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CHAPITRE III

DE L’HYPNOSE A L’ENVOUTEMENT § 1. — Les Etats hypnotiques profonds.

Les trois états classiques de l’hypnotisme enseignés par l'Ecole de la Salpêtrière sont la léthargie, la catalepsie, le somnambulisme. Or, aucun de ces états ne correspondait aux descriptions unanimes des anciens magnétiseurs qui avaient étudié l’hypnose en 1850 et dont les travaux de Cahagnet et de Chardel indiquent bien le caractère.

Un expérimentateur contemporain, M. de Rochas, dont nous aurons souvent occasion de parler, est parvenu à démontrer qu’en agissant au moyen des passes sur un sujet placé en somnambulisme hypnotique, on détermine de nouvelles phases de sommeil, correspondant parfaitement aux descriptions des magnétiseurs. Les phases hypnotiques ne forment ainsi que le prélude des phases magnétiques.

Des faits produits pendant les états magnétiques - ou états p/'o fonds de l’/igpjiose.

Ainsi les états classiques de l’hypnose ne sont que le prélude d’autres états qui ont été dénommés Etats profonds de l’Hypnose [{) et qui sont les plus intéressants

(1) A. de Rochas. Les Etals profonds deVHypnose.

à connaître et à pratiquer pour l’étudiant ès arts magiques.

§ 2. — Extériorisation de la sensibilité (1).

Nous extrayons ces passages d’un remarquable article de M. de Rochas :

Il est peu de familles dans lesquelles on ne conserve la tradition d’images vues ou de voix entendues au moment où une personne chère courait un grand danger.

Ces récits ont été recueillis et discutés avec le plus grand soin, en Angleterre, par la Society for psychical Researches, qui a pour président M. Henri Sidkwicg, professeur à l’Université de Cambridge; pour membres honoraires, MM. Adams et William Crookes, de la Société royale de Londres, lord Tennyson, MM. Gladstone, Alfred Russell Wallace, John Ruskin et Watts ; pour membres correspondants en France, MM. Beaunis, Bernheim, Féré, Pierre Janet, Liébault, L. Marillier, Th. Ribot, Ch. Richet et H. Taine.

Le résultat de ce travail a paru à Londres sous ce titre : Phantasms ot the Livings^ et une traduction abrégée en a été publiée à Paris en 1891 par M. Marillier, sous le titre : les Hallucinations télépathiques .

En même temps, la Société de psychologie physiologique de Paris nommait, pour continuer l’œuvre de la Société anglaise, une commission présidée par M. Sully- Prudhomme, de l’Académie française, et composée de MM. G. Ballet, agrégé à la Faculté de médecine de Paris; Beaunis, professeur à la Faculté de médecine de Nancy; Marillier, maître de conférences à l’Ecole pratique des hautes études ; Ch. Richet professeur à la Faculté de

(t) Initiation, juin 1892.

médecine de Paris, et le lieutenant-colonel do Rochas, administrateur de l’Ecole polytechnique.

Après un examen attentif d’un grand nombre de récits, la commission proposa à la Société de psychologie la motion suivante, qui fut adoptée à l’unanimité :

« Les faits donnés comme hallucinations télépathiques sont assez nombreux et assez intéressants pour mériter l’attention et la discussion. »

En d’autres termes, il a paru aux rapporteurs que le très grand nombre de coïncidences bien démontrées ne permettait pas de considérer comme de simples hallucinations dues aune cause morbide certaines impressions visuelles ou auditives se rapportant à des événements qui se passaient à grande distance précisément à ce moment-là.

Nous voici donc en présence d’un phénomène qui nécessite la projection d’un élément sensible hors du corps, soit de l’individu qui se fait percevoir, soit de celui qui perçoit.

On est conduit à une hypothèse analogue par les faits de lucidité magnétique, que je ne fais qu’indiquer ici, parce qu’ils n’ont point été étudiés d’une manière aussi sérieuse que les précédents, et j’aborde une classe de manifestations beaucoup moins extraordinaires, mais plus intéressantes, parce qu’on peut les soumettre jusqu’à un certain point à l’expérimentation (1).

(1) Cet article a paru dans le journal le Temps (27 mai 1892) avec l’annotation suivante de la Rédaction :

« On suit aujourd’hui avec grand intérêt toutes les recherches qui ont pour but d’éclairer, ou, tout au moins, de bien établir en ses données le problème des phénomènes psychiques. Au lieu d’exposer nous-mêmes, objectivement, et sans atiirmer ni juger telle série d’observations, telle théorie ou telles conjectures, nous avons préféré laisser parler, en toute indépendance, dans ce journal, l’un des hommes qui poursuivent avec le plus de zèle et de science ce genre d’études, M. Albert de Rochas, administrateur de l’Ecole polytechnique ».

Tels sont les faits de transmission de pensées et de sensations qu’on trouvera brièvement exposés dans le chapitre II des Ha.llucina.tions télépathiques, et dont un cas très remarquable a été rapporté, en détail, dans la Revue philosophique (numéro d’avril 1886).

On sait que le docteur Babinski, à la Salpêtrière, a obtenu, à l’aide d’un aimant, le transfert d’anesthésies, de paralysies, decoxalgies et même de mutisme d’une hystérique sur une autre hystérique placée à quelque distance.

