PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES
En janvier 1891, je me trouvais à Gancl (Belgic[ue), Lors d’une visite chez une famille amie, la conversation fut portée sur des expériences hypnotiques qu’un magnétiseur de profession présentait à ce moment dans une salle publique de la ville.
J’avais assisté moi-même à la séance donnée la veille par ce magnétiseur, et les expériences produites me paraissent assez intéressantes et sortant du répertoire ordinaire des professionnels pour que je croie utile de les mentionner ici avant do continuer mon récit.
Sur la scène se trouve le sujet (professionnel, voyageant avec son magnétiseur), une jeune fille, assise sur une chaise. Le magnétiseur la met en sommeil.
Le public dans la salle se composait en majeure partie des étudiants de l’université de Gand,
Le magnétiseur demande de former une commission pour surveiller et vérifier les expériences. La Commission, dont je fais partie, est composée exclusivement d’étudiants, excepté moi. Le magnétiseur annonce l’expérience suivante :
Sur une ardoise ordinaire, quelqu’un de la Commission ou du public écrira une phrase dans une langue quelconque. L’ardoise sera ensuite posée par l’écrivain, qui seul aura connaissance de ce qu’il a écrit, sur les genoux du sujet et de façon que le côté opposé à l’écriture soit tourné en haut. Le sujet, qui aura au préalable les yeux bandés, copiera sur ce côté libre de l’ardoise l’écriture du dessous, non seulement textuellement, mais en reproduisant exactement l’écriture de l’écrivain.
Ceci dit, le magnétiseur apporte du papier gommé
(1) Initiation, janvier 1894.
LA MAGIE ET L’ilYPNOSE
et prie la Commission de coller du papier sur les paupières fermées du sujet. Ceci fait, les yeux sont bandés avec un fichu noir en soie. Le sujet, comme j’ai dit, est en sommeil.
Le magnétiseur présente l’ardoise, sur laquelle un des assistants inscrit une phrase en français. Le sujet reproduit cette phrase sans hésitation et en imitant très exactement l’écriture de l’auteur. Parmi les assistants se trouvent des étudiants appartenant à différentes nations. L’ardoise est couverte d’inscriptions en allemand, anglais, espagnol, italien, polonais, etc., qui toutes, sans exception, sont reproduites, lorsque le sujet, recevant à nouveau l’ardoise, parait hésiter un instant. Puis elle dit, d’un ton plaintif : « C’est de l’hébreu, c’est bien difficile ! » et, après avoir à plusieurs reprises essayé d’écrire, elle reproduit la phrase en hébreu.
Ce qui me paraît dans ce cas surtout remarquable, c’est que le sujet avait conscience de ce qu’il reproduisait. Ceci est un argument pour la faculté tant discutée et contestée de certains individus, plongés dans l’état hypnotique, de comprendre et savoir parler même des langues dont ils n’ont aucune notion à l’état normal. (Je reviendrai sur ce sujet tout à l’heure.)
Après cette expérience, le magnétiseur faisait des essais d’hypnotisation sur plusieurs étudiants de bonne volonté, sans y réussir. Il se présenta alors un jeune homme de seize à dix-sept ans. îl est mis en état de sommeil très promptement ; quelques expériences ordinaires de catalepsie, suggestion, réussissent très bien. Alors le magnétiseur annonce qu’il veut essayer, vu les aptitudes du sujet, une expérience de transmission de pensée. — Il faut noter ici, que le sujet était inconnu du magnétiseur ; c’était un jeune homme de Gand, de bonne famille, n’ayant jamais ni vu ni contribué à des expériences hypnotiques.
Le sujet se trouvait sur la scène, debout, à l’état normal de veille. L’opérateur était descendu parmi le public pour demander à plusieurs personnes d’inscrire sur des petites feuilles de papier les actions qui devaient être exécutées par le sujet. Le magnétiseur prenait connaissance de la demande, tandis que le demandeur conservait sa feuille. L’opérateur était éloigné du sujet d’une quinzaine de mètres environ. Le nombre des différents ordres à exécuter pouvait être de vingt à vingt-cinq.
Le magnétiseur, depuis qu’il avait quitté la scène, ne s’était plus rapproché du sujet ; après avoir recueilli tous les ordres, il se retira encore, de sorte, qu’une distance de 18 à 20 mètres le séparait du sujet qui toujours se trouvait sur la scène.
Parmi les ordres à exécuter, je citerai les trois suivants :
1° Ordre donné par un étudiant de ma connaissance : « Prendre mon chapeau et se coiffer avec. »
2“ Ordre donné par un autre étudiant de ma connaissance : « Prendre dans la poche de M. Bojanoo son porte-monnaie et le conserver » (le magnétiseur demandait de lui faire connaître M. B.).
3° Ordre donné par moi : « Crier par trois fois et à haute voix, sur la scène : Vive la Belgique ! »
Tous les ordres furent parfaitement exécutés. Ce qui me paraît particulièrement remarquable, c’est que le jeune liomme n’était pas un sujet entraîné et que la transmission, voire l’exécution des ordres, se faisait à l’état de veille.
Voici donc le sujet de conversation dans le cercle de la famille X. Parmi les personnes présentes se trouvait une jeune parente de M™® H., M. B., de Bruxelles. Cette jeune fille prenait beaucoup d’intérêt à la conversation et finalement exprimait le désir d’essayer si elle pourrait être magnétisée. Sur ma
LA MAGIE ET L’iIYPXOSE
proposition de faire quelques expériences préalables pour me rendre compte du degré de sa sensibilité, elle accepta. J’essayai alors de lui cataleptiser le bras dans la position horizontale, sans la mettre en sommeil, ce qui réussit bien. Je lui fis des suggestions concernant des changements du goût: boire de l’eau pour du vin, prendre du poivre pour du chocolat en poudre, etc., toujours sans l’avoir mise en sommeil. Je l’avertis alors que j’allais l’endormir.
