augmente les difficultés, car, n'ayant pour appui que des abstractions, ils n'avaient point la puissance de commander à la croyance, et d'empêcher les sophistes de détruire le peu de bien qui résultait de leurs œuvres.

a Nous n'avons point la prétention d'imposer nos idées, mais d'amener ceux qui voudront s'éclairer à répéter les expériences qui ont jeté quelque lumière dans notre esprit. Ce n'est que petit à petit que le travail commencé aura quelque importance, et un jour d'autres hommes apparaîtront, qui, saisissant tous les faits, reconstruiront l'édifice des connaissances antiques. >

Cessons ces descriptions, faisons halte un instant.

Réflexions transitoires

C'est chaque dimanche, au milieu d'un grand concours de personnes, que nous faisons nos expériences si

curieuses de magie. Ce sont toujours nos visiteurs, nos élèves et nos abonnés qui nous servent de sujets. C'est sur des gens connus que nous développons les phénomènes qui étonnent la raison, et confondent le jugement

Plus de doute, plus d'incertitude, la magie est retrouvée : cent faits divers sont là pour attester et prouver ce que nous avançons.

Que sont les récits anciens de cet art singulier où les diables, dit-on, avaient leur bonne part ? Un amas de faits sans lien aucun avec les agents connus, quelque chose d'anormal apparaissant au travers du pri.sroe des préjugés et de l'ignorance ; la croyance aux esprits, des pactes avec eux, des onguents, des paroles, des signes et tout un code de formules propres à troubler l'intelligence la plus forte ; puis, pour cortège, l'affreuse torture, le bûcher et des cendres humaines jetées au vent ; un fanatisme aveugle, des savants imbéciles, un pouvoir sans limites et des prêtres féroces, qui, au nom d'un Dieu de paix, inondaient la terre de sang humain ; des doctrines impies, des lois barbares : voilà ce que nous offre l'histoire.

Le génie comprimé, la nature enchaînée, la civilisation retardée, l'humanité n'existant que de nom, car la barbarie régnait en maîtresse, ayant pour ministres des inquisiteurs, des juges sans scrupules comme sans pitié, un cortège de bourreaux enfin : tel est le tableau du passé.

Quels étaient donc les crimes à punir, les lois à venger ? Hélas ! c'est la nature que l'on poursuivait sans relâche ; ce sont les divines propriétés de l'âme humaine dont on voulait empêcher les manifestations.

siècles affreux, disparaissez de notre mémoire !

Vous ternissez l^histoire, et n'offrirez aux générations à venir que des souvenirs de honte et d'opprobre !

La lumière arrive chaque jour davantage, elle chasse les ténèbres ; nous allons pouvoir examiner sans trembler ce qui agitait le monarque sur son trône, et tenait les peuples dans la crainte.

Mais comment dérouler à la vue ces tableaux? comment peindre ces scènes où les esprits servent d'intermédiaires? Nous saisissons, il est vrai, les phénomènes, mais l'agent principal de leur existence échappe à tous nos sens. Quel est-il ? D'où vient-il ? Voilà ce qui cause notre embarras, et crée les difficultés que nous rencontrons à chaque instant. La nature, interrogée, répond ; mais son langage nous est inconnu. Venez à notre secours, philosophes profonds, savants en toutes choses ; aidez-nous dans notre mission : vous écrirez, tandis que nous produirons. Mais à quoi servent nos prières ? S'il existe des hommes qui savent, ils cachent leurs lumières. Disons plutôt : Notre époque n'a plus de génies profonds, nos académies sont pleines de médiocrités A^aniteuses. La science véritable a fui de notre patrie, aucun de ses faux amants ne pourrait aujourd'hui ni nous guider ni même nous comprendre. La tolérance ne vient point d'eux, leur tribunal nous a condamnés cent fois, car ils voulaient détruire ce qui blesse leur vue, ce qui montre leur faiblesse et leur impuissance.

Seul et sans guide, je vais cheminer dans une route où je puis m'égarer à chaque instant, où mon intelligence peut me faire défaut ; mais du moins j'aurais marché en avant, et cet ouvrage, que les savants repousseraient du pied, contiendra ce qui, dans un avenir prochain, servira à accuser ces hommes sans vertu

comme sans cœur ; car le plus impérieux de leurs devoirs serait d'examiner et d'avertir le monde.

Il sera dit que ce magnétisme humain, cette force où la nature a mis tous ses trésors, où Dieu a déposé son empreinte, dut, pour être reconnu, circuler dans le monde pendant des siècles, comme l'esprit divin répandu sur les eaux du déluge, repoussé parce qu'il était lumière, non point par les hommes simples, Vâme du simple à tous les regards s' ouvre, mais par les beaux esprits de toutes les académies, par les hommes appelés à diriger les nations, et qui ne surent jamais que contrarier la nature, l'affaiblir dans sa puissance et nous la montrer, elle si généreuse, que comme une marâtre se plaisant à tourmenter ses enfants.

Il sera dit que ce qui nous touche de toutes parts, ce qui à rintérieur nous agite et nous maîtrise, fut longtemps comme s'il n'existait point ; que ce principe, la cause et la source de toutes nos sensations, des mouvements de nos êtres, celui enfin par qui nous sommes, dut être nié jusqu'à nos jours par tous ces hommes aveugles qui ajoutent le blasphème au mensonge, en se disant les interprètes de la nature, eux qui savent moins bien la suivre que le plus faible animal.

Mais jamais ils ne plongèrent donc en eux mêmes î ils n'eurent donc jamais d'oreilles, puisqu'ils n'entendirent point celle voix secrète, écho mystérieux des choses divines que Dieu a placé dans chaque être ! Estce qu'ils se meuvent sans reconnaître le mouvement ? Leur haine, s'ils n'aiment point, aurait dû les éclairer ; pourquoi restent-ils comme sans vie? Ce feu, que tout à l'heure nous allons montrer à tous les regards, n'a donc point franchi leur enveloppe, et, pour devenir

gavant, faut-il tarir dès Tenfance cette source divine qui, créant Têtre, le revêt de divers attributs !

Je ne m'étonne plus si de tels hommes condamnèrent Socrate k boire la ciguë ; s'ils crucifièrent Jésus et laissèrent Jeanne d'Arc monter sur un bûcher, quand je les vois maintenant encore rester étrangers aux merveilles qui se répandent, rire de la vérité nouvelle et nous lancer l'injure et le mépris.

Je me dis : s'ils avaient en main le pouvoir ; si l'Institut et les Académies réglaient nos destinées, nos yeux ravis ne pourraient pas longtemps contempler les œuvres secrètes de Dieu, et nous ne pourrions lever le voile qui cache les opérations de la nature.