Le docteur Luys, à la Charité, est allé plus loin : il a obtenu le transfert de symptômes morbides de toute espèce, d’une personne ordinairement malade, à un sujet légèrement endormi avec lequel il la mettait en contact ; il les a même transportés du malade au sujet dans une pièce voisine, à l’aide d’un aimant en fer à cheval placé successivement pendant quelques instants en contact avec la tête des deux personnes.

J’ai montré moi-même, dans un livre récent sur les Etats profonds de l’hypnose (1), comment, à mesure qu’on approfondissaitle sommeil magnétique d’un sujet, on déterminait une série d’états séparés par des périodes de léthargie et caractérisés par des perceptions de plus en plus parfaites des sensations du magnétiseur par le magnétisé, d’abord au contact, puis à distance.

Enfin, il résulte des expériences de M. Pierre Janet, que des hystériques, anesthésiques à l’état de veille, acquièrent la sensibilité normale lorsqu’on les magnétise.

En rapprochant tous ces faits, j’ai été conduit à me demander si l’agent inconnu qui transmet au cerveau les impressions extérieures et qui, chez les individus

(1) Paris, Chamuel, 1892.

normaux, s'arrête à la surface cutanée ne pouvait pas s’arrêter quelquefois en deçà ou se prolonger au delà, et si les manœuvres hypnotiques n’avaient pas pour effet d’étendre son champ d’action.

Dans la période critique que les sciences traversent aujourd’hui, au moment où Crookes, Thomson, Edison et Tesla font surgir à chaque instant de si surprenantes manifestations électriques, on ne doit rejeter aucune hypothèse quand elle n’est pas absurde a priori. C’est à l’expérience seule de décider, et c’est à l’expérience que j’eus recours.

Je constatai ainsi que, pour un sujet normal, c’est-àdire sensible à 1 ’état de veille :

1° L’insensibilité cutanée se produit plus ou moins rapidement sous l’influence des passes magnétiques et persiste, quelle que soit la profondeur à laquelle on pousse l’hypnose ;

2® Il n’y a aucune trace de sensibilité extérieure dans les premiers états, c’est-à-dire jusqu’au moment où le sujet ne perçoit plus que le magnétiseur. Mais, dans cet état de rapport, il s’est formé tout autour du sujet et à une distance de deux ou trois centimètres au dehors de la peau, une couche mince et sensible ; il suffit que le magnétiseur pince, pique, caresse cette enveloppe invisible aux yeux ordinaires, pour que le sujet ressente les impressions correspondantes ;

3° Si l’on continue la magnétisation, cette première couche sensible subsiste, mais il s’en forme bientôt une seconde à une distance double de celle de la première à la peau, c’est-à-dire à quatre ou cinq centimètres ; puis une troisième séparée delà deuxième par une distance à peu près égale à celle qui sépare la première de la deuxième ; puis une quatrième dans les mêmes conditions, et ainsi de suite, jusqu’à plusieurs mètres, la sensibdité des couches diminuant proportionnellement à leur éloignement du corps. Ces couches se pénètrent et

LA MAGIE ET L’hYPXOSE

s’entrecroisent sans se modifier, au moins d’une façon appréciable,

Si je fais placer les deux mains du sujet en regard l’une de l’autre de telle manière que l’une des couches appartenant à la paume de la main droite soit en contact avec une couche appartenant à la main gauche et que je pince la couche commune, le sujet ressent la douleur à la fois dans la paume de chacune de ces deux mains. Si je fais rapprocher des deux mains à deux ou trois centimètres, de telle manière que les couches sensibles de la main droite, par exemple, soient dans les zones insensibles delà main gauche, et que je promène une bougie entre les deux mains en allant toujours dans le même sens, le sujet se sent, à son grandétonnement, brûlé tantôt sur une main, tantôt sur l’autre.

J’ai fait ainsi un grand nombre d’expériences en variant les conditions et les sujets ; toutes m’ont donné des résultats concordants.

On admet aujourd’hui que nous ne pouvons entrer en communication avec les divers corps de la nature qu’au moyen de mouvements vibratoires se propageant dans les milieux intermédiaires avec une vitesse plus ou moins grande suivant la nature de ces milieux.

En supposant une molécule vibrant dans un milieu homogène, l’intensité des vibrations transmises décroît à mesure que la distance du centre d’ébranlement augmente ; il peut cependant arriver que, dans certains cas, des mouvements vibratoires de même nature, mais de périodes ou de directions différentes s’ajoutent ou se retranchent, de manière à produire des maxima et des minima se succédant à des distances à peu près égales, jusqu’à ce que les vibrations s’éteignent tout à fait.

C’est là un phénomène connu en optique sous le nom

d'interférences, et que nous retrouvons dans les observations relatées au paragraphe précédent.

L’hypothèse la plus simple et la plus vraisemblable est que ces maxima et minima tlo l’insensibilité sont dus à l’interférence des vibrations causées par les mouvements rythmiques du cœur et de la respiration se propageant dans l’air avec la même vitesse normalement à la surface du corps, mais avec des périodes différentes. L’expérience a montré, en effet, que, si l’on modifiait le rythme de la respiration, la position des zones sensibles se déplaçait dans l’espace ; on sait, du reste, le rôle considérable que les Yoghis de l’Inde font jouer à la respiration dans leur auto -hypnotisation.

