FAITS PRODUITS EN LUMIÈRE
Eusapia, les mains et les pieds tenus comme ci-dessus, prévient qu’elle va tirer la clé du bahut placé à sa gauche et trop éloigné d’elle pour que, sans se pencher très fortement, elle puisse l’atteindre, soit avec les mains, soit avec les pieds. D’ailleurs, M. de Watteville est placé entre le médium et le bahut, si bien que le médium ne saurait atteindre le bahut qu’en passant à côté de M. de Watteville ou même en le poussant. En outre, la lumière est suffisante pour qu'on puisse voir nettement si Eusapia dirige un de ses membres vers le bahut. Ausssitôt on entend grincer distinctement la clé dans la serrure ; mais la clé, mal engagée, refuse de sortir. Eusapia prend d’une main le poignet gauche de M. Sabatier et, des doigts de l’autre main, lui entoure l’index. Elle produit autour de ce doigt des mouvements alternatifs de rotation auxauels correspondent des grincements synchrones de la clé tournant tantôt dans un sens, tantôt en sens contraire.
9 h. 4 m. — M“® de Rochas entre dans la chaîne entre M. de Rochas et M. Sabatier. Le contrôle reste le même: le pied droit tenu par M, Sabatier, le gauche par M. de Watteville ; Eusapia se frappe les mains devenues libres, en l’air, au-dessus de la table, ses mains sont vues de tous. Le fauteuil frappe des coups synchrones avec la mimique des mains. Elle frappe des mains, et le fauteuil accompagne fidèlement de ses bonds et de ses coups les mouvements des mains. Les mains sont bien vues de tous, les pieds sont bien tenus et même vus : le contrôle est déclaré excellent par tous les observateurs.
LA MAGIE ET L’iIYPNOSE
Eusapia, saisissant de ses deux mains la main de M. Sabatier qui est assis à droite, fait des gestes saccadés de va-et-vient, comme pour ouvrir la porte du bahut I située à gauche, à un mètre de distance environ, etder- I rière M. de Watteville. Aussitôt la porte du bahut s’agite et produit des sons saccadés et tumultueux comme ceux d’une porte qu’on s’efforce d’ouvrir mais qui résiste, la i serrure n’étant pas ouverte.
A ce moment, M. de Watteville demande s’il n’y a i pas lieu de dégager directement la clé du bahut, que les efforts d’Rusapia n’ont pu que faire tourner, sans l’ou- I vrir. Sur avis conforme des observateurs, M. de Watteville tourne la clé, ce qui rend libre la porte du bahut. Alors, sur un nouveau geste d’Eusapiâ, la porte s’ouvre, i Eusapia, s’inclinant vers M. Sabatier, placé à sa droite met chacune de ses mains sur la joue correspondante ; de M. Sabatier. Les pieds sont toujours bien tenus, le • I droit par M. Sabatier, le gauche par M. de Watteville.
I I Eusapia frappe des deux mains en cadence les joues de I M. Sabatier : la porte de l’armoire s’ouvre et se ferme alternativement en cadence. Un coup sur les joues l’ouvre, le coup suivant la ferme. Les mains sont parfaitement vues et senties ; les mouvements de la porte sont également vus et entendus, car la porte vient frapper, en s’ouvrant, contre la chaise de M. de Watteville, assis devant le bahut, entre le bahut et Eusapia, et en se fermant contre le bahut lui-même. Les mouvements de la porte sont proportionnés comme vivacité aux mouvements des mains. Après un certain nombre de coups ainsi portés, Eusapia pousse uiuemeni la tête de M. Sabatier vers le bahut ; la porte so ferme avec violence.
Avant que tous ces phénomènes se produisissent, Eusapia ^e.s auaif clairement annoncés ; aussi les observateurs sont-ils très en éveil, et le contrôle très rigoureusement observé. Les pieds sont tenus et vus, la tête
l’est également, les mains sont senties et vues par M. Sabatier, et vues par tous les observateurs. 11 fut, en outre, constaté, après la séance, qu’Eusapia, de la place où elle était, ne pouvait atteindre la porte et la clé du bahut avec les pieds. D’ailleurs, la présence de M. de Watteville entre elle et le bahut aurait fort contrarié des mouvements de cette sorte. Les mains appliquées sur les joues de M. Sabatier ne sauraient être mises en cause. En outre, il est bien constaté qu’il n’y a entre Eusapia et ce bahut ni lien, ni levier, ni les deux ficelles nécessaires pour produire ce mouvement alternatif, ni aucun moyen direct de transmission. D’ailleurs, on avait, au cours des expériences, changé de place et circulé entre Eusapia et le bahut, ce qui aurait dérangé le truc, s’il avait existé. A aucun moment des expériences. Eusapia n’a été vue en situation ou en action pour placer des moyens matériels de communication entre elle et le bahut et sa clé. Il est bon de répéter que les expériences se faisaient à une lumière suffisante pour que les mouvements des personnes
et des objets fussent distinctement vus et constatés.
Eusapia se place à l’extrémité de la table du côté de la fenêtre. Pour assurer le contrôle et démontrer que ses mains ne saisissent pas la table pour l’agiter ou la soulever, elle demande deux verres remplis d’eau, qu’on place sur la table. Une lampe à pétrole, placée sur la grande table, à 2™, 50 de distance environ, avec abat-jour de mousseline blanche transparente, brille de tout son éclat, et nous observons en pleine lumière. Eusapia plonge chacune de ses mains dans un verre rempli d’eau (1). M. de Rochas place et maintient sa
(1) Elle voulait d’abord essayer de soulever la table en soulevant simplement ses mains plongées librement dans l'eau des verres qui auraient suivi, entraînant la table ; mais elle ne put y parvenir, bien qu’elle eût, disait-elle, produit ce phénomène en Italie.
main sur les genoux d’Eusapia, et par conséquent entre j les genoux et la table pour constater que les jambes et ( ies genoux n’exercent aucune pression de bas en haut I sur la table. La lumière était très belle, MM. Sabatier I et de Gramont surveillent les pieds d’Eusapia et conj statent qu’ils n’ont aucun contact avec les pieds de la table, et qu’ils ne sont pas mis en mouvement.
