‹ La magie et l'hypnoseChapitre 32 sur 70 · AV · texte numérisé non relu

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LA MAGIE ET L’ilATNOSE 249‘

« La séance du 15 novembre qui, d’après b s indications reçues, fut tenue dans l’obscurité, en présence de M. A. seulement, eut pour résultat une longue communication de Dickens qui exprimait le désir de terminer' par l’intermédiaire du médium son roman inachevé.

« Cette communication apprenait que Dickens avait longtemps cherché le moyen d’atteindre ce but, mais que jusqu’à ce jour, il n’avait pas trouvé de sujet apte à accomplir pareille tâche. Il désirait que la première dictée se fit la veille de Noël, soirée qu’il affectionnait particulièrement, et il priait le médium de consacrer à cette œuvre tout le temps dont il pourrait disposer sans porter préjudice à ses occupations habituelles... Bientôt il devint évident que c’était la main du maitre qui écrivait, et M. A. accepta avec plus de bonne volonté cette étrange situation. Ces travaux, exécutés parle médium, en dehors de ses occupations personnelles, qui lui prenaient dix heures chaque jour, produisirent, jusqu’en juillet 1873, douze cents feuillets de manuscrit, ce qui représente un volume in-octavo de quatre centspages.

«... Le récit est repris à l’endroit précis où la mort de l’auteur l’avait laissé interrompu, et ce, avec une concordance si parfaite, que le critique le plus exercé, qui n’aurait pas connaissance de l’endroit de l’interruption, ne pourrait dire à quel moment Dickens a cessé d’écrire le roman de sa propre main On nous pré-

sente de nouveaux personnages (Dickens avait coutume d’introduire de nouveaux acteurs jusque dans les dernières scènes de ses œuvres) qui ne sont pas du tout des doublures des héros de la première partie

« En examinant le manuscrit, je trouvai que le mottraveller (voyageur) était écrit partout avec deux Z, comme c'est l’usage en Angleterre, alors que cheznous, en Amérique, on ne met généralement qu’un& seule l.

« Le mot co«^ (charbon) est partout écrit coa’s avec unes, ainsi qu’on le fait en Angleterre. Il est intéressant aussi de noter clans l’emploi des majuscules les mêmes particularités que l’on peut observer dans les manuscrits de Dic;kens, par exemple lorsqu’il désigne M Grewgious comme étant un angular man. (un homme anguleux). Remarquable aussi la connaissance topographique de Londres dont l’auteur mystérieux fait preuve dans plusieurs passages du livre. Il y a aussi beaucoup de tournures de langage usitées en Angleterre, mais inconnues en Amérique. Je mentionnerai aussi le changement subit du temps passé en temps présent, surtout ■dans un récit animé, transition très fréquente chez Dickens, surtout dans ses derniers ouvrages. Ces particularités et d’autres encore qu’on pourrait citer, sontde mince importance, mais c’est avec de pareilles bagatelles qu’on eût fait échouer toute tentative de fraude...

« Au commencement, le médium n’écrivait que trois fois par semaine, et pas plus de trois ou quatre pages chaque fois ; mais ensuite les séances devinrent bi-quotidiennes, et il écrivait finalement dix ou douze pages, parfois même vingt. Il n’écrivait pas de son écriture normale, et comparaison faite, il y avait quelque ressemblance avec celle de Dickens. Au début de chaque séance, l’écriture était belle, élégante, quasi-féminine; mais cà mesure que le travail s’avançait, l’écriture devenait de plus en plu« grosse, et aux dernières pages, les lettres étaient cinq fois plus grandes au moins qu’au début. Ces mêmes gradations se sont reproduites à chaque séance, permettant ainsi de classer par séries les quinze cents feuillets du manuscrit. Quelques-unes des pages commencent par des signes sténographiques, dont le médium n’avait pas la moindre connaissance. L’écriture est parfois si rapide qu’on a peine à la déchiffrer.