Les amplitudes des vibrations des molécules des corps étant extrêmement petites, les qualités des mouvements de cette nature perçus par nos sens sont définies d'abord par le temps que met une molécule vibrante à revenir à la même position de sa période vibratoire, puis par la vitesse de transmission de ce mouvement vibratoire dans le milieu transmetteur.

Le second élément s’apprécie avec plus ou moins de facilité par des mesures directes ; mais le premier ne se détermine que par des artifices assez délicats basés d’ordinaire sur des phénomènes de réflexion.

J’ai donc été amené à rechercher les corps qui peuvent réfléchir les radiations étudiées ou se laisser traverser par elles, et j’ai fait les constatations suivantes ;

1“ Presque tous les corps sont traversés par les radiations que j’appellerai odiques, comme Reichenbach qui s’en est occupé le premier. Ces radiations s’y réfractent suivant des lois analogues aux lois connues ;

2“ La plupart des métaux (surtout l’or, l’argent et le mercure) ainsi que leurs sels produisent généralement sur le sujet une vive impression de brûlure quand ils sont placés par le magnétiseur sur unecoucjie sensible. (L’effet de brûlure provoqué par l’or avait déjà été

LA MAGIK ET L JIYl’XOSE

signale dans d’autres conditions par MM. Bourru et Burot, médecins de la marine à Rochefort ;)

Réveil d uii mourant ])ar riAliT'iorisalion du Corps astral d une j)ersoniio eiulori\iie.

Grai'riie illustranl la Magieicnno, de Jules Lermina.

3“ Un verre plein d’eau produit derrière lui une ombre odique en absorbant l’Od au passage, comme il aurait

LA MAGIE ET L’ilYPNOSE

absorbé de la chaleur si on l’avait mis en présence d’un foyer calorifique. B]n d’autrestermes, si l’on fait traverser l’eau par une couche sensible, cette eau tout entière devient sensible et les couches sensibles qui peuvent se trouver derrière le verre disparaissent en partie ; de i plus, quand l’eau est suffisamment chargée, elle émet par sa surface libre comme une vapeur également sensible ;

4° Un végétal, un animal et même un corps solide i inanimé peuvent se charger de la même façon ; mais la sensibilisation paraît surtout favorisée par l’état liquide et l’origine organique du corps (1) ;

5“ Si l’on emporte un objet sensibilisé à quelques i mètres en dehors des couches sensibles qui enveloppent le sujet, celui-ci continue à percevoir les opérations faites sur l’objet par le magnétiseur, mais l’effet diminue I et finit par disparaître quand la distance devient trop ! grande ou que l’on agite violemment l’air entre les deux ;

6° La transmission de la sensation de l’objet sensibilisé au sujet peut persister dans les mêmes conditions; mais en s’affaiblissant graduellement pendant plusieurs heures, même après le réveil du sujet.

A. DE Rochas.

§ 3. — Extériorisation progressive. — Etats profonds.

Pour bien indiquer la progression de ces divers états, nous allons emprunter aux « Sensations d’un magnétisé » les quelques pages suivantes.

23 juillet 1893.

Je suis éveillé. (2)

M. de R. fait des passes le long de mon bras et de ma

(1) La cire notamment absorbe avec une grande intensité tes radiations sensibles.

(2) Impressions d'un magnétisé racontées par lui-même. — Annales des Sciences Psychiques (Mai. Juin 1893).

LA MAGIE ET L HYI’XOSE

main gauche, je sens peu à peu mon bras se raidir. Je vois M. de R. me pincer lapeau de la main, si fortement que la trace de ses ongles y reste ; cependant je n’éprouve aucune douleur. Alors M. de R. éloigne sa main de la mienne, progressivement, en pressant à plusieurs reprises l’ongle de son pouce contre l’ongle de son index comme pour pincer. A une certaine distance, je sens soudain sur le revers de ma main un pinçon assez fort, la main de M. de R. continue à s’éloigner. Il lui faut parcourir une nouvelle distance plus grande que la première pour que je sente un second pinçon, d’ailleurs notablement plus faible que le premier. M. de R. s’éloigne davantage encore. A une distance plus éloignée de la première que la première ne l’était de ma main, le pinçon dans le vide se répercute de nouveau sur ma main, mais en sensation atténuée. Puis, beaucoup plus loin, je n’éprouve plus qu’un vague frôlement; et, au delà, absolument rien.

Bien des fois répétée, cette expérience me permet de conclure que des couches sensibles se forment autour des parties magnétisées de mon corps et que la première couche n’est distante de la peau que d’une distance moitié moindre environ que la distance qui sépare les autres couches.

Que j’éprouve la sensation susdite quand la main de M. de R. agit sur une des couches a, />, c, etc., cela est indéniable; mais quel rôle joue ici la suggestion ? Un rôle très grand, je crois.