La jeune fille étant assise, j’opérai par la fixation des yeux, accompagnée de passes. Au bout de quelques minutes, ses yeux se fermèrent. Mon intention était de faire, si possible, quelques expériences pouvant me servir comme enseignement, et non pas d’amuser les assistants par des suggestions plus ou moins drôles. Je continuai donc, après l’occlusion des yeux, de faire des passes jusqu’à ce que le sujet ne répondit plus à ma question régulière : « Vous dormez bien, n’est-ce-pas ? » que d’une voix presque imperceptible. J’arrêtai alors l’hypnose sur ce degré, €t je bandai les yeux de B. avec un mouchoir, de sorte qu’il lui était matériellement impossible de voir même en ouvrant les paupi-ères.
Je pris dans un sucrier un morceau de sucre, avec toutes les précautions nécessaires pour ne pas éveiller son attention. Je le tenais dans ma main fermée, et je posai les que.stions suivantes :
D. — Mademoiselle, vous m’entendez bien, n’est-ce pas ?
R. — Oui, Monsieur (la voix très faible).
D. — Faites bien attention : je tiens quelque chose dans ma main droite ; vous allez me dire ce que c’est. Parlez assez haut avec votre voix ordinaire.
R. — C’est blanc. (Après quelques instants.) Un morceau de sucre.
Je dis : Très bien, Mademoiselle. Voilà maintenant
ma main "auche : qu’est-ce que je tiens dans main gauche ? (Ma main était posée sur la table et fermée ; j’avais pris, pendant la première expérience, dans ma poche, un petit morceau d’un crayon ordinaire.
R. — Je ne vois pas bien, il fait trop noir.
D. — Regardez bien, vous verrez plus clair.
R. — Oui, c’est plus clair, c’est assez long, c’est rond, c’est gris, on dirait un crayon... oui, c’est un crayon.
J’ai remarqué maintes fois que dans des expériences analogues les couleurs jouent un rôle et que les couleurs indécises sont moins bien perçues que les couleurs tranchantes. Il me semble que, si l’exactitude de cette observation pouvait être établie d’une façon formelle, ce phénomène constituerait un appui sérieux pour les dissertations de Louis Lucas sur le mouvement et la matière, voire la cause et les effets. [La Chiynie nouvelle^ Angulaison.)
Comme je ne voulais pas prolonger les expériences, de peur de fatiguer B., je la réveillai.
B. était très enchantée de posséder des facultés .si merveilleuses. Elle me donna la permission de revenir pendant les quelques jours qu’elle resterait à Gand pour faire des expériences plus importantes.
Je me suis rendu chez la famille X. le surlendemain. Je magnétisai B. comme précédemment ; je lui bandai les yeux, et je fis l’essai suivant. Je priai la maîtresse de la maison d’écrire sur une feuille de papier un mot avec un crayon, et de mettre la feuille sous enveloppe. Je pris l’enveloppe, et je la déposai sur la table, devant M"“B. Le dialogue suivant s’engagea alors entre nous deux :
D. — Mademoiselle, ici, devant vous, vous voyez une lettre sous enveloppe, n’est-ce pas ?
R. — Oui.
D. — Dites-moice qui s’y trouve écrit, lisez la lettre. (Le sujet ne répondit pas).
D. — Mademoiselle, avez-vous compris ce que je vous ai demandé ?
R. — Oui, Monsieur.
D. — Eh bien ?
R. — Je ne vois pas bien : c’est trop embrouillé.
D. — Regardez bien, tâchez de lire.
R. — Je ne peux pas, je vois tout blanc.
D. — Voyez-vous l’enveloppe?
R. — Oui.
D. — Voyez- vous la feuille de papier dans l’enveloppe?
R. — Oui.
Je priai alors Mme X. d’écrire le même mot avec une plume, à l’encre, sur un autre papier et en grands caractères. La feuille fut mise sous enveloppe par MmeX., et je la présentai de nouveau à Mlle B.
D. — Tenez, Mademoiselle, voici une autre lettre, plus facile à lire, essayez.
R. — (Après quelques instants, avec beaucoup de satisfaction). Ah! oui, je vois bien... mais, il n’y a qu’un seul mot : Mélanie !
J’ouvris l’enveloppe, et le mot écrit était réellement celui nommé.
Je réveillai Mlle B, et lui rendis compte de l’essai, dont elle n’avait aucun souvenir.
Après une interruption d’une demi-heure environ, je la mettais de nouveau en sommeil, pour tenter une expérience du même genre, mais plus compliquée (les yeux toujours bandés).
Je pris un jeu départes, je le posai sur la table devant le sujet, et je lui dis :
D. — Mademoiselle, nous allons faire une expérience bien plus merveilleuse que les précédentes, et vous ferez bien attention, n’est-ce pas ?
R. — Oui Monsieur.
D. — Eh bien, voici un jeu de cartes. Vous prendrez les cartes, vous les couperez bien, et puis vous les ran-
gerez sur la table, de sorte que vous commencerez par le sept en allant jusqu’à l’as, et chaque espèce ensemble, en faisant attention que le cœur entre en première ligne, puis le pique, le carreau et en dernière ligne le trèfle. M’avez-vous bien compris ?
R, — J’ai bien compris, mais je ne sais pas si je réus* sirai ; je veux l’essayer.
Mlle B. prend les cartes, les coupe, et puis elle commence. La première carte qu’elle prend, c’est le roi de cœur. Elle la dépose à peu près au milieu de la table, qui était une grande table ancienne. La seconde carte, c’est l’as de pique. Elle la place en dessous et à droite du roi de cœur, de sorte que les deux cartes se touchent avec leurs'coins respectifs. La troisième carte, c’est le valet de pique, elle la place dans le rang du pique, à l’endroit où le valet devait se trouver si toutes les cartes avaient été placées. La cinquième carte, c’est le sept de cœur elle la place à l’endroit du sept, au rang du cœur. La sixième carte, c’est l’as de cœur, elle la place à l’endroit voulu. La septième carte, c'est la dame de cœur ; elle la place à côté du roi. La huitième carte, c’est le dix de pique; Mlle B. la tient pendant quelques instants dans sa main, puis elle dit :
— Je ne vois plus : tout est embrouillé.
