THÉURGIE
Une guérison de Philippe.
Lyon, le 9 mars 1892.
« Monsieur le Directeur du Tintamarre.
« J’ai eu le plaisir de lire dans votre estimable journal certains faits relatifs à diverses guérisons obtenues par M. Philippe, luttant contre des maladies reconnues incurables par les médecins.
« Je suis, en ma qualité de père de famille, particulièrement heureux de venir aujourd’hui apporter un témoignage de reconnaissance que je vous prie, avec votre permission, de signaler dans un de vos prochains numéros.
« Voici les faits, lesquels sont indéniables :
« Il y a trois ans, ma petite fille Marguerite, alors âgée de cinq ans, fut atteinte d’une bronchite tuberculeuse; on la confia aux soins de M. le docteur C... qui lui fit suivre un traitement de trois semaines, lequel n’apporta aucune amélioration à l’état de ma pauvre mala.le.
« Par délicatesse et ayant grande confiance en M. le docteur G..., je ne voulus écouter le conseil de voir Philippe qu’après avoir consulté le susdit d’une façon
sérieuse sur l’espoir que j’avais de conserver mon enfant. M. le docteur C..., en présence de M. et Mme Bévy, propriétaires, rue Denfert-Rochereau, n“ 49, déclara qu’il y avait impossibilité à guérir ma petite fille et qu’elle était perdue ; elle était effectivement sans connaissance depuis 24 heures, avec tous les symptômes de l’agonie.
« En présence de cette situation désespérée, je n’hésitai plus et malgré mon scepticisme, j’envoyai mon ami ainsi qu’une amie de ma femme, Mme Dorel, rue Franklin, n“ 57, chez M. Philippe, qui leur dit ceci: « Rentrez chez vous sans inquiétude, l’enfant est sauvée, donnez-lui ce qu’elle désirera. »
« Preuve évidente! au même instant ma fille reprit connaissance et demanda à boire, à notre grande surprise, nous qui attendions l’heure fatale. Elle fut, dès ce jour, guérie ! j’étais tellement surpris que je n’osais attribuer cette guérison rapide et surnaturelle à son auteur, M. Philippe.
« Depuis j’ai eu, en moult circonstances, l’occasion de constater diverses cures merveilleuses, en ce sens qu’il n’y a jamais aucune médecine à prendre.
« Que ce simple témoignage, qui est l’expression de l’entière vérité, ajoute un fleuron de plus à la palme de reconnaissance offerte à M. Philippe et qu’il me soit permis de le remercier de m'avoir sauvé mon enfant.
<t Agréez, Monsieur le Directeur, l’assurance de ma considération distinguée.
« Laurent, 105, rue Bossuet, Lyon, »
§ 11. — La Médecine Hermétique (1).
A Monsieur Parus, président du G. E.
Paris, le 29 mai 1893.
Mon cher Papus,
Voici la petite histoire que vous m’avez demandée par écrit.
(1) Initiation.
Un do mes amis contracta dernièrement à la suite d’un mauvais régime et de fatigues physiques trop prolongées, une synovite :1a marche lui était devenue en deux ou trois jours presque impossible.
Je lui proposai de tenter une cure par une méthode renouvelée de Paracelse, et que je lui expliquai : ayant modelé avec de la cire et de l’huile une petite réduction du siège de l’inflammation, j’agis une nuit, pendant que le sujet était livré au sommeil, avec l’intention d’arrêter cette inilammation ; mon action dura une heure : il est bon de dire que nos demeures étaient séparées par une dizaine de kilomètres. Le surlendemain je vis arriver mon ami enchanté en me remerciant avec effusion : toute douleur était disparue et il avait pu faire une marche de huit lieues sans fatigue.
Je suis bien cordialement votre dévoué :
SÉDIR.
Nous pouvons ajouter que notre ami Sédir a obtenu depuis de nombreuses guérisons, soit par cette méthode, soit par l’emploi de talismans.
Une Cure.
