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CINQUIÈME PARTIE

Palingénésie

Certains philosophes des siècles derniers faisaient cette curieuse expérience : ils prenaient une fleur, une plante dans toute sa beauté ; ils la brûlaient complètement et en recueillaient toute la cendre ; puis ils renfermaient dans un vase transparent ces débris, et, lorsqu'ils le voulaient, l'image de la fleur ou de la plante apparaissait comme elle avait 4lé, avec ses couleurs vives et sa fraîcheur : cette apparition durait un certain temps. J'ignore leur secret, mais je suis convaincu que ce phénomène peut se produire.

L'apparition d'un mort n'est pas plus impossible. Ici ce n'est point une ombre vaine, une image seulement, mais quelque chose de réel, une forme mouvante, reconnaissable, comme Samuel lors de son évocation, et c'est là ce qui rend l'opération magique dangereuse. C'est rarement en vain que Ton trouble les morts : l'ombre évoquée peut s'attacher à vous^ vous suivrq, agir sur vous jusqu'à ce que vous l'ayez apaisée. Nos vivants très éclairés se moquent de cette croyance

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antique dont ils ignorent roriginc et le fondement, sans considérer que les nations qui nous précédèrent, pour avoir d'autres lois, d'autres mœurs, d'aulres croyances, n'étaient au fond ni moins instruites ni moins savantes que nous. Les anciens croyaient donc à ces apparitions. Fléchir les ombres ! apaiser les mânes ! à quoi bon, dirait-on aujourd'hui, puisqu'il n'y a plus rien après nous? Mais ceci est le raisonnement de fils ingrats, de rapaces héritiers, d'hommes ineptes et sans cœur, qui ne voient qu'un héritage sur une tombe.

Cette goutte d'eau que le soleil évapore et que l'air emporte reviendra dans son temps : rien ne se perd ! tout se reproduit dans sa forme ; mais les éléments matériels n'agissent eux-mêmes que sur la matière^ ; l'âme de tout ce qui eut vie a conservé son moule. La terre ne porte probablement pas plus d'êtres aujourd'hui qu'elle n'en portait il y a dix mille ans. A la place où nous vivons actuellement et où les arts fleurissent, il n'y avait autrefois qu'une bourgade, et aux lieux où des villes puissantes existaient il n'y a plus que des repaires pour des animaux immondes. Telle sera la destinée de la cité que nous admirons et que nouscroyons impérissable. L'histoire, un jour, peut-être, ne se souviendra plus de notre existence actuelle. Tout périt pour renaître, telle est l'immuable loi.

Faire apparaître un être mort, le déranger dans les combinaisons qu'il subit, est peut-être un crime, et voilà pourquoi le frisson saisit tout opérateur ; il croit instinctivement commettre une mauvaise action, et qiie cette espèce de violence aux lois de la nature ne saurait rester impunie. Il en est de même lorsque de nos propres mains et de notre volonté nous avons inter-

rompu le cours des jours de quelque être : noire vie alors ne nous appartient plus entièrement, il semble qu'elle soit davantage, s'il était possible, à la discrétion de la justice humaine et divine.

On s'est moqué des sectes qui ne tuaient point d'animaux, qui ne faisaient jamais couler de sang humain, qui éprouvaient même une horreur profonde pour tout holocauste, le regardant comme le plus grand sacrilège; et, cependant, lorsqu'on pénètre leurs maximes, lorsqu'on examine leur morale, la vie de paix et de tranquillité qu'elles menaient, on reste saisi d'admiration et de respect ! En effet, il ne se rencontre point parmi ces sectateurs de ces caractères monstrueux comme on en voit de nos jours ; les Caïns leur furent inconnus, et ils ne soupçonnèrent pas même les souillures dont cette génération est témoin. Rassemblez en pensée tout ce qui dans le monde civilisé a le caractère de la bête et ses affreux instincts, et voyez le vide se faire dans les villes et dans les campagnes, tandis que sur un point il y aura tout ce qui constituait la création en dehors de l'homme, qui s'est en lui personnifiée ! N'est-il pas des êtres qui suent le sang, sentent le cadavre ? Quoique tout vivants, tout en eux est putride ; ils gangrènent la vie en la donnant ; leur mort môme, dans certains cas, est un fléau, car elle engendre le typhus et la peste.

Mais nous nous éloignons de notre sujet ; aussi bien tout se touche et s'enchaîne et nous n'en sommes jamais plus près que lorsque nous paraissons l'avoir perdu de vue.

Ce qui ôte à l'homme les visions célestes et le pouvoir de Tâme, c'est la pourriture qui s'introduit en lui

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et qui ternit ce sens mystérieux : il ne voit plus qu'avec des yeux de bœuf ou de mouton ; sa tête, au lieu de se diriger vers le ciel, s'incline vers la terre, car il ne connaît qu'une pâture, celle qui engraisse le corps ; il ignore celle qui nourrit Tâme. Semblable est le savant ^ qui va chercher dans la matière son butin de chaque jour. N'a-t-il pas oublié jusqu'à sa propre origine? En se classant lui-mênie dans le règne animal, il s^est rendu justice. Seulement, il s'est encore placé bien haut, car il lui manque les sens, les instincts ; il y supplée sans doute par des instruments qui le font voir et entendre : c'est une supériorité factice dont il s'enorgueillit comme d'une conquête. Le moindre insecte en liberté est plus heureux que lui ! Voilà la différence !

L'homme a donc perdu le premier de ses dons, la perception divine, puis la faculté d'agir sur les éléments qui l'environnent et sur toute l'animalité. Par son régime, il a bouché tous les pertuis par où passaient les rayons de la souveraine intelligence. Les soupiraux de son âme sont comme ces vitraux que le temps et l'ordure ont dépolis : l'âme distingue à peine au travers. Parlez de merveilles à un tel homme, il ne pourra comprendre, non plus que celui qui, encore à moitié ivre, ne saura ce qu'on veut lui dire si on lui fait une leçon de morale.

Voyez comment vivaient ceux qui opéraient des prodiges, considérez seulement le soin qu'on apportait à séparer du reste des mortels les sibylles etpythonisses, et comme s'écartaient de la foule ceux qui jouissaient de la faculté de voir dans les temps et de maîtriser les forces mêmes de la nature. Vous commencerez à com-

prendre pourquoi il ne sort qu'un vain bruit de nos sociétés savantes et de nos académies, et comment tant d'hommes qui passent pour éminents nient des vérités évidentes, n'ayant plus aucune pénétration des choses plus spirituelles que physiques. Ce sont eux cependant qui forment et dirigent l'opinion, ce sont eux qui gouvernent les intelligences ! — Discuter devant une académie le problème des forces morales et mystérieuses serait inutile ; et cependant c'est de ces forces que nous viennent les notions du juste et de l'injuste ; sans elles, le magnétisme ne serait qu'un vain mot, les phénomènes qu'il produit une pure invention. Continuons donc nos recherches et nos explorations, dussent-elles ne servir qu'à éclairer notre esprit.

Si dans un vase on met un liquide contenant des sels en dissolution, on peut, avec un réactif, obtenir des cristaux ou un précipité qui représente le sel dissous. II était impossible à Tœil humain de l'y apercevoir avant cette opération. Nous possédons un réactif bien plus puissant encore, car il agit sur les esprits des corps et les en sépare à l'instant. Ce produit, que l'œil peut voir, nous représente l'image réelle de l'être, sa forme, moins la matière. N'aurions-nous agi que sur un lambeau de ce qui le constituait lorsqu'il était vivant?

On a déjà vu quels moyens nous servaient : la force mixte produite, agissant dès lors d'elle-même et tirant à elle Tesprit des corps. Il ne faut pas croire que le temps, ayant passé sur des êtres humains, leur ait laissé seulement leur partie matérielle ou terrestre; ils peuvent conserver encore un rudiment du feu qui les animait. C'est ainsi que la feuille, depuis longtemps détachée de sa branche, peut donner une essence rappelant l'arbre

qui Ta produite. Plus le mystère est grand, plus on doit faire d'efforts pour l'approfondir. Je soupçonne que la terre entière est animée, et que Tair contient, sans que nous en voyons rien, de quoi couvrir la surface du globe de créations spontanées.