En effet, ici je ferme les yeux, tandis que M. de R. parcourt, en pinçant le vide, la distance entre ma peau et lacouche sensible c qui en est la plus éloignée, j’avoue franchement que y imagine plutôt la sensation que je ne l’éprouve ; elle est supposée et non éprouvée. Seulement, dès que je rouvre les yeux, elle redevient parfaitement consciente, plus faible en c qu’en b, et en b, qu’en a, comme je l’ai noté plus haut.

Un spectateur pourrait croire que je triche. « Le sujet, dirait-il, doit sentir également qu’il voie ou non la main du magnétiseur pincer le vide, quand cette main passe en a, b, c. Or, c’est ce qui n’a pas lieu. Il faut qu’il se rende compte du point de l’espace où se trouve la main du magnétiseur pour réagir à une excitation donnée ; à un prétendu fluide que je voudrais voir pour y croire. En réalité il ne sent rien, qu’il ferme les yeux ou regarde ; il simule la sensation. »

Le spectateur, à mon sens, a raison quand il prétend I que je devTa.is sentir également, les yeux fermés comme I les yeux ouverts ; c’est à la suggestion assurément qu’il faut demander la cause de cette irrégularité.

Mais pour ce qui est de sentir réellement, le spectateur a tort quand il le nie. Je suis entièrement sincère et qu’il faille rechercher la cause de ces phénomènes dans la pure suggestion ou vraiment dans le fluide extériorisé ou plus vraisemblablement dans les deux à la • fois, la sensation estbien réellement éprouvée ; je réagis sans feintise (1).

M. de R. m endort. Je m’abandonne au sommeil avec confiance, sans l’apeurement du premier jour. Les mêmes expériences renouvelées ont donné le même ré sultat. Mes observations d’aujourd’hui confirment ce que ' je supposais, l’autre jour, relativement au rapport constant entre mes facultés auditives et visuelles sous l’influence de la suggestion comme à l’état normal.

Ce fait seulement de nouveau.

— Pen.sez à quelqu’un, me dit M. de R., vous allez

(1) Pour moi la véritable explication est que, de même que sur la peau, le degré de sensibilité varie avec le degré d’attention. En regardant l’endroit où on le pince, le sujet accumule sur ce point I une quantité plus grande de fluide qui par là amplifie notable- I ment la sensation. Tout le monde sait que, quand un médecin veut faire une piqûre à un malade et diminuer la douleur, il lui conseille de ne pas regarder l’endroit à piquer. — A. R.

LA MAGIE ET L’iIYPXOSE

voir la personne à qui vous pensez assise dans un fauteuil qui est à votre droite.

Je pense à ma sœur, sans rien en dire. Je me retourne et pousse un ohl de surprise.en voyant, enelïet, masœur à l’endroit indiqué. Je reste lesyeux fixés quelque temps sur elle qui ne bouge pas ; mais je détourne ensuite les yeux une seconde et je les reporte alors vainement vers le fauteuil où elle m’est apparue; la vision s’est évanouie, et il faut un nouvel ordre de M. de R. pour qu’elle m’apparaisse.

Durant le passage du sommeil à l’état de veille, je n’éprouve aucune sensation particulière ; ou du moins, elle est si vague que je ne peux la définir.

25 juillet 1893.

M. de R. m’endort et me dit : « Il y a un bouquet de roses dans un pot à eau qui est sur la table derrière vous. Allez le toucher. »

Sans hésitation, je vais vers la table de toilette. Il y a, en effet, un bouquet que je sors du pot à eau ; j’essaie de sentir les roses, mais elles n’ont point d’odeur.

— Frottez-vous le front vigoureusement, me dit M. de R. Je le fais et aussitôt le bouquet disparait

Ainsi rhallucination s’est limitée à l’exacte suggestion donnée : Voyez et touchez^ mais on ne m’avait pas dit de sentir.

Je suis toujours endormi.

.\I. de R. commence par renouveler les expériences d’avant-hier sur l’extériorisation du fluide sensible. Je touché un objet, je ne le sens pas. La sensation du contact existe seulement si l’on place l’objet à distance et selon les lois d’éloignement remarquées avant-hier sur la main, alors que mon bras seul était magnétisé. Mais ce n’est pas seulement la sensation du contact que j e puis maintenant éprouver d’après les mêmes lois.

LA :magie et l’hypnose

M. de R. prend un flacon bouché et me le promène sous le nez, tout contre les narines. Je ne sens absolument rien. Il éloigne alors le flacon. Lorsque celui-ci se trouve à une certaine distance, sur une première couche sensible à, je reconnais l’odeur du thym. Quand le flacon s’éloigne entre la première sensible a et une seconde couche sensible 5, je ne sens rien. Je sens de nouveau en b ; puis plus rien de 6 en c ; puis de nouveau mais plus faiblement en c ; plus loin je ne puis plus rien distinguer ; les distances entre a et b et entre h etc sont à peu près égales entre elles et au double de la distance entre ma peau et la première couche sensible a.

Je vois M. de R. prendre une figurine de cire rouge à modeler; ilia tient un moment immobile le long de la couche a ; je sens très bien l’objet. Il la retire ensuite au delàde la couche cetpique la figurine avecune épingle... je ne sens rien.

— Ah ! ah I on ne peut pas vous envoûter, dit M. de R. ; au fait, c’est que probablement votre fluide ne se dissout pas dans la cire ; mais nous réussirons peutêtre avec de l’eau.