Lord Dembigh, un des plus grands seigneurs irlandais, et par conséquent très catholique, décrit la cure miraculeuse faite à sa femme. Lady Dembigh Lambers Fielding, qui avait une sciatique de la pire espèce ; elle fut guérie par une paysanne près de Faliquo, dont la famille avait un pouvoir miraculeux de guérir qui provenait de loin, puisqu’il datait de saint Pierre et saint Paul. Cette famille se nommait Camelli. Ils reçurent les apôtres pendant un grand orage ; comme récompense, elle obtint le pouvoir par l’évocation et le signe de croix, et pouvait guérir tous les rhumatismes et autres souffrances. Ce pouvoir concernait seulement les descen-
dants mâles d’une ligne directe et habitants do l’endroit. Lord Dembigh connaissait des cas bien extraordinaires qu’il venai': d’expérimenter pendant les trois dernières années de sa vie, des cures instantanées par les memes moyens.
[Review O f Revie ws s 8 juin 18‘J2).
Angleterre. — Une vive agitation règne à Glascow et aux environs. Une foule de malades assiègent le couvent deDalbeith, où un jeune prêtre catholique, nommé Larkin, opère, dit-on, des miracles par la prière, et l’imposition des mains. Des infirmes, des paralytiques, des gens perclus, après avoir été admis en sa présence, s’en retournent guéris ???
Thérapeutique suggestive. — Un cas singulier de
guérison.
Voici aujourd’hui un cas de suggestion à l’état de veille, qui ne manque pas d’intérêt. C’est une contrepartie de l’expérience faite autrefois par MM. Focachon et Liégeois pour produire des phlyctènes sur la peau, comme s’il y avait eu apport d’un vésicatoire, par la simple suggestion pendant le sommeil hypnotique. Cette fois, il s’agit, au contraire, de la disparition par simple commandement, de produits pathologiques organisés. M. Gibert, que nous citions dernièrement à propos d’un cas de guérison d’une chorée grave par commandement, a voulu démontrer à M. P. Janet, qui niait le fait, que réellement, par suggestion, on parviendrait à faire disparaître des verrues, par exemple, accumulées sur la peau, M. le docteur Gibert choisit un jeune garçon de treize ans qu’on lui avait conduit au Dispensaire parce qu’il ne pouvait plus se servir de ses mains ni pour écrire, ni pour manger. La face dorsale des deux mains était envahie par une multitude de verrues qui entou-
LA MAGIE ET L’iIYPNOSE
raient même les ongles. Les verrues cessaient au pli de la peau qui sépare la main du poignet.
En réalité, le dessus de la main disparaissait entièrement, les doigts étaient immobilisés ; l’enfant était réduit à un état d’infirmité complet, « Jeréunis au Dispensaire, dit M. Gilbert, un certain nombre de médecins, etM. P. Janet, pour lequel la démonstration était préparée. Je leur demandai une seule chose, c’était d’être aussi sérieux et solennels que moi, et de ne pas rire. » Le cercle formé, il prit l’enfant parles deux mains; puis, le fixant dans les yeux, il lui demanda à haute et forte voix : « Veux-tu être guéri? » Comme le jeune sujet répondait mollement, la question fut répétée énergiquement à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’il répondît avec un accent de conviction : « Oui, Monsieur, je veux être guéri. » Alors, dit M. Gibert, prends garde. Je vais te laver avec de l’eau bleue ; mais si dans huit jours tu n’es pas guéri, je te laverai avec de l’eau jaune, et l’eau jaune cautérise. Cécile apporte-moi de l’eau bleue. » Puis M. Gibert lui badigeonna les mains avec une eau quelconque légèrement bleuie et les essuya avec soin.
Huit jours après, les verrues avaient complètement disparu, sauf deux ou trois qui semblaient être restées comme témoins de l’état antérieur. M. Gibert regarda le petit bonhomme comme la première fois et lui fit les plus vifs reproches de ce que toutes les verrues n’avaient pas disparu. Il badigeonna avec de l’eau jaune qui, sur cpmmande, procura à l’enfant une douleur imaginaire de brûlure. Quelques jours après, la peau était partout intacte et l’enfant put reprendre sa vie ordinaire. M. Gibert conclut de cette expérience curieuse qu’un produit incurable comme la verrue peut disparaître par simple influence morale ou mentale. Toutes les guérisons du zouave Jacob ou de n’importe quel thaumaturge s’expliquent de la même manière. C’est certain, mais cela n’en est pas moins bien extraordinaire. Et nous
LA MAGIE ET L HYl’XOSE
voudrions bien voir se reproduire une seconde fois l’expérience des verrues. Pourquoi n’essayerait-on pas maintenant sur un sujet atteint d’eczéma? Ce serait bien convaincant, si le succès couronnait la tentative. Dédié ùM. Gibert.