La nature elle-même évoque et appelle à retour chaque exemplaire des choses passées, voulant rendre éternel ce qui ne paraît à nos yeux que passager. Sa loi est écrite dans chaque être, dont elle a prévu d'avance tous les changements, toutes les métamorphoses. L*art pénètre quelques-uns de ses secrets ; il peut soulever une tombe et dire au mort : Relève-toi ! De même que par la pensée nous pouvons dire à celui qui vit et marche devant nous : Retourne-toi ! Et il se retournera pour nous considérer, ayant senti en lui notre appel. De même encore, ce qui reste de vie dans un cadavre fera effort pour se dégager de son dernier lien et se montrer à vous. Mais le vulgaire ne s'imagine point qu'il suffise de commander et de vouloir, comme on le fait habituellement pour se faire obéir des vivants ; nous le prévenons qu'il n'obtiendra rien ainsi. Il faut que les rayons de l'âme soient rassemblés par une grande contention de l'esprit et dirigés sur les restes de celui que l'on veut revoir. Il faut sentir en soi-même l'abandon de sa propre vie, la sentir pénétrer où la pensée la conduit, ainsi que le rapport secret qui unit les deux substances. 11 vous sera rendu, en retour de la vie que vous dépensez, un froid qui glacera vos os. N'ayez aucune crainte, c'est une sensation passagère : elle est nécessaire au développement complet du phénomène. Il faut, en un mot> qu'il y ait pour un instant union, mariage ou plutôt viol de la nature. Sans cet enchaînement de causes, nul effet.

Les cérémonies des anciens magiciens-nécromans, leurs sacrifices, leurs cercles, leur langage mystique et leurs paroles cabalistiques n'étaient que secondaires ; ils cherchaient ainsi à préparer leur corps et leur esprit, afin d'émouvoir l'âme et d'obtenir d'elle l'élément du succès. A ce moment, le magicien devenait méconnaissable, ses traits se bouleversaient, il avait quelque chose de ressemblant à la mort : il y participait, sans nul doute, car la moitié au moins de ses forces avait passé au mort qui, de son côté, avait comblé le vide. Souvent même, après l'opération, il était comme hébété et sans forces.

Certains peuples du Nord sont encore très experts dans ces enchantements, et c'est ainsi que des voyageurs ont pu avoir, par quelques-uns de ces magiciens, des nouvelles de leurs familles et de leurs amis, vus malgré l'éloignement.

Les gens qui, dans notre pays, se laissèrent brûler sans vouloir jamais se démentir — souvent on ne leur demandait qu'un aveu — avaient donc vu ce qui était caché aux yeux de la justice, dans ces moments où on les trouvait comme morts et où on pouvait les frapper sans qu'ils sentissent de douleur. Ils avaient vu sans quitter leur domicile ; ils voyaient en esprit. C'est que le corps n'est que l'étui, l'enveloppe ; et^ comme dans toutes les évocations dont nous avons parlé plus haut, c'est la partie muable, l'esprit, qui est l'agent de toutes les apparitions.

Là est la science antique, la source des prodiges ! Qui ne sait point ceci n'est qu'un homme vulgaire, qui vit sans se connaître, sans savoir s'il a une âme, sans rien comprendre aux sens des écritures. Il ne voit qu'un

côté de là vie, le coté matériel ; la science morale est science morte. C'est celle-ci pourtant qui devrait terminer Téducation, et donner le dernier degré d'initiation.

Mais tous les hommes ne sont point assez forts pour le recevoir. Plusieurs deviendraient fous. Les anciens le pensaient ainsi, puisqu'ils ne révélèrent rien touchant ces choses. Il fallait s'y préparer longtemps et permettre aux prêtres qu'ils s'assurassent que vous étiez capable de les comprendre, et si vous méritiez d'être dépositaire d'un tel secret.

Les anciens sages croyaient que la science peut devenir dangereuse entre certaines mains ; qu'il n'était pas convenable que tous les hommes fussent instruits. Ils pensaient encore que, pour arriver à les gouverner, il ne fallait leur donner que les lumières nécessaires à leurs communs besoins, que le surplus les rendait méchants et indomptables, incapables même d'être utiles à leurs semblables, mais propres seulement à troubler TEtat. Une demi-instruction fait des esprits forts, des athées, des ambitieux, tandis que la science réelle rend Thomme croyant et résigné : il accepte le lot qui lui est déchu, sans rechercher les honneurs et le pouvoir. Mais il faut trop de temps pour acquérir; voilà pourquoi les esprits superficels abondent et se croient cependant très capables de gouverner l'Etat.

Vaut-il mieux qu'il en soit ainsi ? Je n'en sais rien. On peut vivre sans beaucoup de science, comme on peut gouverner sans sagesse. Mais la lumière est nécessaire pour opérer des œuvres capitales et durables. La magie n'est donc point du domaine de tous ; nous ne pouvons être compris que de quelques-uns.

corollaires 271

Les Esprits

L'existence des êtres non corporels ou esprits que le raisonnement est forcé d'admettre se trouve confirmée par Jésus-Christ, qui nous fait connaître leurs diverses natures et leur action sur l'homme.

Voici le résumé des lumières que TEvangile nous fournit à cet égard.

« Les esprits ont été créés dès le commencement, et ils sont immortels comme Dieu même. »

« Vous êtes dès le commencement avec moi. »

(Saint Jean. XV, 27.)

« Je suis avant qu'Abraham fût au monde.

(Saint Jean, VIII, 58)

Les desseins de Dieu ont exigé que les esprits fussent de deux natures.

L'une, propre à connaître et à exécuter sa volonté, et trouvant le bonheur dans cette faculté.

« Celui qui est de Dieu entend la parole de Dieu. »

(Saint Jean, VIII, 47.) « J'ai fait connaître votro nom aux hommes que

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(( VOUS m'avez donnés en les séparant du monde. Ils « étaient à vous, et vous me les avez donnés, et ils ont (( gardé votre parole. »

,Saint Jean, XVII, 6.)

L'autre, soumise à Taveuglement de l'orgueil et du mensonge, et n'ayant d'attrait que pour le mal et la destruction.

« Pourquoi ne connaissez-vous point mon langage? « Parce que vous ne pouvez croire ma parole. Vous « êtes les enfants du diable, et vous voulez accomplir (( les désirs de votre père. Il a été homicide dès le comc( mencement, et il n'est point demeuré dans la vérité « parce que la vérité n'est point en lui. Lorsqu'il dit (( des mensonges, il dit ce qu'il trouve dans lui-même^ (( car il est menteur et père du mensonge. »

(Saint Jean, VIIL 43 et 44.)

Vous n'entendez pas la parole de Dieu, parce que vous n'êtes pas de Dieu.

Dieu place des esprits dans les corps lorsqu'il lui plaitde les animer ; il les retire lorsqu'il lui plaît de les priver delà vie.

« La fille d'un chef de synagogue appelé Jaïre était « ntoiHe. Jésus, la prenant par la main, dit : « Ma fille, « levez-vous. » Et son âme étant retournée dans son « corps, elle se leva à l'instant. »

(Saint Luc, VIII, 54 et 55.)

Dieu substitue, quand il lui plaît, un esprit d'une nature à un esprit d'une autre nature dans un même corps.

« Ne vous étonnez pas de ce que je vous ai dit qu'il 5

« faut que vous naissiez de nouveau. L'esprit souffle où « il veut, et vous entendez bien sa voix, mais voUs ne « savez d'où il vient ni où il va. »

(Saint Jean, VIII, 7 et 8.)

« Un homme, possédé de l'esprit impur, s'écria : « Qu'y a-t-il de commun entre vous et nous, Jésus de « Nazareth? Etes-vous venu pour nous perdre? Je sais c( qui vous êtes : vous êtes le saint de Dieu. » Mais « Jésus, lui parlant avec menace, lui dit : « Tais-toi, et c( sors de cet homme. » Alors l'esprit impur, s'agitant « avec de violentes convulsions et jetant un cri, sortit « de chez lui. »

Saint Marc, I, 23 à 26.)

Dieu incarne plusieurs esprits dans un même corps.

(c II y avait avec Jésus-Christ quelques femmes qui « avaient été délivrées des malins esprits et guéries de « leurs maladies, entre lesquelles était Marie, surnom- « mée Magdeleine, dont sept démons étaient sortis ; « Jeanne, femme de Chuza, intendant de la maison

r (l'Héroile; Suzanne et plusieurs autres qui Fassistaienl « de leurs biens. »

(Saint Luc, VIII, 2 et 3.

Les faits extrêmes du magnétisme comme ceux du somnambulisme, en plaçant le spectateur à la porte du monde invisible, produisent le funeste résultat que voici : c*est que beaucoup de cerveaux fêlés crurent avoir saisi la clef des mvstères du ciel et bâtirent immédiatement un paradis. Si c'eût été pour eux seuls, la chose était inolTensive : mais c*était un paradis pour tout le monde, et ils prêchèrent une sorte de nouvelle Eglise. Tout, cependant, n'est pas sans fondement dans leur croyance, la base est très réelle, l'édifice seulement est tout à fait imaginaire. C'est que Tesprit tourbillonne en présence de l'infini ; le cerveau, ouvrant tous ses magasins, laisse échapper les erreurs qui ont aussi des ailes; Tâme, dans son vol hardi, reçoit une teinte mensongère, et tous ses élans sublimes sont obscurcis.