Longuement M. de R. maintient un verre d’eau sur la couche a. J’ai toujours la sensation ducontact d’un objet; mais si je ne regardais pas, il me serait impossible de spécifier la nature et la forme de cet objet. Puis M. de R. éloigne le verre, plonge le doigt dans l’eau et l’agite... Toujours rien.

— Voyons avec le fer.

Contre la couche a, M. R. laisse un trousseau de clefs sur sa main ouverte. Nouvelle sensation de contact, et cette fois un inexplicable sentiment de gêne : absorption de fluide par un corps étranger ? Envoûtement ? Ce qui est certain c’est que je me plains de contacts douloureux quand M. de R., s’éloignant, froisse, les clefs dans sa main refermée ; je me précipite avecune rage jalouse et je m’obstine à les garder plusieurs

LA MAGIE ET L’ilYPNÜSE

minutes en ma possession, comme si j’avais peur de me voir arracher un membre, enlever une parcelle de ma vie,

Pour faire cesser cet état d’exaltation, M. de R. me réveille.

— Vous pourrez devenir après beaucoup de séances un sujet précieux, me dit-il en riant, mais rendez-moi mes clefs.

Il faut qu’on me les prenne !

10 octobre 1893.

Je « progresse » lentement. Bien d’autres séances ont eu lieu depuis la dernière dont j’ai rendu compte. Ce sont toujours les mêmes invariables phénomènes ; ils se produisent seulement plus vite dans leur invariable succession,

Depuis deux jours cependant, M. de R. a pu me pousser jusqu’à ce qu’il appelle le troisième état de l’hypnose (1). La deuxième léthargie, par laquelle il faut passer pour y parvenir, a une plus longue durée que la première. Dans cet état l’insensibilité est telle que je puis toucher un tison sans retirer ma main. De. cette constatation faite hier, je garde une preuve visible au bout de mon index quelque peu endommagé.

Ce qui surtout distingue ce troisième état du deuxième, c’est qu’on n’y voit pas nettement les objets comme dans le somnambulisme. Tout est brouillé. M. de R. me demande si j’entends le tic tac de la pendule. Je réponds ; « Faiblement. » En somme il n’y a que M. de R. que je voie nettement.

(t) Le tableau ci-dessous, orapruuLé à mon livre sur {'Extériorisation de la, sensibilité, indique nettement comment j'ai distingué les divei's états de l'hypnose.

États Profonds Ktats Suterfioiels

La suggestibilité subsiste : « Regardez à votre droite sur la cheminée, me dit M. de R., il y a un bouquet. »

Vêille

Hypnose — l" état- Première léthargie.

Hypnose — 2® état.

Deuxième léthargie.

Hypnose — 3® état.

Troisième léthargie.

Hypnose 4® état.

Quatrième léthargie.

Hypnose — 5® état.

Cinquième léthargie.

Hypnose — 6® état.

' Sixième léthargie.

Crédulité.

Somnambulisme.

Rapport.

Sympathie au contact.

Tue intérieure .

Sympathie à distance.

Î Insensibilité cutanée et suggestibilité.

Nota. — J’ai compris ici, dans la première léthargie, l’état cataleptique qui paraît n’en être qu’une phase, (V.

les Etats profonds de l'hypnose., pp.

80 et 81).

(Tous les sens sont

il spécialisés par le magnétiseur ; le sujet voit les effluves extérieurs du corps ; la suggestibilité est presque nulle.

!Le sujet perçoit les sensations "du magnétiseur ; quand il le touche ; la suggestibilité a disparu.

ILe sujet ne voit plus les effluves extérieurs ; il voit les organes intérieurs de son corps et des autres, quand il appliquela main àlasurface de ces corps. [Le sujet perçoit les l sensations du ma- ’ gnétiseur quand il 1 ne le touche plus, f pourvu qu’il soit à \ petite distance.

Effectivement, je vois un bouquet qui est remplacé par un chandelier si je m’enlève la suggestion en me frottant

le front. 11 faut remarquer que le bouquet suggéré m’apparait nettement tandis que le chandelier comme tous les autres objets réels, sont comme voilés par une brume (1).

Voici une autre suggestion.

« Imaginez-vous que je suis M. X. » (M. de R. me nomme un fonctionnaire que nous connaissons tous deux.) Sur cette phrase, dite avec le ton ordinaire de la voix, la suggestion est inefficace. — « Allons ! Allons ! insiste M. de R. Je suis M. X. ; je le suis. » L’image de M. X. passe devant mes yeux, mais sans se fixer. Lorsque M. de R. me frappe brusquement Tépaule, je vois aussitôt, en effet, à sa place M. X. assis en face de moi.

La conversation s’engage. Rien n’empêche l'illusion puisque M. de R., connaissant la situation de la personne que je crois qu’il est, fait des réponses vraisemblables aux questions que je pose indifféremment.

Enréalitô, néanmoins, 3 e merends vaguement compte que c'ei>t une illusion et que ce n'est pas à M. X. que je parle ; seulement il m'est impossible de ne pas parler comme je ferais si c'était Msn M. X. qui fût présent.

Au réveil je suis plus étourdi qu’à l’ordinaire et je parviens mal à chasser une très particulière inquiétude (inquiétude de quoi ? je n’en sais rien) de mon esprit (2).