Pardonnez-moi cet exorde, lecteurs ; vous ne pouvez vous pénétrer, en ce moment, des sentiments qui m'animent ; mais, si bientôt vous êtes en possession des plus hautes vérités philosophiques, si je parviens à démontrer l'existence irrécusable d'une force douée des plus grandes vertus, loin de me blâmer de mes anathèmes, vous direz : Arrière, tous ces fils du mensonge, tous ces douaniers de la pensée, qui n'eurent de rigueur que pour les vérités et les novateurs, qui tourmentèrent sans relâche et sans remords ceux qui d'entre les mortels étaient inspirés de Dieu î

Longtemps les hommes industrieux gardèrent pour eux les secrets qu'ils parvenaient à découvrir, souvent même ils emportèrent au-delà du tombeau ce qui eût pu contribuer au bonheur de l'humanité. Je m'explique leur conduite sans l'approuver en rien : celui qui possède seul une chose croit ne la devoir à personne ; il on jouit, et son orgueil lui fait éprouver les plaisirs d'un avare en présence de son trésor. Ne sait-il pas.

d'ailleurs/ qu'aucun ne lui tiendra compte du sacrifice qu'il ferait? Les hommes sont tellement oublieux et ingrats, qu'ils ne se rappellent presque jamais les noms de leurs plus grands bienfaiteurs. Pourquoi donc se montrer généreux? C'est que celui qui découvre doit k Dieu l'inspiration qu'il eut. Il n'est qu'un messager choisi entre beaucoup pçur porter une bonne nouvelle ; si, devenant infidèle, il garde ce qui lui fut confié, il est coupable d'abord envers les hommes, puis envers Dieu lui-même. Un châtiment l'attend, il ne peut l'éviter. Voilà mon sentiment. Je dirai la vérité, parce que je dois la dire, bien que je sache d'avance qu'elle sera polluée, salie par d'indignes magnétiseurs, et qu'elle en enrichira plusieurs. Il ne me restera pas même cette sorte de gloire qui fait remonter au novateur le bien produit par la chose découverte. Tous bientôt diront : Je savais cela, j'opérais ces merveilles ; absolument comme lorsque, publiquement, je rendis l'ouïe à plusieurs sourds-muets, chaque magnétiseur ambulant se vantait d'en avoir fait entendre et parler pour le moins une demi-douzaine. Mais qu'importe ! j'espère plus tard les devancer encore.

L'homme, je l'ai déjà dit, a double vie ; les savants connaissent bien Tune, celle de la veille, et tous les hommes sur ce sujet sont aussi avancés qu'eux. Les rouages de la machine humaine ont été étudiés avec soin ; il reste cependant encore beaucoup à découvrir. Les principaux organes laissent peu de chose à désirer : les anatomistes sont à peu près d'accord ; le cerveau seul — c'est l'homme presque tout entier — reste à connaître, la physiologie apprend peu de chose sur lui.

Mais l'être humain a une vie cachée, mystérieuse

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encore : c'est celle qui commence avecle sommeil, soit qu'il ait Heu naturellement ou par des agents physiques ou chimiques. Ici toute science s'évanouit ; le savant est comme le dernier des hommes, il croit que tout se borne à des rêves, qu'il n'y a que des rêves. C'est dire que le soleil, qui pendant toute une journée a éclaire la terre, a cessé d'exister parce qu'il est descendu sous l'horizon, qu'il est couché, pour me servir d'une expression vulgaire. L'intelligence, en tout semblable à la lumière, féconde de ses rayons un autre hémisphère : alternatives d'ombre et de clarté, vie de relation, vie intérieure. Celui qui sait interrompre ce double mouvement, le perturber et le diriger est déjà magicien, puisqu'il opère un phénomène au-dessus de toute science académique, et je crois en être arrivé là.

Placez près de moi un grand philosophe, comme M. Cousin ; un savant physiologiste, comme M. Magendie ; d'illustres médecins, comme MM. Bouillaud, Dubois, Gerdy, Velpeau, etc. Je me charge de couvrir tous ces gens-là de confusion ; car ils ne comprendront rien à mes œuvres, la cause leur échappera comme celle du choléra et de plusieurs autres maladies. Pourquoi donc en est-il ainsi ! C'est que tout vivants ils nient la vie, en rejettent le principe. La force qui les excite, qui leur donne le mouvement, la pensée, est pour eux comme n'existant pas. L'âme, c'est-à-dire la force qui transmue la matière et lui donne des propriétés nouvelles, malheur à celui qui irait en soutenir l'existence au sein de l'Académie : il serait conspué. Ces messieurs ne s'occupent que de sciences exactes, et ils y sont si habiles, que chacun de leurs systèmes ne dure en moyenne qu'une année.

L'homme agit sur tout ce qui Tentourepar une force animique : les médecins ne la connaissent point. Des flots de rayons s'échappent de lui dans tous les instants: ils n'ont rien découvert de semblable. La colère, la joie, toutes les passions, enfin, ^e communiquent par une voie toute physique. Allons donc ! ce sont de pures hypothèses, un savant doit les dédaigner. Toutes les sympathies et leurs contraires ont une cause naturelle, le magnétisme la révèle. Erreur ! diront les sages. Chaque ganglion nerveux rayonne, et envoie au loin un fluide saisissable. On ne le voit point, diront-ils. Attendez, grands hommes on vous le montrera. Ce fluide a des propriétés autres que celles de produire les mouvements ; il transporte même au dehors du corps des particules vitalisées ; et, comme Teau acquiert des vertus en passant au travers de certains terrains, ce fluide éprouve des modifications en raison des éléments dont nous sommes composés . Les académies sont encore dans le doute au sujet de Fexistence même du fluide nerveux.

Notre pensée se communique, rapide parfois comme l'électricité : les savants ne le croient point, et pourtant, lecteurs, de toutes ces impossibilités je vais faire sortir un grand art, le plus magnifique de tous. M'emparant de l'agent méconnu, je le porterai à mon gré sur chaque partie de l'organisme humain, et il y pénétrera lors même que le corps serait enduit de poix-résine ou couvert d'une cuirasse académique. Avec ce levier, je ferai mouvoir la machine ; je ferai plus, j'annihilerai la puissance de l'esprit qui y veille, et c'est alors que, étant moi-même en autrui, ma pensée fera fonctionner le cerveau comme s'il était un de mes propres organes.

J'y implanterai, j'y sèmerai des idées; elles y germeront, et les faits de magie apparaîtront. Bah ! diront les sages, vous nous faits des contes : ces choses sont impossibles! Attendez, géants de la science, vous n'y êtes point encore ; ceci n'est que le commencement, le passé reviendra tout entier.

Bientôt l'aspect de l'être change : dégageant, par artifice, les parties trop chargées, son âme agit d'elle-même, se met de la partie, et un monde nouveau se révèle à' nos yeux. Il fait partie de la double manifestation de la vie, dont nous avons parlé. Des communications s'établissent avec de pures essences. Ah ! pour le coup, je vais être pris en flagrant délit d'imposture !.. . car les purs esprits sont de l'Académie, et ils n'ont, ceux-ci, rien de commun avec la magie et le magnétisme.

Vous le voyez, lecteurs, j'ai presque honte d'affirmer tous ces faits ; que voulez-vous ? Je crois ce que j'ai vu, quoique rien de semblable ne soit consigné dans les annales de notre aréopage. Mais c'est beaucoup trop m'occuper de lui ; cependant, je me fais un malin plaisir de vous le présenter avec son auréole ; j'ai tant d'estime pour la science officielle, que je ne puis résister à l'envie de vous en montrer toute la grandeur. Elle est ce que fut le chaos^ composée d'éléments divers ; le soufile de vie n'y est point encore, mais il y viendra.

Je puis donc, m'adressant aux illettrés, leur dire : Je vais vous rendre supérieurs, d'abord à vos grands docteurs puisque vous aurez pouvoir sur presque toutes les maladies, sans que, comme eux, vous -^ perdiez votre latin ; puis je vais vous montrer, vous faire toucher du doigt le principe et la cause de la plupart des faits miraculeux qui servirent de base à toutes les doctrines

religieuses, et que rhomme, dans toute sa simplicité, attribuait au démon. C'est ainsi que Jésus fut accusé de magie et d'avoir dérobé la discipline secrète des anciens temples ; car il chassait les diables du corps humain, changeait Teau en vin, ressuscitait les morts, et enfin guérissait une foule d'incurables par un pouvoir qui passait pour surhumain.

Serait- il donc défendu de rechercher la cause de ces merveilles ? Est-ce une grâce que Dieu accorde à ceux qu'il aime, ou bien une force qui se trouve dans la nature, comme Télectricité? Je suis enclin à penser qu'en nous-mêmes existe cet agent. Qui sait si bientôt l'antiquité ne sera pas surpassée? car voici ce que nous pouvons déjà:

Réunissant en faisceau les rayons de cette lumière, et les portant sur un homme plein de vie, tout s'illumine en lui, sa face a quelque chose de divin ; ce n'est plus un être froid, gouverné par les lois habituelles ; l'âme n'est plus emprisonnée, son voile est levé.

