‹ La Magie dévoiléeChapitre 20 sur 26 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

Nous voici arrivés à la partie secrète des œuvres de magie. Jusqu'ici nous avions toujours relusé de nous expliquer sur les principes ; nous allons les divulguer, et montrer à découvert le mécanisme de toute production magique. On va voir la force spirituelle dominant, domptant la force physique, donner lieu aux faits miraculeux.

Prolégomènes

Tout signe magnétique est magique, car il contient et porte avec lui un germe qui peut éclore en autrui.

Tout sommeil magnétique est magique ; mais ceux qui, de notre temps, produisent cet étal ne savent point ce qu'il est et ce qu'il signifie. Moi-même, j'ai été très longtemps dans Tignorance à ce sujet.

Le mot de magnétisme devrait être remplacé par celui de magisme^ il serait plus exact.

La magie peut se dévoiler dès les premiers instants. Pendant le cours d'une expérimentation, il suffit d'examiner ce qui se passe, ce qui a lieu par les premiers rapports qui s'établissent entre deux systèmes nerveux ; elle devient d'une évidence palpable lorsque vous faites mouvoir votre propre pensée, et que des messagers invisibles portent à travers les vêtements et la chair, les murailles et l'espace, votre propre commandement.

Il suffit de constater ces faits pour reconnaître que mon assertion est fondée, et pour qu'il soit facile de me suivre dans tout ce que je vais exposer.

Toute guérison qui se fait sans remède est due à une force animique agissant sur la matière : nous croyons avoir dévoilé le mécanisme de cette action dans la première partie de cet ouvrage ; c'est aussi ce que les anciens appelaient magie.

La découverte des choses cachées pendant le sommeil ou pendant la veille surexcitée magiquement, est le résultat du même pouvoir de Tâme humaine agissant d'après une impulsion du dehors.

La vue au travers des corps opaques et à de grandes

distances ne peut s'exécuter qu'en rompant pour un instant le rapport intime qui existe entre l'esprit et la matière : c'est une opération magique.

L'insensibilité est dans le même cas, car celle dite magnétique diffère en tout point de toute insensibilité obtenue par des agents matériels, qu'ils soient ou non volatilisés.

La communication des pensées, si connue aujourd'hui, se produit par la magie ; car la pensée est immatérielle de sa nature, l'âme seule la fait naître et la dirige.

M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Ceci est beaucoup plus sérieux : les magnétiseurs font de la magie sans s'en douter, comme nous allons le démontrer tout à l'heure, et ce serait peut-être un tort de faire cesser l'ignorance du plus grand nombre.

Tous ces faits ne sont encore que des résultats simples, communs, de la magie, la porte par où Ton doit entrer dans le temple. Mais cette porte est bien fermée et bien gardée, elle ne s'ouvre qu'aux initiés : ceux-ci sont rares, je ne sais même s'il en existe encore ; mais je suis convaincu qu'il y en eut beaucoup à d'autres époques.

La franc-maçonnerie est intelligente autant qu'impuissante : elle a des mots, rien de plus ; car, si elle possédait les secrets des premiers initiés, elle s'en servirait, tandis qu'elle n'opère aucune œuvre.

Les prétendus magiciens de carrefour sont des ignorants, peut-être des fripons ; leurs préparations de blancs d'œufs et de marc de café, comme leurs crapauds, etc., sont sans aucune puissance.

Nos grands philosophes d'aujourd'hui ne pourraient

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être les valets des gymaosophisles ou des autres hommes compogaut les aDcieones sociétés savantes. Dans leur tète peut bien se trouver le dictionnaire de la langue française ; la nature des choses ne s'y trouve pas.Otez- ' leur le langage parlé, ils sont incapables de rien produire, et la première condition pour agir est pourtant le silence.

Nos somoùtés du sacerdoce, titrées ou mitrées, sont des savants vulgaires ; ils ne pourraient faire le plus petit miracle, même lorsqu'ils croiraient en Dieu. Dans l'ancien temps, chez les Egyptiens, les Assyriens, les Hébreux, etc., les mêmes hommes savaient et opéraient ; ceux-ci n'ont donc rien de plus que les autres humains : ils prient, c'est tout. Dieu exauce ou n'exauce point, cela dépend de lui, mais par eux ils ne peuvent rien.

Les médecins se trouvant dans le même cas ; ils ne savent plus rendre leurs drogues eftîcaces. Ils vous disent : Nous avons souvent purgé avec des pilules de mie de pain ! Mais aucun d'eux n'eut assez de pénétration d'esprit pour trouver la vraie signification de ce fait, et, comme des hommes sans réflexion, ils ont dit: c'est Vimagination. Par eux le sommeil ne se produit qu'avec l'opium. La nature ne peut répondre à qui ne l'appelle point. Les anciens médecins savaient plus, ils étaient devins, c'est-à-dire noyants. Les nôtres, ceux d'aujourd'hui, n'aperçoivent que des rouages et des poulies dans l'organisation humaine ; ils sont mécaniciens, rien de plus, et se laissent mourir sans réfléchir davanr la vie.

:hefs d'empire et les sous-gouvernants montreut jour qu'ils ne possèdent que la science com-

mune, ils se laissent choir ou déposséder comme le commun des martyrs.

. Les magistrats ont leurs sens et l'habitude du Palais, voilà tout : la justice est où elle se trouve, dans le Code ; mais ils n'ont point le discernement que donne parfois la vraie science pour découvrir les coupables. Comme des jurés, ils jugent et prononcent les sentences, sans trop savoir au fond s'il y aura un remords.

Voilà , en raccourci , le catalogue des lumières humaines. Il parait très gros à Tœil, très imposant ; mais, si vous feuilletez le livre, vous ne trouverez que des nombres, point de noms.

Les chaires les plus importantes sont occupées par des gens d'esprit, personne n'en doute ; mais posez-leur une question sur les sciences secrètes, ils vous riront au nez ; ils admireront votre simplicité, votre candeur, et vous tourneront le dos. C'est très bien, c'est parfait, mais ce n'est pas répondre. Il y a certainement des animaux grossiers qui pourraient leur donner de bonnes •et belles leçons, car plusieurs sont experts dans les charmes : mais les bêtes ne méritent point d'être examinées. Vous avez vu tout à Theure comme nous supposions que vous traiteraient ces illustres professeurs, si vous alliez leur dire : Je crois aux charmes et à la magie.

Cette science a disparu de la France et des pays circonvoisins : pour la trouver encore sur la terre, il faudrait aller dans l'Inde, ou se mettre en quête de quelques hommes placés çà et là sur le globe.

Je puis donc être, à juste titre, considéré comme un novateur hardi et heureux et pourtant je ne me féli-

cite point de mon bonheur, car je ne vivrai pas assez pour approfondir Tart retrouvé, et j'aimerais à m'éviter la peine d'être son défenseur.

Ces explications indispensables sont un prélimaire nécessaire pour aider à comprendre ce qui va suivre.

Comme un voyageur égaré, je suis incertain du chemin qu'il faut prendre ; je me demande où est la vraie route, et nul ici ne peut me l'indiquer, si ce n'est la nature. Mais elle n'a point de bouche, son seul langage est dans la signification de ses œuvres ; elle dépose son feu dans un caillou, et l'y laisse en repos jusqu'à ce qu'un choc imprévu l'en fasse jaillir ; il y est pourtant et nul ne le sait. Elle donne à une autre pierre une sorte d'animation, des sympathies et des antipathies : c'est ce qu'on appelle l'aimant. Chacun de ses ouvrages a des propriétés singulières et significatives. La science est sur ce point d'une ignorance profonde : le hasard seul, jusqu'à ce jour, lui fit découvrir quelque chose, mais bien peu encore. Nous n'avons point la prétention •de discerner la vertu des corps, ce serait d'ailleurs un travail au-dessus de nos forces ; nous voulons seulement parler de l'homme et des facultés qu'il possède en raison de ^ nature, laissant à la chimie, à la physique le soin d'autres recherches. On a vu comment nous avions amassé un petit nombre de connaissances, que nous pouvons appeler exactes, par l'élude suivie du magnétisme. En voici d'autres qui ont également un degré de certitude.

L'œil humain ne reçoit pas seulement la lumière venant du dehors, il rend à son tour une lumière, mais différente, qui pénètre parfois, et d'un seul jet, jusqu'au fond de l'âme de la personne regardée. Quelquefois même, lorsque deux êtres se regardent en même temps, les deux rayons se heurtent, et on est averti par une sensation.

La main étendue et dirigée en face d'un visage, le couvre entièrement de cette lumière, comme le ferait un miroir qui, recevant celle du soleil, serait dirigé sur une surface quelconque. Seulement celle-ci est visible à Tœil, Tautre ne peut s'apercevoir que par les phénomènes qu'elle produit ; il ne faut pas pour cela la confondre avec le calorique rayonnant, nul rapprochement ici ne peut être établi.

Lorsque deux corps humains s'approchent l'un de Tautre, il y a une pénétration sensible de leurs deux atmosphères ; il en résulte une sensation singulière chez tous deux ; chacun découvre le secret de sa force et de sa puissance relatives. C'est surtout pendant Tétat magnétique que ces vérités sont rendues incontestables : l'atmosphère de chaque individu, agissant alors avec plus de puissance, se fait sentir au travers des portes ou des murailles ; ainsi de même pour d'autres faits. — Il me vient une pensée, celle-ci se réfléchit ou peut se réfléchir dans un autre corps, et produit une sorte d'évocation qui cause toujours un grand étonnement : — Ce que vous me dites, j'allais vous le dire, j'allais vous en parler.

Beaucoup ont des pressentiments singuliers qui viennent de la même cause : ils savent, en entrant dans une rue ou parcourant un passage, qu'ils vont y ren-

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contrer tel ou tel être ; moi-même, plusieurs fois j'ai fait cette remarque, mes sens ne m'avaient point trompé. Qui donc les éveillait et parlait à mon âme ? D'où venait cet avertissement ayant puissance de faire vibrer une corde de mon être ?... De là, sans doute, est venu ce proverbe si ancien : Quand on parle du loup^ on en voit la queue. Comment expliquera-t-on ce fait occulte?

Certain besoin que Ton satisfait excite en autrui le même besoin. Les savants disent : C'est Timitation. Ils prouvent seulement leur ignorance, voilà tout. Que quelqu'un bâille, le même mouvement se répétera dans nos organes. On entre dans une maison, Tesprit préoccupé et triste ; tout y respire la joie, on devient gai. Le contraire a lieu dans les circonstances différentes. C'est encore l'imitation ! dira-t-on ? Non. Il y a là une pénétration de votre être par des agents qui modifient les dispositions de vos esprits, comme lorsque vous avez froid et qu'approchant des personnes qui ont plus de chaleur que vous, vous leur dérobez, sans le vouloir et sans vous en apercevoir, une somme de calorique qui établit bientôt l'équilibre entre vous ; il y a ici échange de forces physiques qui donne l'idée de forces morales qui peuvent se comporter de même. — DiS'77ioi qui tu hantes, je ledlraiqwi tu es. Les vices se communiquent comme les vertus, ceci est trop réel pour s'y appesantir.

Qu'un homme ait une sorte de foi basée sur une forte illusion de son cerveau ; s'il est bien pénétré, il agira sur tout ce qui l'entoure, et inoculera ses erreurs. Il fera des fanatiques comme il Test lui-même. Presque tous les sectaires religieux ou politiques n'ont pas eu d'autres moyens pour agir sur les hommes, et pervertir leur intelligence. Ceci est une véritable inoculation, suivie d'une

PRINCIPES ET SECRETS 2il

éclosion d'idées venues par un germe, unfe semence réelle, comme nous le démontrerons en temps et lieu.

Un homme peut en mener des milliers d'autres au combat, les faire marcher comme un seul, inspirer la terreur à des ennemis plus forts et plus nombreux, bien que par une pensée qui est aussi une foi en lui et en sa valeur. Il a su la communiquer, voilà le secret.