Henri de Parville.
{Journal des Débats.)
Nous extrayons du trè'-i remarquable article de Cari du Prel, traduit et annoté par M. de Rochas dans Ylnitiation de juillet 1894, les récits suivants.
Revenons d’abord à l’an 1819. M. Le Lieure de l’Aubépin raconte dans une lettre à Deleuze des faits observés par lui sur sa somnambule extraordinaire Manette.
Il dit :
« Manette s’était endormie en ma présence en touchant à une branche de myrthe, précédemment magnétisée par moi, après quoi je suis sorti. Lorsque je suis retourné, accompagné de mon frère qui m’aidait dans les soins que je lui ai prodigués, j’ai trouvé Manette endormie et dans une crise qui n’avait point été prévue par elle.
« Après l’avoir tranquillisée, je lui demandai d’où lui était venue cette crise ; elle m’a répondu, à mon grand étonnement, que c’était mon frère qui en était l’auteur, car il avait pincé avec ses ongles une feuille de myrthe qui était avec elle en rapport magnétique, et qu’au moment même où il le faisait, elle était tombée en proie aune crise de nerfs très douloureuse.
J’ajoute que la branche de myrthe était éloignée de 6 mètres de la malade. »
{Bibliotffèque du magnétisme animal, VIII, 115). Ainsi le hasard conduisit à une découverte qui a la plus grande ressemblance avec celle de Rochas. Le fait est bien simple. Le magnétiseur avait magnétisé une branche de myrthe qui devait le remplacer pendant son absence
et le sujet s’endormit en elïet en la touchant. Ceci pourrait à la rigueur être expliqué par l’auto-suggestion mais cette explication tombe dans la seconde partie du fait. Les effluves odiques de la malade s’étaient transportés sur la plante ; sa sensibilité avait été extériorisée ; il existait un rapport magnétique entre elle et la plante, et voilà pourquoi le léger dommage causé à la plante fut ressenti par la somnambule.
Si nous retournons plus en arrière, nous trouverons dans un écrit de 1753 un fait quin’estpoint donné comme le résultat d’un hasard, mais exposé, comme une chose parfaitement connue. Il s’agit d’un ouvrage du médecin de la cour, Andréas Tenzol, qui traite de la doctrine de la miimie humaine. On entend par mumie les substances expulsées du corps qui, parce qu’elles ont été unies à celui-ci et qu’elles ont pris part à son processus vital, sont saturées de l’Od de ce corps et le gardent sous forme d’Od extériorisé. Cet Od peut être transporté sur une plante en enterrant la mumie sous la plante par exemple ; et à ce propos Tenzel nous dit : (c II faut surtout faire attention à ne pas endommager le buisson ou la plante qui a été saturé ainsi d’une partie d*u membre par la mumie, il faut au contraire le soigner et tâcher d’avancer la croissance (1). »
Ainsi Tenzel est d’accord avec Rochas en disant que rOtl extériorisé garde sa sensibilité, qu’un rapport magnétique continue à existerentre celui-ci et sa source et qu’ainsi les influences mauvaises exercées sur ce premier se reproduiront sur la source vivante.
(RTë.nzel, Medicina diastalica. C. 7,
LA .MAGIE ET L’iIYPXOSE
La photophijsiognomonie (i).
C’est presque au jour le jour qu’on voit créer des méthodes nouvelles et, pour ne parler que de celles qui nous intéressent au point de vue photographique, n’est-il pas surprenant de constater qu’à de si courts intervalles de temps, ont été acquis des travaux aussi importants que ceux du docteur Marey, de M. Lippmann, de MM. Janssen et Laussedat, sans compter les innombrables perfectionnements apportés aux procédés de photographie, aux appareils et aux formules, ainsi que les nouvelles applications photographiques, qu’on signale incessamment.
Parmi ces dernières, l’une des plus curieuses est peut-être la photophysiognomonique, déterminée récemment à Genève, par notre compatriote M. le docteur Morins-Defrance, sur une longue série d’observations qui relèvent plutôt de la psycho-physiologie que de la physiognomonie pure.