§ 4. — De l’Extériorisation de la sensibilité et de l’Envoûtement..

Ainsi si l’on se reporte au tableau précédent on verra qu’une des phases les plus curieuses de ces états pro-

(1) Toute suggestion laisse une trace plusou moins profonde dans l’esprit; le sujet était ici troublé dans le sentiment de sa personnalité.

(2) J’avais appliqué à Laurent ce procédé pour se débarrasser, à l’état de veille, des suggestions. Il se l’est rappelé endormi et l’a employé avec succès, peut- être simplementpar auto-suggestion. — A. II.

fonds est sans contredit celle où se manifeste Vextcriorisa'icn de la sensibilité. C’est môme celte découverte qui a servi de point de départ à toutes les naïvetés que les romanciers et les reporters ont racontées sur l’envoiV.ement. Nous avons établi la position exacte du proLlème dans un travail précédent (l) et nous ne reviendrons pas sur une déduction personnelle à ce sujet. Mais il sera utile pour nos lecteurs de trouver aussi résumées, mais aussi claires que possible, les expériences de M. de Rochas sur cette question si importante, à bien connaître pour comprendre beaucoup des faits de Magie.

V Envoûtement Expériences de M. de Rochas.

De \a Justice (2 août 1892) :

Ces expériences ont eu lieu hier en présence de deux médecins, membres de l’Académie des sciences, et d’un iTiathématicien bien connu.

M. de Rochas a essayé de dissoudre la sensibilité d’un sojet dans une plaque photographique.

Il a mis une première de ces plaques en contact avec un sujet non endormi : la photographie du sujet obtenue ensuite ne présentait aucun rapport avec lui.

Une seconde, mise antérieurement en contact avec un sujet endormi, légèrement extériorisé, a donné une épreuve à peine sensible par relation.

Une troisième, enfin, qui, avant d’être placée dans l’appareil photographique, avait été fortement chargée de la sensibilité du sujet endormi, a donné une photographie qui a présenté les caractères les plus curieux.

Chaque fois que l’opérateur touchait à l’image, le sujet représenté le ressentait. Enfin, il prit une épingle et en

(1) Peut-on envoûter? 1 vol. broc, in-18 (Chamuel éditeur).

égratigna deux fois la pellicule de la plaque où la main du sujet était indiquée.

A ce moment, le sujet s’évanouit complètement en contracture. Quand il fut réveillé, on constata sur la main deux stigmates rouges, sous l’épiderme correspondant aux égratignures de la pellicule photographique.

M. de Rochas venait de réaliser là, aussi complètement que possible, « l’envoûtement» des anciens.

Dans le domaine si mystérieux de ces faits, nous voalons nous borner à n’être qu’un narra*^eur sincère. Il le s’agit pas ici de croire onde ne pas croire. Nous disons ce que nous avons vu, c’est tout.

l’envoûtement par photographie (1)

Les effluves paraissant se réfracter d’une façon analogue à la lumière, qui, peut-être, les entraîne avec elle, je pensai que, si l’on projetait, à l’aide d’une lentille, sur une couche visqueuse, l’image d’une personne, suffisamment extériorisée, on parviendrait à localiser exactement les* sensations transmises de l’image à h personne. Une plaque chargée de gélatino -bromure eî un appareil photographique m’ont permis de réali.ser facilement l’expérience, qui ne réussit d’une façon complète que lorsque j’eus soin do charger la plaque de la sensibilité du sujet, avant de la placer dans l’appareil. Mais, en opérant ainsi, j’obtins un portrait tel que si le magnétiseur touchait un point quelconque de la figure ou des mains sur la couche de gélatino-bromure, le sujet ei ressentait l’impression au point exactement correspondant ; et cela non seulement immédiatement après l’opér-at'on, mais encore trois jours après, lorsque le portrait

(1) Tout l’article dont ce passage est extrait est à étudier iion, novembre 1892) ainsi que la brochure V Envoûtement du même auteur, en ce qu’il en dit dans V Extériorisation de lasensibiliié.

LA JIAGIE ET L’ilVrNOSE

eut été fixé et rapporté près du sujet. Celui-ci paraît n’avoir rien senti pendant l’opération du fixage, faite loin de lui, et il sentait également fort peu quand on ■ touchait, au lieu du gélatino-bromure, la plaque de verre qui lui servait de support. Voulant pousser l’expérience aussi loin que possible, et profitant de ce qu’un médecin se trouvait présent, je piquai violemment, sans prévenir, et par deux fois, avec une épingle, la main droite de L., qui poussa un cri do douleur et perdit un instant connaissance. Quand elle revint à elle, nous remarquâmes sur le dos de sa main deux raies rouges sous-cutanées qu’elle n’avait pas auparavant et qui correspondaient exactement aux deux écorchures que mon épingle avait faites, en glissant sur la couche gélatineuse.

