DÉSINTÉGRATION DE LA MATIERE
Dans le journal catholique le Monde, M. Oscar Havard a publié une étude intitulée « les Sorciers Fin de siècle », de laquelle nous extrayons l’anecdocte suivante, relative à un fait de Magie pratique.
'« Un jour, où je me trouvais placé tout près d’un lieutenant de vaisseau qui paraissait prêter un médiocre intérêt aux sortilèges d’un nécromant, je demandai à mon voisin ce qu’il pensait de ces jongleries ;
« — Penh ! me répondit-il avec une moue de dédain, j’ai vu mieux que cela. Evoquer les morts et les faire parler, quelle niaiserie ! Les prestidigitateurs modernes sont si astucieux qu’on peut toujours mettre en doute la réalité des phénomènes qu’ils provoquent.
(1) Initiation, mars 1891 .
LA MAGIE ET L’ilYPNOSE
« — Voudriez-vous donc, répliquai-je en riant, que nos magiciens évoquassent des personnes vivantes ?
« — Mais certainement, me répondit avec gravité l’officier de marine. Dans ces expériences au moins, la preuve est possible ; mais avec des morts, où est la garantie ?
« La conversation s’engagea. Mon interlocuteur m’apprit alors qu’il avait récemment, dans une maison amie, exprimé de sérieux doutes sur le pouvoir des néo-magiciens, et défié les enchanteurs modernes de le convaincre. Au moment où je venais de prendre congé de mon hôte, ajoute l’officier, je fus abordé dans la rue par un étranger qui me dit à brûle-pourpoint : « J’ai tout à l’heure entendu vos objections : voulez-vous me permettre de vous opposer, non une réfutation verbale, mais une expérience ? Je ne vous demande qu’une chose, abandonnez-vous complètement pendant trois ou quatre heures et laissez-moi faire. — Je suis tout à vous! » répliquai-je d’un air décidé. Aussitôt, l’inconnu héla sa voiture et nous nous installâmes tous deux dans le véhicule.
« Ma montre accusait cinq heures, et nous étions en été : c’est vous dire que ce mage n’avait pas même cru devoir appeler à son secours les ténèbres de la nuit. Les stores du landau furent soigneusement baissés; je ne puis donc me rendre compte de l’itinéraire que suivit le cocher. Sa voiture décrivit d’innombrables détours. Après deux heures de trajet, on fit halte ; la portière fut ouverte et je me trouvai avec mon compagnon en pleine campagne, devant la grille d’un château. Nous nous acheminâmes vers Is pavillon central : mon conducteur me fit pénétrer dans une chambre, sommairement meublée. Le crépuscule commençait à estomper les objets ; une demi-obscurité régnait dans la pièce. Après m’avoir avancé un fauteuil qui faisait face à un canapé, le thaumaturge m’invita à fixer fortement ma
pensée sur une personne que je désirais voir, puis il passa dans la chambre voisine, me laissant livré à mes réflexions.
« Je me conformai à la consigne. Lors de mon dernier voyage à Londres, j’avais été reçu dans le salon de la duchesse N... Bien certain que l’illustre lady n’habitait en ce moment ni Paris ni même la France, je résolus de la choisir pour l’expérience décisive qui allait commencer. Pendant quarante-cinq minutes, aucun phénomène n’attira mon attention, mais au bout d’une heure, voici qu’une sorte de vapeur bleue plana au-dessus du canapé. D'abord insaisissable, le nuage se matérialisa peu à peu, puis je distinguai la physionomie d’une femme de haut rang en toilette de soirée. Je m’approchai pour mieux discerner les traits ; il ne pouvait y avoir de doute, j’avais bien là devant moi la duchesse de N... endormie. L’idée me vint tout d’abord de la réveiller. Mais je n’osais pousser la hardiesse jusque-là. Il fallait pourtant que j’emportasse avec moi un témoignage palpable de cette fantastique apparition. Lady N. ..avait à l’annulaire de sa main gauche une turquoise du plus grand prix. Ma foi, je n’y tins plus, je m’emparai de la bague et je la mis dans ma poche. Quelques minutes après, l’apparition se dissipait et le mage me ramenait chez moi.