S’il est vrai qu’à des signes extérieurs du visage on peut reconnaître chez les individus des tendances, des qualités ou des défauts, des particularités même du caractère, il est encore plus incontesté que les sentiments des êtres se reflètent sur leurs traits et peuvent déceler, dans une large mesure ce qu’ils ont été et ce qu’ils pourront être. Non seulement des sentiments simples et puissants comme la joie, la douleur, l’inquiétude et la crainte, se traduisent pour tous par des transformations faciales de même nature, mais on retrouve les mêmes mouvements généraux sur tous les visages pour traduire natiirellemeni des sensations ou des états d’âme bien plus complexes comme le désir, l’intérêt, le respect, l’incrédulité, l’ignorance ou la connaissance de l’approbation.
(1) septembre 1892.
LA MAGIE ET L’ilYPNOSE
Un sujet adulte, par exemple, étant placé de façon à pouvoir être photographié un grand nombre de fois en quelques secondes (à son insu, naturellement), on choisit un instant, où convenablement préparé pour cela, son cerveau ne se trouble point sous l’empire d’une préoccupation absorbante, et l’on produit subitement une série de sons musicaux, de telle façon que l’oreille du sujet, sans en être violemment frappée, ne puisse néanmoins ne pas en recevoir l’impression.
Aussitôt le faciès du sujet se transforme, son attitude varie et, pendant un temps plus ou moins long, il passe par une suite d’états divers qui seront autant de documents d’analyse précise pour le photophysiognomoniste.
Suivant la nature, la qualité, la succession des sons émis d’une part, et, d’autre part, la nature du sujet, son éducation, ses caractéristiques intellectuelles et physiques, les images obtenues à son insu en quelques secondes varieront.
Elles permettront au photophysiognomoniste de déterminer, d’après les formules spéciales que l’observation d’une infinité de sujets lui a déjàdonnées, sila personne soumise à cette épreuve est muscienne, l’a été ou serait organisée pour l’être ; si, ayant été musicienne, elle a abandonné cet art ; si elle en a poussé plus ou moins loin l’étude ; si elle a professé la musique ou la profese encore; si elle était instrumentiste ou cantatrice et même quel instrument elle pratiquait, etc., etc.
Dans un autre ordre d’idées, la méthode d’analyse indiquera si le sujet est nerveux ou lymphatique, doux ou violent, passif ou particulièrement réactif, si sa sensibilité est plus ou moins développée, etc., etc.
Nous abrégeons, car la nomenclature des indications que cette unique expérience fournit au photophysiugnonponiste, infiniment plus étendue que cela, paraît sans doute peu vraisemblable.
Userait assurément, en effet, imprudent de conclure
LA MAGIE ET L’ilYPN'OSE
formellement ainsi ;aussisegarde-t-on dele faire; quelque bien établies que soient les formules d’analyse, pour une seule expérience, elles ne servent que d’indices, et c’est seulement des concordances d’une nombreuse série d’expériences, très variées et souvent bien plus complexes que l’expérience audito-musicale que le photophysiognomoniste déduit les caractères typiques du sujet qu’il a voulu pénétrer.
Nous venons de dire que par l’épreuve audito-musicale le pliotophysiognomoniste pourra déterminer si le sujet est chanteur ou instrumentiste, et s’il est professeur ou s’il a tout au moins professé. Comme une telle précision d’appréciation peut sembleraupremier abord outrée, nous allons essayer de résumer, en quelques mots,, comment M. Morins explique les résultats que sa méthode lui donne.
Tout d’abord le pliotophysiognomoniste constate, par exemple, comme tout le monde pourrait le faire, que la personne qu’il va soumettre à son expérience a reçu une certaine éducation.
Il n’est point nécessaire d’avoir un génie spécial pour reconnaître, sous quelque costume que ce soit, si l’on est en présenee d’un individu resté dans la rusticité native ou affiné par l’éducation. Donc, il est constaté cZe visu que le sujet n’est pas une nature vulgaire. Pour se rendre mieux compte du genre d’éducation qu’il a pu recevoir, le pliotophysiognomoniste juge à propos de lui faire subir l’épreuve audito-musicale, quiaurapour effet de le renseigner sur le goût plus ou moins développé que le sujet peut avoir pour la musique.