J’insiste pour qu’elle continue, mais elle répond: Je ne peux plus : je ne vois plus clair.
— Qu’est-ce que vous avez donc, que vous ne voyez plus clair ?
R. — Je ne sais pas, c’est comme un brouillard devant mes yeux.
Je n’insistai plus alors et la réveillai. Etant réveillée, M“® B. se sentait une lourdeur dans la tête et dans tous les membres. Je dissipai cet état en lui faisant quelques passes latérales sur le sommet de la tête. Il fut convenu, ce jour-là, que je reviendrais le lendemain pour recommencer notre expérience avec les cartes.
X. avait invité le médecin de la famille, le docteur Z., de Gand, à assister aux expériences. M. Z. était absolument réfractaire à tout ce qui concernait les forces ou les effets non définis et ne considérait que comme supercherie ou erreur toutes les manifestations hypnoti([ues, spirites ou autres, qui sortent du cadre des sciences officielles. M. Z. était d’autant plus convaincu de l’inexactitude de toutes les expériences du genre, que lui-même avait essayé d’expérimenter avec des personnes ayant servi comme sujets à des magnétiseurs professionnels et qu’il n’avait jamais pu réussir à provoquer l’hypnose. Aussi M. Z , qui arrivait quelques minutes après moi et avec qui nous causâmes de l’expérience projetée, ne cachait-il pas son scepticisme en fait de sorcellerie et demandait-il des faits et non pas des paroles. Cette discussion avait beaucoup excité B., qui y prenait part avec beaucoup de vivacité et qui défendait ses qualités de voyante tout récemment découvertes. Pour prévenir toutes les fausses interprétations possibles de la part du docteur, je le priai de vouloir bien aller chercher lui-même chez le plus proche marchand un jeu de cartes.
Après le retour de M. Z., j’endormis Mlle B., comme précédemment, puis je lui bandai les yeux.
Je demande : Vous dormez bien. Mademoiselle?
R. — Oui, Monsic'Ur.
D. — Regardez-moi, me voyez-vous ?
R. — Oui, Monsieur.
D. — Qu’est-ce que je fais avec mes mains ?
R. — Vous les avez jointes sur votre dos.
D. — Voyez-vous M. le docteur Z. ?
R. — Oui, Monsieur.
D. — Vous savez qu’il prétend que vous ne sauriez pas ranger un jeu de cartes sur la table ?
R. — Il est bien drôle, M. le Docteur, on lui en fera voir bien d’autres.
D. — Eh bien. Mademoiselle, voici les cartes : faites comme hier, rangez-les dans le même ordre.
Mlle 13 prend les cartes, que M. Z. lui présente, et elle commence. Je n’ai pas noté la suite des cartes. Elles étaient non seulement jDarfaitement rangées, mais encore chaque carte était mise, au fur et à mesure que mon sujet les prenait, à la place lui appartenant,^ comme dans descasiers préparés et numérotés d’avance, de sorte que, lorsque toutes les cartes furent mises, elles formaient un carré parfait, se touchant les unes les autres.
J’exprimai à la sensitive ma satisfaction, ce qui lui faisait visiblement plaisir. M. Z. demanda alors de répéter l’expérience, sous la condition que lui -même mettra un bandage sur lesyeuxdu sujet. Je demandai à M'ie B., toujours endormie, si elle n’était pas trop fatiguée pour faire droit au désir du docteur. Elle répondit ; Ah ! maintenant, ce sera bien plus facile!
M. Z. demanda alors à la maîtresse de la maison deux serviettes et les appliqua sur les yeux du sujet. Sur mon ordre, celui-ci saisissait les cartes et répétait parfaitement l’expérience, mais bien plus promptement que la première fois. Aussitôtles cartes mises, je réveillai M'><^ B. , qui ne se sentait pas du tout fatiguée.
Le D. Z., très impressionné du fait, demandait si on voulait faire une autre expérience, qu’il indiquerait lui-même. B. consentit de s’y prêter.
M. Z. me pria alors de sortir avec lui dans une pièce avoisinante, et là, il me dit qu’une affaire d’ordre privé le préoccupait beaucoup en ce moment et qu’il désirait que B. devine quel était le sujet de cette préoccupation. Je répondis àM. Z. que cela sortait tout à fait du cadre de nos expériences, que les personnes aptes à cela étaient très rares et que, parconséquent, je n’avais pas plus d’idée sur le résultat, que lui-même ; mais que nous l’essaierions.
J’endormis donc de nouveau M“® B. sans l’avoir prévenue de ce dont il s’agissait. Je continuai les passes jusqu’à ce que sa voix devint à peine intelligible, puis je commençai ainsi :
D, — Mademoiselle, je vous poserai quelques questions tout à fait particulières ; vous tâcherez de répondre consciencieusement et à haute voix, n’est-cepas ?
R. — Oui, Monsieur (avec sa voix ordinaire).
D. — Connaissez- vous le docteur Z.?
R. — Pas trop.
D. — Ça ne fait rien, écoutez : M. Z., qui est ici, assis devant vous, est en ce moment très préoccupé d’une affaire privée ; dites-moi, qu’est-ce qui le préoccupe tant ?
R. — (Après quelques instants, avec humeur.) Hum! il s’agit d’une femme !
Je regarde le docteur, qui me fait un signe affirmatif. Pournepascommettre une indiscrétion, je demande s’il faut continuer de questionner. M. Z. n’y voit pas ■d’inconvénient.