La matière ne prend donc point la forme humaine d'elle-même : c'est un esprit qui la lui donne. L'art maintenant peut isoler l'esprit de son enveloppe, et le faire apparaître de manière à ce qu'il soit saisi. Est-ce une erreur, une illusion? C'est à vérifier. Ce qu'il y a de certain, de positif, c'est la vision. Les sens, affinés magnétiquement, perçoivent. Des choses vues sont-elles des créations du cerveau et toutes imaginaires? rentrent-elles dans le néant, ou bien encore le milieu dans lequel nous vivons est-il rempli de substances intermédiaires? Ces questions ont agité le monde autrefois, et ne furent point résolues; mon sentiment ici n'est rien, les faits vont parler d'eux-mêmes.

Opérations complémentaires

Par un acte de mon entendement, je sépare de moi une force, il y a émission ; je pourrais la rendre sensible par une expression qui viendra à la pensée de tout lecteur. Cette force est réelle, quoique non visible encore. Déposée sur un corps quelconque, elle s'y fixe comme une essence ; puis bientôt elle exerce son action sur ce qui l'environne, et la magie commence : c'est-àdire que des phénomènes extraordinaires viennent nous frapper d'étonnement. Ce n'est point ce que nous avons voulu qui se manifeste; non, nous sommes tout à fait étranger dès lors à ce qui se passe. Cette force a d'abord la puissance d'aitirer à elle les êtres qui sont dans un certain rayon. Ils s'approchent tremblants, incertains, palpitants ; leur visage exprime tour à tour la crainte, la tristesse ou le ravissement.

Toutes lès beautés du somnambulisme puységurique sont effacées, pâlissent devant ces seuls traits, qu'il est si difficile de peindre ! Magnétiseurs et somnambules, nous vous laissons bien loin maintenant, car ici point de sommeil ; l'être veille, et nous allons tout à l'heure montrer le progrès.

Dans le sommeil magnétique, toutes les forces vives étant refoulées vers les centres nerveux, aucune sensibilité ne reste à la surface ; l'abandon du corps est complet, et les inspirations résultent d'un travail intérieur de l'âme repliée sur elle-même. Les communications avec l'extérieur ne peuvent s'établir sans rapport, et ce travail doit presque toujours être sollicité ; enfin

le magnétiseur est Tinstrument actif des communications, le somnambule n'agissant point par lui-même.

Dans nos opérations, aucune de ces choses n'a lieu. Les forces vives sont appelées à la périphérie ; aucun isolement ; sensibilité extrême, exaltation cérébrale ; agitation, marche et mouvement volontaires. Les yeux sont ouverts et brillants, la face n'a plus cette teinte terreuse et cadavérique du sommeil ; le cœur a des battements tumultueux. On ne saurait s'y méprendre, ce sont deux états différents ; ils ont d'ailleurs des résultats qui empêchent d'abord de les confondre.

Quel que soit le ressort secret que l'on ait fait mouvoir, tout est changé, et l'être ainsi placé offre un aspect nouveau de l'humanité. Tout vibre en lui ; il éprouve une sorte d'incandescence qui le rend lumineux et qui caractérisait les inspirés ; quelque chose de brillant l'environne de toutes parts.

Étonnez-vous, d'après ce court tableau, des merveilles qui vous attendent : ne doivent-elles point se succéder sans relâche ? Aussi manquez-vous d'yeux et de sens car c'est l'inconnu qui vous frappe à chaque instant, et vous ne savez plus bientôt si vous êtes éveillé vousmême ou en proie à des rêves qui sont venus vous saisir.

J'ai remarqué que ces scènes captivent fortement les êtres qui en sont témoins. Aucun cependant n'a trouvé jusqu'à ce jour de termes pour caractériser les faits et les rendre compréhensibles à ceux qui ne les ont point vus. Moi-même j'éprouve qu^il est, pour dépeindre ce que l'on sent comme pour ce que l'on voit, des difficultés insurmontables, et j'avoue mon embarras ! J'aimerais beaucoup mieux produire que dire ; mais qui

donc consignera les faits ? Doivent-ils seulement rester dans le souvenir de ceux qui les ont vus, et se perdre ensuite ; ou bien dois-je, par une èbauchey épeler comme un enfant cet alphabet nouveau de la nature ? J'ai le sentiment de ma faiblesse et de mon impuissance, comme j'ai la certitude de mon action. Faire et dire sont deux actes distincts ; que les habiles en toutes choses veuillent bien me tirer d'embarras, en me laissant seulement le rôle de machine, je leur serai très reconnaissant.

Je reprends.

Aucune similitude n'existe entre les phénomènes présentés par plusieurs personnes : tous différent. Si vous laissez Tftme à elle-même, elle manifeste sa tendance, et vous surprenez ce que la vie habituellement cache à tous les yeux : le naturel vrai de Tétre. La nature parle par les organes, et non plus d'après les convenances de la raison : in vino veritas. Ce proverbe pâlit ici, car Thomme troublé par le vin n'a aucune liberté, il est presque apoplectique. Dans l'état magnétique, au contraire, les esprits animaux sont dégagés; les membres, loin d'être appesantis, se meuvent avec aisance et liberté ; le poids du corps semble diminué considérablement.

Voilà l'être préparé par la nature elle même à recevoir toutes les impressions, soit qu'elles viennent du magnétiseur, qui peut exercer sur son sujet une influence considérable, soit qu'elles résultent d'agents insaisissables que l'on peut soupçonner exister dans le milieu où l'on expérimente. On nie l'existence des esprits, parce que nos yeux ne nous les font point connaître. Mais toutes les essences qui voyagent dans l'espace,

nous ne les voyons point non plus ; Todorat, pourtant, nous avertit de leur présence. Que voyons-nous, que saisissons-nous par les sens? Infiniment peu de choses, et c'est sur leur témoignage seulement que la science fonde ses jugements. Aussi rejette-t-elle tout ce qui est placé en dehors de Taction des sens. L'animal qui, à plusieurs lieues de distance, est averti de l'approche de son maître, n'est point une preuve pour nos hommes à courte vue. Mille faits sont là pour attester l'existence de forces mystérieuses agissant sur nous et nous pénétrant sans cesse. Il faut en dévoiler quelques-unes : c'est par la magie qu'on y arrivera.

Lecteurs, je vais bien vous surprendre en vous avouant mes doutes sur la nature de la cause des perceptions dont je vais vous parler. Je ne croirai d'une manière absolue que lorsque j'aurai vu moi-même les esprits sans corps, et que cent autres hommes les auront aperçus en même temps : il ne me suffit point d'un témoignage et de tout ce qui caractérise la situation extrême du voyant. Mais telle est ma conviction, que j'espère un jour rendre sensibles pour une assemblée entière et pour moi-même des images réelles de corps qui ne sopt plus ; car ce qui a été est encore ; rien ne périt. C'est à l'art nouveau à nous montrer les formes, les apparences de ce qui s'est dégagé de la matière. Mais, si je conserve un doute, il est tout philosophique. Attendez, ne vous précipitez point en avant; on s'égare facilement dans cette route, et l'esprit, en dépassant le vrai, le réel, ne vous laisse pas toujours la possibilité de revenir sur vos pas. Beaucoup de magnétiseurs se sont perdus déjà, et leur raison s'est égarée : ils vivront désormais avec de fausses croyances, et toutes leurs

œuvres auront une tache indélébile facile à reconnaître pour les gens sages. Mais le commun des hommes adopte tout sans examen, et c'est ainsi que l'humanité se trouve encore sous l'empire de croyances qui n'ont pour appui que des rêves d'insensés.