Comme il s’agit d’impressionner un être affiné, on conçoit que l’épreuve ne va pas être la même que celle qu’on ferait subir à une nature fruste, afin de savoir simplement si la musique lui est antipathique ou non, ou même seulement pour savoir si sa nervosité auditive est plus ou moins marquée. L’épreuve audito-musicale
LA .MAGIE ET l’iIAM^NOSE
va donc comporter des successions de tons assez compliquées ; elle comprendra des parties harmoniques sans défauts, d’autres avec des fautes voulues ; des traits des passages où seront marqués, tour à tour, des détails de science musiçale pure ; orchestration, contrepoint, fugue ; des phrases musicales connues à côté d’autres inédites, et même des sonorités propres à la voix ou bien à tel ou tel instrument. (Un petit orgue à tuyaux de 7 jeux et 3 instruments à cordes suffisent pour toutes les expériences audito-musicales du D'' Morins.)
Le photophysiognomoniste sait d’avance, parce que d’innombrables expériences lelui ont appris, queson sujet marquera inconsciemment sa désapprobation de telle ou telle manière en entendant tel passage incorrect, telle faute légère ou grossière ; il en déduira facilement le degré de compétence musicale de la personne observée. La qualité de son goût en art musical lui sera décelée de la même manière. — En entendant un trait connu écrit pour la voix, le sujet, s’il est chanteur, le fera connaître involontairement par une contraction delà gorge, un mouvement de certains muscles du cou et du visage qui se produit en pareil cas plus de 9 fois sur 10, par un phénomène d’imitation spécial presque irrésistible. S’il n’est point chanteur, ces mouvements ne se produiront certainement pas, mais en revanche, s’il est flûtiste, à l’audition d’un autre trait, spécialement écrit pour la flûte, d’autres muscles de sa face s’animeront si peu que ce soit, et la photographie, qui l’aura scrupuleusement enregistré, le décèlera.
Enfin, le photophysiognomoniste a constaté par des milliers d’épreuves que toute personne professant ou ayant professé a une expression typique : le faciès pédagogique que ses traits ne revêtent pas toujours, mais qui paraîtra presque sûrement si ce sujet est placé dans un cas ou sa faculté de professeur pourrait avoir à s’exercer. Delà les fautes musciales voulues. Si le sujet
LA MAGIE ET L’iIYI'NOSE
a professé la musique, en entendant la faute musicale, il est presque certain qu’il prendra le faciès pédagogique, ne fût-ce que pendant un vingtième de seconde, en admettant qu’il ait pu le cacher jusque-là. Tous ces indices, corroborés par d’autres expériences que l’expérience audito-musicale, serviront à former l’opinion du photophysiognomoniste d’une manière absolue. Les indices qu’il recueille sont, isolément, infimes, mais forment, réunis, une certitude complète.
Le complément tout indiqué de la nouvelle méthode photophysiognomonique était la comparaison des épreuves d’un même sujet observé en divers temps.
M. Morins l’a faite, et rien n’est plus suggestif que l’examen des images qu’il a collectionnées de mêmes individus, reproduits de semaines en semaines, pendant des périodes de 7 à 8 années.
Pour certaines personnalités communes ; des artisans d’âge mûr, des fonctionnaires d’ordre et de conditions diverses, les différences sont peu marquées, mais à quelles curieuses transformations on assiste, dans la collection de photographies de sept années seulement, s’il s’agit d’un enfant ou d’un adolescent, et surtout d’un sujet poursuivant des études supérieures !
{Initiation, février 1889.)
§ 12. — Des cures par courant dynamique.
Tout lieu, toute image, toute idée même qui est aimanté longtemps par l’adoration des foules devient positivement et réeUejnentun centre dynamique dont les actions sur l’âme et sur l’astral peuvent être formidables et instantanées. Le Magisteet l’Adepte peuvent créer volontairement un tel centre comme ce fut le cas
LA MAGIE ET L’iIA'PNOSE
pour l’Arche de Moïse (1). Généralement une. influence soit du plan astral , soit même du plan céleste crée un tel centre qui se dynamise de plus en plus sous l’influence de la prière et des pèlerinages. Aussi, si un psychurgue peut guérir une affection réputée incurable, à plus forte raison, l’idée d’un malade dynamisé parla foi d’une part, c’est-à-dire par la communion aux intelligences de même ordre dans l’invisible et par un centre de prières, d’autre part, peut réagir de telle façon sur le corps physique qu’une guérison instantanée s’ensuive.