Le contrôle n'est pas possible quand les faits viennent du ciel : il faut croire et admirer. Et, comme il v ^a quelque chose de vrai et de divin, un commencement de détachement des choses de ce monde, on se figure l'impossibilité de Terreur. Je ne puis ni admirer ni partager cette aveugle foi ; mon sentiment repousse de toutes ses forces ces étranges doctrines. Tous les voyants, sans doute, ont devant eux un horizon sans bornes ; ils y plongent leurs regards, nous en convenons. Mais pourquoi leurs récits ne s'accordent-ils point et chang(înt-ils comme les flots de la mer ?

Il n'en est pas de même des créations magiques.

Il résulte de toutes nos investigations qu'il y a vrai-

ment un monde mixte que nous pouvons encore saisir, celui qui fait partie des croyances antiques. On retrouve donc Tanneau de la chaîne des êtres, rien ne serait plus interrompu, la raison d'ailleurs semble indiquer qu'il doit en être ainsi. Peut-être que, si j'eusse forcé la nature, mes révélations seraient plus grandes et plus complètes. J'avoue avec candeur que la peur me prit toujours au moment où la vérité allait se dévoiler lout entière. Je vis des choses extraordinaires, des spectacles étranges ; je sentis en moi-même comme l'approche et le contact d'êtres invisibles encore. J'avais toute ma raison, mon incrédulité même ne m'avait point quitté. Je ne sais pourtant qui m'ôta le courage et fit naître en moi l'effroi ! Je ne crois point au diable^ mais, je le dis sans réserve, mon scepticisme a fini par être vaincu. Il est bien permis d'avoir un peu de frisson lorsque la maison tremble.

J'ai pu exciter le rire. Mais si je disais aux mauvais plaisants : Venez une douzaine^ et je garantis que plusieurs d'entre vous, au bout de très peu de temps, passeront par la fenêtre, si je le veux, et cela sans les toucher., sans rien leur dire, et feront le saut périlleux, fussent-ils à un quatrième étage, — ils trouveraient la chose moins plaisante, j'en suis sûr. Voilà comment on doit être réservé dans ses jugements. Les fanfarons trouvent parfois un brave homme qui fait cesser leur jactance.

On ne doit jamais craindre de dire la vérité : les faits reçoivent tôt ou tard leur sanction et viennent justifier les récits. Je pourrais bâtir un roman, j'expose avec franchise mes impressions. J'ai reculé comme l'homme qui voit subitement un précipice. J'attends à ces expé-

riences des caractères plus forts : nous verrons bien s'ils se conduiront autrement. Quant à moi, j'irai pas à pas fct j'acquerrai successivement la fermeté nécessaire pour dominer les espritj^. Si rien n'était surnaturel ici, comment les expérimentés auraient-ils la connaissance de leur mort et de celle des gens qu*ils connaissent ? Comment sauraient-ils tant de choses tout à coup? Comment exécuteraient-ils des mouvements qui dépassent toutes forces humaines, et seraient-ils glacés d'efiFroi en parcourant la même chaîne de phénomènes ? Science ! science ! comme la vertu, tu n'es qu'un mot, une vanité ! Plus Thomme approche du but, plus le but s'éloigne. La vie est trop courte pour espérer tout savoir.

Pourquoi cette digression ? est-elle donc nécessaire ? — Oui. — Il y a en nous une force puissante autant qu'intelligente, et tout à fait indépendante de la matière : celle-ci est le voile matériel jeté sur l'ange ou le démon descendu d'en haut. Mais, ainsi que l'on contraint certains animaux à sortir de leur gîte ou de leur coquille, l'art peut ici forcer cet esprit à quitter son manteau, à paraître nu et dépouillé de ce qui le dérobait à la vue. 11 ne changera pas d'allure, sans doute, il sera vain et capricieux, orgueilleux et méchant, traître et félon ; mais vous pouvez sur lui ce que l'homme libre peut d'abord sur Tesclave, vous pouvez lui commander, le punir ; vous avez scellé son domicile, il ne peut y entrer sans vous ; vous êtes cuirassés par la chair, il ne l'est plus. Avant qu'il sache qui il est, ce qu'il peut même sur vous, vous avez tout le temps d'expérimenter et d'obtenir de lui quelques services. Alchimie! — vont s'écrier quelques beaux esprits qui brillent par leur

coquille, — mais l'alchimie n'est qu'un art mensonger, rempli d'impostures. — Vous croyez ? — Je vous laisse vos doutes ; mais un jour, si vous cherchez à vous as surer de la vérité, ne venez point à moi pour vous tirer d'embarras.

Daus les crimes ordinaires, surtout dans ceux dits politiques, la victime entre souvent tout à coup — en esprit, bien entendu — dans le corps du persécuteur, son bourreau : elle s'y loge pour ne lui laisser aucun repos, pour se présenter à lui au milieu de ses jouissances, de ses plaisirs, de ses festins ! Elle se rend alors visible, menace nuit et jour, redemandant sa part d'existence qu'on lui a retranchée, les objets de ses affections qu'elle no peut plus posséder. Souvent l'âme, lasse d'un tel compagnon, quitte son propre domicile, afin de se débarrasser plus vite de ses plaintes et de ses importunités.

Pourquoi donnerais-je une évidence de plus à mes récits, un caractère plus net à mes assertions? Va, va, chemine, toi qui doutes ; tu en verras bien d'autres quand tu seras débarrassé de ton enveloppe ; attends un peu ! le temps ne se mesure pas, il va si vite? Daris un instant, et tout naturellement, tu quitteras ton habit d'emprunt, on va te le redemander. Ton cerveau est rempli de préjugés et d'ignorance, tes poches sont pleines d'or; on prendra le tout; il n'y a que la vérité qui reste abandonnée, personne ne la ramasse : à quoi peut-elle servir? A faire des martyrs. — Mieux vaut l'erreur et les faux biens !

Continuons pourtant notre ouvrage, ne nous laissons point arrêter par la crainte. Ce qui est vrai choque d'abord tous les hommes ; on ne s'occupe ordinaire-

ment de celui qui a Irouvé la vérité que longtemps après qu'il n'est plus. Loin que ce soit un mal, c'est au contraire un bien ; il échappe ainsi à Tenvie.

La Mort.

Nous avons tous le sentiment de notre immortalité future, d'une survivance à la matière. Voilà pourquoi nous nous inclinons près d'un cadavre, de cette matière d'où la sensibilité, le mouvement, la vie enfln se sont retirés ; pourquoi nous sommes pleins de respect autant que d'émotion à la vue des dépouilles de ceux qui ne sont plus. Quelque chose d'indéfinissable agite tout notre être, et nous tremblons comme si nous nous sentions coupables de quelque crime. Ne comptez pas ici les hommes qui, insensibles à la mort d'autrui, touchent et remuent des cadavres; ils sont bien moins nombreux qu'on ne l'imagine, et souvent encore leur cœur dément leur impassibilité.

Pourquoi s'émeut-on ? est-il besoin de ces pleurs, si tout est terminé? Pourquoi ces prières aux dieux, ces demandes de clémence ? Est-il donc si nécessaire de suivre jusqu'au tombeau celui qui ne peut nous entendre, et de prononcer sur sa tombe des discours si louchants, si rien de lui ne doit survivre? — S'il en est ainsi, les regrets sont une erreur de raison, un défaut de logique ou une hypocrisie, une comédie jouée en plein vent, une raillerie infâme et digne de mépris. — Ne vaudrait-il pas mieux se tenir à l'écart que de commettre un aussi odieux sacrilège? — Non, dans ce moment, les hommes sont de bonne foi, et, si la science ne leur

a rien appris touchant la vie future, ils en ont tous le pressentiment.

Nous avons établi notre croyance dans cet écrit : nous sommes persuadé de l'existence d'une autre vie, et nous pensons que le mort, quel qu'il soit, dont le cadavre n'est point encore en dissolution avancée, peut nous entendre ; que son âme enfln ne s'échappe point tout à coup ; qu'il est possible d'obtenir un témoignage en faveur de cette assertion, non dans tous les cas, mais dans plusieurs, et que sans faire positivement revenir à la vie le cadavre, Tâme peut encore en agiter l'enveloppe, non à la voix d'un ami, d'une femme bienaimée, mais à la suite d'une sorte d'évocation (1). Le

(1) Le docteur Odier rapporte le fait suivant arrivé aux environs de Genève, à Mme R,.., âgée de 30 ans ; cette dame était sujette à des attaques nerveuses dans lesquelles elle perdait complètement connaissance. Dans une de ces attaques plus fortes que les autres, ses parents appelèrent un chirurgien qui, étant à moitié ivre, décida qu*elle était morte ; on le crut, on Tenveloppa dans un linceul et on l'exposa sur les planches de son lit ; on prit jour et heure pour les funérailles, auxquelles on invita ses parents et ses amis. Dans le nombre se trouvait une fille de son âge, qui demeurait à deux lieues de là et qui accourut aussitôt pour voir et embrasser son amie avant qu'on l'ensevelît. Elle défit le linceul, couvrit de baisers le visage et les lèvres de la défunte ; croyant s'apercevoir qu'elle respirait encore, elle redoubla ses caresses, et fit si bien qu'elle la rappela à la vie.