La façon de procéder aux séances est fort simple :

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on prépare deux crayons bien taillés et une grande quantité de papier coupé en demi-leuillets ; M. A. se retire seul dans sa chambre. L’heure habituelle était six heures du matin ou sept heures et demie du soir, heures auxquelles il faisait encore clair pendant cette saison : cependant les séances du soir se prolongeaient fréquemment au delà de huit heures et demie et meme plus tard, et alors l’écriture continuait, malgré l’obscurité, avec la même netteté. Pendant l’hiver, toutes les séances se tinrent dans les ténèbres.

« Le « secrétaire » de Dickens place les papiers et les crayons à sa portée, pose les mains sur la table, la paume en dedans et attend tranquillement. Tranquillité relative cependant, car bien que les phénomènes aient perdu de leur nouveauté et qu’il y soit habitué, le médium avoue ne pas pouvoir se défendre d’un sentiment de peur pendant ces séances, au cours desquelles il évoque pour ainsi dire un revenant.

« Il attend ainsi — quelquefois en fumant son cigare — pendant deux, trois, quatre, cinq minutes, parfois dix, même parfois pendant une demi-heure, mais ordinairement, si les « conditions sont favorables », pas plus de deux minutes. Les conditions dépendent princq^alement du temps qu’il fait. Si la journée est claire, sereine, il travaille sans interruption ; telle une machine électrique qui fonctionnerait mieux par un temps favorable; un temps orageux produit du trouble, et plus l’orage est violent, plus le trouble s’accentue. Quand il fait tout à fait mauvais, la séance est remise.

« Après être resté à la table le temps voulu, suivant les circonstances, M. A. perd connaissance graduellement, et c’est dans cet état qu’il écrit durant une demiheure ou une heure. Il lui est arrivé un jour d’écrire pendant une heure et demie. Tout ce dont le médium se souvient de son état de transe, c’est la vision de Dickens qui revient chaque fois ; l’écrivain est — dit-il — à ses

côtés, la tête appuyée sur ses rr.ains, comme plongéclans une profonde méditation, avec une expression sérieuse, prescjue mélancolique sur le visage, il ne dit mot, mais jette cfuelquefois sur le médium un regard penchant et suggestif. « Ah! quel regard! »

« Ces souvenirs se présentent au médium de la même manière qu’un songe que l’on vient de faire comme une chose réelle, mais en même temps insaisissable Pour indiquer que la séance est terminée, Dickens pose chaque fois sa main froide et lourde sur celle du médium.

« Aux premières séances, ce contact provoquait de la part de M. A. des exclamations de terreur, et en ce moment encore, il ne peut en parler sans frissonner ; cet attouchement le faisait sortir de son état de transe, mai» il lui fallait ordinairement le secours d’une tierce personne pour enlever ses mains de la table, à laquelle ellesétaient pour ainsi dire rivées par une force magnétique. En reprenant ses sens, il voit, épars sur le plancher, les feuillets écrits pendant cette séance.

« Ces feuillets ne sont pas numérotés, de sorte que M. A. est obligé de les classer d’après le texte. Pendant quelque temps, après ces séances, le médium ressentait une douleur assez vive dans la poitrine, mais elle n’était pas de longue durée, et ce sont les seules suites désagréables qu’il en éprouvait. L’extrême nervosité dont il souffrait, avant le développement de ses facultés médiumniques, l’a complètement abandonné ; il n’a jamai» été plus robuste (1). »

§ 2. — Elémentaire attaché à la terre par un sentiment élevé.

Une Apparition après la Moi't (2).

« Voici que plus d’une année a passé depuis que mon

(1) Animinme Pt Spiritisme, p. 328-332 de traduction française.. Leymarie, 1895, in 8.

^2) Initialiun, mars 1893.

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ami E. R. est sorti de cette vie terrestre, emporté qu’il fut par la phtisie, et sans doute est venue l’heure, que j’ai toujours retardée, de raconter, pour qu’elle s’ajoutât à tant d'autres faits d’apparitions après la mort, l’histoire qui lui advint un soir, à Paris, peu de temps avant qu’il ressentît les premières atteintes du mal auquel il devait succomber.