Ce qui va suivre est encore, en grande partie, extrait du Journal du Magnétisme (1), et je le transcris de même que ce qui précède ces réflexions.

Miroir magique

J'ai tracé sur le parquet un disque avec du charbon ; ce signe n'a aucune vertu par lui-même, mais il en acquiert une fort grande lorsqu'il est tracé dans certaine disposition d'esprit. Le fer n'a aucune des propriétés magnétiques non plus, mais il les acquiert par l'approche seule d'une pierre d'aimant. Et qu'est-ce que le magnétisme minéral auprès du magnétisme humain? Lorsque le signe magique a en puissance la propriété que vous y avez imprimée, vous n'avez plus besoin d'autre préparation. Couvrez le jusqu'à ce que vous soyez en mesure de commencer l'expérience.

Evitez les senteurs et tout ce qui frappe les sens, le bruit surtout. Soyez calme et tranquille; n'ayez point l'intention d'agir par vous-même, cela nuirait à l'expérience et en dénaturerait les résultats. Préparez-vous seulement aux éventualités d'accidents nombreux dont plusieurs seront à redouter. Soyez vif et prompt dans les déterminations que vous aurez à prendre, car les

(1) Voiries années, 1849, 1850 et 1851.

émotions qu'éprouvent les expérimentés font déborder leur sensibilité, et il faut que vous arriviez à temps pour les saisir et les transporter loin du signe magique. Empêchez-leur, autant que possible, tout contact étranger, et préservez-vous-en vous-même.

Faites qu'il y ait autour devons un espace assez grand pour vous mouvoir librement, ainsi que l'expérimenté, qui décrira des cercles autour de ce signe. Ayez, si vous voulez, un siège bas et sans dossier ; car souvent le voyant cherche à s'approcher très près du signe il se penche el finit par se précipiter à terre. Ayez encore un couvercle opaque pour couvrir instantanément le signe en cas de besoin ; car souvent les émotions sont si grandes, les frayeurs si terribles, que, si vous ne dérobez pas à la vue l'endroit d'où partent et se montrent les images, il vous sera presque impossible de conserver votre empire sur le sujet. Ne soyez point ému vousmême, car vous deviendrez inhabile à calmer les désordres nerveux. Songez que vous ne connaissez point encore la résistance que peuvent offrir les organes aux forces vives qui, dans cette circonstance, paraissent quintuplées. Ce que l'on voit dépasse de bien loin ce qui se montre dans les affections nerveuses, soit qu'elles proviennent d'une altération du cerveau ou d'un dérangement dans les fonctions de la vie organique.

Ne vous laissez poiYit prendre au charme qu'éprouve parfois le voyant : les choses flatteuses qu'il perçoit ne durent que peu d'instants; elles sont bientôt remplacées par des terreurs soudaines. Hélas ! ici se déroule le drame de la vie, seulement la sensibilité est bien plus grande, et la raison n'est plus là pour en contre-balancer les effets et la puissance. Le livre de la vie se déroule,

et chaque page se lit dans un instant. Mortels, vous voulez connaître votre destinée ; vous brûlez d'impatience et d'envie; chacun de vous veut dépasser le temps. Imprudents que vous êtes, laissez s'accomplir les événements ! Si ce n'est point la sagesse et la science qui vous guident, vous cherchez les pages heureuses : tout ce qui donne satisfaction à vos besoins, à vos passions. Voyez donc tout ce que cela va vous coûter d'ennuis, de déceptions, de peines et d'angoisses. Un vase d'or peut contenir de la lie et du poison. Les joies qui nous sont réservées ne se trouvent que dans nos rêves ; les réalités cruelles accompagnent chacun de nos pas. Le sage n'a pas besoin de bandeau ; il en faut un sur la vue du vulgaire. Mais, que parlé-je de sagesse ! en est-il aujourd'hui chez les hommes? Et moi-même, dans cet instant, en livrant au public cette ébauche de science antique, qui jamais ne sortit en vain du temple, sais-je bien ce que je fais, ce qui m'attend?

Peu confiant dans l'avenir, je n'ai pas voulu qu'il me fût révélé, tant je dois peu compter sur mes forces morales. L'avenir!... tous n'en ont pas; plusieurs doivent finir avant la fin de la journée. L'avenir !. . . c'est pour les uns l'infamie, le bagne, l'hôpital ; la maladie longue et cruelle attend presque chacun de nous, tant nous savons peu vivre et dépenser notre vie. Insensé, qui compte sur le repos et les joies ! interroge donc ceux qui t'entourent ; vois leurs tourments, et juge de leur bonheur par la fin qu'ils feront !

Rien n'éclaire l'homme; présentez-lui une loi de conservation, il la dédaigne ou ne s'y arrête point ; montrez-lui, à travers tous les périls, une mine d'or, il sera comme un fou, rien ne l'arrêtera dans sa course.

Heureusement la vérité nouvelle n'est point de celles

qu'on peut posséder tout à coup ; elle a ses mystères, ses difficultés ; et, lorsque nous vîmes nos premiers essais parodiés dans leur reproduction, nous savions bien qu'on ne pouvait franchir la limite sans être instruits des règles.

Je viens au signe magique.

Premier fait.

Toutes précautions prises, vous laissez aller les choses. Le voyant perd bientôt la conscience de son être : le regard sans cesse tourné vers le centre magique, il tourbillonne emporté, soulevé par des forces inconnues, et la lumière des immortels vient pénétrer son âme. Il sent de rudes secousses : la nature sans doute a besoin qu'il en soit ainsi^ c'est un rapprochement ou une union intime et parfaite. Voilà les combats allégoriques des fables anciennes. Les savants n*ont jamais pu en déchiffrer le sens, et ils les ont rejetées comme de purs jeux de Tesprit.

A côte du savoir se cache donc une ignorance profonde. Non, ils ne connaissent point la nature, ces savants glacés et rétrécis ; ils manquent même d'instinct, car la seule vue d'un fait simple de magnétisme leur eût fait concevoir une révolution profonde dans rhumanité !

Jusqu'ici rien encore que des mouvements ; c'est le feu souterrain qui remue les roches et les crevasses. Attendez, l'instant va venir où, comme la Pythie, le voyant rendra ses oracles. Il voit, mais nul ne sait encore ce qu'il aperçoit. Il pleure, car sa mère est apparue ; ses larmes sont douces et salutaires. Il voit celle qui lui

128 LA MAGIE DÉVOILKK

donna le jour, il la contemple avec transport et ravissement. D'abord il n'a vu que sa face, puis successivement elle s'élève devant lui ; il veut sentir ses étreintes, entendre sa voix. Uombre sourit et semble Tinviter du regard et du geste ; mais bientôt je romps la chaîne établie entre les vivants et les morts, et tout s'évanouit.

Est-ce un songe une pure vision, un rêve seulement; 11 n'importe ; c'est encore mon secret.

L'état du voyant ne peut offrir d'objets de comparaison. Il est couvert de sueur, il éprouve dans les membres des tressaillements répétés qui le soulèvent et le secouent fortement. On remarque une vive animation à la face, des pleurs coulent avec abondance de ses yeux. Quoique très éloigné du lieu d'expérimentation, entouré d'une foule nombreuse, il dirige sans cesse ses yeux dans la direction du signe magique, semble faire appel à ses souvenirs, et s'écrie ; Je viens d'être bien heureux! Il se plaint que Ton n'ait pointprolongé sa vision, et tend à nous échapper en se levant brusquement pour retourner au salon. On le calme d'abord avec difficulté. Il s'écrie: Pourquoi m'avoir dérangé? Comme fêtais heureux ! Laissez-moi revoir ma mère ! Ses impressions s'eflacent enfin ; il rit, et demande avec une sorte d'anxiété pourquoi il est à cette place, ce qui lui est arrivé.