Eusapia, exerçant sur les parois internes des verres une pression excentrique qui les fixe aux mains, porte i les verres renfermant ainsi les mains au-dessus de la ^ table, et même en dehors du périmètre de la table, sans I aucun contact avec elle. Elle porte les mains tantôt à t droite, tantôt à gauche. La table exécute des mouvej ments latéraux correspondants, en suivant les mains.
I Des coups sont frappés dans la table.
: Les mains, placées dans les verres, sont portées au-
^ dessus de la table sans aucun contact avec elle ; M. de Watteville saisit les genoux avec les mains, les pieds I sont vus par les observateurs. La table est enlevée horizontalement à 0“ 25 de hauteur. Elle reste ainsi . quelques secondes, et puis retombe brusquement. De . nouveau, dans les mêmes conditions de contrôle, la table est élevée à 0“ 30 environ.
' Jusque-là, les observations se sont faites en pleine ( lumière.
9 h. 3 m. — La table se soulève horizontalement des I quatre pieds et reste ainsi quelques secondes. Nous 1 observons, en pleine lumière, les quatre pieds de la table et les membres inférieurs d’Eusapia et ne décou- - vrons rien de suspect. Pendant que la table est en l’air, le médium gémit et manifeste un effort pénible. La 1 table retombe brusquement, et le médium pousse un grand soupir.
9 h. 6 m. — Nouvelle lévitation horizontale de la ! table dans les mêmes conditions, les mains du médium I tenues, étant situées à 0” 10 au-dessus de la table.
U,i apport.
Dans nos études personnelles sur les phénomènes dus à la force psychique, nous avions obtenu, avec les médiums Bablin et Valentine, des apports dans des conditions de contrôle rigoureux. Nous avions eu la faiblesse d’admettre à ces expériences des curieux, hommes du monde pour la plupart, qui ne présentaient aucune des garanties scientifiques nécessaires pour ces études. Cela nous a valu d’odieuses calomnies «dues à l’ignorance de nos assistants, et nous sommes heureux de voir un phénomène d’apport étudié dans de bonnes conditions.
On a été étonné de voir que certains rayons traversent la matière la plus opaque. Quel sera l’étonnement de nos savants quand ils découvriront qu’une certaine force (que nous appelons force ou lumière astralé) dissout la matière la plus dense^ lui fait traverser à l’état radiant les murs les plus épais et la reconstitue intégralement dans sa forme première, après ce petit voyage.
C’est un peu, suivant l’excellente comparaison de M. G. Delanne, comme un bloc de glace qui, à l’état de vapeur, passerait à travers un linge fin et serait reconstitué à l’état de bloc de glace de l’autre côté du linge.
Dans ces dernières années, nul n’a mieux étudié le phénomène des apports que Donald-Mac-Nab.
Voyons maintenant le fait rapporté par la commission.
9 h. 30 m. — La lampe est emportée hors du salon, mais à travers la porte pénètre une lumière suffisante pour distinguer les objets. Les mains sont toujours dans les verres, dont l’eau n’a pas été renversée, tant Eusapia maintient ses mains dans une position constante et verticale, position qui ne leur permet pas d’agir par la préhension.
IM. Sabatier se couche sous la table, sur le dos, et saisit entre les mains et les bras, très fermement, les pieds et les jambes d’Eusapia. Les mains d’Eusapia, renfermées dans les verres, sont maintenues hors du J contact de la table, ce que la lumière permet fort bien de constater. Sur un mouvement de ces mains, la table I est renversée et tombe sur les jambes de M. Sabatier,
1 A ce moment, le médium abandonne les verres, et les mains sont saisies l’une, à droite, par le colonel de Rochas, l’autre, à gauche, par M. de Watteville. Chacun de ces observateurs s’applique à tenir solidement et exactement la main qui lui correspond, et la saisit par le poignet et la main qu’il embrasse. M. Sabatier, couché sous la table qui a été redressée, tient ferme- 1 ment les deux membres inférieurs. Eusapia est vêtue d’une robe noire très simple, d’un corsage clair et n’a pas de corset. Avant la séance, M“° A. de Rochas a assisté à sa toilette de séance ; car elle s’allège pour la circonstance, et de'Rochas a constaté, avec grand soin et très minutieusement^ qu’il n’y a sur elle aucun moyen de fraude et de supercherie, ni rien d’étranger à 1 son costume. En outre, M. Sabatier, avant le début de la séance, a palpé très libremenl le médium dans presque (1) toute Vêtendue du tronc et des membres, sur sa demande, et n’a rien constaté de suspect. Cette ( inspection avait lieu lors des précédentes séances,
I mais, dans le cas actuel, elle a été exercée avec une rigueur et une liberté encore plus complètes, si possible, Eusapia l’ayant d’ailleurs sollicitée.
Sur la demande du médium, la lampe est emportée 1 dans le vestibule, la porte en est fermée, et l’obscurité
(1) M. Sabatier àii presque, parce que, naturellement, il a hésité à porter la main dans certaines parties, comme l’intervalle des 1 seins, où un objet, à la rigueur aurait pu être caché; mais il faut remarquer qu’Eusapia n’avait pas de corset et que de Rochas I l’avait soigneusement examinée quand elle sommeillait.
est complète. Eusapia appuie sa tête sur le cou du colonel de Rochas, qui peut, par là, en contrôler les mouvements. Elle promène en tâtonnant sa main droite tenue par la main gauche de M. de Rochas, sur le bras droit de M. de Rochas ; la main gauche est maintenue immobile sur la table par M. de Watteville. Pendant qu’elle tâtonne, Eusapia dit en italien : « Je cherche, je cherche », puis ; « J’ai trouvé ». Elle s’agite et gémit beaucoup. Au bout de quelques instants, on entend, sur la table, un coup ty'ès violent, qui retentit très fort sur la tête de M. Sabatier, placé sous la table. Les membres inférieurs d’Eusapia enlacés par M. Sabatier sont restés immobiles.