« Ces faits, d’autres par la suite les expliqueront. Dire ceux que l’on connaît, dont tous les personnages vous furent familiers, dont on connaît tous les détails, me semble un devoir. C’est pourquoi j’écris cette page d’absolue vérité, et si je voile les noms sous de simples initiales, comme la discrétion me l’impose, vous n’aurez pas à inférer de là que je me sois hasardé à aucune fantaisie, mais que bien au contraire je vous apporte un témoignage véridique et sincère.

« Ces lettres E. R. sont bien en effet celles par quoi commencent lo prénom et le nom de l’ami que je regrette, et qui, mort à vingt-huit ans, alors que la renommée et la fortune commençaient à lui sourire, aura cependant laissé quelques belles œuvres. Il était sculpteur et à la dernière Exposition universelle, au Champ-de-Mars, une de ses statues, fort remarquée, lui avait valu une récompense.

cc Etranger, il avait un atelier à Paris, mais il passait la majeure partie de l’année à la campagne, et c’est là, dans l’enivrement d’une nature souriante, que se noua ce que j’appellerais volontiers le drame, car c’en fut un, comme souvent en crée la vie.

« Un jeune couple parisien, en effet, étant venu se fixer pour la belle saison dans une partie de la maison où il était installé, des relations ne tardèrent pas à se nouer entre ce couple et lui, puis l’amitié vint, et à la suite de l’amitié, ce qu’il y a de plus cruel au monde, l’amour dans des conditions où il ne peut être qu’une longue série de tortures , car pour succomber à cet

LA MAGIE ET L’iIYPNOSE

amour, ni mon ami E. R. ni la jeune femme ne s'y résignèrent. Ils souffrirent chacun vaillamment leur martyre jusqu’à ce qu’il leur fût possible d’y mettre fin, au moins dans ce qu’il avait de plus aigu : la continuelle présence, par une séparation assez logique et bien préparée polir ne rien laisser à penser.

« Mais on se retrouverait à Paris sans doute. Mon ami E. R., pour n’en point courir le danger, changea d’atelier, cacha sa nouvelle adresse, fît même un voyage de quelques mois dans son pays, et dix-huit mois durant s’arrangea en sorte d’éviter la moindre et la plus fugitive rencontre. Il sut même éviter qu’on lui parlât de ses amis de la campagne et d’eux, de ce qu’ils étaient devenus, il ignorait tout.

< Or un soir, dix heures sonnant à peine, il venait de se mettre au lit quand sa porte s’ouvrit silencieusement, et voilà que très pâle, vêtue do longs vêlements blancs, Celle dont il fuyait même le souvenir entra dans la chambre, marcha jusqu’au lit où il la regardait avec épouvante, et sans un m.ot, le prit dans ses bras, lui donna un baiser, reposa quelque temps sa tête sur la poitrine du sculpteur, puis, comme s’arrachant violemment à ce repos, se sépara de lui, reprit le chemin de la porte et sortit en lui faisant un signe avec la main.

« Le lendemain matin, on frappa chez lui. Que vit-il entrer ? L’ami pour qui il n’avait point voulu de trahison, et celui-ci, à plusieurs que je connais, déclara plus tard qu’il était venu là tout droit, bien que personne ne lui eût indiqué l’adresse de E. R., mais qu’il n’avait pas même pensé à l’étrangeté d’une course ainsi faite, lui annonça que la jeune femme était morte la veille au soir, à dix heures (l’heure même de l’apparition) et il le pria de l’accompagner jusqu’à la mairie pour faire avec lui la déclaration de décès.

« Cette jeune femme était morte phtisique. Nul d’entre--

nous alors n’aurait songe que E. R. devait si tôt mourir de la même maladie, que rien ne permettait de provoir en lui. 11 n’y avait jamais eu de phtisiques dans sa famille.