Deuxième fait

Mais pendant ce tenips, malgré mon absence, deux personnes de l'assemblée, saisies, impressionnées par le signe magique, s'élaient levées avec effort d'abord,

puis étaient venues d'elles-mêmes tourner autour du miroir, où, se rencontrant, elles se regardaient d'une manière singulière. Elles semblaient vouloir chacune jouir seule et sans partage de la vue des merveilleuses images visibles pour toutes deux sur la surface noircie. Un assistant, sur une parole de moi, s'approche pour séparer les deux voyants prêts à se quereller ; il est rejeté à cinq ou six pas par un mouvement du bras de Tun A'&ux^mouvementquinousasemblè à tous n'avoir rien de violent. L'étonnement de ce monsieur est partagé par tous les assistants ; tous semblent se demander d'où est venue cette force dont l'effet a été si inconcevable. Enfin j'interviens moi-même, et les deux voyants deviennent pacifiques. L'un s'agenouille, approche son visage du signo magique, sa tête oscille d'une étrange manière : on pourrait croire qu'il s'échappe une flamme invisible de ce centre mystérieux, à en juger par les mouvements de va-et-vient que le voyant exécute. Il pousse des éclats de rire étrange. 11 voit : ce sont de petits bonshommes qui dansent une ronde, enlacés l'un à l'autre, et semblent vouloir entraîner dans leur cercle le voyant lui-même.

Bientôt, en eftet, celui-ci se lève, toujours en riant, et s'écrie : Mais ils sont trop petits ! Et pourtant il se met à danser, d'abord lentement ; puis, s'animant, il se livre à la dajise avec une sorte de fureur, en riant, en riant toujours du même rire. L'assemblée a cessé de conserver son sérieux : le rire a gagné tout le monde, et je ne pense pas que jamais joie se soit communiquée avec une telle rapidité.

DU POTET y

Troisième fait.

Mais l'autre voyant, que faisait-il pendant ce temps? 11 ne riait point ; au contraire, d'un sérieux de glace, il plongeait ses yeux pleins de feu sur le signe. Saisi bientôt de mouvements convulsifs, il dit voir monter graduellement une tête hideuse ; le monstre humain s'élevant de plus en plus, le sujet est rempli de terreur, ses dents se serrent, il recule ; mais, enchaîné à Têtre qui apparaît, il faut qu'il s'en approche, et on peut étudier tous les effets de la peur et de la contrainte, toutes les terreurs que pourrait causer la vue d'un spectre qui n'aurait rien d'imaginaire.

Je calme ces deux personnes. Pendant quelques instants, un vague souvenir leur reste de ce qu'elles ont perçu ; puis plus rien, le calme ordinaire a reparu, tandis que, de son côté, toute l'assemblée a conservé ses émotions pour ne les perdre jamais complètement, sans doute ; car la mémoire de chacun reproduira souvent à Tesprit ces scènes inimitables, qui ne pourraient être surpassées lors même que les images se seraient montrées à tous comme au voyant.

J'omets ici bien des particularités intéressantes, je ne décris que les accidents les plus grossiers, les plus matériels ; car il me serait difficile de rendre les mouvements de l'âme des voyants, cette finesse des traits de leur face, ces mouvements si changeants, l'expression de leurs regards, toutes choses, enfin, qui ne peuvent se traduire par des mots.

Ai-je bien vu ces étranges choses, en plein jour,

offertes à mes regards par des gens qui n'avaienl point pris d'opium ? Je le certifie, et des centaines de personnes appuieraient au besoin mon témoignage. Les sujets soumis aux épreuves sont-ils malades et en proie à quelque accès de fièvre? Pas le moins du monde, ils se portent parfaitement. Font-ils, du moins, des études, des recherches sur les choses occultes? Nous pouvons garantir qu'ils sont tout à fait étrangers à cet ordre de travaux. Ont-ils enfin été soumis à de nombreux accès de somnambulisme magnétique, et le magnétiseur leur a-t-il inculqué ses propres idées ? Il n'en est rien absolument ; aucun précédent, aucune fréquentation, si ce n*est pendant la séance. Je puis affirmer que ce que voient les magnétisés n'est point dans ma pensée, par la raison que mon esprit n'avait jamais pu croire, jusqu'à ce jour, aux prodiges surhumains de la magie, et que ma surprise égale celle de chacun des assistants.

On a fabriqué des miroirs pour voir les corps, pourquoi n'en pourrait-on faire qui rendissent visibles les âmes et les esprits ? Il me semble entendre crier à l'absurde, ne pouvant pas m'accuser de charlatanisme ; car je ne me place point dans l'ombre, et mes mains n'ont jamais touché d'argent venant de mes démonstrations. J'ai bien peur de rencontrer sur mon chemin la sottise humaine et l'inconséquence des gens qui se croient raisonnables. Interrogez chaque homme parvenu à sa maturité sur les choses singulières de sa vie ; il n'en est aucun qui ne vous réponde que quelque chose de mystérieux l'a frappé parfois, qu'il a eu des avertissements de personnes mortes ou mourantes, des pressentiments, des visions ; que tous les graves événements qui lui sont arrivés ont plus ou moins été pressentis par lui ou par

les êtres avec qui il vivait, etc., etc. ; quelques-uns mèoie vont si loin dans les détails que la raison refuse de les suivre. Quoi donc d étonnant jusqu'ici dans mes récits ? ils sont au-dessous des faits recueillis et qui se conservent dans les croyances des hommes. Tout à Theure je dépasserai peut-être la démarcation, mais je veux être le seul garant de la vérité de mes descriptions, et je ne m*appuierai que sur ce qui sera le résultat de mes expérimentations.

Continuons.

Quatrième fait.

Le signe magique est découvert. Bientôt une jeune Glle, qui n'a encore assisté à aucune de mes démonstrations, est prise de tiraillements dans les membres : elle se sent attirée vers le centre magnétique et fait d'incroyables efforts pour résister à cette attraction ; ses efforts sont vains. Elle se penche toute tremblante, frémit, pleure, rit, se lamente. La voyant fatiguée, j'approche un siège : elle s'assied sans se retourner ni perdre de vue ce qui a frappé ses regards. Alors elle veut fuir, mais elle ne peut se tenir debout ; elle se déplace pourtant, et nous la voyons tourner rapidement sans cesser d'être assise et accroupie ; le siège {c'est une sorte de cube solide en bois) tourne avec elle. Ce n'est point la force et l'agilité humaines qui semblent produire les mouvements, ils sont inimitables. Eloignée, elle est prise d'un rire convulsif, et malgré l'assistance de plusieurs personnes elle ne veut point dire ce qu'elle a vu. Jamais, dit-elle, ^*^n^ le dirai ; c'est U^op drôle, A son seul souvenir, elle rit plus fort. Ce n'est qu'en

Tentraînant au loin que nous parvenons à la calmer ; mais pendant tout le temps de son agitation elle répète : Comme c'est drôle î comme c'est drôle !

Cinquième fait.

Voulant, pour d'autres épreuves, dérober le signe magnétique à la vue, je m'avisai de réduire en poussière très fine un peu de terre prise il y a plusieurs années dans un tombeau druidique : ce tombeau renfermait des ossements humains qui depuis vingt siècles au moins n'avaient point vu le jour. Cette terre, prise an milieu de ces débris antiques, était conservée par moi sans idées préconçues, et an moment de Texpérience je n'y attachais aucune importance : je m'en servais comme je me serais servi de cendre ou de poussière de bois; c'est seul, et plusieurs jours avant les épreuves, que je la déposai sur le miroir. Aucune personne n'était confidente de mes projets, comme encore aujourd'hui: j'agis sans communiquer à qui que ce soit mes idées sur la magie. J'éloigne même toute conservation sur ce sujet.