Voici deux observations bien caractéristiques, à des points de vue différents, à ce propos.
Action directe du corps astral sur les organes.
Lourdes et un cas de tuberculose aiguë généralisée (2)
Bourges, le 18 février 1894.
Très honoré Confrère,
Je vous donne très volontiers les détails que vous me demandez sur la maladie et la guérison de Mlle de X... Le fait est tellement extraordinaire que je ne pense pas qu’il puisse être expliqué autrement que comme un miracle. Vous allez du reste en juger.
En août 1892, Mlle de X... fut atteinte, à la campagne, d’une rougeole qui sortit mal et pendant laquelle elle prit froid. Il y eut des accidents pulmonaires assez intenses, A partir de ce moment, l’enfant, âgée de 13 ans, conserva une grande susceptibilité du côté des bronches et eut des malaises fréquents. En janvier 1893 la malade fut prise de bronchite qui peu à peu s’accentua et prit les caractères d’une tuberculose aiguë généralisée du
(1) Voyez sur ce point la Mission des Juifs de Saint-Yves ■d’Alveydre et le remarquable travail de Stanislas de Guaila, Les Mystères de la Multitude, paru dans l'Initiation (1890).
(2) Annales des Sciences Psychiques (mai-juin 1895).
LA MAGIE ET L’iiYENOSE
poumon. La fièvre était irrégulière, mais intense, montait à 40*^ à certains moments. Il y avait des râles sibilants et muqueux dans toute la poitrine. En même temps survint de la diarrhée, du gonflement du foie et de la rate. Cet état persista avec des alternatives de mieux et de plus mal jusqu’en avril. A ce moment la poussée tuberculeuse parut se porter surtout sur l’intestin et le péritoine. Le ventre devint tendn, sensible; la diarrhée augmenta et des vomissements fréquents vinrent rendre l’alimentation de plus en plus insuffisante. Les râles dans la poitrine persistaient. Alors la famille appela en consultationavecmoiM. le D‘‘Témoin, de Bourges, qui confirma mon diagnostic : tuberculose généralisée.
Vers le 10 avril survint de l’œdème des membres inférieurs, de la bouffissure de la face et une phlébite de la saphène interne du côté droit. L’enfant allait évidemment mourir quand la famille se décida, malgré toutes les oppositions, à aller à Lourdes avec la malade. Elle y arriva dans un wagon-lit le 2 mai 1893.
A son retour, dans les premiers jours de juin, elle me fut ramenée. Je ne pus trouver à l’auscultation aucun râle ; l’enfant mangeait bien, dormait bien, n’avait plus aucun trouble dans le fonctionnement d’aucun organe. La mère me certifia que cet état s’était produit dès le lendemain de leur arrivée à Lourdes, où elle avait passé huit jours avec sa fille et d’où elle était partie voir quelques membres de sa famille.
Voilà, mon cher et honoré [confrère, la relation exacte du cas de Mlle X... Je ne puis pas admettre qu’il s’agisse là d’un cas de suggestion sous l’influence de l’exaltation religieuse. Il y avait autre chose que des lésions nerveuses chez cette malade.
D‘‘ Boucher.
1, rue Saiot-Michel.
Aux questions que nous lui avons adressées, le D'' Boucher a répondu par la lettre suivante qui précise encore davantage l’état de la malade et n’en fait que mieux ressortir la situation désespérée.
Bourges, le 8 mars 1894.
Mon cher Confrère,
Je réponds à la dernière question que vous me posez. Chez Mlle de X... au moment de son départ il y avait des râles muqueux et sibilants disséminés dans toute la poitrine. La localisation au sommet n’était accentuée que par une abondance plus grande de râles un peu plus humides. Nous étions doncau début de la période de ramollissement dans une tuberculose miliaire généralisée du poumon. La malade n’aurait pas vécu jusqu’à la période de formation de cavernes. Elle avait une telle faiblesse et il y avait déjà un degré de cyanose des ongles assez prononcé pour permettre d’annoncer une mort prochaine.
Il est certain que ces cas ne sont pas communs, et dans ma carrière médicale, déjà assez longue, c’est le seul que j’aie observé.
D'’ Boucher.
Voici une troisième lettre du D’' Boucher, qui nous met au courant de l’état actuel de Mlle de X...
Bourges, la 27 mai 1895.