D. — Où est cette dame?
R. — Elle n’est pas ici.
D. — Où est-elle ?
R. — Dans un pays étranger.
D. — Quel pays ?
R. — La France.
D. — Quelle ville ?
R. — Paris.
Là-dessus, M. Z. m’interrompit en disant : C’est exact. Je demandai alors au docteur quelle question il fallait poser ensuite. « Demandez-lui donc, répondit-il, si cette dame a reçu ces jours-ci un cadeau de ma part, et en quoi ce cadeau consistait. »
D. — Mademoiselle, cette dame dont il s’agit, a-t-elle reçu ces jours-ci un cadeau delà part de M. Z. ? R, — Oui.
LA'MAOlE ET L^ltYRXOSE
D. ^ Qu’est-ce que c’était donc ?
R. — Un gros paquet.
D. — Qu’esl-ce qu’il contenait, ce paquet?
R. — Il y avait un jambon et deux lièvres !
M. Z. reconnaissait comme exactes les réponses de M"e B ; je m’arrêtai et la réveillai.
Nous nous séparâmes avec promesse de continuer le lendemain.
Etant données les aptitudes extraordinaires de j’avais l’intention de faire des essais sur ce qu’on est convenu d’appeler la clairvoyance ou lucidité ; c’est-àdire la faculté d’une personne sensitive d’ajaercevoir des faits passés, présents ou à venir sans qu'une suggestion ou transmission comciente ou inconsciente de la pa7't du demandeur ou d'une personne de l'assistance soit admissible.
La réunion suivante eut lieu le lendemain dimanche, dans l’après-midi. Je fis part aux assistants et à B. du genre d’expérience que nous allions tenter. A cet effet, je demandai à Mi'®B., avant de l’endormir, de me nommer une personne de sa connaissance n’habitant pas la ville de Gand et inconnue de toutes les personnes présentes. INB^® B. me donna le nom d’un monsieur O. Je l’endormis alors, comme d’habitude.
D. — Mademoiselle, connaissez-vousM. O. ?
R. — Oui.
D. — Où est-il en ce moment ?
R. — Je ne sais pas.
D. — Cherchez-le ?
R. — (Après quelques instants.) Il n’est pas chez lui.
D. — Où est-il alors ?
R. — Il est sur la route d’Arlon.
D. ■ — Que fait-il là ?
R. — Il monte en bicydlefte .
Uà-dessus je réfléchis un instant quelle question
poser, lorsque mon sujet fit un mouvement comme une personne qui est prise d’une frayeur subite. Je demande :
— Qu’avez-vous donc ?
A quoi elle répond au même instant et avec émotion, sans que j’eusse achevé la phrase :
— Il tombe 1
D. — Comment ! il est tombé ?
R. — Oui, il a heurté une pierre.
D. — S’est-il fait du mal ?
R. — Non, il se relève. Ah ! si, il s'est blessé au bras gauche, il regarde son bras.; il remonte tout de même ; ce n’est pas grave.
Comme B., me paraissait très émotionnée, je m’arrêtai et la réveillai. Je l’informai de ce qu’elle venait de dire et la priai de vouloir écrire immédiatement à M. O. pour lui demander si réellement il s’était trouvé dimanche soir, vers 3 heures, sur la route en bicyclette, et s’il lui était arrivé un accident. Il est, à noter, comme B., à son réveil et sur ma demande, nous le disait, que M. O. était un étudiant en médecine d’Arlon, parent avec la famille B., faisant ses études à Bruxelles et demeurant chez les parents de Mu® B , qu’en ce moment il était rentré chez lui à Arlon pour quelques jours et que jusqu’à ce jour, jamais une correspondance n’avait été échangée entre elle et M. O. Aussi devrait-on trouver très extraordinaire à Arlon que Mi‘® B. écrivit à M. O. Mais vu l’intérêt que présentait le cas, la jeune fille écrivit séance tenante à M. O., et moi-même je portai la lettre à la poste. En partant avec le train poste de Gand pour Bruxelles le soir même la lettre ne pouvait être distribuée à Arlon, que le lundi matin à 8 heures.
Or, le lundi matin, à la 'première disb'ibution des lettres, 7 heures lj2 du matin, àJ“® B, recevait à Gand une lettre venant d' Arlon, écrite par M. O., et informant
la j^vne fille que la veille, le dimanche dans l'aprèsmidi, il lui était arrivé un léger accident en montant en bicyclette ; c'est pourquoi V priait i\/“® B. d'excuser sa mauvaise écriture, qui était due à ce que, s'étant btessé au bras gauche, it ne pouvait maintenir avec cette main son papier, qui par conséqwnt glissai' sous sa plume.
11 est à remarquer ici que B. m’affirmait de nouveau que jamais M. O. ne lui avait écrit auparavant et qu’elle ne s’expliquait point comment l’idée lui était venue de l’informer de son accident à peine celui-ci arrivé. Elle reçut une nouvelle lettre le mardi suivant en réponse à la sienne du dimanche, dans laquelle M. O. exprimait sa stupéfaction de ce qu’elle ait pu avoir connaissance de l’accident à l’heure même où cela était arrivé, et il demandait des explications.
Ce fait do lucidité me paraît doublé d’une action télépathique inconsciente de la part de B. pendant l’hypnose ou bien pendant qu’elle lui écrivait, et qui avait amené M. O. à lui écrire à son tour.
J’ai eu l’occasion, quelques mois plus tard, do faire la connaissance de M. O. à Bruxelles, et il m’a confirmé que jamais il n’avait écrit à M»® B. avant cette affaire etqu’ilne comprenait encore pas comment l’idée lui était venue de l’informer de l’accident. M. O. ne pouvait même pas s’expliquer comment il avait eu connaissance de l’adresse exacte de AB'® B. à Gand, ne se rappelant pas en avoir été informé ; mais M. O. savait la jeune fille à Gand.