On apporte la lampe et l’on trouve, au milieu de la table, un caillou assez volumineux pesant 500 grammes. C’est un calcaire compact, mamelonné d’une part, cassuré de l’autre, semblable à ceux qui se trouvent dans les moraines sur lesquelles est bâtie l’habitation de l’Agnélas (1).
Force psychique (2).
Parmi les divers modes de manifestation de la force psychique, les mouvements d’objets sans contact ont, sans contredit, un très grand intérêt quand on a la rare et bonne chance de les voir se produire dans des conditions de sincérité parfaite.
(1) M. Dariex, qui était fatigué, s’est retiré, après la chute du caillou, pour aller se reposer.
(2) Le Groupe Indépendant d'études ésotériques est constitué de manière à pratiquer l’étude scientifique de tout phénomène se rapportant aux idées spiritualistes M. Lemerle, ingénieur, ancien élève de l’École polytechnique, qui a fait le rapport cidessous, est le directeur des études pratiques du Groupe. Il n’a pas hésité à se rendre sur place afin de faire participer nos membres aux observations qu’il pourrait faire en toute connaissance de cause. Qu’il reçoive nos sincères remerciements.
{Initiation, 1891.) N. D. L. R.
Cette catégorie de phénomènes est étudiée depuis longtemps avec un soin tout spécial par M. H. Pelletier qui en publie fréquemment les résultats dans nos Revues et ici même. C’est donc pour nous une véritable bonne fortune d’avoir pu assister ces jours derniers ! à l’une de ces intéressantes séances et nous en expri- ; mons ici nos bien sincères remerciements à M. H. Pelle- ^ tier dont l’accueil vraiment cordial nous a charmé. C’est 1 dans le calme de la pleine campagne, dans un joli hameau des bords de la Loire et dans un milieu tout patriarcal, que ce chercheur convaincu se livre à ses patientes études avec, pour sujets, de braves gens de son entourage de simples cultivateurs qui n’y entendent pas malice, ce qui vaut mieux peut-être que certains névrosés faisant dans les grandes villes un usage commercial de leurs plus ou moins réelles facultés. C’est au moyen de la polarité que M. Pelletier opère le recru- ) tementde ses sujets, en employant des pièces de monnaie,
des canons de soufre, des bâtons de gomme laque, etc.
Trois seulement de ses sensitifs avaient répondu à son appel, les autres étant retenus par leurs occupations ! mais, malgré ce faible nombre et la forte chaleur (la séance avait lieu à midi), malgré aussi l’intimidation résultant de la présence d’une personne étrangère, nous avons pu enregistrer des résultats indéniables.
C’est d’abord l’action sur l’eau contenue dans un bol placé sur une table devant laquelle se tient un sensitif, puis plusieurs, agissant par leur simple proximité ou en étendant les mains à 5 ou 10 centimètres I aü-dessus de la surface ; celle-ci éprouve de temps en temps des secousses d’où naissent, comme d’ordinaire,
> des ondes circulaires, à peu près comme quand un petit
' poisson saute hors de l’eau. Tout le monde est absolu-
' ment immobile. Nous nous sommes assuré qu’il faudrait frapper assez fort sur le sol avec le talon pour que I l’ébranlement se communiquant par la table produisit
quelque chose d’analogue. L’ébranlement par le souffle produit d’autre [ art, des rides continues qui n’ont pas ce caractère d’impulsion brusque. Ces faits se produisent quelquefois au commandement de M. Pelletier, mais nous aurons à faire plus loin une remarque générale à ce sujet. Quelquefois aussi ils ont lieu dans le silence le plus complet. A plusieurs reprises nous avons constaté, en approchant la tête pourvoir déplus près, une sensation très nette de vent frais qui paraissait, passer entre la surface de l’eau et le réseau des mains étendues au-dessus. A ce moment les sensitifs accusaient spontanément la sensation de froid bien connue et souvent signalée, et qui rendait plus remarquable la température élevée qui régnait dans la pièce dont la fenêtre et les portes étaient fermées pour éviter qu'un souffle d’air vînt influer sur le phénomène. Dans ces conditions il n’y a pas de doute pour nous et nous sommes persuadé qu’avec un plus grand nombre de sensitifs, l’effet pourrait être considérable. Nous avons essayé en plaçant les uns derrière les autres en isonome, les trois mains droites étendues ensemble et les trois gauches de l’autre côté au lieu de les croiser au hasard. Nous espérions augmenter l'intensité du phénomène et c’est le contraire qui eut lieu.
L’opérateur prit ensuite une aiguille aimantée d’une douzainede centimètres de longplacéesurpivotvertical. Les sensitifsétendant leurs mains ensemble ou isolément au-dessus ou à côté, après qu’elle eut pris sa position dans le méridien magnétique, il y eut quelques mouvements quine nous paraissaientpas bien nets, et qui pouvaient provenir de l'agitation de l’air causée par les mouvements des mains qui venaient prendre position. Nous avons pris alors un petit fil à plomb monté sur une potence métallique et, ayant mis ce fil dans le méridien magnétique, il déterminait exactement le plan de ce méridien avec le pivot de l’aiguille.