Le fait suivant, rapporté dans le Journal des savants, année 1745, prouve que la mort apparente peut se prolonger au-delà du terme que la science assigne généralement:

(( La femme d'un colonel anglais, milady Roussel, était si tendrement aimée de son mari qu'il ne put se persuader qu'elle était morte. Il la laissa dans son lit beaucoup au-delà du temps prescrit par l'usage du pays (qui est de quarante-huit heures), et, quand on lui représenta qu'il était temps de Tenterrer, il répondit qu'il brûlerait la cervelle à celui qui serait assez hardi pour vouloir lui ravir le corps de sa femme.

sommeil, ou plutôt le somnambulisme, précède la mort et l'accompagne ! Or n'avons-nous pas pouvoir sur ces deux états ? On rira de cette assertion, on la croira hasardée ; mais on admettra que le galvanisme pourra déterminer une vie artificielle, tandis que la puissance animique, plus pénétrante que la puissance physique, sera rejetée. Le temps prouvera qu'il n'y a rien d'exagéré dans notre opinion, car elle est dans la loi de Dieu.

Les anciens avaient observé maintes fois que l'approche d'un meurtrier près du corps de sa victime donnait lieu à un singulier phénomène : les plaies s'ouvraient et le sang coulait, ce qui n'avait point lieu par la venue d'un être innocent du crime.

Ils croyaient aussi que les mânes des morts rôdaient autour des tombeaux, hantaient les lieux habités des vivants et où avaient été leurs affections et leurs demeures. C'est pourquoi ils cherchaient, par tous les moyens, à les apaiser et à leur plaire par des cérémonies religieuses et par des sacrifices. Les êtres morts violemment avaient surtout le privilège de revenir et de se rendre visibles aux mortels, comme s'ils n'eussent point achevé complètement leur pèlerinage sur cette terre : èpèe sans fourreau, ils cherchaient à reco7iqué?H7' leur domaine, à retrouver leur corps.

« Huit jours entiers se passèrent ainsi, sans que le corps présentât le moindre signe d'altération, mais aussi sans qu'il donnât le moindre signe de vie.

« Quelle fut la surprise du mari, qui lui. tenait la main quil baignait dn ses larmes, lorsqu'au son des cloches d'une église voisine milady Roussel se réveilla en sursaut, et, se levant sur son lit, dit : « Voilà le dernier coup de la prière, allons, il « est temps de partir ! »

« Elle guérit parfaitement et vécut encore longtemps. »

Vaines croyances! dira-t-on, créations imaginaires de notre esprit! les morts ne peuvent rien, Tantiquité rêvait, tandis qu'aujourd'hui nous sommes éveillés, et tous ces contes ont perdu sur nous leur empire.

Vérité ou mensonge, cette croyance empêchait bien des crimes ; elle mettait souvent un frein aux mauvaises passions ; la crainte retenait la main prête à frapper; et cet empire exercé par les morts sur les vivants valait mieux, était plus efficace que les lois sur le meurtre. La crainte d'un châtiment éternel est terrible. La croyance aux revenants a plus influé sur les générations passées que la vue des exécutions et le sang versé par la main du bourreau. Nous croyons avoir remplacé une race d'idiots, mais celle-là du moins avait des sens, et nous n'en avons plus ; elle savait ouïr ce que nous n'entendons plus. Nos sens bouchés, obstrués ; les instruments des sensations comme s'ils n'existaient plus; une indifl'érence effrayante a envahi tous les esprits : sommes-nous vivants, sommes-nous morts? Non ; nous sommes étrangers à la nature, voilà tout. Quelque chose s'est interposé entre elle et nous, il y a eu solution de continuité ; nos philosophes ne savent pas le plus petit mot de ses secrets, nos médecins ne connaissent plus Tart de guérir, celui de gouverner les hommes s'est également perdu. Créature du ciel et de la terre, riiomme avait ses racines dans le sol et il en recevait toutes les influences; puis, par son intelligence, il pénétrait dans le ciel : tous les éléments se trouvaient en rapport avec lui et il en recevait une action directe. En retour, l'homme pouvait agir sur eux tous ; mais sa chair et son sang se sont corrompus. Ne s'est-il pas abreuvé de tout ce que la nature produisait d'enivrant?

282 LA MAGIK DÉVOILÉE

Ne s'cst-il pas nourri de tout ce qui approchait de la pulridilé? — Notre civilisation Ta dégradé physiquement et moralement, elle Ta rendu machine et a tué son àme fière et pleine de liberté.

Jugez de Thomme parce qu'il a su faire des animaux qui Tout approché. Leurs yeux sont devenus chassieux et vitreux, leur peau s'est couverte de gale; ils ne sentent plus que très imparfaitement ces émanalions qui leur permettaient de reconnaître leur ennemi à une très grande distance, ou de suivre leur proie à la piste. N*esl-il pas évident que Thomme n'est plus propre à sentir, à éprouver l'effet des harmonies de la nature ? Le valet enrichi, engraissé, méconnaît son maître, il oublie sa condition première : nous sommes comme lui relativement à Dieu.

('omment vo:ilez-vous qu'une vérité morale, comme celle que nous annon(,*ons, puisse être adoptée tout d'abord? — Comment des faits dont la source gît dans des facultés qu'on a laissé affaiblir, dans un pouvoir qu'on ignore après l'avoir possédé autrefois — pouvoir qui était un des attributs de la sublimité de notre nature, — comment, disons-nous, adopterait-on ce que l'on a cessé de comprendre ? Nous éprouvons nousmème les effets de cet abaissement de laraison, de cette étroitesse de jugement : n'en avons-nous pas été victime dès nos premiers pas ? — Et ce magnétisme, devenu aujourd'hui si vulgaire, n'a-t-il point été méconnu.

Non, vous ne verrez plus l'homme comme Dieu Ta fait, resplendissant de lumière et de beauté, animant par son seul regard tout oo qui l'environnait, pénétrant tous les corps do ce feu mystérieux qui s'échappait de lui comme d'un ardent fover — lover où brûlait inces-

samment lout ce ({lie la nature produisait de plus parfait ; — réunissant en lui-même tout ce qui peutdonner ia puissance, et pouvant, par sa volonté, extraire de lui la vie, c'est-à-dire faire ce que Dieu fit !

Vous ne verrez plus cet homme iier et superbe s'avancer avec majesté, imposant par sa seule présence une sorte de respect à toute l'animalité; pouvant foudroyer, par son électricité, ce qui s'opposait à son passage. Cet homme n'avait point alors besoin du médecin pour veiller sur sa santé, de prèlre pour lui indiquer le chemin du ciel : ne savait-il point alors toutes les choses?

Ce qui reste des facultés primitives de l'homme suffit pour nous faire juger que nous n'exagérons point ce tableau. Avec ce faible rayon de puissance, nous pouvons remonter vers le passé, non pour en rappeler la mémoire seulement, mais pour faire revivre quelquesuns de ces faits surprenants dont l'homme a besoin pour se persuader qu'il n'est point isolé sur la terre, que la vie qu'il reçut ne s'évanouit point après lui ; et enfin démontrer que, par des intermédiaires spirituels, il peut encore parfois communiquer avec les puissances qui lui sont supérieures, et renouer ainsi la chaîne qui le rattachait à Dieu. Tel est du moins notre espoir.

La Langue des Esprits.

« La manière de parler des esprits nous est inconnue. Pour nous, nous ne pouvons pas parler sans le ministère de la langue et des organes de la parole, tels que sont la gorge, le palais, les lèvres, les dents, le poumon et les muscles de la poitrine, qui reçoivent de l'âme le principe de ce branle de voix ou parole ; mais, si quelqu'un parle de loin à une autre personne, il faut qu'il crie plus fort ; ainsi celui qui parle de près ne fait que souffler dans l'oreille de son auditeur, el, s'il pouvait avec un moindre souffle se joindre à celui qui l'écoute, sa parole n'aurait besoin absolument d'aucun son pour être entendue, mais elle se glisserait sans bruit dans Tauditeur, comme l'image dans l'œil ou dans le miroir. Voilà delà manière que les âmes séparées, les anges et les démons parlent, et ce que l'homme fait avec la voix qui se fait entendre, ils le font eux-

mêmes en imprimant Tidée de la parole en ceux auxquels ils parlent, d'une manière plus excellente que si elle était énoncée par la voix qui se fait entendre et entre par l'organe de l'ouïe. C'est ainsi que les spectateurs de Platon disent que Socrate entendait son démon par le sens, mais non par le sens de ce corps que nous possédons, mais par le sens d'un corps éthéré, caché dans le corps humain. Voilà aussi la manière avec laquelle Avicenne croit que les prophètes voyaient et entendaient ordinairement les anges.