Le dimanche vient. Après quelques expériences de magnétisme simple, je découvre aux regards de toute l'assemblée le signe magique ainsi dissimulé. L'effet en fut prompt, il eut quelque chose de terrible. Un homme d'une trentaine d'années, employé à l'Imprimerie Nationale, tout à fait étranger aux recherches magnétiques, assistant aux séances pour la première fois, regarde avec attention cette poussière jaunâtre. Bientôt il s'agite sur son siège, se lève, s'approche tout tremblant, et s'écrie : Je vois du sang, descadav7^es^ leurs entrailles sont arrachées. Saisi d'effroi, il tremble, il veut s'enfuir:

mais une force secrète le ramène aussitôt. Nous l'emportons rapidement ; il était sans connaissance, et cette syncope dura quatre ou cinq minutes. Il n'avait aucun souvenir.

Sixième fait.

Une jeune femme est ensuite attirée. Saisie des mêmes terreurs à la vue du sang répandu, elle voit des entrailles humaines dans une sorte de cuvette, les cadavres s'agitent sous ses yeux, et bientôt se trouvant mal, nous l'emportons sans qu'elle ait la conscience de ce que nous faisons. Remise de ses craintes et de ses terreurs, on Tinterroge en vain : il ne lui reste pas même un faible souvenir des perceptions de son esprit.

Le plus étonné de tous les assistants, c'était moi, ou plutôt mon étonnement était bien différent du leur. Par quel mystère incompréhensible ces choses étaient-elles apparues? L'endroit où j'avais pris cette terre renfermait cinq squelettes : Tun des voyants vit cinq cadavres. Je le répète, non, personne n'était dans mon secret, et cette poussière, pour moi, n'était susceptible d'aucune vertu . Il ne peut donc y avoir eu ici transmission de pensée, car rien de semblable à ce qui venait de se passer n'avait été dans mes idées.

Non, non, il y a ici quelque chose qui dépasse notre raison. Le surnaturel se montre lorsque je voudrais en nier l'existence. J'ai beau chercher à rejeter tout sur l'illusion, l'illusion est pour celui qui ne veut point voir et chercher à comprendre ; elle est dans le cerveau de celui qui pense que tout est découvert, et que le prin-

cipe qui nous anime périt ou se désunit comme la matière.

Sur ce chemin, je saurais m'arrêler; je dois avancer ou reculer promptement. M'en tenir aux croyances vulgaires de la science ou rester dans le doute, ce serait une sorte de lâcheté que je me reprocherais plus tard ; j'aurais sans doute l'approbation des gens raisoniiables, de ceux-là même qui nièrent l'existence du magnétisme pendant de longues années, de tous ceux à qui la nature a refusé de parler. Je ne veux point rester comme un homme qui, ayant un nouvel organe, refuserait de s'en servir. J'avancerai donc, quel que soit le jugement porté sur moi ; ce n'est point un vain désir de savoir qui m'entraîne, un besoin de surpasser les magnétistes, non, c'est la vérité réelle et puissante qui m'incite et me pousse en avant. L'homme qui a vu la lumière du jour doit-il, parce qu'il ne la comprend pas, fermer à jamais ses paupières, et vivre dans l'obscurité, dédaignant les beautés offertes à ses regards par la nature entière ? Et si, par une grande faveur, mes sens ont découvert quelque chose d'inconnu, me serait-il permis, sans cesser d'être homme, de ne point y appliquer toutes mes facultés?

Ma marche sera vacillante, car je n'ai point de maître; j'ai des livres, sans doute, mais ils sont pour moi au-tant d'hiéroglyphes. La magie était connue des hommes autrefois, je ne puis en rejeter l'évidence. On a cessé de savoir et de comprendre ; pourquoi s'en étonner ? Bien des villes puissantes sont cachées sous l'herbe sans qu'on sache rien des mœurs et des croyances de ceux qui les habitaient ; leurs arts, leurs sciences sont oubliés ; on trouve des débris, des fragments de monuments,

c'est tout. Les livres anciens sont également incompris ; il me fallut trente ans pour savoir qu'ils avaient un sens, tandis que mes mains et mon intelligence pouvaient me fournir, dès le premier jour, les preuves sans réplique qu'ils étaient écrits non pour tromper, mais pour engager les hommes à rechercher les vérités qui étaient cachées sous leurs emblèmes et leurs paraboles.

Les savants de notre temps ont-ils tout découvert ? La poudre à canon était connue bien avant la création des académies. L'aimant, la vapeur et l'électricité n'étaient point ignorés des anciens. Les ballons : belle chose, ma foi ! Des hommes existèrent dans l'antiquité, qui surent s'élever forthaut sans cette grossière invention. Les télégraphes ne sont rien près des moyens de communication possédés par les Chinois. Nos savants ont inventé beaucoup de mots nouveaux ; mais, en revanche, ils nièrent avec obstination la découverte de Mesmer, celle de Fulton ; et si nous sommes en progrès sur quelques points, ce n'est point à leurs encouragements, à leurs efforts, que nous en sommes redevables, car ils nous manquèrent toujours.

Puissante intelligence de l'homme, les savants ont coupé tes ailes ! Chaque fois que tu voulus prendre ton essor, tu les vis paralyser tes efforts, et te contraindre à rester dans le cercle qu'ils avaient tracé. Le lit de Procuste est sous le dôme de notre Institut. On raccourcit tout ce qui dépasse une certaine dimension. Les corps peuvent grandir, s'allonger ; mais l'esprit doit se rapetisser. L'immensité est devant nos yeux, c'est à nous de comprendre ; les interprètes de notre religion nous le défendent, ils nous montrent l'enfer comme peine réservée à ce péché. La science, aussi absolue et non moins

barbare, a toujours flétri ce qui n'était point dans le catalogue de ses études.

Conditions et résumé.

Je n'ai point pour auxiliaire ce qui paraissait indispensable dans l'antiquité ; le silence des souterrains et l'antre de Trophonius, l'épaisseur des forêts, la nuit qui seule remplit de terreur la plupart des humains, le bruit du vent et de la tempête, les éclats de la foudre ; point de lampe sépulcrale, rien enfin de ce qui émeut et place moralement dans une situation où tous les sens ont un surcroît d'activité ou de sensibilité, où tous les soupiraux de l'âme sont ouverts.

Ce n'est point dans un vieux manoir rempli de sombres souvenirs, près d'un cimetière où les morts apparaissent, que je me place pour agir. Je n'ai point de grimoire ni d'objets consacrés, point de verveine, de buis bénit, aucune baguette magique. Je ne fais nulle invocation, aucune prière. J'ignore même si toutes ces choses ont les vertus qu'on leur attribue.

Ce n'est pas dans une chambre étoilée, présentant ça et là dcb débris humains, que se font mes opérations ; pas la plus petite main de gloire, ni de corde de pendu ou de graisse de supplicié ; aucune drogue, aucun parfum. Je crois que ceux qui se servent de ces derniers moyens savent les mots sans savoir les choses, et ne peuvent agir que sur les imaginations faibles ou malades.

Je n'ai point d'esprits familiers qui, recevant mes ordres, exécutent mes volontés (un magnétiseur m'accorde gratuitement ce privilège). Je n'ai jamais de ma vie avancé une pareille chose ; mais, si elle était fondée.

138 LA MAGIE IIÉVOILËË

j'oserais certainement l'avouer. J'éprouve sans doute un certain ébranlement dans tout mon être, je puis dire que je sens en moi quelque chose d'inaccoutumé. Lorsque les expérieuces doivent avoir un résultat, je participe en quelque sorte à ce qui se passe ; mon organisation me parait quelque peu enchaînée, je puis me croire une pièce essentielle, indispensable même^ un élément enfin nécessaire pour que les faits de magie magnétique aient lieu. Voilà tout. Le reste tient assurément aux préparations préalables. Je fais taire en moi toute idée qui ne se rapporte point à mon sujet même, et je n'envisage que le terme, qui toujours demande une grande prudence et une grande attention.