LA MAGIE ET L’ilYPNOSE
Les mains étant alors parfaitement immobiles, nous I avons pu constater des déviations très nettes en déclia naison, mais non des déviations constantes ; et encore c comme pour l’eau, comme pour ce qui va suivre, il y a 1 des impulsions^ à la suite desquelles l’équilibre est repris par des oscillations ordinaires. En l’absence de 1 dispositif pour mesurer la valeur de ces impulsions, 1 nous estimons à 20° au moins l’amplitude de l’écarte-
< ment hors de la position d’équilibre. Il n’est pas inutile ^ de dire que le phénomène se produit aussi bien avec la i main dans le méridien que perpendiculaire à ce plan. i Nous avons remarqué que, pendant l’expérience, les ■I oscillations de l’aiguille reprenant son équilibre étaient )| comme amorties : il semblait qu’elle se mouvait dans un 1 milieu plus résistant, c’est-à-dire que, pour un écart
donné, elle revenait plus vite à sa position qu’en l’ab- I sence des sensitifs.
Ce serait peut-être à vérifier plus soigneusement.
Ce qui précède ne regarde que les mouvements en déclinaison. L’aiguille pouvait, de par son mode de I suspension, prendre aussi quelques mouvements en 1 inclinaison ; mais ceux-ci ne nous ont pas paru assez nets pour nous y arrêter, la mobilité dans le plan vertical étant beaucoup trop grande et pouvant être attribuée au simple mouvement respiratoire d’un assistant 1 assez rapproché. Ceci demanderait aussi une étude spéciale.
Avec le pendule en balle de sureau, rien de bien i caractérisé.
Nous arrivons maintenant aux corps pesants ordii naires ; on mit sur le guéridon deux portes-mines, l’un en argent assez lourd, l’autre en aluminium, léger ; les sujets se tenaient assis de face à la table qu’aucun ne
< touchait par aucune partie du corps ni des vêtements.
, Après quelques minutes d’attente, le plus léger de ces
objets tourna sur lui-même une dizaine de fois, dans
un sens et dans l’autre, avec ou sans commandement. On ajouta sur la table un porte-plume en bois ordinaire et une petite boite ronde de trois centimètres environ : ces deux objets furent à plusieurs reprises poussés en avant ou en arrière, d’un bord de la table à l’autre. Des bouchons qui leur succédèrent présentèrent aussi les divers mouvements mentionnés dans les communications de M. Pelletier, sauf celui de sauter hors du guéridon et celui de se séparer après s’être joints.
Ces mouvements avaient encore été obtenus la veille, parait-il ; mais il ne faut guère s’étonner de ne pas avoir reproduit toute la série, si l’on songe que la séance durait déjà depuis plusieurs heures et que la chaleur était étouffante.
C’est ici le lieu de faire quelques remarques générales. La manière d’être de ces phénomènes conduit à leur assigner une cause, quelle qu’elle soit, de nature intermittente, procédant par émissions séparées. Aucun fait n’a manifesté une force continue, si faible soitelle. Tout se passe comme par chocs. Ceci est en outre corroboré par cette action du commandement, dont nous avons déjà dit un mot. Ayant remarqué que M. Pelletier a la voix forte et le commandement brusque, et ayant cru voir que ses sujets sursautaient à sa voix, nous eûmes l’idée que ce commandement pouvait agir, non pas par l’ébranlement physique de l’air, mais par la commotion ressentie par le sujet, commotion qui pouvait déterminer l’émission d’un flux de force psychique. Pour vérifier cette opinion, nous priâmes l’expérimentateur à voix très basse à son oreille de faire un commandement négatif en quelque sorte ; au commandement « ne bouge pas » fait à la façon ordinaire, un des sujets eut un soubresaut et l’objet bougea.
En ce qui regarde ces mouvements d’objets très légers, nous nous permettrons de formuler non pas une c.";-
LA MAGIE ET L’ilYPNOSE
i tique, mais un désir, celui de rendre les expériences (, absolument concluantes en prenant de très grandes a précautions contre l’action du souffle ou même de la i simple respiration des sujets. C’est certainement la ri première idée qui vient à toute personne témoin de ces fi mouvements, que de se dire que les sensitifs doivent souffler, exprès ou non, sur les objets. Nous nous ] sommes assurés que la plupart des phénomènes dont n nous venons de parler étaient sûrement indépendants I de cette cause, mais plusieurs autres, que nous avons : passés sous silence, pouvaient, à la rigueur, s’y ratta-
cher. Dans l’intérêt même de la vérité, il faut absolument éliminer cette source d’erreur, qui nous semble d’ailleurs être la seule et être en somme bien petite.
En tout cas elle est tout à fait hors de cause dans ce qui a suivi, nous voulons dire le déplacement de la table elle-même sans contact. La séance ayant été reprise après un repos bien gagné, les sujets sc sont placés autour du guéridon, les mains appuyées dessus, pour le charger.
Ce guéridon est à trois pieds, en chêne massif et pèse 1 peut-être une dizaine de kilogrammes.
Après quelques minutes d’imposition des mains, celles-ci quittèrent la table, restant à environ 10 cen- I timètres au-dessus, et nous eûmes le soin de vérifier que rien absolument n’y touchait plus jusqu’au sol qui est formé d’un carrelage fruste opposant aux pieds de bois une grande résistance du frottement. Dans cet état, au bout de peu de temps, la table se souleva de quelques centimètres et retomba sur ses pieds. L’expé- • rience fut renouvelée quatre ou cinq fois, toujours de la même façon, c’est-à-dire en la rechargeant à chaque fois par le contact, M. Pelletier estimant que chaque > mouvement obtenu amenait une sorte de décharge. Sur ( notre demande pourtant, les mains restèrent en l’air ( après le mouvement obtenu et il se reproduisit encore
deux fois sans nouveau contact. Il est impossible de rien voir de plus net et de plus certain.
On trouvera peut-être que nous nous sommes trop étendu sur des faits sans grande envergure ; mais nous sommes de ceux qui croient qu’en ces matières un fait simple bien observé, c’est-à-dire avec soin, en apprend plus long que de plus séduisants mais qui laissent plus de place aux doutes et aux objections.