« Cet instrument, de quelque qualité que soit cette verlu-là par laquelle un esprit fait connaître à un autre esprit ou à l'homme les choses qui roulent dans sa pensée, s'appelle, par l'apôtre saint Paul, la langue des anges. Mais nous ne savons point du tout avec quels sens ces mêmes esprits ou démons entendent nos invocations et nos prières, et qu'ils voient nos cérémonies ; car le corps des démons est spirituel de sa nature ; la plus grande part sensible partout et de tous côtés, tellement que sans moyens il touche, il voit, il entend, et rien ne peut empêcher les fonctions de ces esprits ; et cependant ils ne sentent pas de même nanière que nous, par des organes distingués ; mais peut-être de la manière que les éponges boivent et attirent l'eau, ils puisent et attirent par tout leur corps les r.hosçs sensibles, par une manière que nous ignorons. »

Le Fruit défendu.

Quel était cet arbre de la science et ce fruit défendu dont parle l'Écriture ? Ne serait-ce point là le symbole

de la force mystérieuse dont nous poursuivons l'étude ? — Si l'on consulte les livres sacrés, les commentaires qui ont été faits, on y trouve renfermée la science du bien et du mal. L'homme, franchissant une barrière au-delà de laquelle était une pernicieuse lumière, devait être puni ainsi que toute sa postérité. Sans adopter entièrement ce que l'Ecriture commande de croire, on reconnaît pourtant qu'il y a là un grand mystère caché. En effet, l'esprit malin, tentant l'homme, lui disait ; Mange de ce fruit, et tu auras toutes sortes de connaissances qui te rendront égal à Dieu. Tu auras pouvoir sur toutes choses, tu seras roi !

Cette allégorie cachait le secret d'une science infinie ; nous ne voulons point encore la juger, mais nous affirmons qu'elle existe.

Dans cet ordre de phénomènes nouveaux, qu'aperçoit-on? Tout ce qu'il parait impossible à l'homme de réaliser dans son état actuel d'ignorance ; tout ce qui parait supérieur à l'animalité. Ici se dévoile aux yeux les moins clairvoyants que la ligne de démarcation indiquée par l'Ecriture peut être franchie, c'est-à-dire que, laissant de côté les forces matérielles, l'homme pénètre dans le monde moral qu'il lui avait été défendu de connaître ; qu'il peut s'enrichir d'un agent si puissant qu'il pourra, quand il le voudra, avec son concours, sortir de sa prison terrestre et agir sur les esprits des corps. S'il en était ainsi, l'homme produirait tout d'abord une série de merveilles propres à troubler sa raison.

Les anciens ne s'y sont point trompés ; ils avaient bien reconnu que les faits de certaine nature découlaient d'une source divine ; de là aussi leurs allégories du feu sacré dérobé aux immortels, de la boîte de Pan-

dore, etc., etc. Je n'ai nulle envie, pour faire preuve d'érudition, de fouiller de nouveau le passé. A quoi bon, d'ailleurs, des analogies de faits et d'idées exprimées avant moi? N'ai-je point, pour convaincre et amener à mon sentiment, ce témoignage accablant, le fait vivant, le fait actuel ?

Sans rejeter l'art ancien, sans adopter ce qui l'explique et le justifle, je ne puis pourtant faire comme l'enfant qui repousse sa nourrice, qui la méconnaît après avoir tari sa mamelle et déchiré son sein. Evoquant nos souvenirs, nous reportant à notre berceau, et de père en père remontant jusqu'aux âges, nous ne pouvons non plus nous empêcher de demander qui nous donna la vie, ce principe inconnu. On ne veut point de miracles ! La vie n'en est-elle pas un, et le plus grand de tous? En voulant connaître, l'homme a déchiré le pacte fait avec Dieu, il a mangé du fruit défendu. L'Ecriture est justifiée, l'homme est coupable... Mais il n'est aucun peuple qui n'ait transgressé la loi, car les sauvages mêmes, dans leur igno- ' rance, laissent pourtant apercevoir clairement qu'ils comprennent la nature dans quelques-uns de ses actes, puisqu'ils l'imitent en quelques points.

Ce méfait est commun à toutes les races, et on pourrait demander pourquoi toutes les religions nous ont parlé d'un monde invisible, de celui des esprits, de plusieurs cieux, d'enfer et de paradis. Les chefs de doctrine, pour connaître, avaient donc franchi la barrière du monde terrestre : pourquoi serions-nous plus coupables que chacun d'eux.

Eh bien ! je l'avoue, je crois à ce monde invisible ; je crois que l'on peut communiquer avec lui et recevoir

un concours de sa puissance par une sorte d'aimant qui l'attire à soi. L'électricité arrive bien sur des pointes d'acier ; l'ambre n'attire-t-il point la paille i Pourquoi Tesprit, par certains charmes, par quelques préceptes inconnus, ne pourrait-il établir des rapports avec les invisibles? — Nous n'en saurons jamais assez pour que Dieu punisse en nous la science ; mais telle est notre témérité que, si nous pouvions lire aujourd'hui le livre défendu, nous en parcourrions les pages avec avidité, car nous croirions obéir plutôt à cet instinct qu'il a fait naître en nous, à ce désir de connaître, qu'à Fesprit du mal qui a tant effrayé nos pères.

11 y a, par le seul fait du magnétisme et du rapport qui s'établit entre les êtres, une communication de pensées, une véritabte transplantation de Tune à Tautre des images qui se sont formées chez le magnétiseur, et quelquefois retour à celui-ci de tout ce que son cerveau a créé ; ce qui produit dans certains cas une double illusion. Les choses vues alors n'ont rien de réel, toutes sont imaginaires et perç les cependant comme si elles étaient véritables. Il en résulte une croyance erronée où le jugement a fait défaut. Tous les sens sont trompés à la fois, et la persuasion est telle que des hommes, d'ailleurs instruits, refusent de reconnaître leur évidente erreur.

Fausse Magi^

Il y a aussi des créations du cerveau chez les magnétisés, surtout chez ceux qui tombent en somnambulisme, qui sont absolument identiques à ce qui se passe

dans les rêves : je n'y fais, quant à moi, aucune différence. Souvent, alors, Ton prend pour des réalités ce qui appartient au domaine pur du mensonge. Ce qui trompe ici, c'est le récit circonstancié et Tenchaînement naturel des faits, les descriptions de lieux, les événements prédits avec une telle apparence de vérité que ce mirage nous impose. Tout ceci est dû à la mémoire. Il y a en nous un esprit capricieux que Ton pourrait appeler le singe de Tâme ou le valet de la maison. C'est un jeu de marionnettes propre à amuser ceux qui entendent la pièce sans voir ceux qui font mouvoir les acteurs. Mais ordinairementon prend le tout au sérieux, et le désenchantement ne vient que longtemps après.

Les vives impressions du jeune âge pendant les. exercices religieux peuvent se traduire plus tard par des apparitions toutes mensongères, par la vue du séjour des bienheureux, et de toutes les formes dont les idées précédemment émises ont pu déterminer Téclosion dans le cerveau.

Ce que voient parfois les mourants ou les fiévreux est souvent le résultat des mêmes impressions. 11 est donc difficile de distinguer la vérité du mensonge.

L'amour est aussi une fausse magie ; ses enchantements, ses leurres, ses fascinations sont évidentes. La nature est, ici le vrai coupable : elle trompe et ment pour arriver à son but, qui est la transmission de la vie, la reproduction de l'espèce, la succession constante des êtres. L'âme laisse faire, elle se complaît quelquefois à exciter le tumultedessens, jusqu'au jour où toutes les scories qui troublaient son empire aient été rejetées du corps. Alors elle redevient maîtresse, fait prédominer ses commandements ; le feu s'étant éteint, elle montre

à nu ce qui était naguère couvert (l*un voile épais. C'est ici encore que le commun des hommes n'aime point la vérité : Terreur les charmait^ elle était bien préférable à la réalité. Tant il est vrai que, pour réussir en toutes choses, il faut tromper, duper l'espèce humaine. Malheur à celui qui prétend Téclairer, et qui, avec le froid de la raison et la sèche analyse, sait faire distinguer le vrai du faux ! L'amour est comme l'ivresse, il passe aussi comme elle. La magie réelle offre un moyen qui est encore secret et que je ne divulguerai point : on peut, avec son secours, et dans une infinité de cas, produire tous ces brûlants transports et ces mortelles jalousies qui les suivent de près. On peut, hélas! faire par art ce que la nature produit suivant la loi. Le désenchantement vient de même, et iciTart se trouve en défaut comme la nature, car il ne peut effacer toutes les impressions produites.