Voilà les faits qui se sont passés le 2 août, non pas en présence de membres de l’Académie des sciences et de l’Académie de médecine, comme on l’a raconté, mais devant trois fonctionnaires de l’Ecole; ils pourront, il est vrai, être académiciens plus tard, mais ils ne le sont pas encore et, ce jour-là, ils se trouvaient réunis par hasard dans mon cabinet, après être allés toucher leurs appointements chez le trésorier. Je partais le soir même pour Grenoble, et je n’ai pu refaire l’expérience, mais je suis convaincu que j’obtiendrai de nouveau la localisation exacte des sensations.

A mon retour de Grenoble, j’ai retrouvé L., et j’ai pu recommencer l’expérience de la photographie, qui a réussi sans tâtonnement et suivant le mode d’opération reconnu bon le 2 août

L’image ayant été immédiatement fixée, je fis, avec une épingle, une légère déchirure sur la couche de collodion à l’emplacement des mains croisées sur la poitrine : le sujet s’évanouit en pleurant, et, deux ou trois minutes après, le stigmate apparut et se développa graduellement sous nos yeux sur le dos d’une de ses

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mains, à la place exactement correspondante à la déchirure.

Le eliché n’était, du reste, sensible qu’à mes attouchements ; ceux du photographe n’étaient perçus que lorsque j’établissais le rapport en touchant sa personne, soit avec le pied, soit autrement.

Le 9 octobre, une épreuve sur papier ayant été tirée, je constatai que cette épreuve n’avait qu’une sensibilité confuse, c’est-à-dire que le sujet percevait des sensations générales agréables ou désagréables suivant la manière dont je la touchais, mais sans pouvoir les localiser. Deux jours après, toute sensibilité avait disparu aussi bien dans le cliché que dans l’épreuve.

Le D'' Luys m’a dit que, pendant mon absence, il avait essayé de reproduire le phénomène dont on lui avait parlé et qu'il avait pu obtenir la transmission de sensibilité à 35 mètres, quelques instants après la pose.

Enfin, on vient de me communiquer l’extrait suivant d’un article qui a paru à Bruxelles, le 12 octobre, dans \e journal Pa7'‘is-B7^uæelles, sous la signature d’Arsac.

« Nous avons vu répéter l’expérience de la plaque photographique sensibilisée. Les phénomènes rapportés se produisaient chaque fois que les coups d’épingle étaient donnés par l’expérimentateur, par la personne qui avait plongé le sujet dans le sommeil ; en l’absence de l’hypnotiseur, on pouvait, neuf fois sur dix, piquer le portrait sans que l’hypnotisée ressentit aucune douleur. Jamais le sujet n’a témoigné la moindre douleur lorsque le cliché a été piqué par une personne ignorant absolument le but de l’expérience.

« Nous sommes donc enclins à conclure que ce que l’on a pris pour le phénomène de l’envoûtement n’est qu’un phénomène de suggestion. L’envoûtement est possible ; mais, pour l’instant, on ne peut le reproduire que dans certaines conditions nettement définies...

« Ce qu’il faut retenir des expériences de M. de Rochas,

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c’est que l’extériorisation de la sensibilité est désormais un fait acquis. »

L’observation deM. d’Arsac sur la nécessité du rapj^orl confirme les miennes, mais elle ne prouve nullement qu’il y ait là un phénomène de suggestion, ou, pour parler plus exactement, transmission de pensée. J'ai toujours piqué, sans regarder ^ à l’emplacement des mains, et le sujet ignorait, encore plus que moi, où allait se produire la déchirure qui se répercutait sur son é,jiderme ; je n’ai, du reste, ainsi que je le dis dans le corps de l’article, jamais pu produire avec L. , aucune transmission de pensée. La seule auto-suggestion qui soit admissible, c’est celle qui aurait trait à la production du stigmate sous l’influence de l’imagination au point où le patient a ressenti la douleur.

Paris, le 15 octobre 1892.

A. DE Rochas.

Une blessure astrale.

L’ Initiation du. mois d’avril 1893 rapporte une observation de M. Gustave Bojanoo relative à une blessure mortelle occasionnée, suppose-t-on, par un coup de sabre sur le corps astral d’une sorcière. Ce fait offre une ressemblance frappante avec l’événement qui se paàsa en 1849 dans le presbytère de Cideville et qui a été rapporté, d’après M. de Mirville, par Figuier {Histoire du Merveilleux, tome IV, p. 261).

J’ai fait moi-même, il y a quelques jours, l’expérience suivante;

Un de mes amis, de quelques années plus jeune que moi, d’esprit très cultivé et occupant une haute situation dans le monde, présente d’une façon remarquable le phénomène de l’extériorisation de la sensibilité qui chez lui se produit, même à l’état de veille, à mon simple contact.

M. X..., intéressé par mes recherches, a bien voulu

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s’y prêter et je l’ai magnétisé une dizaine de fois en approfondissant à chaque fois l’état d’hypnose où je m'arrêtais.

A la quatrième séance, il m’a dit qu’il quittait son corps matériel, qu’il le voyait inerte; il manifesta une sorte de dégoût pour ce qu’il appelait sa loque.

A la sixième séance, non seulement il se dégagea et vit son corps matériel, mais, encore à côté, et à un mètre environ, il vit apparaître une sorte de nuée lumineuse où il reconnut sa silhouette,

A ce moment je constatai que le rayonnement de son corps matériel ne présentait plus de sensibilité sauf entre ce corps et le corps astral où la sensibilité était portée à son maximum et parfaitement localisée. En d’autres termes, le corps matériel était insensible, le corps astral lumineux était sensible et il y avait des rayons moins sensibles, et non assez lumineux pour être perçus par le sujet, qui reliaient le corps astral au corps matériel qui me parlait.