Pendant son séjour à Gand, je fis avec M"® B. d’autres expériences de lucidité, entre autres la suivante : Après l’avoir endormie, comme d’habitude, je la priai de voir sa mère et de me renseigner très exactement sur ce que sa mère faisait. M“® B. me dicta en substance ceci : « Ma mère se trouve dans la cuisine, elle essuie des verres ; voilà qu’elle sort, elle va dans l’atelier à papa ; — c’est drôle, jamais elle n’y va ! —
LA MAGIE ET L^lYPNOSE
elle parle à papa ; tiens ! elle demande ‘la clef de ma chambre à papa ; elle sort de l’atelier, elle monte au premier, elle entre dans ma chambre, elle ouvre ma boite à ouvrage ; elle y prend la clef de la chambre du second ; elle monte, elle entre dans la chambre, elle ouvre l’armoire, elle y prend son manteau de fourrure, le regarde, elle dit; C’est dommage! elle dépose le manteau sur le lit.
Ici j’interrompis B. et la réveillai.
B. écrivait dans la soirée même à sa mère en lui demandant si elle avait fait ce jour-là ce que je viens d’écrire, et surtout si elle avait visité son manteau de fourrure, si elle avait trouvé dans celui-ci des mites et si elle sé souvenait d’avoir exprimé son regret en disant à haute voix : C’est dommage !
B. mère a confirmé tout cela, excepté les paroles qu’on lui prêtait, ne pouvantjpas affirmer que réellement elle avait donné à sa pensée d’expression verbale.
Un soir, ayant été invité à dîner chez la famille X., on désirait des expériences hypnotiques, auxquelles Mlle B. voulut bien se prêter. L’idée m’était venue de tenter un essai d’un autre genre. Mme X. avait à son service une bonne flamande sachant relativement bien le français. Cette bonne était une fille de campagne, âgée de dix-huit ans, petite, grosse et grasse, tempérament lymphatique, esprit très lourd. Je lui demandai si elle voulait se laisser endormir. Sur son consentement, je la mis en sommeil très promptement, puis aussitôt j’endormis Mlle B. ; ensuite je fis à Mlle B. la suggestion suivante : Lorsque vous serez réveillée, vous ne serez plus Mlle B., mais vous serez un jeune homme anglais (Mlle B. ne savait pas l’anglais), appartenant à une très bonne famille, et vous allez assister au bal de la cour de Bruxelles. Vous y ferez la connaisnaissance d’une demoiselle avec laquelle vous allez danser, et pendant le repos vous vous promènerez avec
elle dans la salle, et vous tiendrez une conversation très animée. N’oublioz pas que vous êtes Anglais et que vous parlez très mal le français. — A la bonne, j’ai fait cette suggestion : « Lorsque vous serez réveillée, vous ne serez plus la bonne de Mme X , mais vous serez une demoiselle appartenant à la noblesse du pays, et vous allez assister au bal de la cour de Bruxelles. Vous y ferez la connaissance d’un jeune anglais très bien, qui vous invitera à danser et avec qui vous vous promènerez entre temps. — Je remis entre les mains de Mlle B. une assiette en guise de chapeau claque, puis je la réveillai ainsi que la bonne.
Je passe le récit de la scène du bal, qui était jouée par les doux actrices improvisées avec une maestria vraiment extraordinaire (une dame touchant le piano marquait l’orchestre), et je ne veux retenir qu’un point essentiellement important : C’est que Mlle B., dans ses causeries avec la bonne anoblie, parlait le français aussi mal et d’une façon aussi drôle qu’un Anglais qui ne l’aurait appris qu’au collège ; par contre, elle assaisonnait sa conversation à chaque instant avec les expressions et les phrases les plus caractéristiques en parfait anglais, surtout en faisant à demi-voix les réflexions les plus drôles au sujet de sa compagne. Je répète que Mlle B. ne connaît pas du tout l’anglais.
Mlle B. m’avait accordé une séance pour le lendemain, à l’effet de tenter une expérience d’un genre spécial : la prédiction de l’avenir.
Après l’avoir plongée dans un sommeil profond, je lui posai, entre autres, quelques questions me concernant personnellement. Je dois mentionner ici que j’étais à la veille de me marier et de m’établir. Mlle B. me disait que je ne m’établirais pas encore ; que le mariage n’aurait pas lieu, et cela pour telle et telle cause; que j’avais un ami avec qui je voulais faire une affaire (de
LA 1\IAGIE ET L’ilYI XOSE
m’établir); qu’il ne fallait rien faire avec cet homme, qu’il me porterait malheur, etc., etc. Ces prédictions se sont pleinement confirmées peu de temps après.
Gustave Bojanoo.
Force psuchiqiie (1).
Nous reproduisons strictement, pour gagner de l’espace, le compte rendu de M. Pelletier.
« Mes expériences peuvent se classer en trois catégories :
« Déplacement et mouvetnenis d'objets inanimés à distance < t sans contact ;
« Attraction et répids'on d'objets animés ou inanimés ;
« Déviation et affolement de l'aiguille aimantée.
« Je commence parle mouvement d’objets inanimés à distance et sans contact.
« 1° M. Jacolliot raconte qu’il a vu un fakir, nommé Covindassamy, étendre sa main au-dessus de la surface d’un vase plein d’eau et faire rider et bouillonner cette eau. A mon tour, j’ai rempli d’eau jusqu’aux bords un bol de porcelaine placé sur un guéridon et j’ai fait tenir à quatre de mes sensitifs leurs mains étendues à deux pouces au-dessus de la surface du liquide. Au bout de deux minutes tout au plus, l’eau s’est ridée et s’est mise à bouillonner. Aujourd’hui, les sensitifs ne sont plus obligés de s’asseoir près du guéridon, ni d’étendre leurs mains à deux pouces au-dessus du bol ; ils se tiennent à un mètre de la table et leur seule présence même à cette distance, suffît à faire rider l’eau et à provoquer des bouillonnements. Quatre sensitifs ne sont plus nécessaires, trois, deux suffisent, et même un seul ;
(1) Initiation., mai 1890.