La nature est une grande magicienne, on l'a dit et répété bien souvent ; ses enchantements ont parfois quelque chose de cruel : elle fait voir au navigateur des rivages pleins de charmes, tandis que la vraie terre est encore loin de ses yeux ; le voyageur dans le désert aperçoit au loin des nappes d'une eau limpide et pure qui Tinvitent à poursuivre son chemin ; mais, plus il marche, plus le tableau s'enfuit. Son espoir le soutient encore, tant il croit que ses sens ne l'ont point trompé. Peutêtre avait-il besoin de ce mensonge pour soutenir son courage !

Le malade privé depuis longtemps d'aliments voit et croit entendre les apprêts d'un grand feslin ; il sent Todeur ravissante des mets, il jouit et s*épanouit à l'idée trompeuse qu'il va enfin satisfaire son appétit, et n'est

détrompé de son erreur que par la soulffrance, cette triste réalité. Cette illusion ne porte préjudice à personne.

Une autre magie, singulière encore, a lieu chez les êtres qui, ordinairement, ont un surcroît de vitalité : ils volent dans les airs, franchissent les vallées, passent audessus des montagnes, rapides comme l'hirondelle. Il leur reste longtemps un souvenir de ces exploits, et ce n'est qu'en essayant, éveillé, de déployer leurs ailes qu'ils parviennent à se désabuser.

La fausse magie se montre surtout dans les possessions si fréquentes encore aujourd'hui. Que de gens n'ai-je point vus qui, se croyant ensorcelés, pensaient connaître leur enchanteur et cherchaient à se venger de lui ! Leurs plaintes paraissaient légitimes, ils étaient persuadés et vous persuadaient même ; et pourtant rien n'était moins fondé que leurs soupçons. D'autres, par un malheureux concours de circonstances, avaient vu, à la suite de menaces, leurs fonctions se déranger; ils entendaient des voix, sentaient en eux tant de douleurs qui ne paraissaient point dues à une cause naturelle que rien ne pouvait les dissuader que l'art magique n'eôt été employé contre eux. 11 n'est pas un préfet de police ou tout autre magistrat, pas un curé, un évêque, un pape qui n'ait reçu des suppliques pour faire cesser leur martyre.

Déplorable état! car les médicaments, les conseils, les remontrances ne peuvent rien pour le faire cesser. L'agent qui produit tous ces phénomènes est quelquefois le résultat de déviations; mais il suffît aussi d'un regard, d'une parole d'autrui pour le produire. Malheureuse condition humaine, soumise au courant des choses d'ici-bas comme aux influences véritables

d'agents mystérieux du milieu où nous vivons, et peutêtre aussi aux volontés d*En-Haut! Notre sort est souvent pire que celui des animaux qui nous sont inférieurs ; mais peut-être que, si on les considérait de très près, on rencontrerait dans chacun d'eux quelque chose qui approche de nos folies et de nos dérèglements.

11 faudrait bien des volumes pour décrire les résultats, les produits de ces mirages, de cette fausse magie qui trouble plus ou moins tous les êtres. Ne chassait-on pas, dans l'antiquité, les démons qui s'introduisaient dans le corps humain? Ne les faisait-on pas passer dans le corps des pourceaux ou d'autres animaux? — Folie! dira-t-on, que ces opérations. — Ah ! ceux qui les exécutaient étaient moins fous que nos savants et nos médecins : ils guérissaient parfois des malheureux et faisaient cesser d'horribles tourments. C'est en vain que vous iriez près de nos sages d'aujourd'hui chercher un soulagement à de semblables maux, vous ne trouveriez chez eux qu'une autre espèce de folie : Vorgueil et la vanité. On emprisonne, on séquestre les fous que Ton croit dangereux; tandis que la surexcitation du cerveau peut, chez certains hommes, déterminer une folie raisonnable, qui se traduit en doctrines, en systèmes de nature à troubler le monde.

Le monde est plein de fous, et qui n'en veut point voir Doit fermer ses volets et casser son miroir.

Je n'ai fait que toucher en passant le chapitre des illusions : le magnétisme dévoile la cause de plusieurs, et peut-être est-il destiné lui-même à en faire naître de nouvelles. Vérité, sagesse, où êtes-vous? où vous êtesvous réfugiées? Devez-vous renaître au monde par un

désir sincère de Thomme qui sait que vous avez jadis habité sur la terre ? Fàut-ii trop de science pour vous posséder comme trop de vertu pour vous mériter ? Les générations marchent en avant, au son du tocsin et des tambours : nulle puissance n'est capable de les arrêter, si ce n*est Dieu lui-même par un nouveau cataclysme. Dieu n'a-t-il pas dit que, lorsque la mesure des iniquités serait comble, sa vengeance éclaterait ? C'est alors seulement que rhomme verra clair et n'aura plus d'illusions, à moins toutefois que ceux qui nous ont rapporté ces paroles n'aient été aussi des hallucinés.

Profanations.

Le magnétisme a toujours été considéré, par le^ anciens prêtres ou mages, comme une vérité d'un ordre tellement supérieur qu'ils regardaient comme sacrilège toute pratique, tout enseignement rendus vulgaires. Ils pensaient que ce secret, dérobé aux immortels, devait être caché au plus profond de Tâme. L'homme qui divulguait l'existence de cette force mystérieuse était puni du dernier supplice; quelquefois on le frappait dans l'ombre. Les peuples n'étaient point ce qu'ils sont aujourd'hui; les lumières de l'intelligence, réunies en faisceau, ne sortaient point des temples ; c'était dans le sanctuaire que les chefs d'empire mêmes étaient contraints de les aller chercher. 11 fallut bien des siècles pour que les peuples apprissent, et chacune de leurs conquêtes se payait par leur généreux sang. Mais la science véritable cessa de se montrer, elle ne parut plus que par lueurs incertaines. L'homme, comme nou-

vel affranchi, crut que le seul bien était la liberté, il n'ouvrit ses yeux qu'à la lumière du soleil ; tout ce qui ne pouvait se voir, tout ce qui ne pouvait s'acquérir par Tétude de ce que les sens peuvent saisir fut rejeté. Parut alors une fausse philosophie, bien utile pourtant, car, s'appliquaot à la nature morte, elle en saisissait aussi les secrets. De cette balance des forces nnoraleset physiques^ la science ne prit qu'un plateau : elle y mit le monde matériel, le pesa et vendit à faux poids. Le principe qui anime la nature entière et qui devait faire équilibre fut rejeté comme n'existant pas. Le savant nia jusqu'à la force qui le faisait mouvoir, le principe même d'où il tenait la vie et la cause première de ses connaissances. Il ne vit qu'un agent physique, qu'un levier ; quant à l'auteur de ce qui existe, s'il s'en occupa, ce fut seulement pour essayer de contester son existence. Les hommes devinrent athées et se portèrent vers tout ce qui pouvait satisfaire leurs passions les moins nobles : la chair prédomina: Ils se firent une médecine qu'ils appelèrent du nom de science. Ici la nature les abandonna ; ils s'égarèrent dès lors dans leurs recherches, et, croyant se guérir, ils s'empoisonnèrent. C'est que déjà l'étude négligée devenait essentielle. Comme tout en nous n'est point matière, les maladies les plus graves et les plus nombreuses résistèrent aux vains spécifiques que le chimiste se plaisait à produire. Quelque chose repoussait le remède : c'était un agent invisible dont on ne tenait aucun compte. On avait beau étouffer sa voix par des sophistications, il résistait jusqu'au dernier moment.

Les hommes se rappelant le passé, ces guérisons surprenantes que les sages opéraient par de simples impo-

sitions de mains, les miracles enfin que la science n'opérait plus, malgré son bon vouloir, découvrirent, à force de chercher, une trace de ce pouvoir divin et humain. Ils virent que certains êtres s'étaient, d'âge en âge, transmis un grand secret, un des diamants de cette couronne antique dont ils ne connaissaient point toute la valeur. Mesmer s'en empara, en fit briller les facettes aux yeux d'une foule émerveillée ; mais bientôt la vérité descendit par échelons jusqu'aux charlatans du plus bas étage, et ceux-là la prostituèrent pour en tirer de l'or. C'est ainsi que la découverte la plus grande et la plus divine, n'ayant pu se faire pardonner son origine parla science actuelle, devint presque un objet de dégoût.