Les duels présentent ce caractère. Il est des hommes tellement pénétrés de leur supériorité, qu'ayant dix affaires d'/fconn^wr, ils tueront ou blesseront dix hommes braves et habiles, parce que, avant de se battre ou en se battant, ils les auront pénétrés de ce rayonnement mystérieux qui paralyse les forces et l'intelligence.

UndiCteuv y pénétré de l'esprit de son rôle, s'imaginant être le véritable héros qu'il représente, jettera la terreur parmi les spectateurs, il les fera rire ou pleurer. Tous savent cependant que ce qu'ils entendent est une pure création de rintelligence. L'acteur froid, indolent, incertain, débitant les mêmes paroles, ne produira aucun effet semblable. C'est pourtant le même mécanisme d'action que nous apercevons ici. Que manque-t-il à l'artiste ? L'expansion du feu divin qui pénètre les corps.

Tous les hommes qui ont fait école agissaient sur leurs élèves en vertu de la même loi. C'est la fièvre imitative, dira-t-on. — Oui, sans doute, c'est elle-même. Mais qui la produit, si ce n'est un esprit pénétî^é qui laisse échapper les effluves venant du cerveau ? Ce sont ces pensées, revêtues, enveloppées d'une vertu, qui déterminent ce curieux phénomène. — Mes sympathies et leurs contraires sont les résultats de mêmes causes : le corps est affecté comme l'esprit, ou plutôt, l'un commande à

Tautre, avant que la raison se soit en rien mêlée de la partie. Ces aversions ou ces penchants méritent qu'on s'y arrête, car ils sont une indication réelle et positive dont il est bon de tenir compte.

J'ai connu un heureux commerçant qui avait dû sa fortune à un sens intime de sa femme. Jamais il ne perdit rien tant qu'il Técouta ; elle seiitait les acheteurs et disait avec assurance, sans se tromper jamais : Celui-ci est un fripon, cet autre un honnête homme. Elle était d'un tempérament froid, ses autres facultés étaient ordinaires. J'ai connu une autre femme qui, dans un voyage de nuit, en compagnie de plusieurs personnes, se mit à dire : Je sens des voleurs ; nous sommes proches des voleurs. On se mit à rire ; mais on fut bien étonné, quand, le matin, ont trouva les courroies coupées et plusieurs malles enlevées. On objectera sans doute Faction des sens ; mais les sens ne sont que des instruments, les soupiraux de Tâme, ainsi que les appelaient les anciens.

S'il fallait tout embrasser, nous ne finirions jamais car les faits de cette nature sont nombreux, tout le monde les observe sans se les expliquer. Tout ceci déjà pourrait être plein d'enseignement, on pourrait même en tirer quelques règles pour la vie; mais les hommes sont si légers, qu'ils n'y font aucune attention. Les pressentiments .rentrent dans le même ordre de phénomènes, tout le monde y croit, parce que chacun a par devers lui une ou plusieurs preuves qui sont en général fondées: à leur venue on s'ébahit de surprise. Voilà tout.

Ces détails ne sont pour nous qu'un hors-d' œuvre, et comme une préface à l'acheminement naturel des faits supérieurs. Mais, allant toujours du simple au composé,

je laisse entrevoir, dès les premiers instants, des possibilités qui seraient repoussées tout d'abord, si on ne les faisait pressentir en les rendant en quelque sorte possibles, sans voir pourtant encore sur quoi elles s'appuient.

Il me semble entendre ces mots : Ma raison se refuse à vous suivre, je ne vous comprends pas. — Sans doute, et je suis loin de m'en affecter- Votre raison ! belle chose, ma foi ! Si tout avait^ été découvert, la raison aurait lieu de s'étonner et de se cabrer. Mais chaque pas du génie a contre lui la raison de tous : c'est elle qui contraint Galilée à s'agenouiller. Et d'ailleurs, qu'importe ! La vérité, pour cela, n'en sera point changée. La terre tournait lorsqu'on croyait qu'elle était en repos; elle n'a point cessé d'être ronde, bien qu'on l'ait crue plate. Je continue sans m'effrayer en rien des opinions, car, si l'on s'étonnait maintenant de mes aperçus, que serait-ce donc en arrivant aux faits?

Je viens de toucher à la partie matérielle de la magie, celle qui s'exerce d'elle-même et sans le concours de notre volonté : c'est la propriété de notre être qui ce décèle, les facultés de notre âme qui se montrent en dehors de leur enveloppe. L'âme n'est encore mue que par ses propres forces, elle agit d'elle-même et sans contrainte. Tout va changer, pourtant. Une âme commandera dans un corps qui rie sera pas le sien, et les instruments de cette âme obéiront. L'âme elle-même se laissera, pénétrer ^ dominer, asservir ^ ou contractera une alliance avec une autre âme, et un fruit spirituel en naîtra, qui ne sera point d'un seul, mais de deux, et qui, à son tour, sera doué d'une certaine puissance. — Au lieu d'être un mariage charnel comme ceux qui se con-

tractent devant Tofficier public, et qui donnent un résultat venant aussi de l'un et de l'autre conjoints, vivant d'une vie propre aussitôt formée ; le nôtre, non moins certain, ne se verra pas, mais il se fera sentir : pour croître, il n'aura pas recours à la matière, son aliment sera dans la vie même.

Ah ! nous voilà en pleine magie, et le lecteur curieux va courir au second feuillet. Attendez I la science n*est point faite. Je cherche, sans savoir encore si je réussirai à me faire comprendre. N'est-ce point l'inconnu que je dois vous révéler? L'inconnu n'a point de nom : lorsqu'il se découvre, il se traduit par des images, des comparaisons ou des paraboles. J'essayerai de vous donner autre chose que des mots, mais bien une suite de faits.

Identification animiques

Voici d'abord la télégraphie magique. Je pense devant un être endormi, il me comprend et répète les paroles que je dis intérieurement; il exprime l'idée, il l'a vue se formuler, et celte formule s'est réfléchie en lui. Je fais un signe, un geste, il répète le signe ou le geste avec exactitude, et souvent avec un telle rapidité, que les deux mouvements semblent se confondre. Je bois, il boit, ; je chante il chante sur le même ton et en même temps; je tousse et crache, il fait de même ; je souffre en quelque partie de mon corps, il souffrira lui-même dans la même partie, et se plaindra en employant les mêmes mots dont je me sers pour exprimer ma souffrance ; et ici la magie est plus grande encore, car il

suffît que la douleur m'ait arraché, n'importe dans quel moment, un cri caractéristique, une aphoslrophe, un jurement, pour qu'il arrive à sa pensée, et soit répété comme un fidèle écho.

J'ai vu une magnétisée, en contact avec une femme enceinte, éprouver tous les symptômes d'une véritable grossesse : le ventre prit en quelques minutes un volume énorme, les cordons de jupe se cassèrent, et, n'en croyant point mes yeux, j'ai touché, frappé, palpé: il n'y avait pas à s'y méprendre. Cette grossesse artificielle dura pendant tout le temps du contact, c'est-àdire près de trois quarts d'heure ; elle ne cessa que par degrés. J'ai cherché une occasion de reproduire ce fait étrange sur une autre magnétisée, il eut lieu de même, et cent témoins pourraient, comme moi, affirmer la réalité de ce curieux phénomène.

C'est un jeu pour les magnétiseurs aujourd'hui d'ôter l'ouïe, le toucher, la vue au magnétisé, en le voulant simplement, et cela sans parler. Ainsi, au moment où le magnétisé parle, rit ou chante, on l'arrête dans l'instant où il est le plus animé: il devient statue. Enfin, on peut communiquer à son cerveau les rêves, les pensées les plus bizarres, faire qu'il voie un spectateur sans tète ou avec une tête d'ours, de chien, etc. ; tout indiquera en lui qu'il croit voir une chose réelle, et je déplore profondément que ces faits, qui courent aujourd'hui les rues, soient ignorés des savants. Quoi! pas un seul d'entre ces trois ou quatre cents salariés par TEtat ne se lèvera de son fauteuil pour dire au monde : Une ère de merveilles va naître, on a trouvé un agent qui résume en lui toutes les autres forces de la nature !

Créations spirituelles

Je prends un verre d'eau ; à ma volonté, à ma pensée, ce liquide ne sera plus de Feau, mais du vin, de l'eau-de-vie, de la liqueur, une médecine même, cl je verrai subitement les effets réels, positifs qu'eût produits un de ces agents. Ah ! je crains de le dire — il le faut bien pourtant, ■. — on peut ainsi empoisonner ; il faut qu'on le sache, et que Técho le répète, afin que les magnétistes malintentionnés, soient prévenus qu'on est instruit de tout ce qu'ils peuvent faire. Riez donc, sceptiques, riez bien fort, afin que vos rires, en témoignant de votre ignorance, nous donnent le droit de vous flageller ! .

Et pour tous ces phénomènes, est-il besoin que celui qui les manifeste soit endormi? — Nullement ; il sera éveillé, verra avec ses yeux, il aura sa raiso7i et ne pourra résister pourtant à une création que Ton dit imaginaire.

Je vais créer le feu, je rendrai brûlante une chose froide, ou l'individu tiendra en sa main un charbon allumé qui ne lui causera aucune impression ; puis, si telle est mon intention, il sera brûlé par le corps froid. 11 ne faut pas oublier que l'être est éveillé ou que du moins il parait avoir la plénitude de ses sens.

11 grelottera si je pense à la glace ; il aura le mal de mer si, en idée, je Tentraîne avec moi sur les flots: il vomira abondamment et éprouvera toute la fatigue que cause ordinairement cet affreux mal. La veille cesse d'être un refuge pour la raison, un témoignage de la

réalité, car on peut faire durer les impressions en dehors du magnétisme actif , et souvent même les effets qui se sont produits ainsi persistèrent, non quelques heures, mais quelques jours, malgré des impressions contraires et la force énergique du magnétiseur.

Ce n'est donc plus un jeu innocent, une récréation que Ton se donne : c'est une chose merveilleuse, sans doute, mais pleine de dangers ; le produit d'un agent, d'une force réelle qui se revêt en nous de vertus et de qualités qui ne sont point imaginaires, car elles se traduisent en réalités saisissantes et terribles;

L'imagination des poètes et des artistes a créé un empyrée, un paradis, un enfer; leurs ouvrages étaient un reflet de leurs pensées, et leurs œuvres ont une immense influence sur le monde. Ils agirent sur l'en-

tendement, sur la raison des nations. Maintenant on peut agir sur le corps même. Ah ! je vous le répète, j'ai peur, parce que je ne sais où la découverte s'arrêtera.

Jusqu'à un certain point, cette magie s'explique, l'esprit la conçoit, s'en rend compte, on peut puiser dans l'histoire des faits ayant quelque analogie avec les faits nouveaux; mais nous allons avancer vers l'inconnu.

Parlons d'abord de la captation, crime puni par les lois. Quelle est-elle? — Un fait occulte de magnétisme, rien de plus, rien de moins, et je ne veux pas m'étendre davantage sur ce chapitre. Ma conscience me fait un devoir du silence.

Il est facile aussi de faire naître des passions coupables. Jusqu'à présent, du moins, ceux qui ont agi ainsi n'ont point réfléchi sur leurs œuvres ; tirons le rideau, afin que la lumière ne brille point aux yeux de tous les hommes. Les philtres ! belle chose, ma foi ! il n'en est

plus besoin. Est-ce à dire pourtant que l'on peutréus* sir sur le premier venu ? Oh ! non, pas encore, et de longtemps on ne le pourra. Mais il y a tant de natures facilement influençables, tant de créatures ayant une organisation disposée à recevoir les effluves du premier venu, que Ton ne saurait être trop attentif

Ne croyez pas que Thomme fort ait une garantie dans sa force, ce serait une erreur! Ne pensez point non plus qu'un être dont rintelligence est cultivée trouve dans son esprit une ressource, un pouvoir modérateur ou pondérateur. Non ; on ne sait qu'après avoir essayé quel est celui qui peut céder ou résister. Il semble que tout dépende de Famé. — Mais j'oublie en ce moment que les savants croient que nous n'en avons point. — Ce serait donc un aimant plus fort qui agirait sur un aimant plus faible, l'attirerait, Fabsorberail même. La chose vaut bien la peine qu'on l'étudié.