LA MAGIE ET L’iIYPNOSE
«( 2° J’ai construit un petit moulin ou tourniquet en fichant une épingle la pointe en l’air dans une rondelle de liège ; la pointe est insérée dans un brin de paille fendu en quatre, et ces quatre parties fendues, étant rabattues, simulent les ailes d’un moulin. Je place cet appareil au milieu du guéridon et je prescris à mes sensitifs d’étendre leurs mains au-dessus. Presque aussitôt le moulin se mot en mouvement, et plus les mains restent longtemps étendues (de 5 à 8 minutes), plus le mouvement s’accentue. Vers la fin de l’expérience, le moulin tourne avec une rapidité vertigineuse. Maintenant les sensitifs n’étendent plus leurs mains, ils se tiennent à un mètre du guéridon et le moulin ne cesse de tourner pendant toute la durée de l’expérience ;
« 3“ J’ai donné à cette troisième expérience le nom de DANSE DES FEUILLES, nom que j’ai emprunté à M. Jacolliot. Je fais remplir de terre un pot jusqu’aux bords. Je plante dans ce pot une tige de bois sec traversant des feuilles vertes percées d’un trou dans leur milieu et placées de distance en distance. Les sensitifs sont tout près du guéridon et étendent leurs mains à deux ou trois pouces au plus au-dessus de l’extrémité supérieure de la tige. Après un court espace de temps, sous l’influence de la force mystérieuse émanée des mains de mes sujets, les feuilles s’agitent vivement, puis descendent, puis remontent le long de la tige. Pour cette expérience, les sensitifs ont toujours les mains étendues et se tiennent toujours près du guéridon ;
« 4“ Je place une plume de paon au milieu du guéridon et les sensitifs se tiennent à un mètre sans étendre leurs mains. La plume s’agite, se démène, saute, tourne sur elle-même, parcourt toute l’étendue du plateau qui a des rebords, puis, dans l’instant qu’on s’y attend le moins, fait un saut par-dessus les rebords et tombe à terre ;
LA MAGIE ETi L’ilYPNOSE
« Je place au milieu du guéridon mon porte-mine qui est en bronze d’aluminium, Eu égard à la faible puissance de mes sensitifs, il est un peu lourd, il pèse trente grammes et se déplace difiîcilemcnt. Il lui faut en outre un certain temps, trois à quatre minutes au moins, pour qu’il se mette en mouvement. Il ne se déplace d’abord que d’un demi-centimètre, puis il fait un léger tour sur lui-même et décrit un quart de cercle, puis un demi-cercle, puis un cercle entier. Quelquefois, mais bien rarement, il quitte le centre du guéridon pour se rendre à une des extrémités. Ce dernier fait est presque exceptionnel, tandis que fréquemment il décrit des cercles entiers, mais le plus souvent encore des quarts et des demi-cercles. A quelque distance du porte-mine en bronze d’aluminium, je place tantôt un porte-plume en palissandre, à garniture de laiton, tantôt un crayon. Le porte-plume et le crayon se déplacent très facilement et se promènent d’un bout à l’autre du plateau. Il est arrivé bien des fois que, se trouvant aux extrémités du plateau, ils reviennent immédiatement et vivement se coller contre le porte-mine qui occupe le centre et semble les attirer. D’autres fois aussi, quand le crayon et le porte-plume sont aux extrémités du plateau, le porte-mine quitte le centre et se rend vers le crayon et le porte-plume, comme si, à son tour, il subissait une attraction de leur part. Il est à remarquer que mes quatre sensitifs n’étendent pas leurs mains au-dessus des objets, mais qu’ils se tiennent à un mètre de distance du guéridon. Avec deux sensitifs seulement, j’ai obtenu les mêmes résultats ;
« 6° Je remplace le porte-mine, le porte-plume et le crayon par une petite boîte fort légère en copeau de sapin. Elle est couchée sur le flanc au milieu du plateau. Elle commence par tourner sur elle-même, parfois même elle décrit un quart, un demi et un cercle entier, ce qui, cependant, est assez rare. Mais, après
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son petit mouvement sur elle-même, elle roule, et en roulant elle se promène d’un boutià l’autre du plateau, allant et venant, tantôt avec une lenteur relative, tantôt avec une très grande rapidité. Je fais ensuite succéder à la boîte deux bouchons de liège qui produisent exactement le même phénomène.