Telle paraît être aussi l’opinion de M. Pelletier qui depuis plusieurs années s’ingénie à répéter sous toutes les formes, quelques-unes amusantes et gracieuses, ces phénomènes simples et à en varier les conditions avec tant de fertilité d’invention.
Lemerle.
Force psychique (1)
Correspondance de M. de Thomassin, délégué général du Groupe indépendant des Hautes Etudes ésotériques pour l’Allemagne.
M. le docteur Baron Cari du Prel, président d’honneur de la Société de Psychologie de Munich, adhérente au Groupe, était invité parM. Aksakow, le célèbre spiritualiste de Russie, conseiller d’Etat de S. M. l’Empereur de Russie, à venir à Milan pour assister aux séances faites avec le médium du Professeur Lombroso, Eusapia Paladino. Bientôt un cercle illustre se forma autour de ce deux grands chercheurs de l’Occultisme. C’étaient MM. :
Giovanni Schiaparelli, directeur de l’Observatoire astronomique de Milan ;
Charles Richet, professeur à la Faculté de médecine de Paris, éditeur de la Revue Scientifique (5 séances) ;
(1) Initiation idécembre 1892).
] Cesare Lombroso, professeur à la Faculté de médecine » de Turin (2 séances) ;
i Angelo Brofferüa, professeur de philosophie ;
Guiseppe Gerosa, professeur de physique ;
, B. Ermacora, docteur en physique ;
I Georgio Fienzi, docteur en physique,
( Les expériences faites par ces grands chercheurs de : la science furent si frappantes, qu’ils signèrent tous un
J rapport détaillé, en français et en italien, dont la conclusion est ainsi rédigée :
I « Ainsi donc, tous ces phénomènes étonnants que I nous avons observés pendant une complète ou quasi- : complète obscurité, tels que : chaises tirées fortement : avec la personne assise dessus, coups dans les chaises,
; transports d’objets, attouchements au corps, attouchements de main par une main, empreinte de doigts, lueurs phosphorescentes nous les obtînmes à cette , séance (du 6 octobre 1892), ne perdant pas le médium de vue, pas même pour un instant. La séance du 6 octobre fut donc pour nous la constatation évidente : et absolue de la justesse de nos impressions antérieures I dans l’obscurité, la preuve incontestable que, pour expliquer les phénomènes de la complète obscurité, il n’est point nécessaire de supposer une fraude du mé- I dium, ni une illusion de notre part, — que les phéno- I mènes peuvent résulter des mêmes causes qui donnent J origines aux phénomènes produits pendant que le médium est visible à l’aide d’une lumière suffisante pour en contrôler la position et les mouvements.
' « En rendant public ce court et incomplet résumé de
nos expériences, nous devons encore exprimer notre I conviction :
1 « 1° Que dans les circonstances données, aucun des
phénomènes qui ont été obtenus à la lumière, plus ou ' moins intense n’aurait pu être produit par un artifice i quelconque ;
LA MAGIE ET L’iIYPNOSE
« 2° Que la même conviction peut être affirmée pour la plus grande partie des phénomènes d’obscurité complète. Pour un certain nombre de ces derniers phénomènes, nous pouvons bien reconnaître, en général, la possibilité de les imiter par quelque tour d’adresse du médium ; cependant, d’après ce que nous venons de dire, cette hypothèse serait non seulement improbable, mais encore inutile dans notre cas ; car, même en l’admettant, l’ensemble des faits bien prouvés n’en recevrait aucune atteinte.
« Au reste, nous reconnaissons qu’au point de vue de la science exacte nos expériences laissent encore à désirer. Elles ont été commencées sans savoir de quoi on aurait besoin. Les instruments et divers appareils que nous avons employés ont dû être préparés à la hâte par les soins des docteurs Finzi, Gerosa et Ermacora.
« Ce que nous avons vu et constaté, selon notre opinion, est suffisant pour prouver que ces phénomènes sont bien dignes d’être considérés par la science.
« Nous considérons qu’il est de notre devoir d’exprimer ici publiquement notre estime et reconnaissance à M. Ercole Chiaia, pour avoir poursuivi pendant de longues années avec tant de zèle et de patience, et malgré les clameurs et dénigrements de la foule ignorante, le développement des facultés médianimiques de ce sujet remarquable, ne poursuivant qu’un seul but : le triomphe d’une vérité impopulaire. »
Après la publication du résumé et de cette conclusion dans la presse italienne (L'Italia del popolo, du 30 octobre au 3 novembre), le spiritisme devint la question du jour. On ne pouvait pas croire que tous ces hommes, lumières de la science, fussent assez stupides de se laisser tromper par un médium ignorant. La grande nouvelle dépassait bientôt les frontières de l’Italie, le D'' du Prel et moi-même l’annonçâmes en Allemagne dans la presse et dans une conférence à Munich.
LA MAGIE ET L’iIYPNOSE
Je ne crois pas qu’il soit nécessaire do donner aux lecteurs de V Initiation un rapport étendu des expériences faites par le comité scientifique. Pour les membres du Groupe, les phénomènes médianimiques ne sont qu’une préparation à l’étude et à la connaissance des grandes doctrines universelles de la magie, Kabbale, Gnose, Théosophie, Les actions de la force des astraux primitifs, que les savants de nos jours commencent maintenant à constater et à étudier, ne peuvent plus avoir le même intérêt pour les initiés, entrés dans l’intérieur, dans le sanctuaire du temple occulte. C’est pourquoi je ne veux donner ici qu’une courte exposition des faits constatés à Milan.
Les séances furent tenues à la maison de M. Finzi (Monti di Pieta, 11, Milan) entre 9 et 12 heures du soir. Le médium fut introduit par M. Chiaia, lequel, après avoir assisté aux premières séances, se retira.