« Trois semaines plus tard, laduchesse de N... venait à Paris pour de là se rendre à Biarritz et je m’empressai d’aller lui porter mes hommages. Au cours de la conversation, je crus devoir demander à la duchesse si, dans ces derniers temps, un accident particulier n’avait pas traversé sa vie. — « Mon Dieu, répliqua lady N..., je me souviens seulement qu’un certain soir je recevais à mon five o’clock de nombreux visiteurs, quand je fus prise d’un si invincible besoin de dormir qu’il me fut nécessaire de me réfugier dans une pièce voisine pour me reposer. Au bout de vingt minutes, je me réveillai ;
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ma miprraine était passée, mais quel ne fut point mon étonnement quand je m’aperçus que je n’avais plus ma bague. Mes serviteurs eurent beau explorer la chambre dans tous les sens, la turquoise ne fut pas retrouvée... — Eh bien ! la voici, madame, fis-je en remettant à lady N... la gemme qu’elle croyait perdue... » *•••••••••« •••# •••*
« Voilà mon histoire : maintenant, qu’en pensezvous ? »
Condensation du corps astral. — Nous trouvons dans VInitisition de février 1893, le compte rendu d’expériences faites dans ce sens par M. C.-A deBodisco, et réimprimées par lui dans son ouvrage intitulé Traits de Lumière (1). Ces expériences furent faites avec le concours d’un médium célèbre. Madame W. Rochester (2). Voici comment l’expérimentateur raconte les faits les plus frappants.
« Le 5/17 août 1892, cinq personnes de bonne foi se sont réunies dans une chambre obscure pour des expériences psychiques. Le cercle à peine fermé, par un simple attouchement des mains, deux des assis, tants sont tombés en transe sans même recourir à des passes. Un point lumineux apparut, puisse convertit insensiblement en corps volumineux enveloppant la main droite d’un des médiums. Ce corps, que je voyais pour la première fois sous cette forme, ressemblait à de la glace frappée, étincelante d’une lueur bleuâtre éclairant les objets voisins. Il paraissait sortir de la paume de la main du médium endormi.
« Un crayon, qui se trouvait sur la table, en subit visiblement l’effet. Il fut attiré vers cette matière et à
(1) Paris, Chamuel, 1892, in-8.
(2) Auteur des romans médiuraniques : Herculanum, la Vengeance d'iin juif, la Foire aux mariages, etc.
vue d’œil complètement entouré. Le crayon, soulevé par le nuage qui l’entourait, produisit des coups, et puis, subissant l’influence d’une intelligence invisible, se mit à écrire. Pendant ce temps, les mains des médiums étaient parfaitement visibles.
« Vous avez devant vous le corps astral. » Vous avez été témoins de sa force attractive, prononça clairement une voix étrangère au médium, mais sortant de sa bouche, le médium toujours en transe.
« Quelques moments après, le fluide astral se dégagea lui-même du crayon, augmenté en volume, et forma bientôt un amas considérable, ressemblant à de la neige sillonnée de lueurs électriques. Le médium, les yeux fermés, avec sa main, prit machinalement une petite quantité de cette matière merveilleuse et en mit dans ma main droite, puis en mit encore dans ma main gauche. Dans cette main, la matière se condensa à vue d’œil pour se transformer en pierre pareille à celle qu’on voit sur la photographie n“ 3. Dans ma main, cette pierre est devenue d’un poids très prononcé.