Robert de la Villehervé.

Uac manifestation « post mortem » (1).

Mon cher ami,

Pour répondre au désir que vous m’avez exprimé, j& vous adresse la relation d’une manifestation post mortem survenue récemment dans ma famille :

Vous n’avez pas oublié ma belle-sœur et vous vous souvenez sans doute aussi que la dernière fois que vous l’avez vue chez moi, au mois de juin dernier, j’avais appelé votre attention sur un signe particulier existant dans sa main et qui m’avait fait l’engager à ne pas so risquer sur un bateau. J’ai soumis mon appréciation à votre compétence et, après l’examen/ de sa main, vous avez dit à ma belle-sœur que c’était surtout de la mer et des voyages en mer qu’elle devait se méfier. Il faut l’avouer, si la chiromancie nous avait renseigné en nous montrant une signature lunaire néfaste, nous nous étions trompés tous deux en ce qui concerne la nature exacte du danger qui menaçait celle dont nous avions examiné la main, car elle est morte subitement en wagon, en septembre dernier, en revenant du bord d& la mer. Elle est morte non par la mer, mais à cause de la mer. Mais j’arrive à la manifestation dont je voulais vous parler ; avant d’en commencer la relation, je dois, pour la clarté du récit, dire que ma belle-sœur et moi nous avions une grande affection l’un pour l’autre et que, de son vivant, j’avais sur elle une influence magné-

(IJ Initiation, décembre 1892.

tique telle que lorsqu’elle était souffrante — ce qui lui arrivait souvent — il me suffisait de lui imposer les mains pour la soulag-er et qu’une fois je l’ai endormie ainsi pour toute une nuit pour lui procurer un repos que ia maladie l’empêchait de goûter.

Dans la nuit du 14 au 15 octobre dernier, c’est-à-dire un mois environ après la mort de ma belle-sœur, après .avoir dormi quelques heures, je m’éveillai agité et j’eus beaucoup de peine à me rendormir ; je tombai enfin dans cet état de somnolence où, tout en ayant à demi cons- ■cience des choses environnantes, on est incapable d’ouvrir les yeux, état qui précède généralement le profond sommeil. Tout à coup je crus la voir — je la vis plutôt au chevet de mon lit. J’en éprouvai un violent saisissement et le dialogue mental suivant s’échangea entre moi et celle que je sentais près de moi :

— Est-ce bien toi? Puis après un moment j’ajoutai : Bais-tu que tu es morte ?

— Oui, me répondit-elle, je le sais ; mais il y a bien peu de temps que je m’en rends compte. J’ai été d’abord comme assommée ; je ne sentais plus rien ; j’étais dans le noir; mais maintenant j’ai repris conscience, je me meus, je passe partout et cela me semble singulier de n’avoir plus mon corps pour me gêner, moi qui étais si souvent malade.

— Mais comment es-tu entrée ainsi tout d’un coup dans la chambre ? Est-ce à travers les murs, puisque tu passes partout ?

— Non; tu sais la vieille habitude, j’ai monté par l'escalier.

— Et les autres (je voulais parler des membres de ma famille), les vois-tu ? t’es-tu montrée à eux ?

Je les vois ; mais tu sais bien que ce n’est qu’avec toi que je pouvais d’abord communiquer.

Nous échangeâmes ensuite quelques pensées affectueuses, puis il me sembla qu’elle se penchait vers moi

et je crus sentir, — oui, je sentis vraiment, comme un léçccr et insaisissable contact et je fis un violent effort pour ouvrir les yeux. Mais elle, se penchant davantage sur moi :

N'essaie donc pas d’ouvrir les yeux ; Men

que, si tu te réveillais tout à fait, tu ne me verrais plus.

Elle resta un moment encore près de moi, puis disparut, et je m’éveillai tout à fait, mais j’étais tellement impressionné par cette apparition, ce rêve, cette singulière hallucination, comme on voudra l’appeler, qu’il me fut impossible de me rendormir de la nuit.