Un génie puissant serait-il passé sur ce globe etTaurait-il touché de son aile ? — On ne parle plus que de merveilles ! — A peine une découverte s'est-elle faite, qu'une autre lui succède avec rapidité. Cette éclosion de germe céleste, que signifie-t-elle ? — Je n'en sais rien; mais le vieux monde va disparaître, il a fait son temps. Si, au contraire, la vraie science est un crime, une abomination, ce temps annoncerai! la fin du monde. Le génie serait une fièvre, une sorte d'épidémie propre à troubler les intelligences. Le virus qui est dans l'air n'agirait point sur nos entrailles, mais sur notre cerveau, et trop de sensations amèneraient la mort.

Assez de singularité dans ce chapitre, terminons-le pour en écrire un plus merveilleux encore !

Virtualité de pensée

Nous voilà arrivés à un ordre de faits où la raison va s'égarer peut-être. Qu'importe ! si la vérité est avec nous, elle finira un jour par se faire comprendre. Si, dans le siècle passé, on eût dit ce que celui-ci réalise ou devait réaliser, ont eût à coup sûr traité de fou l'homme dont la vue perçante eût aperçu dans le temps les fleurs et les fruits de la semence jetée dans les esprits.

Reprenons notre magie.

Nous venons d'indiquer des résultats surprenants, de la puissance humaine agissant occultement, et conduisant l'élément de ces phénomènes à travers tous les corps, sans rencontrer de sérieux obstacles. Cette puissance agissant d'elle-même, comme la nature ou Dieu, peut déposer en germe ses vertus dans les corps, et leur dire : Vous ne vous développerez que dans certaines conditions, vous ne paraîtrez au jour que dans tel temps, Comme la poussière fécondante des fleurs contient en elle-même un germe, un rudiment qui doit, dans un temps, sortir de l'enveloppe dont il va être revêtu, la pensée humaine, plus subtile que le pollen, déposée de même, non sur une fleur, quoique la chose soit possible, mais sur un métal, un caillou, restera jusqu'au temps voulu emprisonnée ainsi, et fera sentir sa vertu et ses propriétés comme l'homme Faura décidé. Voilà l'origine des amulettes, des objets bénits. Les talismans, les figurines antiques, les pierres druidiques, les autels des dieux, les alliances, enfin tout un ordre mystique, reposent sur ce mystère inconnu aujourd'hui ; et les

sages de ce temps ont dit : Ces choses sont et ont été une imposture, une insulte k la Divinité, un charlatanisme religieux, une fourberie de prêtres ; les peuples ont toujours été de grands enfants faciles à tromper: ce moyen était pour abuser de leur ignorance, on s'en servit pour leur extorquer des richesses.

Bravo ! grands philosophes. Nous convenons deTabus, et, comme vous, nous le blâmons ; mais voilà qu'une vérité apparaît de nouveau et réhabilite autant qu'il est en elle les croyances des peuples, la science profonde des prêtres anciens.

Lorsque j'écris Dieu sur un morceau de papier, ma pensée se figure le maître de l'univers, et tous ceux qui peuvent lire ces caractères écrits ont au même instant la même idée ; rien n'est ici miraculeux, des signes convenus ont traduit ma pensée. Mais croyez-vous que si, mentalement, je trace un caractère quelconque sur le premier corps venu, il n'aura point la même vertu de transmettre mon sentiment ? — La chose vous parait impossible, parce que votre intelligemce ne comprend que les signes visibles. Eh bien ! je vais chercher à vous éclairer. Mon esprit conçoit une chose, mes pensées s'arrêtent un moment sur cette création encore spirituelle ; puis bientôt, revêtues elles-mêmes d'une enveloppe semi-matérielle, elles sont portées jusqu'à l'extrémité de la main par ce fluide inconnu venant du cerveau, et qui est chargé de transporter l'idée, comme un messager à qui on remet une lettre : il arrive et la dépose avec fidélité où on lui a dit. Vous vous étonnez, je le conçois ; mais tous les mouvements de vos muscles, votre locomotion, sont le résultat de la même puissance inconnue ;c'est le même agent, le même servi-

leur qui porte le commandement, et toute la machine obéit.

Vous avez vu déjà que nous pouvions commander à des organes qui n'étaient point les nôtres, et que notre volonté transmise ainsi se faisait obéir : nos ordres étaient exécutés. Une sorte d'électricité, si vous le voulez, suivait un conducteur et portait la nouvelle. Mais cette force, car c'en est une, est vivante ; en arrivant, elle fait elle-mênae mouvoir le cadran des idées et marque le signe que Tâme doit saisir. Nous n'avons point la prétention d'expliquer complètement le mystère, nous exposons simplement nos doutes.

Un magnétiste, même ignorant, connaît pourtant ceci : Il prend un morceau d'étoffe, une plaque de verre, une pièce de monnaie, n'importe ! et il dit en pensée, en touchant l'objet : je veux que telle personne s'endorme à telle heure, qu'elle éprouve tel effet. Et cet objet remis produit, à l'heure dile, la crise demandée. Je n'ose dire encore tout ce que, malgré mon scepticisme, j'ai constaté de réel dans cet ordre magique. Oh? nous sommes loin, bien loin, mais par encore à moitié chemin !

On magnétise un siège au milieu de plusieurs autres, la personne sensible au magnétisme ne s'endormira qu'en s'asseyant sur le siège magnétisé. Qui le lui a dit? Personne, car c'est souvent en l'absence de tous que l'on y a déposé la pensée du sommeil.

Je magnétise un verre d'eau sur un plateau où un grand nombre d'autres verres sont déposés : le mien sera désigné, on ne s'y trompera point. Une pièce d'argent touchée ainsi et déposée au milieu d'un grand nombre d'autres sera de même trouvée. Et tous ces

faits, que je pourrais multiplier à Tinfini, ne sont-ils pas la preuve évidente de la secrète vertu que possédaient les objets que le prêtre intelligent avait tcmchés de sa main ?

Vous riez, sceptiques, de la bénédiction que donne le prêtre de nos jours, et vuas avez raison, car il ne sait plus ce qu'il fait : il exécute de$ signes qu'on lui a transmis comme efficaces, mais il ne sait point leur imprimer une vertu. Nos ministres ont perdu ce secret : leur eau lustrale est regardée comme de l'eau claire. Elle devrait posséder le germe d'avenir de Têtre, devenir un moyen de purification ; mais le prêtre, encore ici, n'a point la pensée : ses signes sont physiques et mécaniques, les vertus de son âme sont restées latentes en lui, aucune émission n'a eu lieu.

Vous avez ri de cette cérémonie pieuse de l'antiquité, lorsqu'un vieillard se sentant mourir appelait près de lui tous ses enfants pour les bénir une dernière iois. Vous ne compreniez point ce qu'il pouvait y avoir d'efficace dans ce dernier rayon de vie, dans cette dernière pensée déposée sur des êtres, car vous ignoriez que l'âme, par un dernier effort, imprimait une vertu.

Pourquoi donc chacun de vous s'attache-t-il aux reliques, aux objets laissés par son père, par sa mère, par une femme bien-aimée, et qu'il ne peut les considérer, les toucher qu'avec émotion ? Le souvenir, direz-vous, produit cette magie. Attendez donc : portez ces restes à un magnétisé, il y trouvera tout ce que fut l'auteur de vos jours, tout ce qu'on ressentit pour vous, parce que ces êtres y ont déposé le rudiment d'eux-mêmes. D'ailleurs un secret instinct n'avertit il pas chacun de vous de respecter ces restes que les morts ont laissés, comme

s'ils contenaient quelque chose d'eux-mêmes? Ah! que de larmes ont ainsi coulé, que d'épanchements secrets, que de cœurs soulagés !!!...

On dit qu'un grain de blé enlevé du fond des Pyramides, revoyant le soleil, se mit à germer. Deux mille ans et plus avaient passé cependant, le laissant engourdi ; la pensée de la 7iature y était en puissance, le temps ne l'avait point anéantie (1).

Créateur de toutes choses, quêtes oeuvres sont belles ! L'homme vain et orgueilleux a cessé de courber sa tête devant tes sublimes ouvrages. Tu veux qu'il s'humilie de nouveau, car tu lui révèles une force puissante, peut-être la cause génératrice de choses que nous voyons. En sentant sa grandeur nouvelle, il doit

(1) On lit dans VAkhbar du 8 juillet 1852 :

(( Le conservateur de la bibliothèque et du musée d'Alger nous communique une note très curieuse qui lui est adressée de Cherchell par M. le commandant du Potet, ctief de bataillon en retraite, dont les recherches en archéologie africaine et en histoire naturelle locale sont connues et estimées par les hommes spéciaux. Voici la teneur de cette note:

« Une curieuse expérience, qui intéresse l'archéologie, la phy- (( siologie végétale et Tagriculture, vient de se faire ici. On aura a peine à croire que du blé récolté sous un Pharaon quelconque, (( ou tout au moins sous quelque Lagide, a été semé en 1850 au (( village deNovi et a produit une espèce de blé dont les épis dif- « fèrent beaucoup de ceux du blé ordinaire. Cet exorde, bien fait (( pour exciter l'attention, sinon l'incrédulité, exige des explicaa tions ; les voici :

a En 1850, une personne de Paris envoya à un colon de Novi, (( M. Dérel, vingt-quatre grains de blé trouvés avec beaucoup « d'autres dans le coffre d'une momie qu'on venait d'ouvrir. L*au- (( teur de l'envoi priait de les semer et d'en avoir soin pensant (( qu'ils réussiraient mieux en Afrique que sous le climat de Paris.

« De ces vingt-quatre grains, sept seulement levèrent ; mais il (( n'y eut que deux pieds qui réussirent tout à fait et qui produi- (( sirent une certaine quantité d'épis, o

tourner de nouveau ses yeux vers ton séjojr, d'où s*est découlée cette céleste flamme découverte par Mesmer. N'est-elle point un rayon de ta toute-puissance ? En la suivant on va jusqu'à toi, sans s'égarer un instant.

Moyens opératoires

Dépassons la limite du monde magnétique, marchons vers rinconnu. Comme cette eau souterraine qui se fait jours au travers des terres et qui s'est laissée pénétrer des divers principes que renfermaient ses couches successives nous avons emprunté un moment des vêtements qu'il est temps de quitter. La lumière de la vérité éclairera sans doute Terreur, cette espèce de rouille qui s'attache à l'esprit.

Nous avons jusqu'à présent vu l'agent magnétique agissant sans se dépouiller des rudiments spirituel et physique qui accompagnèrent sa naissance. Comme l'enfant attaché encore à la mère par le cordon ombilical, il tirait sa vie et sa puissance de notre propre chair, il était nôtre encore. Voyons maintenant, en l'abandonnant complètement à lui-même et le laissant dans Tespace, ce qu'il fera désormais. Par la pensée, purifions-le d'abord : que, comme une essence, il soit séparé de la fleur, qu'il devienne semblable aux esprits. Mais comment le pourrai-je ? Les anciens demandaient à Dieu, source de toute lumière, d'épurer leur esprit ; ils pensaient que c'était la voie naturelle pour arriver à de grandes connaissances, et que l'on ne pouvait qu'ainsi pénétrer les secrets de la nature. On dit même

que quelques-uns parvinrent à voir jusqu'à Dieu luimême : c'était l'état de grâce, une faveur d'En-Haut, une récompense de leurs vertus.

Nous avouons avec humilité que nous n'avons point demandé ce qu'obtinrent les élus. Notre vertu douteuse nous laisse trop chancelant, nous ne méritons point que Dieu s'abaisse jusqu'à nous. Nous ne quittons point la terre où nous sommes rivé, mais observons seulement avec simplicité les merveilles saisissables placées sur notre route. Peu sensible aux injures des hommes qui en savent moins que nous, nous marchons en avant, considérant seulement le chemin que déjà nous avons parcouru. Dans cette route du savoir, bien petits furent nos pas, bien longue fut la journée. Plaignons-nous seulement de n'avoir pu mieux faire. N'enviant aucune destinée, pourquoi changerions-nous la nôtre? C'est ici que je reconnais la bonté de Dieu : il a borné mes désirs. Arrivons donc de nous-même aux secrets de la nouvelle science.