Alors d’une voix claire le médium dit : « Dans ta main droite tu liens le fluide astral, dans ta gauche tu tiens, en forme de pierre, le fluide astral condensé. Sache que ce corps constitue la seule partie matérielle du corps humain qui soit impérissable. Le monde physique a été créé uniquement de ce corps fluidique. C’est le zoo-éther, matière première ou force vitale. Dans ce tissu de chacun de vous se reflètent les actes de vos existences passées, et ce reflet explique l’influence du passé sur la vie du présent. Tes yeux sont encore trop matériels pour voir le lien non interrompu qui existe entre les fluides que je tiens dans mes mains et les fluides restés dans les tiennes. »
A ce moment, je sentis une assez forte chaleur se
dégager de la pierre, qui devenait de moins en moins lumineuse. Le médium, alors, prit de mes mains les fluides et la pierre, plaça la pierre avec cette neige lumineuse sur la table et poussa le tout vers mon visage, en l’effleurant légèrement. Ensuite le médium rassembla, avec ses mains, cette masse lumineuse, plaça la pierre au milieu ; et immédiatement le tout se confondit, comme du vif argent, dans une masse lumineuse, que le médium souleva à mes yeux, exprimant le désir que je l’examine de près. Alors, avec un soin tout particulier, j’ai pu, pendant au moins cinq minutes, examiner ce corps merveilleux, j'ai pu admirer sa transparence et la finesse de son tissu lumineux, même en le soulevant et le pressant entre mes doigts. Ce corps n’exhalait aucune odeur, et, au moment où je le portai à mon nez, la voix me communiqua que la puissance de son arôme était immense ! Là, devant mes yeux, avec l’éclat de son lustre, ce corps perdait à vue d’œil ses dimensions et disparut dans le corps du médium, et insensiblement tout rentra dans l’obscurité...
« Cette première partie de l'expérience dura plus d’une heure. Après, nous sommes allés prendre le thé; mais, comme il nous restait du temps avant le départ du dernier train, j’ai proposé de continuer nos investigations dans le domaine du monde astral, qui paraissait si disposé à nous découvrir ses mystères.
A peine placés, les médiums tombèrent en transes, mais un d’eux se leva tout en dormant et alla s’asseoir derrière un rideau, que j’avais préparé pour l’isolement du médium dans le but de faciliter le travail des forces occultes. Le médium demanda à haute voix d’éclairer, au moment qu'il indiquerait, la chambre avec une explosion lumineuse de magnésium préparé d’avance. La lumière subite fut si brillante, que tous nous avons dû involontairement fermer les yeux; en les
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rouvrant, nous vîmes le médium, livide comme la mort, couché sur un fauteuil (voyez photographie n" 1), tout couvert de ce merveilleux tissu, qui répandait dans toute la chambre une lueur de clair de lune,. Alors le médium se leva, se drapant la tête, à la manière espagnole, de ce voile lumineux, s’avança vers la table, les mains élevées, soutenant au-dessus de sa tête ce tissu lumineux et couvrit avec ce voile, l’un après l’autre, chacune des personnes présentes. Me trouvant dessous, je sentis qu’un sentiment de repos et de bien-être envahissait mon corps. — « Faites attention, me dit le médium, toujours endormi, à ces nœuds lumineux, que vous voyez dans le tissu... c’est la force vitale... elle est répandue partout dans la nature.
« Le voile se trouvant au-dessus de ta tête te donnait la possibilité d’imbiber ce fluide vital, qui pendant la maladie perd peu à peu sa lueur et au moment de la mort quitte le corps de l’homme en le laissant sombre et se décomposant. Cette expérience constate que c’est la force attractive du fluide astral qui cimente les atomes du corps vivant.
« Votre grande foi et votre confiance mutuelle m’ont donné la possibilité de faire voir à vos yeux ce que vous pouvez maintenant hautement témoigner. »
X C’est d’avoir vu et touché le corps astral. »
Trois des personnes présentes ont entendu et ont vu tous de la même manière. Elles affirment l’exactitude de mon récit. La quatrième personne fut réveillée pendant la seconde partie de l’expérience et pour cette raison, elle peut confirmer seulement la seconde partie.
Ainsi cette action du corps astral donne une explication très nette aussi bien de la plupart des faits de l’hypnose
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que de certains faits spirites. — Nous connaissons assez bien ce singulier « double » de l’homme dans ses principales manifestations, passons maintenant à l’étude du « double » de notre plan physique et des êtres qui y sont contenus. Cela fait l’objet du chapitre qui va suivre.