Je poursuis en ce moment sur la nature de ce corps astral des expériences dont il n’est pas encore temps de parler; mais voici ce qui s'est produit le 28 avril 1892.

Je priai M. X... de faire changer de place son corps astral; il ne put y parvenir, mais il put étendre son bras astral et mettre sa main astrale dans ma main; il en ressentit l’étreinte et s’étonna que je ne sentisse pas la sienne. Je luis dis alors d’appuyer le bout de l’annulaire de sa main droite astrale sur une grande épingle que je tenais jusqu’à ce qu’il sentît la pîqûre; il le fit, sentit la piqûre, et je passai à d’autres observations. Dix minutes après, M. X..., complètement réveillé et ayant comme d’habitude perdu complètement le souvenir de ce qui s’était passé pendant son sommeil, causait de choses tout à fait étrangères avec quelques personnes de ma famille lorsqu’il retira le gant de sa main droite qu’il avait conservée gantée et regarda attentivement le bout

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de son doigt annulaire. Je lui demandai ce qu’il avait; il me répondit qu’il éprouvait comme une piqûre, puis, pressant avec l’ongle du pouce, il fit perler quelques gouttelettes de sang précisément à l’endroit où il avait appuyé le doigt sur l’épingle. Je lui donnai l’explication et il chercha à voir si son gant n’avait pas été percé, mais naturellement il ne put rien voir (1).

L’expérience est absolument nette; il ne peut y avoir de doute sur le fait. On peut supposer, il est vrai, que le jaillissement du sang est dû à une auto-suggestion de M. X... qui croyait être piqué ; même dans cette hypothèse, le phénomène est fort extraordinaire, car il y a eu ici non point un stigmate sous-cutané par arrêt de la circulation sanguine, mais une lésion etï'ective de la peau.

Une autre expérience faite deux jours auparavant montre que la suggestion est insuffisante pour tout expliquer et que dans certains cas, il y a bien réellement des sensations transmises par rayonnement.

Le 26 avril, je me rendis chez Nadar avec Mme O.,

(1) Relativement à cette expérience, nous citerons un fait analogue que nous avons produit à l’hôpital de la Charité. Un de nos sujets, Marguerite, souffrait violemment d’une Iluxion au début. Après avoir mis le sujet en état d’hypnose profonde et après avoir extériorisé sa sensibilité, nous donnâmes un coup de bistouri dans le vide, au milieu de la bouche, là où nous supposions que se trouvait la première couche présentant un maximum de sensibilité extériorisée. Cinq minutes après, le sujet était réveillé, sans se souvenir aucunement de ce qui s’était passé, lorsque subitement, en montant l’escalier pour retourner à la salle, l’abcès s’ouvrit et, comme il u’était pas encore bien formé, ce fut du sang qui s’écoula. Le lendemain, la fluxion était guérie.

Ce qui est intéressant dans les faits de ce genre, c’est le temps qui s'écoule entre l’action en astral et la réaction en physique. Gomme ou peut le voir, il faut quelques minutes entre les deu.x actions dans le cas de blessure.

Papds.

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pour faire divers essais relatifs à l’emmagasinement de la sensibilité dans une photographie.

Mme O., comme M. X, présente le jihénomone de l’extériorisation dès l’état de veille, après un simple contact de ma part. Je laisse à M. Nadar le soin de raconter, dans sa Revue, les phénomènes dont il a été témoin ; je me bornerai à citer les deux suivants :

Pendant qu'on développait la plaque sensibilisée par le sujet dans le laboratoire noir à l’étage inférieur, le sujet manifesta un violent malaise; on constata que la plaque venait de se briser par accident ;

2“ Un portrait sensibilisé de M™® O. tut mis, par un aide, en regard d’une autre plaque devant laquelle j’avais placé ma main pendant quelques instants. A l’instant même, le sujet qui était à quelques mètres de là, séparé par un écran, qui ignorait qu’on allait tenter une expérience de cette nature, et qui causait avec M. Nadar et moi, s’endormit. Je passai derrière l’écran et je réveillai M'"® O. en soufflant sur sa photographie. L’expérience fut recommencée, sans rien dire à qui ne se rappelait pas avoir dormi, et elle eut le même succès. Nous racontâmes alors la chose au sujet qui, très difficilement suggestible, même en état d'hypnose, ne voulut pas y croire et nous défia de reproduire le phénomène maintenant qu’il était prévenu. — L’aide rapprocha de nouveau, cette fois soussesyeux, les deux plaques ; résista une minute environ, puis tomba

dans le sommeil.

Il semble que de tels faits devraient bouleverser les théories ofTicielles. Il n'en sera rien pendant longtemps encore. Chez beaucoup de personnes, même des plus intelligentes, i’édui ation a mis des œillères comme aux chevaux de carrosse et elles sont incapables de voir autre chose que l étroite bande de route qui constitue la voie dans laquelle elles se sont engagées.

Paris, le 20 avril 1803. Albert de Rochas.

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