Le lendemain — dans la nuit du samedi au dimanche

ma femme eut ce rêve qu’elle me conta le dimanche

matin.

Sa sœur lui apparut tout à coup près de son lit, se pencha sur elle et l’embrassa longuement, puis lui dit :

« J’irai demain voir G... » (c’est le prénom de mon fils aîné qui est interne dans une école spéciale située dans une ville à quelque distance de la localité que nous habitons). Ma femme — elle ne s’explique pas pourquoi — dit ensuite à sa sœur :

— Quelle heure est-il ?

— Moins douze, lui répondit-elle.

Puis ma femme, encore tout émue de son rêve, s’éveilla, et, ayant allumé une bougie, regarda vivement sa montre posée près de son lit : il était quatre heures moins douze minutes.

Le dimanche, mon fils venait en congé chez nous, et nous convinmes, sa mère et moi, de ne rien lui raconter pour ne pas l’influencer ; nous lui demandâmes pourtant en causant, dans le courant de la journée ; Astu quelquefois rêvé de ta tante depuis qu’elle est morte ? — Non, nous répondit-il.

Le jeudi suivant nous vîmes notre fils qui nous dit : « J’ai rêvé de ma marraine (sa tante était aussi sa marraine) dans la nuL de lundi à mardi. »

Et il nous conta qu’il avait vu sa tante près de lui qu’elle lui avait parlé, l’avait embrassé, lui avait recommandé d’avoir bien soin de ses affaires (il faut noter que de son vivant elle était très méticuleuse au point de vue de Tordre) et enfin, avant de le quitter, lui avait dit ; f avais promis à ta mère que je viendrais te voir.

Ce n’est qu’après cela que sa mère lui apprit les rêves que nous avions eus, elle et moi, et le jeune homme parut très frappé de la coïncidence surtout en se rappelant la dernière phrase qu’il avait entendue dans son rêve.

Voilà, mon cher ami, couché par écrit, ce que je vous avais déjà conté de vive voix.

Cordialement à vous.

Ch. D.

P. S. — Depuis, plus rien, ou, si nous avons encore rêvé de la morte, ce n’était que des songes décousus qui n’avaient rien de frappant et n’étaient que des réminiscences d’autrefois comme on en a souvent en rêve.

Le corps astral de notre chère morte a-t-il quitté le cercle où nous nous mouvons.

§ 3. — Elémentaire attaché à la terre par une idée matérielle

{photographie.)

L'apparition de Newcastle (1).

« J’ai puisé dans Banner of Light, une histoire très impressionnante que j’ai traduite et que je m’empresse de communiquer aux nombreux lecteurs de l'Initiation. Elle est très courte et a pour principal héros un photographe de Newcastle. Ce photographe, qui habite la ville de Newcastle, avait fait le portrait d’un de ses

(1) Initiation, juillet 1894.

concitoyens, M. Thompson, et, comme il savait que son client était en voyage, il ne se pressa pas d^en faire les copies qu’il s’était engagé à lui porter à son domicile. Mais voilà qu’un jour M. Thompson se présenta chez le photographe et lui reprocha avec vivacité sa négligence. Le photographe s’excusa, et, pour l’apaiser, il lui offrit de lui envoyer sur-le-champ ses copies. M. Thompson n’cut pas l’air d’ajouter grande foi aux raisons qu’il lui donna et se retira assez mécontent. Le photographe se mit cependant de suite à l’œuvre et, en retirant une copie, l'épreuve négative lui échappa des mains, tomba à terre et fut mise en morceaux. Il s’empressa alors d’écrire une lettre à M. Thompson pour l’infoT'mer de l’accident qui venait de lui arriver. Le matin suivant, le photographe reçut la visite d’un homme âgé qui lui annonça que M. Thompson était mort la veille au soir. Il ne pouvait comprendre comment M. Thompson avait pu se présenter chez le photographe alors qu’il rendait le dernier soupir dans une résidence située à plusieurs lieues de Newcastle.