On commença à chercher à obtenir des phénomènes à la lumière. Bientôt on prouva les mouvements mécaniques inexplicables par l’attouchement direct des mains, un soulèvement latéral de la table (poids 8 kilos) apportée par M. le D‘‘ Finzi. € La table se souleva d’un angle de 30-40“ et se maintint plusieurs secondes, pendant que le médium avait dessous les deux pieds étendus et frappait ses souliers l’un contre l’autre. En faisant, en ce moment, avec la main, une pression sur le côté soulevé de la table, on sentait une résistance élastique assez forte. » On prit toujours les précautions nécessaires. Les mains et les pieds du médium furent toujours tenus. En mesurant la force appliquée au soulèvement latéral, on trouva que le dynamomètre indiquait trois kilos et demi.
Quelquefois la table faisait quelques mouvements de droite et de gauche, puis se soulevait latéralement, tantôt d’un côté et de l’autre ; enfin elle se souleva entièrement, soit les quatre pieds en l’air et horizonta-
LA MAGIE ET L’iIYPNOSE
lement, à uno hauteur de 10 à 20 centimètres et retomba À plat sur les quatre pieds.
Quand quelque phénomène est en train de se produire, le visage d’Eusapia se contracte, les mains se crispentetse convulsionnent, elle gémit et paraît souffrir, Comme la table se tenait en Tair pendant quelques secondes, on pouvait obtenir plusieurs photographies des phénomènes ^ que M, le D"" du Prel a montrées dans sa conférence faite dans la Société de psychologie scientifique de Munich. La lumière actinique était produite au moment nécessaire par un éclair magnésique. Sur une des photographies, on voit M, Richet tenant une main, les genoux et un pied du médium, son autre main étant tenue par M, Lombroso, la table soulevée en Pair horizontalement, ce qu’on voit par l’intervalle entre l’extrémité de chaque pied et l’extrémité des ombres respectives projetées par les pieds de la table et n’arrivant pas jusqu’aux pieds.
Une expérience très intéressante fut la suivante :
Le médium, assis sur une chaise, fut placé sur une balance. Il présenta le poids total de 62 kilos ; après certaines oscillations, le fléau n’indiquait plus que 52 kilos. On désira l’augmentation de la pression, et le fléau indiqua 62 kilos. On essaya de reproduire ses variations, mais on ne put réussir qu’en étant debout sur le plateau et en appuyant tantôt sur un des côtés, tantôt sur l’autre tout près du bord, par des mouvements de grande amplitude. Il est vrai, disent les soussignés dans le résumé, que nous ne les avons jamais observés chez le médium, et qu’ils lui étaient impossibles dans la position sur la chaise, mais tout de même nous sommes prêts à reconnaître que l’expérience ne peut être entièrement satisfaisante. C’est pour cela qu’elle fut complétée par l’expérience suivante, faite aux séances des 21 et 26 septembre ; la balance fut placée derrière le dos du médium, assis à la table, de façon
que le plateau se trouvât à une distance d’un décimètre de la chaise du médium. Le mouvement du fléau se reproduisit à la vue de tous, et il frappa fortement sur la barre. M. Richet et M. Aksakow s’assuraient, en promenant leurs mains dans l’air et par terre, qu’il n’y avait aucun artifice, aucune communication entre le plateau et la chaise.
On faisait en outre l’expérience du mouvement horizontal de la table avec les mains du médium sur une planche posée sur trois boules interposées entre la planche et la table. Les pieds de la table furent munis de roulettes. Le médium fut invité à mettre ses mains au milieu de la planche ; toutes les précautions furent prises. Les voisins de droite et de gauche mirent leurs pieds sur les pieds d’Eusapia et appuyèrent leurs genoux contre ses genoux, formant un angle droit, dans l’espace duquel les deux pieds de la table se trouvaient parfaitement isolés. Sous ces conditions, la table se mit plusieurs fois en avant et en arrière, à droite et à gauche, parallèlement à elle-même, et, se déplaçant de 10 à 20 centimètres ensemble avec la planche sur les boules, comme si la table et la planche ne faisaient qu’un. Une autre fois, la table se souleva latéralement du côté et sous les mains du médium, ensemble avec les boules à une hauteur de 10 à 15 centimètres, sans aucun déplacement des boules et de la planche.
Pendant les séances, on observa souvent des mouvements d’objets à distance, sans aucun contact, avec les assistants encore en pleine lumière ; une grande chaise, pesant 10 kilos, s’approcha de M. Schiaparelli.
On pouvait aussi constater des mouvements de la table sans attouchements. Les assistants firent la chaîne avec les mains, y inclus celles du médium. Lorsque la table se mit en mouvement, ils soulevèrent tous leurs mains sans rompre la chaîne, et la table toute seule fit plusieurs mouvements.
Constamment, pendant les séances, des coups se produisaient pour répondre oui ou non à des questions posées.