Je me réduis volontairement au rôle d'instrument, je cherche seulement à ce qu'il approche d'une sorte de perfection. Ayant entrevu ce qu'une machine humaine peut produire en la plaçant dans certaines conditions, je cherche à les remplir. Je sais très peu, mais, si j'avais été bien renseigné à mon point de départ, j'eusse été le premier de tous les magnétiseurs. Pardonnez-moi cette appréciation flatteuse de moi-même, lecteurs ; je vous initie à un art nouveau, j'ai besoin de me dévoiler à vos yeux pour me faire mieux comprendre. Vous verrez bientôt qu'aucun de ces détails ne sera inutile. Je siUs sorcie7\ magicie)i, cela résulte évidemment de mes œuvres. J'ai donc encore un secret? Sans doute ; mais quel est-il ? Ceci est une demande indiscrète à laquelle je ne suis pas tenu de répondre tout d'abord. D'ailleurs, je vous tromperais si je vous disais c'est ceci ou cela ; car moi-même je ne saurais donner un nom à ce qui n'en a pas; mais je chercherai, par des figures et des comparaisons, à vous faire comprendre un grand mystère.

La vérité fut connue de bien des hommes ; ils trouvèrent sur leur route ce qui n'existe plus, ce que l'on cherche à rétablir : les préjugés religieux armés de la loi et du glaive. Ils trouvèrent dans chaque homme d'église un senseur inexorable, ne laissant jamais à la pensée humaine son libre essor, prenant soin de penser pourtous sur les facultés de Tâme, etexîgeant qu'on n'allât point au delà. C'est ainsi que tant de livres précieux furent brûlés par la main du bourreau ; c'est ainsi que tant d'hommes périrent d'une mort funeste pour avoir voulu faire cesser l'ignorance, en montrant à tous l'origine et la source des faits miraculeux. Mais ces tourmenteurs de la pensée sont bien punis maintenant; les chaînes sont rompues ; ne voulant pas marcher, le monde les a devancés, et c'est ainsi que nous pouvons prévoir et annoncer les plus grands changements dans l'humanité. Dieu me garde pourtant de formuler ces changements; on me prendrait pour un socialiste tout rouge. Et cependant, lecteurs, rappelez- vous ce qu'ont, fait l'imprimerie, la poudre à canon, la vapeur, l'électricité. Ah ! je vous le dis, le monde n'est jamais modifié par des discours, mais seulement par des découvertes, et le magnétisme est la plus grande de toutes. .

Je reviens aux expériences.

La salle où elles se font, quoique grande, peut à peine contenir les curieux, la partie réservée pour mes opérations est de deux ou trois mètres carrés. Le signe magique, dont je varie à mon gré les dimensions, offre une surface diamétrale d'environ douze centimètres. Couvert d'un corps opaque avant les expériences, son action ne se remarque point ; mais aussitôt qu'il est découvert, les yeux des spectateurs se dirigent sur lui.

140 I,.\ MAGIE DÉVOlLÉt;

Chacun se demande d'où lui vient sa vertuj et plusieur^i doutent même qu'il en ait aucune. Attendez, incrédules ; tout à l'heure vous serez saisis d'étonnement, peutêtre vous-mêmes offrirez-vous la curieuse preuve que la force magique est indépendante de la croyance.

Dès que lasurface magique est découverte, je m'éloigne, en me tenant seulement attentif. Alors il est facile de reconnaître quels sont ceux des spectateurs que le charme atteindra. Leurs traits s'altèrent ; il y a dans leur regard quelque chose d'inquiet ; leur corps est tourmenté ; ils cessent bientôt d'être distraits et semblent ne considérer qu'une chose, le signe magique. Leurs yeux deviennent ardents, expressifs ; on peut aussi remarquer une légère flexion de la tête et du tronc, ainsi que de faibles tremblements. Au bout de quelques minutes, trois ou quatre en moyenne, ils se penchent fortement en avant, une sorte d'aimant les attire ; ils se lèvent enfin, tournent autour du miroir, s'arrètant auprès de lui et s'inclinent presque jusqu'à terre. Quelquefois même, par un mouvement brusque et rapide,

ils se jettent sur le parquet, et enlacent de leurs bras la circonférence du signe.

RÉNOVATION DE LA xMAGIE 141

On ne peut douter qu'ils voient ; la certitude en est acquise par leur pantomime expressive. Une sorte de monologue intérieur a lieu. Muets d'abord, ils ne tardent point à jeter au vent quelques syllabes qui sont le résultat d'impressions et de visions. Dans une des épreuves, nous entendîmes ces mots: Le lâche .'... On te trompe;... non signée... — Qu'est-ce? lui dis-je, que voulez-vous dire ? — C'est... un tel, journaliste ; il esta son bureau ; il reçoit une lettre anonyme : c'est une dénonciation calomnieuse^ etc. y etc.

Un autre voyant aperçoit un monsieur et une jeune dame faisant de la musique. Le chant a cessé ; il s'impatiente, et nous Tentendons avec surprise entonner d'une voix superbe un morceau de musique inconnu de tous, celui-là même qu'il croyait avoir entendu. Puis, s'arrêtant, il écoute de nouveau ; mais le chant ne continuant pas, il s'écrie avec emportement : Chantez donc! chantez donc ! Les personnages vus s'obstinant à ne pas chanter, il recommence le morceau, et nous plonge dans une sorte de ravissement; car sa voix, d'une grande étendue et d'une justesse parfaite, avait quelque chose de surhumain.

Un autre encore voit une jeune femme : il l'exaniine en silence d'abord ; puis s'impatiente. Je ne vois point son pied, dit-il. Il tourne , se penche, paraît contrarié; mais le pied de la charmante femme apparue ne peut être aperçu, au grand déplaisir du voyant, qui témoigne de son dépit en frappant le sol.

Ces sortes de visions étonnent, émeuvent le spectateur : il peut saisir les mouvements de l'âme du voyant, et surprendre une petite partie de l'effet produit par les apparitions diverses qui se présentent à lui.

Y aurait-il en nous une puissance créatriee à laquelle serait due la formation de ces images, qui dans ce cas seraient vues en nous-mêmes, à leur source et non point extérieurement comme se l'imaginent les voyants, trompés comme nous par leurs songes ? Mais les rêves eux-mêmes, est-on bien certain qu'ils soient tous dus à des causes ayant leurs racines dans ce qui constitue notre être, dans notre sang, nos nerfs ou nos humeurs? L'extérieur, les forces qui nous environnent de toutes parts, le milieu enfin dans lequel nous vivons, ont-ils action sur nous? Ce qui constitue ces divers agents peut-il enfanter, créer, arranger ce monde singulier dont nous avons la perception dans notre sommeil, ou bien y aurait-il quelque chose de supérieur à notre intelligence, à notre puissance, un monde d'esprits sans corps, pouvant pénétrer la matière, se laissant apercevoir par intervalles seulement, dans les moments où l'âme émue, projetant sa lumière au dehors de notre enveloppe, entrerait en communication avec les invisibles?

Mes essences spirituelles, s'il en existe, auraient-elles donc des affinités avec ce qu'il y a de plus pur en nous, et de ces communications, de ces rapports naîtrait-il quelque chose de mixte, ayant aussi quelque puissance, existant dès lors dans l'espace et y jouant un rôle. On sent bien que je ne veux point chercher à résoudre ces questions. Un enfant ne peut marcher comme un géant: mon cerveau est beaucoup trop petit pour qu'il en sorte de grandes idées. Mais, si faible que je sois relativement à nos grands savants, il m'est permis pourtant de jeter un regard sur ce qui m'est propre, et d'avoir le sentiment des choses.

