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XVI PREFACE

Voici qui fera plus que le raisonnement pour la solution des divins problèmes. L'agent de toutes les merveilles, de tous les miracles, de la vie, de la mort ; le principe de toutes choses, enfin, est désormais à la disposition de Thomme !

Baron DU POTET.

Paris, 15 août 1852.

PRE3IIERE PARTIE

BIOGRAPHIE DK L'AUTEUR

Ayant résolu de publier un livre sur les faits mystérieux du magnétisme et de la magie, j'ai cru devoir placer le lecteur à mon point de départ, de manière à ce qu'il me suivît dans ma course, et s'initiât aux merveilles de la science nouvelle, en suivant tous mes pas; qu'il vît le progrès de mes études, leurs résultats, et comment je suis arrivé au but sans qu'aucun homme m'indiquât la route.

Je commence donc ici ma biographie ; elle intéressera peut-être quelques lecteurs. Ce chapitre, écrit très rapidement, marque seulement des dates : c'est tout ce que j'ai voulu. Cette histoire abrégée m'a paru essentielle, je le répète, sans cela je ne Teusse point écrite ; car elle n'a rien de flatteur pour moi ; mais c'est un hommage rendu à la vérité.

Enfance

On recherche quelquefois les premiers pas d'un homme dont les œuvres ont eu quelque retentissement;

on se demande comment il est arrivé à prendre rang dans la catégorie du petit nombre d'êtres dont la vie eut le privilège d'occuper un instant l'attention : c'est souvent un mystère impénétrable et dérobé à tous les yeux.

Le sage cache sa vie, Torgueilleux la dissimule tant qu'il peut, l'homme simple, et qui n'a aucun^ prétention à la renommée, dit la vérité. Comment avez-vous commencé? quels furent vos maîtres? qui donc vous ouvrit la carrière ! où avez-vous puisé les premières notions de votre science? etc., sont des questions qui m'ont été cent fois posées. Je ne méritais certainement pas autant d'attention, et longtemps je fis le sourd ; non point que je regardasse ces demandes comme indiscrètes, car moi-même j'interrogeai souvent les magnétistes qui me précédèrent ou suivirent. Mais une chose me préoccupait et me paraissait plus importante : produire des faits propres à justifier le magnétisme des odieux soupçons jetés sur son existence ; et j'employais tous mes moments à l'expérimentation, car convaincre me semblait un devoir essentiel auquel je satisfaisais toujours pleinement.

Aujourd'hui, je vais répondre en quelques mots à ces demandes renouvelées ; on veut connaître mon passé ; peut-être, par l'enchaînement qui s'y trouve, reconnaîtra-t-on une de ces destinées contre lesquelles on se révolte en vain.

Je naquis le 23 germinal an IV (12 avril 1796), dans un petit village du département de l'Yonne, La Chapelle, commune de Sennevoy, où mon père possédait la seigneurie de ses ancêtres, qui, sans la Révolution, me serait revenue, comme le premier-né. Par l'ancienneté

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de race,, nous appartenions à la vieille noblesse du duché de Bourgogne. Ma famille autrefois donna son nom à deux rues de la capitale ; et il y a encore aujourd'hui à Dijon la rue du Grànd-Potet, Je dis ceci sans aucune vanité: car je ne reconnais qu*une noblesse véritable : c'est celle de Tintelligence. Mon père, sur ce point, pensait autrement que moi ; mais il chercha vainement à m'inculquer ses traditions de famille.

On m'emmena aussitôt ma naissance, car la vie était alors fort tourmentée ; puis, quelque temps après, on me ramena au premier gite. Voyageant la nuit et discrètement, j'étais conduit par une brave femme qui avait bien voulu prendre soin de moi ; elle cheminait lentement, sur une route peu fréquentée, tenant par la bride un baudet. J'étais emmaillotté douillettement et placé dans un des paniers que portait cet âne. Mais le fond avait été mal assuré, les clavicules qui servaient à l'assujettir mal mises ; bref, je tombai sur la route avec les oreillers, et la bonne femme allait toujours son chemin, sans s'apercevoir en rien de mon absence. Ce ne fut qu'à un village qu'elle reconnut que j'avais disparu ; mais où étais-je? elle n'en savait absolument rien. Elle prit une lanterne, et, à force de marcher, elle me rencontra. Je dormais paisiblement, couché près d'une ornière. Me saisir, m'emporter, faire une lieue pour rejoindre l'âne, tut l'affaire de peu de temps. Je dus à cette circonstance d'avoir une seconde mère, qui ne put jamais m'aborder, dans la suite, sans verser beaucoup de larmes.