« Je passe maintenant aux faits d’attraction et do répulsion, que je considère comme spécialement dignes d’attention :
« 1" Je place au centre du plateau un certain nombre de petits morceaux de papier et j’invite un sensitif à étendre au-dessus une de ses mains. Les petits papiers ne bougent pas d’abord ; mais, après une attente de deux minutes au plus, ils s’agitent, se déplacent, volent et sautillent comme si on tenait au-dessus d’eux un bâton de gomme laque préalablement électrisé par le frottement d’une peau de chat. Chaque sensitif étend sa main à tour de rôle, et l’effet, d’attraction (certains petits papiers viennent quelquefois s’attacher à la main) est en rapport direct avec la somme de force psychique qui SB dégage de son corps. Plus le sensitif a de force psychique, plus l’effet est intense ;
2® Je retire les petits morceaux de papier et je mets à leur place un pendule électrique. Les sensitifs viennent chacun à leur tour tenir la paume de leur main à une distance de deux à trois centimètres de la balle de sureau. Il y a attraction, et l’attraction est toujours proportionnelle au degré de force physique émise par la main du sujet ;
« 3® Après l’attraction de la balle de sureau du pendule électrique par la main des sujets, je passe au phénomène d’attraction d’un sensitif par un sensitif. Je fais tenir deux sensitifs debout, les pôles de noms contraires en regard, c’est-à-dire dos à dos et à une distance l’un de l’autre de vingt à vingt-cinq centimètres. Petit à petit, les deux sujets se sentent attirés l’un vers
l’autre ; à mesure que le temps s’écoule, l’attraction s’accentue, puis, après cinq à six minutes, les reins et les épaules contraires, attirés par une force invincible, deviennent adhérents et se soudent ensemble. Après huit minutes, moment où l’attraction a atteint son maximum d’intensité, je dis aux sujets de marcher: les deux corps sont tellement collés que le plus fort entraîne le plus faible et la séparation n’a pas lieu. Pour l’obtenir, je me sers du manche d’une grande cuiller en argent que je glisse entre les épaules et les reins, et encore c’est avec grand’peine que s’opère la séparation. C’est M. de Rochas qui m’a enseigné cette expérience (1) ;
« 4° Autre phénomène d’attraction moins frappant, mais qui a une tendance à se transformer en lévitation. Je fais tenir un sujet droit sur ses pieds ; de chaque côté se tiennent chacun, l’un à droite et l’autre à gauche, deux autres sujets montés sur une chaise et qui étendent leurs mains à deux pouces au-dessus de la tête du patient. Trois minutes ne sont pas écoulées que le patient sent sa tête attirée par les mains des deux autres sensitifs, puis deux minutes encore et il ne peut plus se tenir debout, et si quelqu’un ne se trouvait là tout exprès pour le recevoir, il tomberait à terre. L’attraction produite à la tête par les mains dos opérateurs contrebalance l’attraction; si la sensitivité des sujets avait quelques degrés de plus, le phénomène de lévitation aurait lieu ;
5“ Je fais étendre sur le carreau de la chambre qui sert de théâtre à mes expériences un matelas. Un sensitif se couche dessus de tout son long et sur le dos. Un second sensitif étend ses deux mains à deux pouces au-dessus de la tête ; un troisième fait la même chose
(1) Cette expérience et les suivantes sont basées sur les lois de la polarité découvertes par le baron de Reichenbach et exposées dans le livre sur les Forces non définies, publié par le commandant de Rochas (Paris, Masson, 1887).
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pour la région gastrique, et un quatrième pour les jambes. Le sensitif couché ne tarde pas à s’agiter, à se démener, puis il se tord ; ses épaules, ses reins, sa croupe se détachent malgré lui du matelas ; la partie dorsale et la partie postérieure du corps prennent une attitude arquée très prononcée et on peut passer une feuille de papier sans qu’elle touche le corps. Le sensitif est suspendu, très légèrement suspendu, mais il est suspendu. La suspension ne dure qu’une seconde ;
G“ Un sensitif se tient debout, un autre sensitif se tient également debout la main dans une position verticale, à deux pouces en face du front du premier. Ce second sensitif, la main toujours dans la même attitude, marche à reculons. Le premier, attiré par la main de son camarade, le suit, jusqu’à ce que son front se colle à cette main ;
7" Deux sensitifs sont debout ; l’un approche sa main verticalement à deux pouces de la joue et de l’oreille de l’autre. Au bout de peu d’instants la main de l’un est soudée à la joue et à l’oreille de l’autre, tellement qu’on ne peut opérer la séparation qu’au moyen du manche d’une cueiller à bouche en argent qu’on insère entre la joue et l’oreille du premier et la main du second. Encore celte séparation n’a-t-elle pas lieu sans de grands efforts ;
8“ Phénomène de répulsion. Je place deux sensitifs debout l’un devant l’autre, les pôles de même nom en regard à une distance de 25 centimètres l’un de l’autre. Trois à quatre minutes suffisent pour que le phénomène ait son plein effet. L’un tombe en avant, l’autre en arrière. Cette dernière expérience n’est que la répétition d'une tout à fait semblable de M. de Rochas.
J’arrive à la déviation et à l’affolement de l’aiguille aimantée :
1® Quand un sujet approche sa main ouverte de l’aiguille aimantée, cellc-ci oscille d’abord, puis dévie.
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et la déviation est en rapport avec le degré de sensitivité du sujet ;
2” Quand mes cinq sujets sont tous réunis autour de la table, la déviation est bien plus accentuée qu’avec un seul, lors même qu’avec ce seul sujet elle se montre très sensible. L’aiguille tourne sur elle-même et décrit tantôt un demi, tantôt un cercle entier, selon la quantité de force psychique qui se dégage du corps des sensitifs . L’aiguille ne se contente pas de tournersur elle-même et de décrire un demi et un cercle entier, elle s’affole et tourne avec la rapidité d’un tourniquet sous l’inlluence d’un vent violent.
Tous les phénomènes que je viens de rapporter, ImuiVonnement de Veau, déplacement sons contact d'objets inanimés, attraction, répulsion, déviation et affolement de l'aiguille aimantée, ne se produisent pas constamment avec la même intensité. Ils ne se manifestent que par intermittence ; ils dépendent complètement de la force psychique projetée hors du corps des sujets, et cette projection est toujours intermittente.
Un certain nombre de personnes ont bien voulu assister à mes expériences, et toujours le succès a été en raison directe des dispositions d’esprit de ces personnes. 11 est arrivé que l’attitude froide et contenue de plusieurs, bien qu’elles fussent animées de bonnes intentions, a intimidé les sujets et influé sur leur sensitivité. Les expériences ont réussi, mais d’une façon moins marquée, les sujets n’ayant plus leur entrain habituel, tandis qu’avec d’autres assistants qui avaient mieux su dissimuler leur scepticisme, les expériences ont admirablement réussi, les sujets se sentant plus à leur aise. Aussi ces assistants y ont également gagné de leur côté : leurs yeux se sont ouverts et leur scepticisme, vaincu par l’évidence, s’est complètement évanoui ; il ne leur était plus possible de douter. 11 en est des sujets qui servent aux expériences, sous les
yeux de personnes qui leur sont étrangères, comme des candidats iqui passent lun examen. Si les examinateurs leur paraissent bienveillants, les candidats qui possèdent bien leurs .matières se sentent à leur aise et ont réponse à tout. Mais une examinateur affecte-t-il un maintien froid et sévère, les candidats se sentent intimidés ; ils perdent leur présence d’esprit et répondent d’une façon moins satisfaisante. Quand des expériences réussissent médiocrement, cela ne veut pas dire qu’elles reposent sur des erreurs et des illusions, cela signifie simplement que les sujets sont intimidés.