Je vois des phénomènes inconcevables ; ils se produisent par l'émission d'une force ou agent venant de ma propre organisation. Ne sort-il point de la même source la faculté des êtres ayant vie et puissance ? La vie donne la vie, qu'importe Torgane employé ! La nature n'a-t-elle qu'une voie, qu'un moyen ? Qui donc oserait limiter ses œuvres ?

Je touche à la partie secrète de la magie. 11 faut que le lecteur qui veut avancer dans celte science devine ce que je ne puis encore dire ; il faut qu'il s'assure que beaucoup de choses sont possibles quoique rejetées par notre raison. Est-ce que le principe qui nous anime n'a pas été sans corps? Est-ce que sa forme, quoique invisible, n'était pas très réelle? Est-ce que le chêne n'est pas dans le gland, quoique nos yeux ne Ty voient point? Juger par les yeux, c'est s'exposer à commettre les plus graves erreurs !... Quoi, il faudrait, pour juger l'effet d'une substance ingérée dans nos organes, qu'elle rendît perceptible son action par une série de phénomènes physiques! Est-ce que nous ne sommes pas modifiés à chaque instant par des agents que nous n^apercevons point ? triste science que celle qui borne tout à la portée de nos sens ! Chaque pulsation nous modifie, chaque émotion porte le trouble dans notre être. Se sent-on grandir ou décroître? Ce qui nous éc?happe est justement ce qui nous constitue ; la vie est répandue dans toute la nature, nous n'en voyons que les plus grossiers effets.

Sait on bien la cause de ces terreurs paniques dont l'histoire est remplie ? Comment se fait-il que des milliers d'hommes soient saisis au même instant de la même crainte, du même effroi? Avez-vous découvert

Tagent de ces terreurs soudaines ? J'ai vu des animaux sortir tout à coup de leur tranquillité habituelle, sans que rien d'apparent et de nouveau pût les exciter. Je les ai vus hérisser leurs poils, fuir, se cacher, chercher un refuge jusque dans les jambes de leurs maîtres ; flairer, éventer, non près des portes, mais dans Tair, comme si ce milieu renfermait ou venait de donner passage à leur ennemi.

Chez tous les peuples, dans tous les coins de la terre habitée, on trouve établie cette croyance : Les ombres des morts apparaissent parfois aux vivants. 11 y a des esprits, de bons et de mauvais génies, des messagers célestes, des anges de lumière, des démons. Les morts errent longtemps sur la terre, ils peuvent se rendre visibles aux vivants. Ils hantent certains lieux et ont action sur nous. On peut les conjurer, apaiser leur courroux, les éloigner, les rendre secourables, etc.. — Comment, par quel mystère inconcevable, les mêmes idées ont-elles pu prendre racine dans le monde entier, et survivre aux combats livrés par la raison ? L'Ecriture a confirmé ces croyances, elle leur a donné une sanction telle, qu'à moins de rejeter complètement les livres saints, vous ne pouvez refuser de croire à la réalité de ce qui fait le fond du sujet que nous traitons. Effacez de vos archives, de vos monuments les plus vieux, toutes traces de croyances ; et si la pierre ne parle plus à vos sens, vous retrouverez en vous-mêmes l'écho mystérieux d'un monde inconnu, celui qui plane sur vous, et dont l'action, quoique invisible, n'est pas moins réelle.

Que Ton ait dénaturé la vérité en la revêlissant de tous les préjugés; que l'imagination des hommes s'en

soil emparée pour la traduire selon le caprice de chacun, en est-elle moins vérité pour cela? Une monnaie altérée, remise au creuset, peut être séparée de son alliage impur. Sans doute on a souvent trompé des hommes en leur imposant des croyances sacrilèges ; mais la nature n'est point complice de ces méfaits : constante dans ses lois, elle défie toute atteinte. Ce qui était son œuvre hier, Test aujourd'hui et le sera demain. C'est aux hommes à lever son voile et à l'imiter dans ses opérations. Ne se sont-ils pas emparés de la foudre, et n'ont-ils pas appris à la diriger? L'air, le feu, tout leur est soumis dans le monde matériel. Mais que sont toutes ces combinaisons auprès de ce qu'ils peuvent dans l'ordre spirituel ? Est-ce parce que les savants ont dit : Vous n'y pouvez rien, que rien ne serait possible ? Le magnétisme est plus que suffisant pour prouver leurerreur: car si, d'un côté, il touche au domaine physique, son dernier anneau est dans l'infini en rapport avec de pures essences.

Je n'ai point l'amour du merveilleux^ je trouve même que le magnétisme en contient trop ; mais si des faits inouïs se sont montrés, dois-je les rejeter et n'en tenir aucun compte ? Le doute serait une injure au bon sens. Esprits forts, rejetez d'abord la foi de vos pères ; reniez Dieu, devenez athées, faites-vous idiots — cela est possible — on peut faire pour les facultés de l'esprit ce qu'on fait pour les sens, les atteindre, les modifier, les détruire — vous n'aurez rien fait encore ; car, si faible qu'elle soit, il restera toujours en vous une lumière que vous ne vous êtes point donnée, qui est immortelle et a des affinités secrètes et cachées.

En voici une preuve évidente :

De curieuses expériences étaient commencées : déjà des résultats frappaient d'étonnement les spectateurs, dont plusieurs offraient Tindice de Taction exercée sur eux par le miroir. Quelques visions avaient eu lieu. Une dame, forte d'organisation autant que de caractère, avait jusque-là manifesté son incrédulité ; souriant à chaque fait nouveau, elle se présentait à mon esprit comme 'elle avait dit être : incrédule. Placée près d'une fenêtre y on la vit tout à coup s'agiter sur son siège, puis pousser devant elle les personnes qui faisaient obstacle à son passage. Son beau-frère, qui l'avait amenée, ne comprenant pas d'abord son intention, se leva pour la retenir : il reçut deux soufflets appliqués avec une adressse et une dextérité de mouvement impossibles dans un état ordinaire. Puis, s'élançant à travers tous les obstacles, elle arrive au signe magique en maltraitant trois personnes qui y plongeaient leurs regards, et, dardant ses yeux de feu, elle vit, mais ne dit point ce qui lui était apparu.

Ce n'est qu'avec une grande difficulté que nous parvînmes à Téloigner. Elle conserva, dans une pièce voisine, une grande envie de revenir au salon ; elle y parvint même une fois, mais son désordre nerveux ne nous permit point de la soumettre à une complète épreuve.

Dans ce cas, c'est l'incrédulité saisie ; c'est la force et la raison vaincues par une puissance que Ton ne voit point et qui est contestable jusqu'à ce qu'on l'ait sentie. Ma pensée était étrangère aux phénomènes développés. Jusque-là cette dame n'avait point occupé mon attention, et je ne lui eusse pas soupçonné une aussi grande sensibilité.

Ce n'est pas la première fois que nous voyons somblable chose. L'imprévu arrive à chaque instant, il résulte d'une force occulte agissant d'elle-même, et c'est pourquoi nous disons aux magnétiseurs : Soyez attentifs ; vous ne connaissez point l'agent dont vous vous servez ; il parait avoir des affinités avec d'autres agents plus subtils que lui-même et doués de plus de vertus.

Par une étude suivie, nous allons découvrir la source et l'origine de la magie. Laissons les sots avec leur ignorance : nous n'avons point à éclairer leur esprit ; car il faut d'abord qu'ils soient parvenus à épurer leurs sens. Ne nous occupons point des savants, ils reculeraient devant nos démonstrations. Un savant est pour moi une sorte de mulet qui, habitué à suivre sa route, ne consent jamais à s'en écarter: le monde est dans ce qu'il connaît, et, quelle que soit son erreur, il y , persistera.

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