Mon enfance fut différente de celle des autres enfants. Jusqu'à l'âge de quatorze ans, je ne voulus rien apprendre ; les privations de toute nature, les mauvais

traitements, que je méritais bien, ne purent rien sur moi, et ne me déterminèrent jamais à commencer mes études. Entrant dans une école publique, j'en sortais aussitôt; ou bien, si j'étais contraint d'y rester, j'attrapais les mouches, et portais toute mon attention à Texamen des moyens qui m'étaient laissés de fuir.

J'aimais passionnément le lumière du soleil. Je ^rois que, si l'on m'eût mis au cachot, on eût obtenu de moi tout ce que l'on eût voulu, en me promettant surtout quelques heures de loisir à employer selon mon habitude, c'est-à-dire loin de tous et en pleine campagne.

On chercha à m'inculquer le rudiment du catéchisme; je m'y prêtais forcément ; mais, en entendant le saint homme me demander gravement : c Le Père est-il Dieu? Je répondais : Oui. — Le Fils est-il Dieu? — Oui. — Le Saint-Esprit est-il Dieu? — Oui. — Ce sont donc trois Dieux ? > Je faisais la réponse convenue, et, n'y comprenant rien, je bâillais et prenais la clef des champs. Je n'avais d'ailleurs nul souci des peines de Fenfer ou du purgatoire dont on me menaçait ; car mon père avait dit devant moi qu'on avait bien fait d'inventer Tenfer pour épouvanter la canaille. C'était le refrain d'une chanson qu'il chantait quelquefois en revenant de la chasse. Cependant, une chose que je ne m'expliquais point, c'est que toutes les fois qu'il sortait de la maison pour se livrer à son plaisir favori, et qu'il rencontrait sur son chemin un ecclésiastique, il disait : a Bon, voici un oiseau de mauvais augure ! que le diable l'emporte : je ferai mauvaise chasse aujourd'hui ! » Ces mots m'avaient frappé.

J'allais aux offices du dimanche, à la fin seulement, parce qu'on m'en faisait un rigoureux devoir ; mais de

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toutes ces cérémonies, je n'en apercevais qu'une seule, la distribution du pain bénit. J'en prenais alors un modeste morceau, non parce que c'était un fragment de brioche, mais parce qu'il devenait une preuve péremptoire de ma présence à l'église. Ma mère, chaque fois, était si contente, si heureuse, que je manquais rarement de lui donner cette douce satisfaction.

Toujours dans les bois ou proche des rivières, j'aimais le contact de ces fluides qui, mariés aux rayons du soleil, caressent si agréablement le corps. C'était tout mon bonheur, toute ma vie ; j'entendais le bruit le plus léger, comme celui d'une feuille qui tombe, d'un insecte qui passe dans l'air ou remue discrètement la mousse. La nature avait pour moi des harmonies que je croyais ressenties par toutes les créatures. J'étais ravi, enchanté d'être comme Técho du murmure de la création ; cette sorle d'extase durait quelquefois des journées entières.

Mais il fallait bien rentrer à la maison paternelle, et j'entendais alors de grosses voix qui me fendaient les oreilles. Du plus loin que l'on m'apercevait, on m'envoyait ces mots si durs : Paresseux^ vagabond, p7^opre à rien, idiot, etc. ; c'était le prélude d'une correction en règle, selon l'ancienne méthode. Puis, lorsque tout était fini, une voix plus douce m'appelait ; hélas ! c'était la voix de ma mère, et ses paroles pénétraient jusqu'au fond de mon cœur ! « Jules, d'où viens-tu ? Tu ne veux donc point travailler, mon enfant? tu veux donc toujours me désoler, et être une cause de chagrin pour ton père et ta mère ? » Puis, prenant enfin le ton d'une feinte colère, elle me disait : « Jules, les vagabonds ont commencé comme toi, puis ils devinrent voleurs. Serais-tu destiné à faire notre désespoir? Réfléchis, rends-nous la

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joie ; prends Ion panier, tes livres, et va à l'école ! » Je n^osais répondre non, car j'avais bien Tintention d'obéir ; mais quelque chose de plus fort que tous les conseils, de plus puissant que toutes les remontrances activer et violentes^ empêchait que ma nature ne changeât.