Mon cher Confrère,
J’ai voulu, avant de vous répondre, attendre le retour de Mlle de X... qui était en voyage.
Depuis sa guérison miraculeuse sa santé s’est maintenue excellente. Elle n’a pas toussé du tout depuis et elle a sensiblement grandi et engraissé. Elle est notablement fraîche et bien portante et n’a pas le moindre râle à l’auscultation.
D'' Boucher.
LA JIAGIE ET L’iIYPXÜSE
Un miracle improvise Par madame le docteur de MEZERAY[\).
La suggestion dans les maladies du système nerveux est un puissant auxiliaire ; dans d’autres affections morbides pourrait-on direqu’elleest un moyen thérapeutique?
Il y a quelque temps de tout cela, je fus appelée au château de B... L.a châtelaine, malade, désirait avoir mes conseils.
Une affection ovaro-utérine la tenait languissante sur une chaise longue depuis bien des mois déjà, affection caractérisée par des symptômes que le premier examen pouvait mettre en lumière ; lésions organiques où l’élément nerveux semblait ne prendre aucune part secondaire et consécutive.
Je fus appelée à soigner Mme de B..., je dois l’avouer, à ma confusion, mes peines et mes efforts furent inefficaces. Soins généraux, soins locaux et chirurgicaux, tout échouait et mettait mon esprit à la torture.
Une idée fixe possédait le cerveau de la malade et elle avait en tête que seule la Sainte Vierge pourrait lui être utile, et qu’un voyage à Lourdes pourrait la délivrer, laissant au fond de la piscine tous ses maux.
Et qui pis est, elle se persuadait que si la démarche sainte ne se faisait pas, sa fin viendrait à bref délai.
Loin de moi d’apprécier à leur juste valeur les raisons de ma malade.
Nous autres, gens de science, nous avons le devoir de ne rien laisser à l'imagination, et nous ne comptons qu’avec les faits. Mais nous n'avons pas le droit de juger les mystiques ; nous ne pouvons tabler que sur l’expérimentation, mais nous nous inclinons devant le libre arbitre. Et mon désir de cette guérison était grand !
(1) Tiré également des Annales des Sciences Psychiques.
GG
D’autant plus que chaque jour amenait une déperdition de forces et que l’anémie aiguë allait bientôt envahir complètement le terrain.
En une sorte de conseil de famille réuni autour d’elle, nous décidâmes que Mme de B. ..irait à Lourdes. Mais ses forces le lui permettraient-elles ?
Des syncopes répétées impressionnaient l’entourage et chacun, dans sa sollicitude, appréhendait un si long et fatigant voyage.
Une idée se présenta à l’ingéniosité de mon esprit : envoyer la malade à Lourdes... en imagination.
De toutes façons, c’était là un voyage commode, et i’en fis part à la famille qui, quelque peu dévote, en fut certainement interloquée.
Mais le temps pressait ; Mme de B... déclinait à vue d’œil, dévorée par l’auto-suggestion ; et l’on finit, non sans peine, par accepter mon expédient.
Le château de B... est superbe. Le parc dessiné avec un art exquis ; les bois immenses qui l’environnent, le site pittoresque par lui-même s’y prêtant, tout cela fait de cette habitation une merveillle, et l’imagination a beau jeu dans ces lieux charmants.
Sur mes indications, l’on construisit artificiellement une grotte, au-dessus d’une pièce d’eau créée déjà sous une voûte de verdure ; des allées blanches et découvertes y conduisaient en une sorte de méandre.
Avec l’aide d’une cinquantaine de jeunes filles du village et des'environs, parées dans legoût voulu et chantant des hymnes pieux, une procession fut organisée, vers un autel de fleurs et de feuillages.
L’illusion d’un lieu saint était atteinte, lorsque le 6 avril nous fimes l’expérience projetée.
De mon côté, je commençai vis-à-vis de la malade le travail delà suggestion à Vétat de veille.
Ce ne fut pas sans peine et sans un véritable labeur que je parvins à déterminer l’état suivant :
La malade, sous l’empire de mon regard, écoutait comme une sorte de sussurement ma voix qui lui répétait qu’elle était à Lourdes, que la grâce divine allait l’atteindre; bercée par une vraie psalmodie de ma persuasion, elle se leva toute droite, et se dirigeant vers la piseine (lisez bassin) dans l’attitude d’une hallucinée, l’œil tixe, et s’y plongeant à trois reprises, s’écria ; « Merci, ma sainte mère, vous m’avez guérie. » Et nous eûmes à peine le temps de la recevoir évanouie dans nos bras.