« Horace Pelletier,

« Correspondant du groupe Indépendant d’Etudes ésotériques. »

Photographie d’une morte (1).

« Un jour que je venais d’achever mon très frugal déjeuner, il se présenta tout à coup devant moi une fort belle dame qui me pria de lui accorder une séance afin que son mari pût avoir d’elle quelques épreuves photographiques. J’accédai à son désir et je lui fis prendre différentes attitudes; lorsque je quittai mon cabinet noir pour reparaître à la lumière, la dame avait disparu.

(1) Traduit du Light, p. H. Pelletier {Initiation décembre 1892).

« Je me sentis assez affecté, et je craignis de ne pouvoir être indemnisé de ma peine.

« Cependant je continuai mon travail, espérant quela dame reviendrait au premier jour pour me payer.

« En effet, peu de jours après, la dame reparut au moment où je venais de mettre la dernière main à mon œuvre. Elle ne croyait pas qu’elle serait si tôt terminée, et elle en fut étonnée. Les épreuves avaient une teinte un peu sombre néanmoins. A la fin de notre entrevue, la dame choisit une de ces photographies et me dit : Ecrivez dessus : Marguerite Arlington, et exposez-la dans votre montre. Je fus surpris de son langage, car tout le monde sait que les dames ne se soucient pas du tout de se voir exposées dans une montre aux regards du public. Je pensai avoir affaire à une actrice. Je me conformai à sa volonté, et elle me remit un billet de cinquante marcs. Comme elle me devait la moitié de cette somme et que je n’avais pas sur moi assez de monnaie pour lui rendre, je plaçai la photographie dans la montre et j’allai bien vite chez le pharmacien, mon voisin, pour changer le billet : « Pourriez-vous, dis-je au pharmacien me donner la monnaie de ce billet ? et j’avançai ma main vers lui comme si je lui tendais le papier. — Combien vous faut-il ?me demanda-t-il. — Cinquante marcs, répliquai-je. — Où est-il? » Je regardai ma main, elle était vide, elle ne tenait rien; Je jetai d’abord les yeux sur le comptoir, je ne vis rien nous cherchâmes de tous côtés, le pharmacien et moi, et son premier garçon nous aida. On ne put trouver le billet. Je retournai chez moi et regardant à terre avec soin pendant le court trajet, mais ce fut en vain : le billet s’était fondu dans l’air.

« La dame sans doute attendait sa monnaie, je voulais lui conter l’affaire, peut-être ne m’avait-elle pas remis le billet. — Madame, lui dis-je en rentrant chez moi... Mais la dame avait disparu en laissant les épreuves sur

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ma table. Que signiQ.iit ce mystère? Toutefois je me tranquillisai à la pensée que cette actrice, je la croyais de bonne foi une actrice, m’avait joué ce tour d’espièglerie pour faire un peu parler d’elle. Je résolus à tout événement de laisser les épreuves dans la montre, et c’est ce que je fis de mieux. Presque tous les jours, le monde, attiré par les photographies, me disait : « Le portrait de cette belle blonde est admirablement réussi, » etc. Cette aventure me rapporta pas mal d’argent, et, en vérité, je ne gardai aucune espèce de rancune à la belle inconnue. J’aurais été heureux de lui remettre les cinq épreuves et de la remercier par-dessus le marché.

« Je pensai que bientôt j’entendrais parler d’elle ; et, en effet, je ne fus pas trompé dans mon attente. Un an après, je reçus la visite d’un monsieur en costume de voyage qui se présenta dans mon cabinet. Il était pâle et comme surexcité.

— N’avez-vous pas dans votre montre, me dit-il, la photographie d’une jolie blonde du nom de Marguerite Arlington ?

— Oui, Monsieur, lui répondis-je, c’était le nom de cette dame.

— Vous la connaissez ? continua-t-il.

— C’est peut-être une personne de vos amies ? lui demandai-je.

— C’est ma femme, dit le monsieur, mais je ne savais pas qu’elle s’était fait photographier.