Apprendre ! à quoi bon ? me disais-je ; je sais déjà tant de choses ! je connais tous les sentiers de la forêt, les lieux où la rivière est profonde, les arbres qui recèlent les nids. J'entends tout, je vois tout ! je connais la saveur de tous les fruits sauvages ; je suis habile à grimper à la cime des arbres géants, comme à descendre les montagnes escarpées.

Apprendre ! mais je ne vois point les poissons du ruisseau aller à Técole, les animaux des prairies n'onf point de précepteurs, les oiseaux obéissent à euxmêmes, et sont, comme moi, joyeux lorsqu'un rayon de soleil reluit à l'horizon.

Ne vois-je pas chaque jour des gens que Ton appelle bêteSy et on dit partout qu'ils sont heureux, que tout leur réussit, qu'ils amassent beaucoup d'argent !

Rien alors n'aurait pu me convaincre de Tutilité des sciences ; les savants que je voyais me paraissaient faits comme les autres hommes. Je comprenais le chant des oiseaux, et je le préférais de beaucoup au latin que je ne comprenais point. Je sortais donc tous les jours de la maison paternelle, quelquefois avec de grosses larmes dans les yeux ; elles ne me venaient point de la souffrance, je ne savais ce qui les faisait couler, et quelle était la cause de mon chagrin. L'air était mon élément favori, l'air me consolait. Les paroles de ma bonne mère me revenaient parfois, et voilaient de nouveau mes yeux : j'essuyais ces pleurs, c'était tout. Rebuté, châtié chaque

fois que je rentrais, on mettait sur mon compte tout le mal arrivé à la maison, mal qui s'était fait en mon absence. Des objets étaient-ils cassés, c'était moi ; Toiseau avait-il pris sa volée, c'était moi qui avais ouvert la cage ; un chien criait-il, c'était moi qui le tourmentai» ; quelque chose de valeur était-il égaré ou perdu sans retour, c'était moi qui l'avais dérobé. J'étais un mauvais génie, mais un génie muet, car je ne répondais point, sachant par expérience que toute justification aggraverait mon châtiment. Ayant horreur du mensonge, le sentiment du juste et de l'injuste s'enracina dans ma nature, je découvrais les coupables à leur physionomie. Hélas ! la justice légale offre parfois l'image de celle de la famille qui, n'écoutant rien que ses préventions ou impressions, condamne souvent sans entendre !

Les enfants voient tout, et se conduisent comme s'ils ne voyaient rien : ils seraient d'habiles espions. On dit qu'une certaine classe d'hommes utilise leurs petits talents, et en tire un très bon parti.

C'est ainsi que je grandis ; mes sens avaient acquis une finesse qui eut défié tous les savants dans les exercices où ils peuvent être d'un utile secouiîs, et cependant c'est tout cela que l'on voulait me faire abandonner : cela ne servait à rien, disait-on. On prit le parti de m'envoyer à la ville voisine, pensant que Téloignement agirait sur moi. Vaine tentative ! Comme les pigeons voyageurs, je revenais au colombier aussitôt lâché. Dix lieues pour moi n'étaient point une fatigue à craindre, je pouvais faire celte course avant déjeuner.

Enfin, l'instant d'entrer dans le bagne des civilisés arriva : le boulet fut rivé !

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Celte transformation de tout mon être, un seul mot Topera. J'avais bien quatorze ans. Me trouvant un jour chez un de mes prents, où il y avait alors nombreuse compagnie, un monsieur demanda qui j'étais ; on le lui dit : « Oh ! oh! dit-il, c'est dommage qu'il soit bête.i> Le rouge me monta au visage, je devins tout tremblant, je m'enfuis, non pour reprendre encore ma vie aventureuse et sauvage ; en un instant ma nature s'était décolorée ; je ne la voyais plus de même; une pointe aiguë avait pénétré jusqu'au plus profond de mon cœur ; je devins mélancolique et rêveur. Le même jour, je priai mon père de disposer de moi : a Mais tu n'es propre à rien. Que veux-tu que je fasse de toi ? Va-t'en ! » fut sa réponse. S'il m'eût observé, il eût pu voir sur mes traits l'empreinte de la tristesse ; mais il ne me regarda point.