Ramenée vers sa chaise longue, elle revint bientôt à elle, et se déclara en parfaite santé. Elle « sentait » une vigueur nouvelle circuler dans son être affaibli ; elle voulait satisfaire un appétit qu’elle sentait dévorant, et assistant au dîner que chacun sut rendre joyeux, elle y fît manifestement honneur.
Lorsque le lendemain je revins à B . , . , je . . . réveillai la malade qui, quoique sans hypnose, avait vécu d’une vie spéciale pendant près de vingt-quatre heures, et encore hallucinée, me raconta qu’elle venait de Lourdes où « la Sainte Vierge l’avait guérie ».
Je me livrai de nouveau à un examen approfondi des organes malades, et je pus constater que tout était revenu à l’état normal, La congestion, le néoplasme (ou ce qui paraissait tel), même les lésions épithéliales apparentes avaient disparu. Le résultat dépassait mon espérance.
Depuis cejour Mmede B... se porte très bien ; sesforces ont repris l’élan que l’on peut en attendre à trente ans, et la malade redevient de jour en jour une femme normale.
Je ne suis pas allée à Lourdes. J’avoue humblement que je n’ai pas eneore eu l’occasion de faire faire à mon instruction cette pérégrination.
Les récits des « Miraculés », les ardentes éloquences des gens d’Eglise et de foi, convaincus et enthousiasmés
par ces manifestations de grâces divines, M. Zola, aussi bien que les hommes de science, des maitres, ou de simples curieux, tout ce bagage de données diverses, passionnées, critiques contradictoires, non, ce n’est pas ici que je veux les discuter ou les combattre. Je ne parlerais du reste pas par moi-même et j’aime bien mieux ne pas m’aventurer dans ces conditions.
Ce n’est donc pas Lourdes ni la foi en ses œuvres que je vise — et que les circonstances seules m’ont fait nommer, — je désire constater un cas médical psychothérapique.
Je veux apporter un fait de plus à l’appui de cette vérité : qu’une force est en nous, qu’elle s’applique directement à nous-mêmes, ou que nous persuadons autrui de l’appliquer. C’est l’aufo-suggesfion, puisque «’est ainsi qu’on peut la nommer jusqu’ici.
Comme la mécanique, l’électricité ou toute autre force, elle existe, et ses lois — inconnues ou peu connues — se manifestent par des effets bien et dûment constatés.
Nous savons que la persuasion intime d’une chose, ■d’un état, d’une action, influence certaines de nos fibres ■cérébrales. Lesquelles ? à vrai dire nous le savons peu.
La volonté, l'émotion intéressent les corps striés, les pédoncules cérébraux, la moelle allongée en est presque le siège ; mais c’est à l’état embryonnaire en somme que -nos notions sur ces phénomènes sont restées dans la science moderne.
La Foi! dans le sens philosophique du mot, cette iorce motrice de premier ordre, nous est entièrement inconnue.
Comment, et par quel processus physiologique envahit-elle notre cerveau ? c’est pour nous lettre close.
Cette force existe.
Elle tient peut-être le milieu entre « le fluide » des auteurs et la « suggestion » do l’Ecole moderne, école
LA MAGIE ET l’iIA'PNOSE
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qui. soit dit en passant, sc dit essentiellement ))hysiologiste, et « matérialiste-positiviste » et qui émet dea opinions que nous qualifierons « ultra-mystiques ».
En effet, une idée qui d’un cerveau s’identifie à un autre, par la parole et la persuasion, sans un agentphysique quelconque (fluide, magnétisme, aimant ou autres écartés si l’on veut) nous semble presque tenir du surnaturel.
Cette force suggestive, si le qualificatif peut être employé justement dans toutes les occasions et dans toutes les formes de ses manifestations, est encore une force cachée que les écoles n’ont pas encore étudiée et analysée suffisamment et que le génie de notre vénéré maître Charcot, a seul su entrevoir sans cependant la définir.
Force de premier ordre, la Foi nous sera d’un puissant seeours lorsque nous pourrons la diriger en la connaissant.
D'' DE Mézeray.
Paris, 22 avril 95.