La voix lancée dans l'air va où nul ne sait ; la voix de la vérité arrive sans bruit, un sens mystérieux la recueille et lui donne un logis au centre d'un palais merveilleux : elle se fait bientôt reconnaître et trouve ses sœurs. Heureux sont ceux que la vérité vient trouver ainsi ! Heureux quand leur demeure n'est point gardée par des courtisans et des valets, par des flatteurs et gens de mauvaise vie : car la vérité s'arrête ou est arrêtée au passage, et on lui dit : Qui es-tu ? — On n'entre point ici ; le maître dort. — Et d'ailleurs, que ferait-il de toi? Nous pensons pour lui, nous réglons ses affaires, nous dissipons son bien. — Toutes les avenues du palais de l'âme, comme les demeures

des grands, sont aussi bien gardées : les préjugés, l'ignorance, les mauvaises passions sont aux aguets et laissent rarement passer la vérité ; car celle-ci, à peine introduite, a bientôt renvoyé ces hôtes incommodes, les parasites qui rongent et sapent Tédifice.

Et je dis : Va, vérité; va, vérité pure; ne t'arrête point pour écouter des fous : entre hardiment, éveille le maître et dis-lui : Je viens du ciel pour t'éclairer et rapprendre à régir ton domaine. On te trompe, et tu oublies ta destinée au milieu de fausses jouissances, tes compagnons sont des impies.

Comment est-elle venue jusqu'à moi? Est-ce parce que j'étais simple et pauvre, et avais moins de préjugés que les autres hommes ? Sans doute. — Tout me dit, aujourd'hui, que je vais poser le premier jalon d'une science.

Par tout ce qui précède, la magie se dévoile, en vain voudrait- on le nier. Continuons l'œuvre et faisons connaître de nouveaux résultats; mais au lieu de laisser Fagent spirituel ou magique libre dans l'air, fixons-le quelque part.

Lorsqu'on répand le salpêtre combiné avec le charbon sur une surface pour éclater, il attend l'étincelle : le feu reste ainsi emprisonné jusqu'au moment où on lui rend la liberté.

Lorsque je trace, avec de la craie ou du charbon, cette figure, un feu ou lumière s'y trouve d'abord fixé ; il vient de moi-même, ce feu, il s'est écoulé rapidement, en suivant le tracé, s'amalgamant à la substance employée et que mes doigts promènent. Ce feu est d'abord inactif, mais bientôt il attire à lui l'être qui s'en

approche, il le détient, le fascine, l'endort : c'est inutilement qu'il essayera de franchir ce cercle, il ne peut en sortir. En vain fera-t-il des eflorts, une puissance magique lui ordonne de rester, et la volonté de l'être, comme ses organes, se pliant à la force, il succombe au bout de quelques instants en poussant des sanglots. Ce n'est plus moi qui ordonne et commande, non ; les effets qui se produisent me sont alors étrangers. La cause n'est plus en moi, elle est dans cette ligne, dans ce tracé tout cabalistique. En vain vous emploie-

riez la violence, celui qui est ainsi enchaîné vous échappera bientôt, il se jettera sur vous comme un furieux, et reviendra de lui-même dans ce cercle d'où une puissance mystérieuse lui a défendu de s'éloigner. Nous vîmes cent fois ces choses avant de les décrire, et leur identité dans tous les cas ne laissa plus aucun doute dans mon esprit ; car chacun des êtres qui me fournit un exemple nouveau était totalement étranger aux expériences déjà faites. — Que se passet-il donc dans leur esprit ? En proie à une terreur profonde, ils ont les yeux hagards et les traits bouleversés ; leur langue se colle à leur palais, la sueur couvre leur corps. Que voient-ils donc ? Nul ne le sait encore ; car à travers le délire de leur esprit ils ne font entendre que des sons gutturaux. Mais bientôt, en les laissante eux-mêmes^ ils aperçoivent ce que l'œil humain n'a point encore vu, un monde merveilleux, diffé-

rent de nous-mêmes ; c'est le monde des esprits sans corps et sans chair, celui-là même des rêves, dira-t-on peut-être. Nous répondrons : Nous n'en sommes point certain.

Reprenons.

Bientôt il suffoque de nouveau, comme s'il respirait un air peu fait pour sa poitrine, comme si son âme allait s'envoler ; c'est l'instant d'effacer le cercle enchanté, pour rendre au plus vite une liberté nécessaire à la vie. Ne croyez point que tout se dissipe à l'instant, il reste un vague souvenir, des traces fugitives qui le glacent encore d'épouvante...

Quelquefois, mais plus rarement, les visions sont douces et tranquilles, elles se traduisent en éclats de rires, mais d'un rire singulier; il semble que celui-ci, pour se produire, emploie des muscles nouveaux. La vie ordinaire n'offre rien de pareil, le délire commun s'en éloigne comme la nuit du jour; c'est une chose étrange, sans pareille, et dont il est impossible de se faire une idée.

Voilà, sans doute, ce qui fît croire à l'existence du diable, non seulement ceux à qui la nature avait révélé ce secret dans la science, mais encore tous les témoins d'un semblable enchantement.

Si je trace une ligne droite comme celle-ci

le même feu, le même élément s'y trouve encore. Placé au point de départ de la ligne, l'expérimenté sent de la chaleur sous les pieds ; il est plein d'anxiété ; il avance, attiré qu'il est, vers l'extrémité de la ligne, tout haletant, hors de lui.

PRINCIPES ET SErnETS 229

Si, à la fin de cette ligne, on trace un trait de cette forme

il s'arrête, ne pouvant franchir ce signe, et succombe épuisé. C'est alors que vous devez éparpiller la craie ou le charbon, effacer jusqu'aux dernières traces, si vous ne voulez être témoin d'un drame.

Si, au lieu de tirer une ligne droite, vous en faites une sinueuse, le magnétisé suivra les accidents du tracé, sans en éviter un seul ; les phénomènes seront les mêmes.

Si, ayant tiré une ligne droite, vous forcez l'être à rester à son origine, au bout de quelques instants sa vie semble s'écouler sur la ligne et y rester en puissance ; bientôt il s'évanouit, il est comme mort, son pouls ne bat plus : il faut alors le porter, sans perdre de temps, à l'autre extrémité de la ligne, et l'y tenir fixé. La vie revient de nouveau l'animer. Il sentit, c'est l'aveu de tous les expérimentés, comme les approches de la mort. Il éprouva des tintements d'oreille, une sorte de vertige; enfin une sueur glacée couvrit tout son corps.

Nous avons publié quelques-uns de ces faits ; ils n'ont point trop fixé Tattention, et nous en sommes ravi, il n'était peut-être pas encore temps de les rendre publics ; néanmoins nous osâmes les produire devant une nombreuse assemblée. L'expérience des deux chemins de la vie, publiée d'abord dans le Journal du Magnétisme,

aurait dû ouvrir les yeux de tous. Mais il est des gens qui voient sans voir. Quelques-uns cependant se montrèrent effrayés : ils venaient d'assister à un drame terrible ; après avoir sangloté, ils oublièrent ce qu'ils avaient vu.

Quelquefois un cercle ou une ligne attire plusieurs personnes ensemble : c'est alors une complication de phénomènes propres à stupéfier votre esprit. 11 faut donc une certaine force d'âme pour ne point se laisser égarer ; et, je l'avoue sans honte, je reculai bien souvent, lorsque ces démonstrations agirent sur mon propre entendement. C'était pourtant le moment pour moi de découvrir, et de découvrir par mes sens ; mais il est des choses qui cessent d'être innocentes devenant un danger. Comme ici le chemin n'est point tracé, il me semble qu'un fou seul pourrait risquer quelques-unes de ces entreprises.

Qu'est-ce que tout ceci ? — Un rêve, non. — C'est une puissante réalité qui a sa raison d'être, comme tout ce qui se produit dans ce monde.

Appelle à ton secours ce que, dans son ignorance, la science fournira, l'imagination. Mais quelle est-elle donc, cette imagination qui a tant de puissance ? El si elle produit tout ceci, pourquoi ne pas l'examiner? Car elle est alors plus forte que la vie : c'est elle qui gouverne tout ; c'est elle aussi, n'est-ce pas, qui me donne le pouvoir d'agir sur l'homme endormi, sur les animaux dans l'état de sommeil ! — Non. De même que le fluide électrique parcourant une ligne de métal donne des secousses à ceux qui s'opposent à son passage direct, sans que l'imagination soit en rien cause des phénomènes ; de même aussi cet agent inconnu que Ton

nomme magnétisme a sa loi : cherche-la, toi qui aimes la vérité ; mais ne nie pas, car ce serait une preuve de flagrante imbécillité.

Voilà comment j'ai surpris à la nature tin de ses puissants secrets I Je ne crains point, en le publiant, d'y attacher ma vie ; car, s'il me fût resté un seul doute, je n'aurais point parlé. Ces faits, d'ailleurs, ne se discutent point : on les voit, on les produit, on admire et on cherche à découvrir davantage, lorsqu'on est prudent et que l'on a de la pénétration.

Avançons donc hardiment, mais doucement, lentement, afin de bien observer. Et vous tous, ayez la même réserve, rappélez-vous toujours que vous agissez sur des êtres qui ne sont point les esclaves de vos volontés ; ne vous préparez point un remords. Il faut que la science nous arrive sans faire couler des larmes. Laissez dire les sots et les niais, vous n'avez rien à apprendre de leurs discours : des cruches vides ne peuvent donner aucune liqueur ; éloignez-vous de celles qui sont pleines de fiel ou de lie. C'est ainsi que, devenant amant de la vérité, vous approcherez du jour de l'initiation.

Préparations du miroir

Ce n'est point dans cette glace au revers métallique et qui réfléchit si bien les moindres traits, que l'âme va percevoir les invisibles ; ce n'est point non plus dans cette eau limpide renfermée dans un cristal transparent comme la lumière du jour, où l'esprit pénétrera pour y chercher des formes inconnues. Tout ce que nos yeux voient n'est pas ce que l'âme va découvrir. Vous croyez

que cette vision nouvelle a quelque ressemblance avec celle dont nous jouissons tous et qui ne peut jamais rendre que ce qui est dans notre rayon? Détrompezvous. — De même que dans les songes nos yeux ne servent point, de même aussi, dans ces enchantements magiques, les yeux sont inutiles, et cependant Ton voit.

Vous n'avez point réfléchi à ce fait, que déjà, dans le somnambulisme lucide, les yeux sont inactifs ; que les objets perçus arrivent à nous par une voie moins matérielle ? Ce n'est donc ni voir ni sentir, et, je l'ai dit ailleurs, les magnétisés ne perçoivent point comme nous : ils ont la conscience et la connaissance de ce qui est. Voilà la cause des erreurs de leurs magnétiseurs, et voilà pourquoi encore ceci ou cela, qui n'est point à la portée des yeux et qui blesserait leur vue dans Tétat ordinaire, n'est point aperçu. — Qu'importe qu'ils jouent aux cartes et fassent cent choses plus singulières encore ! S'ils ne trichent pas au jeu, leurs yeux ne sont point de la partie.

Les affections graves développent parfois la vue intérieure; c'est alors que Tépigastre, la nuque ou d'autres parties fonctionnent comme le feraient les yeux, et les objets sont perçus avec une grande netteté. Il semble que tous les sens aient été créés pour servir de sentinelles à l'àme : ils lui apportent à chaque instant leur tribut d'observations ; mais, lorsque l'âme le veut, elle peut se passer de leur concours, elle rectifie d'elle-même les erreurs commises. Dans ces grands mouvements, les portes de son palais sont ouvertes ; elle en sort radieuse et pleine de majesté ; et comme si la vie avait abandonné la chair, les sens alors ne fonctionnent plus.