Parmi les choses regardées comme sacrées, celle-ci du moins devait être conservée pure et hors de toute atteinte ! Mais les hommes éminents qui laissèrent, par incurie ou faiblesse, tomber successivement plusieurs trônes, ne surent rien préserver ; ils ne voyaient ni n'entendaient ; car, fils du matérialisme, l'intelligence des choses leur est inconnue. Le divin principe eût pu donner une philosophie vraie, une médecine souveraine, un lien pour enserrer tous les hommes dans une croyance universelle : ce principe a été repoussé. Cependant il démontrait l'existence d'un Dieu, la certitude

d'une autre vie C'est désormais sur des tréteaux,

en butte aux sifflets et à la risée des imbéciles, qu'il faut aller le chercher .

Nous n'avons point de mots pour exprimer notre indignation, pour flétrir ces misérables aux visages sans honte, qui parodient les œuvres divines et traduisent dans un ignoble jargon les paroles inspirées des anciens mages !

Voilà l'ouvrage des savants, voilà ce que nous leur devons.

Il faudra un jour arracher de force la vérité des mains criminelles et cupides qui s'en sont saisies : le pourrat-on ? — Oui, en l'enseignant d'en haut, en la faisant rentrer dans le temple, en soumettant aux épreuves du savoir tous ceux qui voudront jouir de cette lumière.

Les Signes et les Chiffres magiques.

11 faut remonter aux temps les plus anciens pour trouver les traces de la magie par signes ; tout ce que nous pourrions dire à ce sujet n'aurait pas la valeur des traditions exactes conservées dans les livres traitant de Tart occulte.

Voici un fragment curieux d'un ancien écrit que nous avons sous les yeux, il rendra parfaitement les idées que nous avons conçues, et qui, en nos mains, se sont traduites en faits :

« Les caractères hébraïques estoient accompagnez de « très grands secrets contenuz en leur forme et figure, « maiorité ou minorité, et autres telles différences : pa- « reillementen ce que quelques-vns se ressemblent comme « le 2 Beth et le 3 Caph ; le T Daleth et le*| Res\ le n He « au n Cheth, et p Thaa : le D Samech et le c Mem « final, les mots aussi qui en estoient composez le « deuoient estre encore plus ; esquels à Tadueu mesme « des Gentils, il y a certaine emphase et vertu latentes (( qui ne se trouuent point es aulres langues ; d'autant « qu'ils sont plus proches de la Diuinité, et les lettres « aussi, comme en estant immédiatement émanées : si

(( que les mages anciens comme Zoroastre, Hernies, « Orphée, Osthanes, Euax, Arthephie, Kirannide, Pica- (( trix et autres semblables, Indiens, Perses, Chaldeens, (( Ethiopiens, Egyptiens et Grecs, tiennent que chaque a (( efficace en la magie, en tant qu'il est formé de la voix « de Dieu, qui est la première chose où la nature vient « à exercer ses plus admirables effets, dépendans comme « dVn mariage de la terre avesques le ciel, delà matière « auec la forme, du patient auec Tagent, de la parole ou « escriture auec le sens qu'elle représente. Tellement « que pour le regard de ces miraculeux ouurages, surpas- « sans la commune portée des hommes, et aussi l'ordre « de nature, les voix articulées et les dictions, voire les (( carateres encore qui ne signifient rien quant à nous, (( ont plus d'efScace et de propriété que ceux qui ont « quelque sens et intelligence. Dont Platon, au dia- « logue du Cralyle, met que la loy ordonnoit en termes (( exprès, qu'en toutes prières on eust à invoquer les (( dieux par leurs noms qui leur estoient les plus (( agréables, et desquels ils pronoient plaisir qu'on les <( appelast, sans se soucier autrement de ce qu'ils (( peuuent signifier. Et de faict les bons démons ont (( souventes fois reuelé aux hommes des caractères, des (( figuras et paroles estranges, où l'en entendoit rien du « tout quant au commun usage de parler ; mais par « vne tacite et profonde admiration, ils esleuent les (( âmes là hault comme rauies en ecstases, et les tirent (( à vne ferme confiance, de laquelle s'ensuit la clef et « production de ces opérations merveilleuses : Non que (( par de tels mots ou caractères nous puissions con- <( traindre, n'y attraire à nous les intelligences, ou les (( esmouuoir à effectuer rien quelconque à notre appe-

(( tit ; ains tout ainsi qu'à force de bras nou-nous esle- (( vons le long d'une corde à quelque créneau ou « fenestre, au lieu de les faire venir contrebas ; ou que « du dedans d vne barque auec vn chable et cabestan « planté au riuage, nous n*aprochons pas la terre de (( nous, ainsi en ballant nous acostons ; en semblable « par le moien de ces symboles, marque et notes, nous « n'attirons pas icy bas les puissances célestes... au « contraire, nou-nous esleuons à icelles : et de ce fonde- (( ment dépend tout l'efficace des cérémonies et sacri- « fices, ainsi que le déduisent Plotin, lamblicfae, et (( autres philosophes Platoniciens ; parquoy on ne vou- « lait pas que ces vocables mystérieux fussent changez (( ne transportez en autre langue, ains délaissez en la i< leur propre, selon mesme qu'obserue le christianisme « en tout-plein de mots ; comme Amen, Alleluiafi, « Osanna, Ipatah au baptesme, et assez d'autres ; d'au- « tant qu'on les tient estre procédez de la propre bouche « de Dieu. »

Miroirs anciens.

Les anciens avaient donc un alphabet magique ; nos expériences variées et multipliées nous rendront sans doute celte connaissance antique. Les mages admettaient ce principe. Ils disaient : « Pendant que la parole est retenue dans la pensée, elle ressemble à Vunitè [au point indivisible et au yod), et quand elle se jette au dehors^ au binaire {ou à la ligne), »

La vertu des signes n'était donc point douteuse. La plaque magique que nous traçons aujourd'hui, et qui

COROt-LAIREB 299

BC trouve en plusieurs endroits de cel écrit, les anciens l'appelaient mer-mystique.

Voici encore ce qui nous reste des anciennes traditions de la magie. D'abord un cercle magique simple dont voici la figure :

Puis un autre cercle magique qu'ils traçaient sur une muraille ou un panneau, et qui rendait visible pour toutes les apparitions produites magiquementetpar évocation.

Nous ne doutons nullement qu'on ne trouve bientôt la signification des caractères indéchiffrables encore

qui se trouvent dans les ouvrages traitant de l'arl occulte.

Sorcellerie.

(( La sorcellerie est une liaison ou un charme qui, de l'esprit des sorciers, passe, par les yeux de celui qu'on ensorcelle, à son âme, et le sortilège est l'instrument de l'esprit, c'est-à-dire une vapeur pure, luisante, subtile provenant du plus pur sang engendré par la chaleur du cœur, lequel renvoie continuellement par les yeux des rayons qui sont semblables, et ces rayons portent avec eux une vapeur, cette vapeur porte le sang, comme nous en voyons dans les yeux chassieux et rouges, dont le rayon, envoyé aux yeux de ceux qui les regardent, arrive avec la vapeur du sang corrompu et leur fait contracter la même maladie.

« Ainsi, un œil étendu ou ouvert qui jette ses rayons sur quelqu'un avec une forte imagination, suivant la pointe de ces rayons qui sont les voituriers et les chariots ou porteurs de l'esprit ; ces esprits lents, battant lesyeux de l'ensorcelé, étant excité par le cœur de celui qui le bat, étant entré dans l'intérieur de celui qu'il frappe et s'en étant rendu maître comme d'un pays qui lui appartient, cet esprit étranger blesse son cœur et rinfecle. C'est ce qui a fait dire à Apulée: « Vos yeux, « étant entrés par mes yeux dans mon intérieur, « émeuvent un grand incendie dans le fond de mon <( corps et dans la moelle de mes os. » 11 faut donc savoir qu'on ensorcelle les hommes quand, par un regard fort fréquent, ils dirigent la pointe de leur vue

vers la pointe d'un autre, et que ces yeux 3'attachent fort les uns aux autres, et les lumières aux lumières ; pour lors l'esprit se joint à l'esprit et lui porte et attache des étincelles ; c'est ainsi que se forment le& liens les plus forts et les plus engagejints. Ainsi les amours les plus passionnées s'allument d'un seul regard subit, par le moyen des seuls rayons des yeux, comme une flèche pénètre tout un corps. Ainsi l'esprit et le sang de ceux qui aiment étant ainsi blessés passent de la même manière dans l'amant et l'ensorcelle que le sang et l'esprit de la vengeance d'un homme tué dans celui qui tue. C'est ce qui a fait dire à Lucrèce, dans ses vers sur les charmes de l'amour :

« Notre âme, étant frappée de l'amour, le fait aussi- « tôt ressentir au corps ; car presque tout le monde est « sujet à cette passion, et le sang se montre inconti- (( nent sur cette partie qui a été frappée, et une humeur (( ou couleur rouge saisit aussitôt celui qui frappe s'il « est près. »

Le magnétisme détourné de ses voies donne lieu aux désordres les plus grands. Qui n'a reconnu dans la description que je viens de donner de la sorcellerie le même pouvoir, le même agent que celui qui sert à guérir ? ]Ne serait-il point dangereux de s'appesantir sur ces faits, et tous ne savons-nous pas quelle précaution le magnétiseur le plus sage est obligé de prendre pour ne pas déterminer des penchants en dehors même de sa volonté chez les personnes magnétisées ?