— Est-ce possible ? m’écriai-je, cette dame m’a dit que son mari désirait avoir son portrait, parce qu’elle était éloignée do lui pour longtemps. Le monsieur devint encore plus pâle.

— Combien y a-t-il de temps me demanda-t-il très ému, que vous l’avez photographiée ?

— Un an lui dis-je.

— Il y a un an que ma femme est morte, répliquat-il ; peut-être croirez vous que je ne suis plus dans mon

LA MAGIE ET L’jIYPXÜSE

bon sens quand je vous dirai qu’elle m’est apparue cette nuit dans un rêve et qu’elle m’a dit : « Va à la ville, passe en revue les magasins de photographies et tu trouveras la mienne. Le rêve m’a tellement frappé que j’ai obéi et j’ai trouvé le portrait chez vous. »

« Je racontai au monsieur, sans en rien omettre, toutes les circonstances, et nous restâmes convaincus tous les deux que la dame, quoique morte, était venue poser pour son portrait. Je lui présentai les cinq épreuves qui étaient les mieux réussies qui fussent sorties de mes mains. 11 voulut me payer, je refusai, mais il laissa sur ma table un billet de cinq cents marcs, et se retira.

« Telle est mon histoire de fantôme; bien des gens en ont eu de semblables, mais ils ne veulent croire que ce qui leur est arrivé à eux. Mon histoire est cependant la stricte et exacte vérité. »

Rattaché à la terre par un serment.

Une apparition (1).

« On se rappelle le cas si intéressant qui se produisait, il y a quelques mois, à Constantinople, — ainsi que l’ont alors raconté tous les journaux, — où l’esprit d’un derviche, mort depuis plus de trois siècles, est apparu au gardien d'un cimetière, demandant que l’on procédât à l’exhumation de ses cendres.

« Ces faits de rapprochement entre les vivants et les morts sont beaucoup plus fréquents qu’on ne serait à un premier abord tenté de le croire, et de nombreux témoignages autorisés en font foi.

« Voici le récit d’un fait analogue qui se passa en

(1) Iniliation, mai 1893.

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1870 et qui est rapporté tout au long-, d’après le journal hongrois ïEgyetertès^ par les Archives israélites du 10 juillet de cette même année, à la page 230 :

« A trois quarts d'heure d’ici, dans la petite ville reculée du nom de Diosgyor, un jeune homme, Louis Arnstein, avait, il y a trois semaines, perdu au jeu de cartes vingt kreutzers avec un de ses voisins et était resté son débiteur.

« Le créancier demandant un jour à encaisser son bénéfice, Arnstein l’engage en plaisantant à ajouter au contraire vingt autres kreutzers, et alors lui, Arnstein, s'engageait par écrit à se désister, en faveur de son créancier, de sa part du salut éternel (Chelék leoiam habo).Le voisin accepte, fait son versement, et en reçoit en échange le susdit engagement libellé en due forme.

« Deux jours après, Arnstein meurt subitement, laissant en gage sur la terre sa « part de salut éternel » . La nuit qui suivit ses obsèques, le créancier affolé réveille par ses cris tout le voisinage, déclarant que l’âme d’Arnstein lui est apparue, réclamant avec insistance la restitution de sa portion de « salut éternel », Ce phénomène se reproduisit trois nuits de suite.

« Pour mettre un terme à ses obsessions, l’intéressé s’adressa au Rabbin, qui se déclara incompétent dans l’espèce. Hier enfin, on a réuni à Szkelzo un conseil de six rabbins qui ont décidé que le tombeau du défunt devait être ouvert, et que l’on devait replacer dans le linceul l’engagement écrit par lequel le pauvre trépassé s’était fermé la porte du ciel.

« G. ViTOUX. »

Valse macabre {Elémentaire) (1).