Pourquoi donc devons-nous pour voir sa clarté, user d'enchantements? — C'est que notre volonté seule serait impuissante : Il faut employer les ressources d'un agent qui l'agite et la blesse. Comme le feu qui se réfléchit à travers nos paupières nous éveille soudain, il faut un élément qui aille jusqu'à elle et la tire d'abord de son repos. Mais quel est-il? ou prendre cet agent? En nous mêmes : il s'agit seulement de l'y trouver et de savoir le mettre en œuvre. Je l'ai cherché souvent, sachant bien sa demeure ; mais j'étais maladroit et n'obtenais rien d'abord de toutes mes recherches.

Je m'efforce sans cesse de me faire comprendre, la chose n'est pas aisée ; j'espère néanmoins me rendre intelligible. Dans cet ouvrage, j'ai enchaîné les faits de telle sorte qu'on ne puisse rompre un seul anneau sans détruire l'édifice entier. Qui n'aura point compris jusqu'ici court risque de laisser échapper ce qu'il est difficile de rendre par des mots.

Qu'ai-je fait en traçant un cercle ou une ligne ? J'ai déposé la substance morte et l'ai en même temps animée par des rayons de vie, comme l'eût fait la chaleur du feu vulgaire. Sans rien changer en apparènca, cette substance a acquis pourtant une vertu singulière. Rappelez-vous les objets magnétisés, qui, ne pouvant rien par eux-mêmes, ont à l'instant des propriétés merveilleuses. C'est que déjà l'âme a concouru à vos actes, et vous n'y avez point fait attention.

Augmentez ce foyer de lumière incomparable, étendez-en les rayons sur une surface plus grande, multipliez-en les jets comme vous le feriez pour l'électricité, si vous vouliez charger une bouteille de Leyde avec le fluide que vous fournirait une machine. Vous ne ver-

riez rien vous-même, votre travail sera douteux ; mais ce n*est pas de cela qu'il importe, il s'agit seulement d*essayer. Ne croyez point réussir pourtant, si votre ftme reste froide comme vos mains ; vous ne m*auriez alors pas compris.

Tout doit être précédé d'une opération dans votre propre entendement. Une cloche ne rend aucun son, rien ne vibre en elle si on ne la frappe ; une éponge ne rend Teau contenue dans ses alvéoles qu'autant qu'on la presse. Examinez ce qui se passe dans la colère concentrée où Thomme, tout près d'éclaler et d'entrer en fureur, ne laisse parfois rien paraître à sa surface : il brûle, il gèle, il tremble ; tout est en tumulte dans ses organes, les forces viennent se promener jusqu'à la peau, tandis que le cœur, comme un tambour, bat la charge à coups redoublés. C'est alors que tout est prêt et que le caractère soulève déjà Técorce de la terre humaine, comme s'il allait épancher sa lave et ses tourbillons de soufre.

Eh bien ! il faut pour réussir au-delà de vos désirs, qu'il y ait en vous lin feu qui s'allume et brille sans qu'on le voie, et que, comme pour un des actes essentiels de la reproduclion, ce soit de votre cerveau que coule le véhicule, et non pas d'un autre organe.

Croyez-vous que la pythonisse, sur son trépied prophétique, avait l'âme tranquille? — Non, vous connaissez ses fureurs et ses emportements : elle voyait alors. Mais, si son intellect s'était porté sur une surface préparée^ il y eût attiré Tâme des assistants, et tous eussent pu voir des scènes différentes. Peut-être les prêtres ne le voulurent'ils point, bien que sachant ce que pouvait la nature. Par tout ceci je vous amène à comprendre

ce que le raisonnement ne saurait démontrer, j'éveille chez vous un sens spirituel qui dépasse la raison : et ne le faut-il pas, puisqu'il s'agit de choses inconnues? Il m'en coûte d'entrer dans ces détails, car ils cachent un grand mystère, et mon cœur bat à la pensée que je puis être compris.

Vous tracez donc un disque de sept à huit centimètres de diamètre, avec un morceau de charbon bien friable.

Qu'il soit inégal ou parfait dans sa forme, cela importe peu ; mais qu'il soit bien terne, bien noir. Songez qu'en le formant vos doigts ne doivent pas agir comme une mécanique seulement : le feu doit en découler sans relâche, et cela sans être distrait. Trois minutes, suffisent pour cette première opération.

Voyez cette eai dormante que le soleil échauffe, elle va exhaler bientôt des miasmes délétères et qui pourraient vous tuer ! Voyez cette terre que la pioche remue, elle peut donner à l'air un poison très subtil, ou, du fond de son sein, cette terre empestée peut envoyer la peste. Le médecin ne voit rien, ne sait rien ; il pressent quelquefois : les sens d'un laboureur valent beaucoup mieux que sa science.

Mortel, si lu t'en rapportes à tes yeux, tu ne verras toujours que la plus petite partie des choses. Sais-tu que, près de quitter son enveloppe, notre âme est quelquefois voyageuse et qu'elle peut avertir au loin les gens que nous avons aimés, leur dire tous nos dangers et lès secousses qu'éprouve le corps? La voyons-nous venir, cette âme qui, dans la nuit, émeut notre entendement, qui, dans notre sommeil, fait naître des images? — Laisse donc tes savants à leur école, et ne va point les

consulter sur les choses occultes ! ils ont un baromètre pour marquer le beau temps et la pluie : en fait de secrets de la nature, c'est à peu près tout ce qu'ils en connaissent.

Le miroir ainsi préparé, rien ne s'y voit encore, mais une force réelle s'y développe subitement. Cette forcené soulèverait pas un fétu de paille : elle renversera, tor- ^///^ra Tètre humain, Tondulera comme un drapeau flottant agité par la bise, sans qu'il puisse échapper aux liens qui le retiennent. Bientôt, dans une sorte de fureur et de rage, avant de s'évanouir, il frappera du pied le disque enchanté.

Pouvoir de Tâme, tu te révèles enfin ! c'est bien toi ! nul n'oserait dire que tu n'es qu'un mensonge. Mais tu fais naître des terreurs et des craintes dans les esprits. Comment désormais te gouvernerons -nous, si tu n'obéis plus à nos pensées et te joues de nos commandements?

Est-ce qu'un être tout spirituel pourrait le faire ainsi ? — Les anciens alchimistes le pensaient, et sans admettre entièrement leur croyance, j'ai senti en moi le vide qui s'y était fait, une faiblesse enfin qui n'avait rien de commun avec tout ce que peuvent produire les autres actes de la vie.

Arrêtons-nous un peu, laissons méditer le lecteur sur nos idées : qu'il soit attentif; nous approchons du but, nous touchons ce qui est invisible encore, mais ce qu'un jour les yeux humains verront.

Visions On doit excuser les croyances passées de ces longs

siècles d'ignorance où l'on voyait les hommes avides de connaître aller jusqu'aux enfers interroger les dieux. Ils appelaient à leur aide Satan et son cortège ; n'en recevant rien, il s'adressaient au ciel, comprenant enfin que pour obtenir il ne suffisait pas de vouloir, mais que c'était seulement dans les grandes secousses de l'âme qu'une inspiration soudaine pouvait tout révéler. Ainsi qu'au milieu des éléments en fureur et dans la sombre nuit on aperçoit la foudre venant tout éclairer, de même l'âme laisse entrevoir,*à travers le voile qui environne la terre, le séjour de l'immortalité.

La science fut longtemps un crime, tandis que l'ignorance était une vertu ; et comme Dieu fit l'âme toute savante, elle enfreignait souvent d'elle-même la loi : prisonnière, elle voulait revoir le jour; mais des bourreaux l'attendaient à la porte de sa prison, et la prenaient pour un malin esprit, ils lui jetaient de l'eau bénite en lui disant: Vade rétro, Salarias,

Tirons le rideau sur ces époques barbares et brûlantes. Oui, Dieu a rejeté cette race impie, car il St l'homme libre, plaça devant s<is yeux ses ouvrages afin qu'il les examinât ; il fit plus encore, il lui donna le désir de connaître le mystère de sa création, afin qu'il pût remonter jusqu'à lui-même pour le bénir et l'adorer. Je n'ai donc fait qu'obéir moi-même à un instinct divin. M'en ferait-on un crime? J'ai parfois lieu de le craindre, tant l'ignorance est profonde encore et tant la vérité a de puissants ennemis.

Nous avons, il y a un instant, laissé à eux-mêmes, près du miroir magique, ceux qui y furent attirés. Est-ce un pur délire de leur esprit, et leur âme seulement troublée n'a-t-elle été en proie qu'à des illusions ? C'est

vainement que je voudrais croire. D'abord l'ombre se mêle à la lumière, des images vraies et fausses passeot . devant lui : c'est l'histoire réelle du temps passé qu'on y peut lire; c'est l'avenir qui glace d'épouvante;

puis la vue se trouble, l'âme est toute vacillante, elle désire prendre son essor, car elle croit apercevoir les immortels. Réduits à n'apprendre que par degrés, ne laissez pas plus longtemps l'âme libre ; secouez l'être, agitez tout son corps, saisissez-vous de lui, il en est temps encore ; puis efTacez jusqu'aux derniers vestiges de la plaque mystérieuse, pour qu'il ne puisse y venir continuer sa vision.

Voilà la limite extrême qu'il n'est pas permis de francbir. un fou seul l'oserait, et il s'en trouvera, n'en doutez point; mais tous auront à se repentir de leur témérité.

Nous savions où était l'erreur de ceux qui cherchaient la magie et pourquoi ils n'obtenaient rien de leurs tra-

vaux. C'est que tout se produit par des forces, la nature même n'a pas le choix des moyens, elle suit une invariable loi. Quand Jésus disait : « Quelqu'un m'a touché \ car j'ai senti une vertu qui sortait de moi, » ne constatait-il pas que sa vertu était une force ? Ses miracles en étaient le produit.

Nous le disons sans crainte : ici est la route, il s'agit seulement d'y marcher. Comment ? En suivant les règles prescrites dans cet écrit. Chercher ailleurs un agent aussi puissant, ayant même vertu, ce serait imiter les alchimistes, qui croyaient changer les lois de la nature au gré de leurs caprices. N'est-ce point un des secrets des anciennes initiations que nous venons de dévoiler ? On concevra maintenant les rigoureuses épreuves que durent subir ceux qui voulaient savoir. Ne devait-on pas s'assurer de la force de leur âme avant de déposer en leurs mains un des rayons du feu saisi par Prométhéé ?

J'écoutai quelquefois des contes de sorciers ; toutes ces histoires me paraissaient mensongères, et je vais peutêtre moi-même être rangé dans cette classe de trompeurs. Les hommes avancés dans le magnétisme verront bien que je suis sincère, et dussé-je même à leurs yeux, passer pour un rêveur, j'en serais médiocrement affligé.

Hommes faibles et pulsillanimes, éloignez-vous I Vous qui tremblez au moindre vent qui agite la feuille, que feriez-vous ici, en présence de la sombre terreur d'un voyant lorsqu'il aperçoit la brièveté de sa vie, tout ce qu'il fit pour en abréger encore la durée et tout ce qu'il fera pour la rendre misérable ? Gens timorés, livrés à de petites pratiques, suivez vos docteurs, ils entretiendront

240 LA MA(;iË IIÉVOILÉI::

dans vos esprits une erreur salutaire : que feriez-vous (le la vérité ? elle vous écraserait de son poids, car elle est lourde à porter. Le savoir est une lampe qui brûle en nous et qui s'entretient par notre propre substance, si nous ne savons lui donner Taliment nécessaire. Tout en vivant, oubliez que vous vivez. N'est-ce pas le sort de la généralité des êtres? Mieux vaut peut-;être mourir dans Toubli que d'occuper la renommée ; mais est-on toujours maître de choisir son sort?