Tout est magie dans la nature : les siècles ont amené les transformations que nous constatons chez les êtres ; le feu est encore sous la cendre, il serait bien facile de le rallumer. Dieu avait lié tous les êtres entre eux en

créant un agent subtil ; il n'y avait alors ni riches ni pauvres, tous étaient, égaux et obéissaient aux lois de Dieu, à la nature qui les incitait sans relâche à user de leurs facultés. On retrouve aujourd'hui, par le magnétisme, les attributs ainsi que les propriétés de Thomme primitif. Qui osera révéler ce nouveau mystère ?

Conclusion.

Je crois à la magie par mes œuvres et non par celles d'autrui ; je ne crois même pas qu'il y ait un autre chemin que celui que j'ai suivi pour arriver à cette science profonde. Je ne suis encore qu'un apprenti, et cependant je vois l'égarement de tous ces chercheurs du grand œuvre, qui pensent arriver à leurs fins sans la nature, sans le principe de vie. Je vois qu'il faut prendre en soi l'élément essentiel, et que tout le reste n'est que secondaire.

Celui qui produit est dans la vérité, tandis que celui qui dit : Je ferai, — peut être dans Terreur. Je n'ai, du reste, aucun souci des travaux des autres hommes, lorsque ces travaux sortent de Tordre que j'ai moi-même tracé ; car je suis convaincu qu'en dehors de ce chemin il n'y a que déception.

Ai-je fixé des limites ? — Non ; car je pense qu'il n'y en a point ici. Ai-je donné dans cet écrit tout ce qu'il faut savoir pour commencer et développer une œuvre? — Oui, et il ne faut pas une grande intelligence pour y saisir ce que les mots renferment. Ce serait un grand malheur si les charlatans parvenaient, comme dans le magnétisme simple, à devancer les hommes instruits.

J'écris pour prendre date et pour empêctier que des hommes studieux perdent désormais leur temps dans des recherches satis fruit, lorsque leur labeur pourrait être si utile à la science. J'écris aussi pour montrer que, si tous les hommes convaincus ne bravent pas les préjugés pour établir les faits sur lesquels repose leur croyance, c'est qu'au fond de leur âme il reste quelque doute, ou que Dieu ne leur a pas donné une mission semblable. Mais, je Tavoue, la vérité me pèse comme un remords : une fois dite, mon âme sera soulagée.

Je crois que tous ceux qui prétendent posséder de puissants secrets s'abusent souvent sur leur propre pouvoir. Je crois que le bien ne doit jamais rester caché, le moyen de nuire même peut être utile ; car ce qui tue peut guérir parfois. Mais est-ce un reste de préjugé chez moi? est-ce un sentiment de ma conscience? — J'aurais voulu pourtant que la vérité nouvelle s'introduisit dans le monde par un autre canal que celui par où elle va passer. J'ai cherché, mais n'apercevant autour de moi que des gens n'ayant d'autres vertus que les vertus communes, je me suis décidé et me suis dit : La vierge qui passe dans les bras d'un vieillard attriste le cœur ; c'est la nécessité qui la détermine, et non l'amour ; son hyménée ne peut être heureux. Mais le vieillard manquera de puissance, et l'hyménée reconmiencera sous de meilleurs auspices.

Le vieux temps avait du bon : certains hommes s'associaient pour poursuivre en commun la recherche des vérités, l'État même venait à leur secours, afin de diminuer chez eux les soucis de la vie. Ils avaient des loisirs^ et, leur pensée s'appliquant entièrement à une série de travaux, ils y devenaient supérieurs. Aujour-

d'hui, rien de semblable n'existe. L'Etat, il est vrai, vient au secours de quelques savants ; il donnera quelque mission, sera même généreux, mais en tant seulement que leurs travaux rentreront dans le cercle des sciences académiques. Il ne va pas au-delà.

Bientôt tout changera. C'est parce que je prévois un autre ordre des choses et des temps plus propices, que je dis aux magnélistes : Courage, vous aurez votre jour de triomphe ! Ne voyez-vous pas ce que j'ose ? — Allez ! l'avenir est à nous. S'il me restait un doute, la vérité peut-être m'eût rempli de terreur, la crainte m'eût ôté la parole ; et cependant je ne manque point de courage. Le monde obéit encore à des maîtres puissants, le génie du mal l'emporte sur celui du bien. Hâlez-vous donc, comme moi, sans perdre un seul instant, car tout se prépare pour une victoire décisive !

Je vous avouerai que je n'ai point entièrement levé le voile qui cache certains mystères de la nature; une aussi grande tâche était au-dessus de mes forces.

Les lignes et les figures dont nous nous sommes servi se rencontrent dans tous les ouvrages sur la magie et la sorcellerie ; je vous en ai démontré la valeur : leurs vertus ne sont point imaginaires. Les lettres cabalistiques des anciens présentaient dans leur ensemble tout un alphabet mystérieux ; elles n'étaient donc point faites pour parler aux sens seulement^ mais, rendues actives, elles exerçaient une action puissante sur les êtres et déterminaient l'apparition d'une série de phénomènes. On retrouve cet alphabet dans toutes les anciennes religions ; les prêtres en connaissaient la valeur et en cachaient le vrai sens à tous les autres hommes. Dérober les signes n'était rien, leur donner

la vertu était tout. C'est ce qu'ignoraient la plupart de ceux qui écrivent sur la magie. On s'empara de même des attributs des royautés sacerdotales de ces temps pour en revêtir d'autres maîtres du monde. Parce qu'on avait vu les prêtres opérer des prodiges en se servant d'une flèche ou verge qu'ils tenaient à la main, ou même d'un simple roseau, on crut que, placés dans des mains vulgaires, les mêmes effets se produiraient. C'est ainsi que les attributs du commandement furent conservés : de là les mains de justice des magistrats, les bâtons de chefs d'armée, les crosses des évêques, et plus tard les baguettes des officiers de justice et de tous les chefs du compagnonnage. Ce n'était plus alors qu'un signe mort ou n^ayant qu'une puissance imaginaire, tandis que les gens instruits des temps primitifs s'en servaient comme de conducteurs du feu intérieur de notre corps : ils fascinaient, endormaient ou jetaient dans des convulsions ceux qui bravaient le pouvoir religieux. Moïse, comme d'autres grands prêtres ou chefs, ne marchait jamais sans tenir à la main ce qui pouvait servir à diriger cette foudre. C'est ainsi que tous semblaient commander même aux éléments ; car nul ne sait encore aujourd'hui les bornes de cette secrète puissance.

Tous les signes magiques peuvent se retrouver sur nos plus anciens monuments religieux, comme aussi toute la cabale.

Les savants ne comprennent rien à toutes ces figures ; ils croient que les artistes ont produit sur la pierre les caprices de leur imagination. Un prêtre, aujourd'hui, est comme étranger à son temple, il n'en comprend plus les mystères ; les signes même qu'il exé-

cute selon l'ancienne formule ne pourraient être expliqués dans leur sens mystique. Mais, quand le prêtre de l'antiquité écrivait les mots sacrés, tout mortel tremblait. Aucun ne séparera plus les eaux de la mer Rouge et ne multipliera les pains, car ils ne comprennent plus le sens caché des Ecritures.

Peut-être la découverte nouvelle est-elle suscitée par la Providence pour être un nouveau point d'arrêt, un repos pour leà esprits fatigués, une clef de voûte pour l'édifice scientifique qui s'élève, enfin l'annonce d'hommes nouveaux, la naissance de doctrines propres à remplacer celles que nous voyons crouler, malgré les états puissants qui les soutiennent encore.

Toutes les découvertes sont incomplètes sans la nôtre. Qu'est-ce, d'ailleurs, que cette électricité matérielle dont la science se glorifie, près de cette pure essence dont je viens de dévoiler l'existence ? L'électricité ne dépasse point notre atmosphère, l'agent plus parfait du magnétisme ouvre à l'esprit la voie de l'infini ; l'une ne sait qu'obéir, l'autre commande. La première est la. mort, la seconde est la vie. Mais, comme tout doit servir dans la main de l'homme, l'électricité portera d'un bout du monde à l'autre ses rayons pleins de feu ; notre feu, à nous, agira sur toutes les intelligences, leur donnera un complément de puissance, un pouvoir si grand que tous les miracles anciens seront dépassés ! L'homme alors aura à sa disposition toutes les forces de la nature ; et, les plateaux de la balance reprenant enfin leur équilibre, le point où s'arrêtera l'aiguille sera

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