J'appris seul à lire, à écrire, à compter ; je feuilletais tous les livres qui me tombaient sous la main ; mais on ne m'offrit plus de maître, le temps était passé. Je n'en accuse que moi. Mon père avait vu disparaître une grande partie de sa fortune, et je devenais un embarras.

D'un homme qui ne sait rien, que fait-on? Un soldat ; je n'avais point de goût pour ce métier de tueur d'hommes. Mais, quoique ignorant, je serais entré, comme noble, dans la maison du roi, que l'on formait alors ; mon père savait bien que je n'aurais point dérogé. Un gentilhomme, disait-il, prouve sa noblesse à la pointe de son épée^ le reste est peu de chose. Malheureusement^ je n'avais pas encore la taille, et il fallait d'ailleurs assurer une certaine pension au-dessus de nos moyens. J'entrai dans une maison de commerce ;

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on fut assez content de moi ; mais je me déplus bientôt à ce métier, et je pris congé du maître, ayant seulement trois louis doubles, que mon père m'avait laissés : c'était là tout mon avoir; mais j'étais libre et économe.

Enfant perdu ou plutôt oublié dans cette grande cité, oriente-toi, cherche à te rendre utile ; toutes les carrières paraissent t'être interdites, faute d'aptitude ou d'instruction ; un bon génie va guider tes pas, Dieu n'abandonne aucune de ses créatures ; il t'inspirera, et tu marcheras désormais dans des sentiers nouveaux, ta destinée sera de créer pour d'autres hommes une profession nouvelle, plus belle, plus noble que toutes celles qui existent. Ton sort sera un jour digne d'envie, tu deviendras chef d'école dans un art encore peu connu. Par toi, par tes efforts, ce qui est méprisé et avili sera honoré ; des hommes nouveaux te devront leur fortune et leur gloire !

Je n'avais point cette pensée, mais mon cerveau était rempli d'idées non moins flatteuses. L'illusion vient bercer de ses doux mensonges celui qui cherche à sortir de la foule commune ; un secret pressentiment m'avertissait pourtant que ma vie serait utilisée, mais je ne devinais point ce qui devait fixer mon sort. Ayant à ma disposition cette immense bibliothèque du pauvre et du flâneur, qui déploie ses rayons poudreux sur les parapets des ponts et sur les quais, je feuilletais, pendant les longues heures de la journée, ces volumes mutilés ; c'était cependant une occupation sérieuse pour mon esprit. Un jour^ j'ouvris un de ces ouvrages, tout maculé et rongé par les vers, ses pages avaient subi les outrages du temps ; il était bien vieux, et peut-être sa

vieillesse était-elle cause de son abandon. J'y lus et relus ces remarquables passages :

« Saches qu'il y a vne substance admirable au corps c de l'homme appelée Luz^ laquelle est toute sa force « et vertu, voire la racine et le fondement dlceluy ; « et quant il meurt, elle ne s'enuolle pas ny ne esua- « noûist pour cela, ains quant bien elle seroit réduite « en vn tas dans le plus grand feu, ne se brusle ny « consume poini, ny ne sçauroit estre non plus brisée « dans vne meulle de moulin, ny concassée dans un (( mortier, mais est permanente à tout iamais, receuant (( mesme de la volupté et délices en l'homme iuste « après son décès, suiuant ce qui est escrit en TEccle- « siastique, 26 : Et ossa eorum impinguabit, etc. »

(Carnitol, en ses Livres des Portes de justice,)

(( Laquelle substance, qui est le fondement de sa « racine, est partie du lieu dict Schamaim, les cieux. « par un mystère cogneu à ceux qui sçauent ce que <( c'est de ceste substance céleste, et dont chaque espèce « reçoit la force et vigueur de son estre ; car de là « l'influence uient au lieu qui s'appelle Sheakim, ou « région Etheree. »

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