Avant ces expériences, je mettais des bornes au magnétisme ; je vois clairement aujourd'hui qu'il est le lien nécessaire entre l'àme et la matière, Tagent de transmission de Tun à Tautre. Il meut Tâme et donne au corps des impulsions, il n'est donc ni Tâme ni la matière, et doit se dissiper pour rendre à l'électricité l'emprunt qu'il lui a fait, et à la nature tout entière ce qu'elle lui a donné de plus pur et de plus parfait. Il sert à dégager l'âme des étreintes de la chair par un double mouvement ; il accompagne le principe immortel dans ses migrations, il est son cortège obligé jusqu'au moment où Dieu rappelle à lui cette céleste flamme. Mais longtemps encore il garde la matière, il s'attache au corps et cherche à le préserver des atteintes qu'il doit subir. Il sert son analogue et lui prête son concours : c'est ainsi qu'en magnétisant un mort on croit saisir un reste de vie, car on aperçoit des mouvements très sensibles, parfois même on espère. Hélas ! tous deux ne peuvent rien sans l'alliance d'un troisième ; mais il manque à l'appel. C'est assez déjà pour être convaincu que dans quelques cas on peut opérer une résurrection réelle, faire revenir à la vie, non par miracle, mais par fait naturel. Un jour viendra où.

dans les cas qui laissent quelque doute, le magnétisitie sera la pierre de touche employée, le seul moyen peutêtre de renouer ce qui s'est dénoué, et de rappeler, par un dernier et suprême effort, Tâme aux besoins du corps.

Le deuil aujourd'hui s'explique, la douleur est légitime, car un vague pressentiment semble nous avertir que l'ignorance retranche à chaque créature une part de jours. La mort qui arrive à son terme doit nous trouver presque joyeux, ou tout au moins résignés : n'estelle pas la fin prévue, un bien au lieu d'être un mal ? Les anciens ne terminaient-ils pas leurs funérailles par des festins ? C'est qu'en effet l'âme se dégage de la matière, la mort lui enlève son fardeau, elle remonte vers Dieu. Pourquoi pleurer dans ce cas? N'est-ce point un blasphème, puisque c'est une loi que Dieu fit dans sa sagesse et contre laquelle nous ne pouvons rien ?

Oui, pleurez, vous tous que la science et la croyance abandonnent; livrés pieds et poings liés à l'ignorance, elle lève sur vous plus d'une dîme. Vous êtes tellement aveugles que vous payerez sans vous plaindre et sans examiner en rien sur quoi est fondé ce tribut affreux. Pleurez, car chacun de vous voit disparaître sa compagne ou son fils, bien que l'aiguille du fatal cadran n'eût point marqué son heure. Et moi, me confondant dans vos chagrins et dans vos peines, je pleurerai de mon impuissance à faire prévaloir la vérité.

Hommes profonds des écoles, ne saisirez-vous point, au milieu des traits de vérité qui se trouvent dans cet écrit, ce qui peut donner à votre, génie l'essor dont il a besoin pour sortir d'un domaine déjà tant exploré et où il ne se trouve plus rien? Saurez-vous reconnaître une vérité mal habillée, et lui donner un vêtement plus con-

forme ? Ne tenez aucun compte du style de cet écrit, de rignorance des termes qui s'y dévoile, mais prenez ce qui vient de la nature. Que le mot de magie n'effraye point vos esprits. Pour peindre des effets supérieurs, j'ai pris celui-ci, n'en ayanl point d'autres. Lorsque je vous vois tous sur certains points seulement, ignorants comme les autres hommes, je me dis en pensée : S'ils voulaient, ils domineraient leur siècle et rénoveraient les sciences. Faire un pas vers nous et prendre ce que cent fois nous avons voulu leur donner, est-ce donc une œuvre impossible ?

Cette digression fait ombre au tableau que j'offre à la vue ; c'est une réalité matérielle et pénible à côté d'une vérité psychique et consolante. Montrons celle-ci radieuse, saisissons Tàme illuminant les corps et leur donnant cette transparence diaphane ; voyons ce qu'ils renferment. Par le feu, je vais de ce métal froid changer les conditions : ils deviendra liquide et comme transparent, les molécules qui le composent seront désunies, il ne sera plus semblable à lui-même. Le corps humain va subir presque la même transformation lorsqu'il sera soumis à l'action de ce feu que la nature me livre, L'âme sera forcée de se montrer, car j'aurai désuni les fibres qui la retienent et rendu transparents tous les tissus. On la verra, et elle verra elle-même à travers son enveloppe. Si ce n'est de la magie, que Ton me dise ce que c'est ; mais que l'on ne nie point, cur ce serait, selon moi, mettre en doute la clarté du jour.

Préparation Débarrasse-toi d'abord du rire si commun à l'igno-

rance et à la sottise humaines, mets de côté tes préjugés, quels quils soient^ car ils sont compagnons de la faiblesse, ils obscurcissent l'entendement et empêchent tout recueillement et toute méditation de l'esprit. Sois ferme et résolu, tu auras besoin tout à l'heure de tout ton courage et d'une prudente fermeté.

Eloigne, comme pouvant te troubler, les êtres trop accessibles à la crainte et ceux peu disposés à attendre la fin d'une épreuve qui commence par des cris ou un sombre désespoir ; ne conserve que les plus résolus, instruis-les de ton projet et du but que tu veux atteindre. Prends alors trois ou quatre personnes, hommes ou femmes, jeunes s'il se peut — ne crois pas cependant que le vieillard ne puisse fléchir sous le charme, mais il y a à redouter ici les rudes secousses que son corps peut-être ne pourrait supporter. — 11 n'y a pas de nécessité que ces personnes croient au magnétisme ou à la magie, le mieux serait leur ignorance à ce sujet.

Choisis un lieu assez spacieux pour que tous les mouvements du corps, les déplacements rapides, comme ceux qu'exige une fuite précipitée, puissent se faire sans rencontrer d'obstacles. Mieux vaudrait un chemin, une pelouse à l'air libre qu'un appartement. Plusieurs fois j'ai fait cette expérience à la campagne et en plein soleil, elle m'a parfaitement réussi.

Cercle et miroir visibles

Trace un cercle de quatre ou cinq pieds de diamètre, en ne faisant aucun intervalle dans la ligne ; qu'il soit fait d'un seul jet^ lentement et d'une manière réfléchie, afin de donner le temps à la puissance nerveuse de

s'écouler de les organes ; car c'est elle qui doit servir de premier lien.

Ceci fait, trace dans le centre du grand cercle un autre petit cercle de la grandeur d'une assiette, avec les mêmes précautions que ci-dessus ; prends dans ta main droite de la terre ou du charbon écrasé, ou même de la craie, peu importe — je préfère pourtant ce qui a une couleur foncée. — Tiens dans ta main, pendant quelques instants, cette poussière, et imprime à tout ton être une sorte de vibration qui ne saurait être comparable qu'à celle que l'on considère, sans la comprendre, chez l'animal, au moment où il cherche à se débarrasser du superflu de son électricité. Dépose alors cette poussière au centre du petit cercle ; passe ta main plusieurs fois à quelques lignes de cette surface ; promène les doigts dans celte poussière afin de Télendre et de la rendre unie. "

Retire-toi alors et fais franchir le premier cercle, sans le briser, à la personne qui désire se soumettre à l'expérimentation. Engage-la à regarder fixement le petit cercle, et regarde le toi-même, sans cesser de porter ton attention sur elle. Au moindre frémissement nerveux qu*elle éprouvera, tiens-toi sur tes gardes, pour être prêt à la soutenir, à l'encourager et à la tranquilliser, tout en lui laissant la liberté de ses mouvements, que tu dois seulement seconder. Attends alors qu'elle parle, recueille ses paroles, interroge-la même ; mais, si elle tombe, ce qui arrive presque toujours, brise les deux cercles avec les pieds ou les mains, si tu ne veux voir la mort de trop près.

Trois à cinq minutes suffisent, Topéralion commence et Ton voit les signes précurseurs de la crise ; je n'ai

pas d'autre expression pour dépeindre Tétat de Texpérimenté. Si la première personne soumise à cette épreuve n'éprouve rien, prends-en de suite une autre. Si tu as bien conduit ton opération, il n'en faut pas davantage pour te donner une image réelle et vivante de la vraie magie.

Rendre les émotions que Ton éprouve serait impossible, raconter ce qui a lieu exigerait des mots nouveaux, et les eût-on, ils ne seraient point compris.

Je ne crois pas que Dieu ait parlé aux bommes dans une autre langue que celle dont se sert la nature pour nous instruire. Celle-ci parle à nos sens, Dieu à notre entendement. Admettre que Dieu ait une bouche, qu'il articule des sons, m'a toujours paru une erreur ou une grande fourberie. Les hommes qui entendent des voix au timbre humain sont bien près de la folie, et je place dans la même catégorie les révélateurs, les crisiatiques, les inspirés, tous ceux qui font parler Dieu. On emploie cette métaphore bien souvent, mais le vulgaire lui donne un sens qu'elle n'a point. Toute révélation qui nous est faite vient de Dieu sans doute, et nous traduisons nos sentiments par cette phrase : Dieu nous a parlé ! Dieu s'est fait entendre ! car nous manquons de mots précis pour traduire nos pensées. L'oreille n'a jamais ouï un son de voix divine; c'est notre âme qui, dans la veille, exaltée comme dans la profondeur du sommeil, formule tout un langage. Plusieurs interlocuteurs peuvent être distinctement entendus par elle ; elle recueille alors sa propre semence, et se plaît à ce jeu magique.

Dans les visions, et lorsque nous avons placé un être à l'entrée du monde invisible, son corps est comme une

246 I.A MAGIE DEVOILEE

lyre exposée au vent et dont les cordes vibrent. Mais ici, au lieu dêtre des ondes sonores, ce sont les esprits ambiants qui touchent les cordes de Tâme. Celles-ci résonnent sans bruit, Tâme entend, comprend, saisit, perçoit. Mais comme, pour rendre ses impressions, elle est obligée de se servir d'organes, nous ne saisissons pas toujours ce mécanisme merveilleux, et de là nos erreurs. Dans la magie, c'est bien autre chose ; les sens peuvent conserver leur activité, quelquefois même celleci est augmentée. Ce qui apparaît alors ayant souvent des formes, non seulement Texpérimenté peut voir et saisir à la manière de tout le monde, mais encore, dans certains cas, tous les spectateurs peuvent percevoir comme lui. Ceci est la plus haute expression de Topération magique et la plus grande preuve que Ton puisse donner de son existence . Supposons pour un instant que le hasard place entre mes mains un de ces hommes dont la vie est inscrite dans le livre du destin et qui doit mourir de mort tragique ; le mettant pour un instant dans la situation où il peut voir les événements qui l'attendent, celui qui doit l'assassiner ou l'empoisonner se présentera à sa vuo, il le reconnaîtra parfaitement si déjà il a eu quelques relations avec lui. Dans le cas contraire, il pourra donner un signalement exact de ce personnage, car celui-ci accomplira le simulacre parfait de la chose à venir. Il verra les vêtements dont cet homme est couvert et la forme de l'instrument dont il doit se servir. S'il doit succomber, il rendra compte de ses propres funérailles, des regrets sincères ou simulés de ses propres amis. Ce ne sera qu'un rêve ! dira- 1 on. — Je vous plains de penser ainsi, car souvent la nature seule a produit en nous cette même magie, comme si

elle eût voulu nous avertir. Ne tenant aucun compte de cette révélation, ceux qui en furent favorisés n'en continuèrent pas moins de marcher vers le précipice.

Mais alors, pourquoi pénétrer Tavenir si nous ne pouvons échapper au destin? — C'est mal raisonner; ce n'est au contraire que par cette lumière qu'il est possible de s'y soustraire. Si Jeanne d'Arc n'eût pas tout à coup forcé un seigneur de la cour à changer de place sur l'heure, il était tué raide, car celui qui vint l'occuper y perdit à l'instant la vie.

Tout en nous n'est qu'ignorance et témérité, et je vais révolter la haute raison de nos grands hommes. Qu'importe ! Cependant tous croient aux pressentiments. Qu'est-ce donc? si ce n'est déjà un commencement d'avertissement, une vue intérieure, comme si Dieu voulait nous dire : Ecoute, et cherche à comprendre : regarde et vois.

Par art magique, ces choses sont donc rendues sensibles, puisqu'on fait éclore des germes, que ces germes prennent forme, se dessinent, et que notre âme à l'instant les saisit.