Quant aux phénomènes observés dans l’obscurité, les membres du comité disent : « Tout le monde fait la chaîne et les mains et les pieds du médium sont tenus par ses voisins. L’obscurité augmente évidemment la force des manifestations, qui peuvent se ranger dans les catégories suivantes : 1“ coups beaucoup plus forts et même formidables, comme avec un poing sur la table ; 2° chaises des voisins du médium tirées de côté avec les personnes assises dessus ; 3“ transport sur la table d’objets qui se trouvaient à distance du médium, tels que chaises, habits, etc ; 4° déplacements en l’air de différents objets, d’instruments de musique : clochettes, tambours, etc ; 5° apparitions de lueurs phosphorescentes très vives, de plusieurs millimètres de diamètre, au-dessus de la table, dans l’air, se mouvant dans toutes les directions, montant, se dédoublant quelquefois et disparaissant subitement ; 6° enfin le phénomène le plus étrange, c’est la sensation d’attouchements produits sur notre corps par un corps étranger, que bientôt on est forcé de reconnaître comme une main, car, à mesure que les séances se répètent, cette main devient de plus en plus familière et vous touche le visage et les mains, et vous reconnaissez le contact parfait d’une main vivante, chaude et forte. »
On expose longuement dans le rapport toutes les expériences faites : apport d’objets à distance, les mains du médium étant liées aux mains de ses voisins, empreintes de doigts reçues sur papier couvert de noir de fumée, apparitions de la main sur cartons lumineux. Les mains du médium étaient liées par trois tours de ficelles, serrés suffisamment, presque à lui faire mal, dans le but que, si, par quelque manœuvre, la main se fût dégagée de la ficelle, les trois tours de cette ficelle se
seraient défaits immédiatement, et ses mains n’auraient pu d’aucune façon reconstituer la première attache. Une chaise avec clochette posée derrière le médium fut mise sur la table, et la clochette sonna, puis tomba sur la table. La lumière étant faite, on constata que tous les liens étaient en ordre. — Le papier noirci à la fumée, qui montra des empreintes de doigts, fut posé et fixé sur la table, au bout opposé du médium. Le dos de la main gauche de M. du Prel, qui tenait la main du médium, fut sali par le noir de fumée. On avait exprimé le désir que le noir fût transporté sur l’une des mains des assistants. Le docteur du Prel annonça qu’il avait senti plusieurs doigts s’essuyant au dos de sa main gauche. Les mains du médium, inspectées immédiatement, furent constatées toujours propres.
Les cartons, sur lesquels on vit très bien la silhouette noire d’une main, furentenduits de substancekimineuse, phosphorescente dans l’obscurité (sulfure de calcium), et placées sur la table et sur des chaises, dans différentes parties de la chambre.
La séance du 6 octobre, déjà mentionnée, donne une pleine conviction aux assistants, comme tous les phénomènes observés à l’obscurité furent enfin observés à la lumière, le médium en vue. Entendez les assistants
« Comme l’obscurité parait considérablement favoriser le développement des phénomènes, il fallait donc laisser l’obscurité aux phénornène.s, et avoir la lumière pour nous ; et pour ceci nous procédâmes de la façon suivante. Une partie de la chambre fut séparée de l’autre par un rideau, pour la laisser dans l’obscurité, et le médium fut placé sur une chaise dans une ouverture du rideau, le dos tourné vers la partie obscure, et le visage, les mains et les pieds dans la partie de la chambre éclairée. Derrière le rideau fut placée une petite chaise avec une clochette dessus, à une distance d’un demi-mètre de la chaise du médium, et sur une autre
178 LA MAGIE ET L’ilYPXOSE
chaise, à plus de distance, un vase avec de l’argile humideparfaitementunie. Dans la partie de la chambre éclairée, nous mîmes autour de la table qui fut placée devant le médium près du rideau ; nous ne finies pas de chaîne, mais les mains du médium furent tout le temps tenues par ses voisins, MM. Schiaparelli et du Prel. La chambre était éclairée par une lanterne à verres rouges placée sur une autre table. C’était la première fois que le médium se trouvait dans ces conditions. »
Les phénomènes commencèrent. On sentait une résistance, en apposant les mains au rideau. Les pans du rideau lurent fixés au coin de la table, et, à la demande du médium, écartés au-dessus de sa tête et maintenus par des épingles. Alors, au-dessus de la tête du médium quelque chose se montra, per moments. M. Ak-;ako\v posa sa main dans l’ouverture : elle fut serrée ; il sent que quelque chose lui est poussé dans la main : c’était la petite chaise ; ilia tient, puis elle est prise et tombe parterre. Tous les autres ressentent aussi les attouchements en mettant leur main dans l’ouverture. « M. Schiaparelli est touché au côté et frappé sur le dos à travers le rideau ; mais de sa main gauche il continue toujours de tenir la main droite d’Eusapia, et, de .sa main droite, la main gauche deM. Finsi.
La main commença alors à apparaître dans l’ouverture d’une façon plus distincte (1). M. du Prel passa sa tête dans l’ouverture en continuant toujours de tenir la main d’Eusapia et fut touché fortement par des doigts. 'M. Aksakaw présente un crayon : il est pris, ne tombe pas, mais bientôt est rejeté par l’ouverture sur la table. Une fois, c’est un poignet qui apparut sur la tête du
(1) Selon le rapport deM. du Prel, la main appartenait à l’astral Jolin King, si renommé dans les cercles spirites, qui daigna tant de fois se manifester aux incrédules et aux gens qui désirent s’amuser avec des expériences transcendantales.
LA MAGIE ET l’IIYPNOSE
médium, puis il s’ouvrit lentement et nous fit voir tous les doigts et la paume. Impossible d’énumérer le nombre de fois que la main nous est apparue et que nous l’avons touchée. Il suffît de dire que plus aucun doute n’était possible, que c’était bien une main humaine et vivante que nous voyions e^ touchions, pendant' qu’en même temps tout le buste et les bras du médium nous étaient bien visibles, et que ses deux mains étaient tout le temps tenues par ses voisins. Après la fin de la’ séance M. du Prel pénètre le premier derrière le rideau et nous annonce que, dans l’argile, il y avait une empreinte. Nous constatons en effet que l’argile avait été défoncée par une forte griffe de cinq doigts d’une main droite, preuve permanente que l’apparition de la main n’était pas une hallucination. Ce qui nous expliqua le fait qu’un morceau d’argile nous avait été jeté sur la table vers la fin de la séance.
On voit qu’il s’agit de phénomènes remarquables, constatés par un cercle de savants, qui ont pris toutesles précautions pour ne pas devenir des victimes do l’adresse d’un médium. On peut dire que les expériencesobtenues premièrement par Lombroso et maintenant par Scliiaparelli et les autres célèbres savants, sont le triomphe de la force psychique dans notre siècle de matérialisme absurde, et convainquent les ennemis de ces vérités impopulaires.