Les variations et certaines dispositions de l’atmosphère influent pareillement sur les expériences ; néanmoins elles réussissent, et le succès, quoique tardif, est incontestable, Tout est pour nous mystère dans la nature.
' Hor.ice Pelletier.
phénomènes magiques (1)
Le Havre, le 15 décembre 1894.
Messieurs,
Je me fais un plaisir de vous conter ce que j’ai vu ce matin à 4 heures. Tout d’abord, depuis quelques jours, nous avons une jeune fille de la campagne qui nous apporte le lait le matin ; elle voit très bien un homme qui lui tire ses couvertures et lui prend les mains au point de lui faire du mal. Notez que cette personne ne peut pas se figurer que c’est un esprit, attendu qu’elle ne sait pas ce que c’est. Elle coucha avec sa mère et le même fait se produisit. Hier soir me trouvant sous cette impression et de plus ayant un peu de fièvre par suite du froid, voici ce qui m’est arrivé ; à vous, Messieurs, d’en tirer des conclusions et juger si mes idées sur ce sujet sont justes :
(1) Initiation, février 189b.
Je ne dormais pas, je sommeillais, quand tout à coup je me vois en présence d’une personne âgée et morte depuis huit à dix ans, une de mes tantes.
Elle me tint à peu près ce langage : « Dis donc, Emile, toi qui ne crois pas beaucoup, il y a au grenier un colis emballé, je crois qu’il remue. »
Je lui ai répondu que ce devait être un effet de son imagination, mais que je voulais bien y aller. Dans le grenier, je vois bien un colis : c’était un meuble enveloppé de papier et ficelé ; j’en arrache un bout et me dis : c’est bien cela, toujours l’imagination. Mais, malgré moi, je sentais des frissons de la tête aux pieds et me sentais parfaitement entrer en transe. Je dis « entrer en transe » parce qu’il me semblait que mon corps ne voulait plus m’obéir ; je sortis avec bien du mal du grenier et tournai à droite dans un couloir quand tout à coup j’entendis derrière moi un léger bruit : je me retournai et vis un être ma paraissant un homme d’un certain âge sortir du grenier également et tourner à gauche dans le couloir ; immédiatement une femme de vingt-huit à trente ans, que je ne connais pas, sortit aussi du grenier et suivit le vieillard ; mais à peine eutelle fait quelques pas quejela vis se retourner et m’envoyer deux signes d’adieu. J’ouvrais les yeux et les ai vus très bien partir et disparaître.
Je ne vous cacherai pas que je me suis vu pris de frayeur, car, dans l’état oùje me trouvais, je sentais très bien que j’allais voir de nouveau de nouvelles apparitions, et dans cet état je me faisais cette réflexion que la chose était naturelle.
Comme conclusion, voici ce que j’ai à vous dire : les réunions devraient avoir quelque chose de mystique, c’est-à-dire que la première impression en entrant devrait être le trouble ; que le président, au fur et à mesure que chaque personne arrive, ne devrait ni se déranger, ni parler, ni complimenter, mais d’un signe
indiquer la place et attendre le dernier arrivé. J’oubliais de dire que l’obscurité aux trois quarts est indispensable.
Je suis persuadé que dès la première soirée nous aurions des apparitions.
Mais, je le répète, il faut cet état fébrile, ce je ne sais quoi qui vous impressionne et vous rende autre que nous sommes tous dans le courant du jour. C’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire ; je crois même que c’est une sorte d’entraînement à faire.
Voilà, Messieurs, les réflexions que m’ont suggérées les faits de ce matin.
Tout à vous.
Croisier.
Nous extrayons des détails complémentaires d’une lettre de notre chef de Branche, qui nous avise de ces faits.
Le Havre, 16 janvier 1895.
Mais cependant je m’occupais toujours de la magie (seul) qui, selon moi, est la seule vraie science. Depuis le mois de février je puis dire c[ue je n’ai pas manqué un seul jour de brûler des parfums et dire les conjurations selon votre rituel (mais malheureusement sans préparation corporelle, ce qui est bien dilTicile), et je vais vous communiquer la lettre d’un membre du Groupe, notre magnétiseur, qui a tenté le contre-coup des grandes conjurations.
Que pensez-vous de cette lettre que du reste je vous autorise à publier dans votre journal? Ce jour-là ou plutôt la veille, j’avais fait les grandes conjurations, comme tous les huit jours du reste, et c’est sur ce Monsieur Croisier que tout est retombé. Ce qu’il y a
dé plus curieiLx, c’est qu’il -m’a dit le lendemain qu’il semblait être chez lui, mais que c’était chez moi ; et le plus extraordinaire, c’est que ce jour-là j’avais 'été fermer deux fois (pour être bien sûr de l’avoir fermée) la porte de ma maison donnant dans le jardin et que le lendemain la porte était ouverte. Les paquets emballés et ficelés qu’il avait vus comme étant dans son grenier se trouvaient en réalité dans le mien. C’étaient deux grands paquets de toiles à peindre qui m’étaient arrivés de Paris deux ou trois jours auparavant et que je n’avais pas déballés; remarquez que ce Monsieur ne savait pas que j’avais reçu ces toiles! Dans tous les cas le fait mérite d’être signalé.
Président du groupe, 55, au Havre.