Je disais que des êtres se font voir, non en chair, non en os, ni en images; ce n'est point cela ; c'est quelque chose d'inexprimable encore. Figurez- vous un duplicata, un exemplaire des êtres qui ne sont plus, des formes impalpables, insaisissables et pourtant très réelles ; figurez-vous voir une ombre se détacher de nous, agissant dès lors seule, qui va, vient, comme si un souffle de vie l'animait et comme si elle avait un reflet de l'âme. Vous serez près de la vérité. On peut saisir ce je ne sais quoi qui vient par un appel mystérieux, par un enchantement, et qui s'évanouit de même. Ici ce

n'est point la force mixte dont nous avons parlé, ayant puissance même sur celui qui en fut le créateur et le père ; c'est quelque chose de plus doux, de plus tranquille, une sorte de réflexion spirituelle de la corporéité des êtres.

On conçoit Timpossibilité de voir à la grande lumière ces phénofnènes merveilleux. Autant celle-ci est nécessaire pour Tétude des phénomènes tout physiques du magnétisme et même des phénomènes magiques qui ressortent du miroir et des lignes, autant elle efface ce qui est comme vaporeux et ne peut être vu qu'au milieu des teintes d'une semi-clarté. Une lumière douce et tranquille permet cependant de voir et de distinguer ce qui se présente aux regards, ♦ît ne peut effacer l'ombre que projette cette sorte de spectre qui se réfléchit à son tour, comme s'il avait quelque chose de la solidité des corps. Cependant il n'en est rien. Si, au lieu de la scène d'un diorama où les personnes viennent successivement se placer à des endroits déterminés et y restent parfaitement immobiles, vous aviez des ombres actives, remuantes, changeant de place et laissant voir à l'œil du spectateur tous les sentiments qui les animent, vous approcheriez de la vérité matérielle. Là est un effet d'optique ou de combinaison de peintures et de lumières, ici une scène de tombeaux, de sépulcres ouverts et de revenants. Et comme si ce n'était point assez pour surprendre et anéantir la raison, on participe bientôt à cette scène qui n'est point imaginaire, et on doute si Ton vit soi-même, si Ton n'est point ombre, tant on demeure saisi et terrifié.

L'ombre de Samuel évoquée prouve que la magicienne, par ses charmes, exerçait un pouvoir sur les âmes des

morts. Si Ton consulte l'histoire des temps les plus reculés, on trouve que dans toutes les croyances comme dans toutes les religions ces faits étaient admis. Je sens bien que Ton aura de la peine à me comprendre et à me suivre, aussi je me hâte de terminer cet aperçu ; je pourrais moi-même m'égarer, car je marche dans la nuit encore. J'indique, je signale, il ne m'est pas donné de faire plus . Quant aux hommes qui en savent davantage — s'il en est — qu'ils parlent, qu'ils se prononcent ; ils me tireront d'embarras. Je sais bien qu'il en exista ; ils allaient à la cour, et finissaient généralementpar être pendus : après avoir satisfait la curiosité des grands, effrayé qu'on était, on appelait le bourreau. C'est la science que l'on eût dû faire intervenir; mais les savants sur ces faits ne savaient rien, ne pouvaient rien, excepté dans l'antiquité pourtant. Quant aux pauvres novateurs, ils ne se préoccupaient point assez de la méchanceté des hommes et devançaient trop les temps.

A l'état sauvage, chez les gens qui n'ont aucune idée de nos croyances, les mêmes faits ont dû se présenter à l'observation, car ils croient à la réalité. des apparitions que nous venons de signaler. Les plus grands hommes de l'antiquité, et je pourrais dire les plus sages, les plus vertueux, admettaient non seulementces choses comme possibles, mais regardaient comme des êtres inférieurs ceux qui les mettaient en doute. Je dirai plus ici : ou le magnétisme n'est pas, ou ces phénomènes existent. Je vais m'expliquer. Qu'est qui donne au crisiaque la faculté de pénétrer à de grandes distances, et de voir ce quis'y passe ? Qu'est-ce qui le met en rapport avec des êtres éloignés, et lui permet d'annoncer, dans cer-

tains cas, avec grande certitude, leur état présent et les changements qu'ils doivent subir ? Qu'est-ce qui lui fait voir dans notre pensée ce qui même n'y est est qu*un germe ? N'ai-je- pas été témoin moi-même de choses plus merveilleuses encore ! — Oui, il y a en nous une intelligence supérieure à la matière, qui se lie avec ses semblables. — Qu'est-ce d'ailleuifs que cet état de sommeil magnétique lui-même, où Ton constate la mort de la chair et souvent l'exil momentané de l'âme? — Mais les magnétistes semblent ne rien voir et ne rien entendre. Un somnambule leur dit : J'aperçois un tel qui m'écrit, il me dit telle chose. Je ferai une chuiCy car je me vois tomber tel jour. Un tel ira en Italie, je l'aperçois à Florence ; — tandis que, bien tranquille chez lui, Têtre désigné n'a point de tels projets. Cet autre, officier du génie, révélant dans son sommeil qu'il doit être blessé d'une balle, dans une jambe qu'il désigne, donnant des détails sur celui qui tire sur lui. Et le tout se vérifie ponctuellement, plusieurs années après, dans la guerre d'Italie! Et cette autre personne encore, qui, attendant son fiancé et ne le voyant point venir, tombe d'elle-même dans ce sommeil et s'écrie : Ah ! courez tous, courez vite, je vois qu'on assassine M***, et désigne l'endroit où se commet le crime, et les assassins : ne se trompant sur aucun des détails de ce drame épouvantable dont elle est véritablement le témoin, drame qui a lieu à une grande distance. Si j'entrais dans plus de détails, on comprendrait alors qu'il pourrait bien exister autour de nous comme en nous-même un être mystérieux ayant puissance et forme, entrant et sortant à volonté, malgré les portes bien fermées. Est-ce que dans une goutte de

liqueur il ne se trouve point des êtres vivants ? — Je ne les y vois point, dira t-on. Le doute empêche-t-il qu'ils n'y soient véritablement, avec toutes les formes sous lesquelles ils doivent se manifester plus tard.

Je me sens accablé par toutes les objections qui pourront m'être faites, mais je ne puis être vaincu dans mon sentiment, car il ne vient point du raisonnement, mais des faits. La mort n'est qu'un mot vide de sens : rien ne s'anéantit, la matière de notre enveloppe, aussitôt désunie, reforme d'autres corps ; notre intelligence, notre âme elle-même, ce rien des savants^ revit d'une autre sorte, mais sans se désunir : elle erre dans l'espace, plus subtile que la lumière, traverse tous les corps, et les affecte en y passant. Je crois même que les êtres que Ton dit bien morts et dont on ensevelit le cadavre voient et entendent distinctement ce qui se fait et se dit autour d'eux. Ce n'est alors qu'une sorte de somnambulisme avancé, sans espoir de réveil en chair, mais ayant tout à l'heure l'espace pour demeure. Voilà pourquoi, on peut les retrouver, comment encore tous les peuples ont eu cette idée qu'ils les voyaient vaguer autour des tombeaux, et pourquoi nous-mêmes nous avons une sorte de crainte et de terreur en approchant du lieu où gisait tout à l'heure un cadavre ; pourquoi parfois le remords nous saisit, lorsque nos actions envers celui qui n'est plus méritent quelque reproche. Voilà pourquoi les lieux où l'on dépose les dépouilles humaines sont vénérés ! pourquoi, sur les champs de bataille où la mort a moissonné, on croit entendre encore les plaintes des mourants,^ et comment souvent notre sommeil est troublé par des songes qui ne laissent point de signification, mais agitent long-

temps nos âmes. C'est peut-être à tout ceci que l'homme doit de rester honnête, car un vague pressentiment semble lui dire : Abstiens-toi, tu ne te connais point ; tu n'es sur cette terre qu*un passager, ton royaume est ailleurs.

Et si j'interrogeais chaque esprit fort sur les circonstances les plus merveilleuses de sa vie, tous auraient des faits incompréhensibles à me raconter. Oui, un esprit de vie circule de Tun à l'autre ; il est en nous et forme une chaîne indissoluble, je ne crois point à son anéantissement. Le fer aimanté que je vois devant moi attire toutes les paillettes qui se trouvent dans son voisinage ; pourquoi ce que fait la matière serait-il impossible à Tesprit, à l'âme ? — Pourquoi l'âme ne pourrait-elle attirer les choses qui sont de son essence et les rendre sensibles à la vue, en les revêtant du manteau dont elle-même n'est point encore tout à fait dépouillée ; lorsque je vois surtout, par de simples opérations de magnétisme, la mienne s'emparer non seulement d'un corps humain^ mais astreindre l'âme qui est dans ce corps et les plier l'un et l'autre aux caprices de ma volonté ?

Tout raisonnement ici serait superflu : le fait est ou n'est pas ; c'est à voir et à considérer. L'examen se fera donc, mais gare aux esprits faibles : il faut ici une sorte de résolution, un caractère inaccessible à la crainte.

Tout ce qui agite l'âme, et donne la fièvre conseille mal et fait mal voir ; autant vaut, pour beaucoup de gens, rester dans l'ignorance ; la lumière pour eux serait peut-être un mal ; car lorsque le corps s'est moulé sur une âme faible, celle-ci, en se fortifiant, peut briser le moule.

principes et secrets 253

Cercle et miroir occultes

Si tu veux essayer de produire des faits de magie, ne choisis pas un de ces moments oii l'âme est enchaînée, où Tesprit n'est propre à rien, où une indolence, résultat du bien boire et du bien manger, laisse le corps à demi engourdi, ou bien encore l'instant où, préoccupé de tes affaires, ton cerveau sera en travail pour en chercher l'issue.

Il faut que tu sentes tout ton être vivant et rempli d'ardeur, que ta pensée, libre et dégagée, voie clairement les objets sur lesquels elle se porte, et enfin que tes sens soient tous en éveil.

Il faut, ne serait-ce que pendant un instant, qu'un feu circule en toi, qu'une sorte d'érection, qui n'a rien d'erotique, te permette de faire sortir de ton être une émission du cerveau ; il faut que ta main conduise cette essence animée, cet aimant vivant sur une surface choisie ; car il doit à l'instant même établir les, rapports spirituels, les attractions propres à sa nature. Ce n'est plus Torgane d'une femme qui reçoit ce rudiment ; il il est recueilli non comme le parfum des fleurs par l'air et les vents, mais par des éléments- plus purs et plus actifs que ceux que perçoivent nos sens.

Cette opération peut se faire sans que les êtres qui t'entourent en aient aucune connaissance : et ce fils de ton œuvre, que nul ne voit encore, fera reconnaître sa puissance, comme Hercule encore enfant faisait sentir la sienne. Il a des ailes au talon comme Mercure \ insaisissable il peut agiter qui lui plaît ; il peut fuir si un cercle tracé avec intention ne l'arrête; il peut tour-

ner sa force contre toi-même, annihiler ta propre puissance, te rendre son jouet, puis enfin s'enfuir, comme Fàme de la poitrine d'un mourant, sans indiquer la route qu'il va suivre.

On peut parfois enchaîner cet esprit dans un cristal, Vj tenir enfermé. C'est de là qu'il excite à la vision et. que, comme un messager, il va chercher les êtres, morts ou vifs, que vous lui demandez, et les contraint de paraître.

Les magnétistes ne se doutent point qu'ils font dans leurs opérations communes une partie de ces choses ; ils ne devinent pas le mécanisme secret qui seconde leurs désirs, et les rend féconds, et de tout ce qui se pas=^se dans corps du somnambule comme en dehors de lui et de son magnétiseur. Ils croient, en magnétisant, faire une opération simple et naturelle, une chose toute physique. Que les plus habiles s'étudient bien, peut-être comprendront-ils qu'ici la forme cache le fond, et qu'entre leurs mains est une clef qui peut ouvrir toutes les serrures,, serrures qui ferment tous les laboratoires où la nature opère. Dire plus clairement la vérité, la rendre plus sensible, dévoiler autrement et par d'autres paroles un secret, me parait impossible. Qu'on se pénétre entièrement des principes renfermés sous une légère enveloppe dans tout ce qui précède, et on réussira, je n'en doute nullement.