Chevalier de Tiiomassin, D. G. E.
DÉPLACE.MENTS d’obJETS SANS CONTACT
Nous trouvons dansl’MrV^a^/oir (octobre 1891), le récit suivant dont nous reproduisons les traits essentiels :
c En villégiature à Sou'ac-sur-Mtr (Gironde) dctiuis le samedi 15 août, nous jouissions de tous les charmes et de tous les loisirs qu’on retrouve dans une ville ’ d’eaux.
«Jusqu’au vendredi 4 septembre, rien n’était encore venu troubler la joie que nous goûtions dans la famille. Le soir, à 9 heures, à peine étions-nous couchés qu’un couteau de table se détachait du buffet sur lequel on l avait placé, pour tomber avec bruit dans le corridor qui sépare la chambre de mes parents de celle que j’occupe moi-même tout près d’une petite cuisine. Tous, c’est-à-dire mon père, ma mère, et mon frère âgé de vingt-six ans, nous eûmes la pensée qu’un rat avait été la cause du bruit que nous venions d’entendre.
« Trois jours après, le lundi 7 septembre, le soir, à la même heure, un des couteaux soigneusement serrés dans le tiroir du buffet, cité plus haut, tombait encore avec bruit, au milieu du corridor.
« Mon père se levait alors... inquiet, comme nous tous, mais pensant encore qu’un rat avait établi son logement dans le tiroir en question.
« Le lendemain nous commencions à nous endormir, lorsque, vers 9 heures, un coup sec, comme produit par un marteau, retentissait sur la table de toilette de ma chambre, faisant bondir 7iics ciseaux qui se mirent à danser.
« Nous nous levâmes aussitôt. . . les ciseaux avaient disparu, ils dansaient maintenant, avec un bruit argentin, dans la cuisine qui, je l’ai dit, se trouve placée près de ma chambre ; à trois reprises différentes les ciseaux recommencèrent leur danse surnaturelle... et il nous était impossible de les apercevoir... Pendant trois minutes peut-être que la danse cessa, nous cherchâmes, mais en vain, les ciseaux... ils étaient invisibles... Très émus alors — on le serait à moins, — nous apostrophâmes l’être mystérieux qui nous jetait ainsi dans le trouble. Moi-même j’élevai hautement la voix, promettant de ne pas me coucher avant que les ciseaux fussent retrouvés.
« Pendant ce temps je transportai mon lit dans la
chambre de mes parents et l’installai de mon mieux sur un canapé, bien décidé à ne plus dormir dans ma chambre, jusqu’à mon départ pour Bordeaux, fixé au 12 septembre.
Nous venions d’éteindre notre lampe, lorsque, TOUTES PORTES FERMÉES, un bruit épouvantable se fît entendre, et les ciseaux, fendant l’air comme une flèche, vinrent tomber avec fracas au pied de mon lit. Les ciseaux avaient donc percé mystérieusement la -porto que nous avions fermée avec intention... ils avaient répondu au défî que je leur avais porté de les retrouver bientôt.
« Inutile de dépeindre notre saisissement, notre frayeur... Nous étions en face du surnaturel , il n’y avait qu’à prier ; nous nous mimes à genoux et nous récitâmes en tremblant le De profundis.
« Est-ce une chère âme qui souffre ?
a Est-ce un esprit mauvais qui nous persécute ? Mystère ! Notre prière terminée, tout bruit cessa.
« Toute la nuit, nous laissâmes brûler notre lampe et nous vîmes arriver le jour, heureux d’être délivrés de cette obsession mystérieuse.
« J’écris ces lignes après les faits que je raconte ; il est neuf heures, et c’est le 9 septembre 1891. Qu’arrivera-t-il ce soir ? je l’ignore.
« J’arrêterai là le récit si, comme nous l'espérons, nos prières ont été écoutées.
« Signé : L’abbé Marcel Lacave,
Vicaire au Sacré-Cœur de Bordeaux. >
« Jeudi matin, 10 septembre 1891.
« C’était une âme qui souffrait et qui réclamait des prières. Nous en avons eu, hier soir, la preuve. Durant la journée, j’avais répandu de l’eau bénite dans les appartements. On comprend avec quelle impatience
remplie d’anxiété nous attendions l’heure où déjà plusieurs fois le bruit mystérieux s’était fait entendre.
a Nous nous couchâmes donc dans la même chambre et aussitôt la lampe éteinte nous attendîmes, retenant notre respiration, et nos cœurs bondissaient dans la poitrine; auparavant nous avions fait, au pied de notre lit une fervente prière en faveur de l’âme qui peut-être était là gémissante et attendait du secours... Comme la veille, nous avions formé toutes les portes... Cinq minutes environ s’étaient écoulées depuis que nous avions éteint notre lumière, lorsque, toujours au pied de ma couche, un bruit, mais léger, très doux même, se fit entendre... un objet venait évidemment d’être lancé sur le plancher... Nous nous levâmes... il y avait devant nous un crayon et une envelopps disposés là par une main invisible... Sur l’enveloppe était écrit ce mot :
MERCI (merci)
« Les letties . étaient majuscules et très longues. Comme la veille nous nous mîmes à genoux et nous récitâmes le De profundis. Cette âme était-elle complètement délivrée de ses peines, ou seulement soulagée ? nous l’ignorons.
« Nous continuerons pour elle nos prières afin que Dieu l’appelle pour toujours à Lui. Si elle jouit du bonheur éternel, nous nous plaçons sous sa protection, la priant de ne pas nous oublier dans cette terre d’exil et de larmes.
« Une seconde fois, je jure devant Dieu que les faits se sont passés comme je les raconte, et qu’ils ont eu pour témoin ma famille entière.
« Signé : L’abbé Marcel Lacave,
Vicaire au Sacré-Cœur de Bordeaux (Gironde). »
LA MAGIE ET L’ilA'PNOSE
[bô