Domination du destin

Chaque être humain peut voir son avenir, et cela dans un instant ; mais ce tableau se déroule et passe si

vile (levant l'intelligence qu'elle n'en saisit que les principaux traits. Aucune écriture ne pourrait suivre la pensée, tant elle se montre rapide : le télégraphe électrique même serait impuissant à transcrire ce que conçoit l'esprit. Il reste quelques souvenirs dans la mémoire, mais ils sont faibles et s'évanouissent comme un songe léger. Les impressions paraissent cependant très violentes : la tourmente du corps, le son de la voix, le tiraillement des muscles de la face en sont des indices certaine. Toutes n'ont pas le même caractère : plusieurs sont douces et calmes, le visage exprime le bonheur. Hélas ? celles-ci sont les moins nombreuses et les moins durables. N'est ce pas ce qui doit arriver, et ne paraissons-nous pas tous voués au malheur et à la souffrance ? Quelques instants de joie sont les trêves accordées.

Ce qui reste de la voyance ou de la vision n'est point absolument perdu : on se rappelle, pendant les événements de la vie, que Ton a eu connaissance du fait qui s'accomplit ; on ne sait plus par quelle voie et par quels moyens ; on cherche à se rappeler. Vaines tentatives, tout se tait. La lampe mystérieuse qui s'était allumée en nous s'est éteinte, elle ne peut plus répandre de lumière. L^âme s'est promenée dans son domaine, a vu sa destinée, mais la fissure qui s'était faite au sépulcre vivant s'est refermée subitement la mort seule désormais pourra la rouvrir.

A quoi sert donc cette vue, cette préyision obtenue par un puissant effort, par une rude secousse imprimée à l'âme ? Arien d'abord ; car ceux qui pourraient recueillir les paroles prononcées, redire les choses vues, ne peuvent croire à ce qui leur paraît impossible, et ne font aucun cas des prédictions faites; et, lors même

qu'elles leur paraîtraient fondées, il ne resterait inculqué dans Têtre qu'elles intéressent, mais qui se trouve alors refroidi, que Timage des choses vues. Il y pourtant un moment pour cela, encore le cas est incertain : ce serait de graver les pensées, au moment du retour à Tétat naturel, par une forte impression du voutoir sur le cerveau. Mais ce que Ton peut faire sur le métal en fusion ne se peut peut-être ici. Et qui sait d'ailleurs si la vie n'en serait point tourmentée et rendue insupportable ? Je ne puis m'empêcher de le dire : une fatalité puissante, invincible, semble peser sur les humains ; il faut qu'ils suivent le sentier tracé, <ju'ils s'écorchent aux ronces et aux épines placées sur leur chemin. Quel en est le but, la fin ? Dieu seul peut nous rapprendre. L'homme aujourd'hui marche en aveugle, tandis que la lumière est en dedans de lui. Mais sa raison la repousse, la repoussera toujours. Ce n'est donc qu'en faisant un suprême effort sur eux-mêmes que quelques hommes parviennent à surmonter cette loi : ils brisent ainsi l'ouvrage de Dieu. Il faut bien qu'il n'en soit pas trop offensé, puisqu'il ne les foudroie point. — C'était là sans doute le grand œuvre, le point culminant de la philosophie. Pour y arriver, il fallait marcher au rebours delà vulgaire raison, et, développant sans cesse son intelligence, faire prédominer ainsi l'esprit sur la chair, agir sur elle en dominateur : la lampe mystérieuse venait éclairer par instants d'abord, puis, au dernier moment, sa clarté était si grande et si vive que l'on voyait Dieu.

Visions virginales

Irai-je de nouveau, fouillant tout le passé, rechercher un à un tous les faits de magie et de sorcellerie qu'a conservés Thistoire, pour offrir au lecteur ces exemples fameux d'un pouvoir disparu ? Ce recueil indigeste pourrait-il les convaincre et me justifier à leurs yeux d'avoir osé, dans un siècle éclairé, proclamer à la face de tous l'existence de la magie? — Non, ce n'est point ainsi que je prétends agir. Trop d'autres hommes, et bien plus érudits, ont fait ce travail, l'indifférence publique fut la récompense de leur œuvre laborieuse.

Qu'importe que Ton cite les anciens possesseurs d'une terre actuellement en friche! les riches moissons qu'elle offrit en récompense des soins qii'on lui donna l Ne vaut-il pas mieux prendre en main l'outil propre à la féconder, et montrer à tous qu'un utile ouvrier vaut mieux qu'un discoureur, qu'il fait plus, en un mot, car il offre aux regards ce que le sol fournit? 11 s'expose sans doute à se faire voler et doit craindre surtout cette foule de parents éloignés qui, voyant des champs couvers d'épis où il n y avait naguère que des ronces et des épines, voudraient rentrer en possession d'un bien que leur inintelligence ou leur paresse avait laissé déchoir.

11 me semble déjà qu'ils jettent un regard de convoitise sur mes travaux, ces héritiers douteux des seigneurs anciens ; mais, encore peu certains de Tutililé de mes efforts, ils craignent que, leur mettant en main la pioche, je ne leur dise : Hé ! mes amis, voilà la besogne presque terminée, continuez mon ouvrage ; si vous

258 I.A MAlilE DÉVOILÉE

réussissez, la moisson sera bonne. Un peu de votre sueur, beaucoup de vulre temps, puis semez tel jour, le soleil fera le reste. — Us craindraient, j'en suis sûr, d'accepter mon cadeau ; car, gens habiles et malins, ils préféreront attendre le jour où paraîtront les fruits. Allez ! tout est viager et de courte durée. Prenez ce qui est à votre convenance : jouissez heureux.

Je ne vais point vous parler en alchimiste, je serai clair. Ces philosophes vous auraient dit : Un et un font un ; puis, un et un font trois. Vous n'auriez su comprendre ; et cependant rien n'était plus exact que leur calcul, car deux êtres s'absorbant réciproquement s'identifient de telle sorte qu'ils finissent par ne plus former qu'un. Les mêmes unités peuvent, sans se réunir aussi étroitement, en former une troisième. Si vous êtes magnétiseur, il vous sera facile de comprendre ce raisonnement ; mais tel était le langage ancien que les initiés seuls pouvaient pénétrer le sens caché des écrits traitant de l'art occulte.

Secrets de l'âme et du cœur, pourquoi vous dérobiezvous ainsi à la curiosité des chercheurs ? pourquoi restiez-vous cachés à tous les yeux ? — C'est qu'il est des choses qui, semblables à la virginité, craignaient d'être profanées par le premier débauché venu, par le premier ivrogne. Et ne sont-ils point de mène, tous ces hommes vils et trompeurs, ennemis du bien et de la vertu, qui ne recherchent la vérité que pour la salir et la corrompre par le souffle impur de leur haleine ! Vierge sainte et sacrée, tu vas bientôt subir les caresses de ces amants indignes ; ils te demanderont tes plus secrètes faveurs, et, si tu les leur refuses, après la menace viendra l'outrage. Voilà ce que craignaient les

anciens, voilà pourquoi ils ne t'exposaient point aux regards des passants et cachaient avec soin le miroir qui refllte tes beautés. Ils choisissaient souvent des enfants en bas âge, parce que le vice ne leur avait point encore terni la vue, émoussé les autres sens ; ils les préféraient aux adultes pour ces divines opérations où se découvre ce que Ton cherche ; où le larron apparaît lorsqu'on demande sa venue ; où l'objet perdu, enfoui, se montre ; où l'assassin couvert du sang de sa victime est obligé de paraître ; où tout prévaricateur voit ses actes dévoilés, sans qu'aucun témoin ait besoin d'être appelé pour mettre sur la voie des artifices employés pour la perpétration des crimes.

On conçoit maintenant pourquoi un tel secret, une telle vérité fut celée si longtemps. Aujourd'hui même, malheur à celui qui lèvera ce voile mystérieux devant tous ! Car dans chacun il y a des choses vilaines à voir, quoique étant souvent couvertes par le voile de l'oubli ! On conçoit aussi l'anathème lancé sur les devins d'autrefois par les hommes puissants du sacerdoce, par les grands, par les chefs des Étals. Tous ceux-ci, en effet, comme les plus misérables, avaient des secrets à cacher. Voilà pourquoi on crucifiait, on brûlait tant de gens innocents. Comme si le sang versé devait un jour empêcher la justice divine d'avoir son cours ! comme si la mort devait renfermer dans Téternité du silence ce que la conscience avait condamné !

Laissez le monde aller vers ses fins dernières ; gardez pour vous les élans de votre âme ! que ce trésor de vérités nouvelles reste caché au vulgaire : la clef n'en doit être confiée qu'aux gens éprouvés. Les vérités

morales ne se vendent point au poids de l'or, elles se donnent aux plus dignes. 11 ne faut pas descendre au rôle de ces Egyptiens qui, charmeurs de serpents sur les places pu^bliques, réclament de vous un salaire pour la surprise ou la terreur qu'ils vous ont causée, ou de ces fakirs indiens qui se font enterrer vivants, et, sortis de leurs tombeaux à plusieurs mois d'intervalle, mettent un prix à ce miracle que la magie explique maintenant. C'est l'abaissement, la dégradation, et il ne faut, dans cet ordre de faits, que quelques hommes pour avilir toute une nation. Le trafic ne doit jamais être toléré dans les choses divines.

>Je vous étonnez plus, lecteurs, si cet ouvrage ne ressemble à aucun autre ! Ce qui vous parait ici comme un alliage superflu est précisément le lien qui unit tous les matériaux ; c'est afin que vous puissiez comprendre des idées imparfaites dans leur développement, des faits de diverses sortes qui ne peuvent passer en nous autrement ; c'est enfin pour que la vérité devienne compréhensible à tous comme elle l'est pour moi-même.

Je reviens au sujet principal de ce chapitre.

Quels que soient les doutes et l'étonnement causés par la vision dans le miroir magique, il faut accepter ce phénomène comme un fait qui s'est produit dès la plus haute antiquité : cette vision éveillée n'est pas plus merveilleuse que celle que nous avons dans nos songes. La nature, par mille voix difl*érentes, cherche à nous éclairer : tantôt c'est le pressentiment soudain d'un événement actuel ou prochain qui vient en notre âme sans que l'on sache en rien qui nous Ta envoyé ; tantôt c'est un simple objet qu'évoquent nos pensées et qui nous donne ainsi une sorte de prévision. En tout temps.

rhomme a des pressentiments ; qui ne les a constatés à la veille d'une bataille, dans un voyage? Au milieu même d'une vie paisible et heureuse, on peut ressentir un avant-coureur des chagrins qui nous menacent. Chez certains malades, la prévision est on ne peut plus manifeste, mais la pleine santé ne l'exclut jamais.

C'est en vain que nous chercherions à épuiser tout ce qui peut donner naissance au don de prévoir, nous resterions en deçà ; car chaque être peut recevoir d'en haut, et par des canaux inconnus, un messager secret et mystérieux entré chez nous, nul ne pouvant savoir par quelle porte.

Rapports secrets des âmes, doux sentiments, mutuelle sympathie, d'où venez-vous? Qui dit à l'un ce que l'autre pense ? Pourquoi la douleur et la tristesse sontelles si communicatives ? Mais quel est le démon qui souffle en nous la colère et la vengeance, et qui, dans un instant, brise et rompt les liens qui s'étaient établis ? — Ah ! nous sommes les jouets d'intelligences invisibles? Notre corps est comme une hôtellerie où des milliers de voyageursséjournent ou s'arrêtentun instant : tout est tapage au logis, la nuit même il n'y a nul repos ; l'un éveille l'autre, nous prenons fait et cause pour celui-ci ou celui-là ; nous sommes frappés, mourants, ou nous donnons la mort. Tout est magique en nous, autour de nous, et on nie la magie ! Avançons, peutêtre allons-nous encore trouver dans nos recherches des choses qu'aucun savant n'a saisies !

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