Telle est l’histoire d’une jolie m.orte que je ne fais que traduire, et qui, pour exprimer sa joie de n’être plus

(Ij Iniliation, mai 1890.

de ce monde, se livrait aux charmes et aux douceurs d’une valse désordonnée. Cette jolie morte, qui était une jeune fille d’un peu moins de vingt ans, était folle de la danse. Un soir, au sortir d’un bal chez un ami de sa famille, elle contracta une bronchite qui dégénéra bientôt en phtisie ; son état d’abord assez grave parut s’améliorer, mais le mieux ne dura pas et sa situation devint désespérée. Les parents, très affligés, écrivirent à leur fils ainé, qui étudiait la médecine à Munich, en Bavière, et lui exprimèrent leurs angoisses. Le jeune homme, qui adorait sa sœur, quitta bien vite Munich et accourut auprès de sa famille. 11 arriva à la maison paternelle et, très inquiet, il sonna à la porte avec précipitation. « Aussitôt notre « vieux serviteur accourut — je laisse la parole au « jeune étudiant, — et m’ouvrit. Sans lui adresser au- « cune question je montai au salon et je jetai sur un « meuble mon pardessus dont je venais de me débar- « rasser. J’allum.ai un bougeoir qui était sur la table et « fis quelques pas. Quelle ne fut pas ma surprise en « voyant la malade, ma chère Jeanne, devant moi et « debout avec un aimable sourire sur les lèvres ! J’oua vris de grands yeux en la voyant vêtue d’une robe de « gaze blanche, le front orné d’une couronne de roses « et ses cheveux châtains tombant eu boucles sur ses « épaules. J’étais surtout stupéfait de la trouver vivante « et saine dans un semblable costume, alors que je la « croyais sur le bord de la tombe. Elle était cependant « un peu pâle, l’incarnat de ses joues avait disparu, « mais ses yeux me paraissaient briller d’un éclat « inusité ; habituellement il y avait toujours en eux une « certaine langueur.

« — Jeanne ! m’écriai-je en saisissant ses deux « mains, vous m’avez sans doute entendu venir? que je « suis heureux de vous voir en bonne santé ! Je vous « croyais très malade.

« — Je me sens très bien, me répondit ma « sœur.

« Et en effet rien dans son air, ni dans ses manières, « n’annonçait la maladie; sa voix néanmoins était légè- « rement faible, comme si elle se trouvait à une grande « distance de moi, ce que j’attribuai au salon qui, étant « assez spacieux, pouvait diminuer l’intensité du son. « C’était, somme toute, la même jeune fillegaie, rieuse « et charmante que j’avais connue avant de partir pour « l’Université. Sa beauté paraissait plus céleste encore « par le contraste de la couleur de ses cheveux châtains « foncés avec la blancheur de son costume.

« — C’est à peine si j’ose en croire mes yeux, conti- « nuai-je tout heureux de la voir en pied, je m’attendais « à te voir privée de mouvement et tu semblés habillée « comme pour un bal.

« Jeanne souriait, et, désireuse de me prouver qu’il « lui était facile de se mouvoir, elle prit aussitôt diffé- « rentes poses gracieuses, et s’emparant de ma personne « elle me fit valser avec elle tout autour du salon comme (f autrefois avant que je ne fusse un étudiant de l’Uni- « vensité et ne tint aucun compte de mes protestations « de ne pouvoir danser avec mes lourdes bottes de « voyage. Ses pieds légers touchaient à peine le parce quet, tandis que mes bottes faisaient retentir et trem- « hier tout le salon. Je me sentis à la fin tellement « étourdi que je la priai de s’arrêter. Je m’arrachai de « ses bras et me couvris les yeux avec mes mains, car a je voyais les murs du salon tourner autour de moi « avec une rapidité vertigineuse. Quand je retirai mes « mains de mes yeux, Jeanne avait disparu et j’étais € seul dans le salon. J’ouvris promptement la porte « pour la suivre et, au lieu de Jeanne, je rencontrai la « sœur Alphonsine, une religieuse du couvent à côté de « notre maison et qui avait pour mission de soigner les * malades et de veiller les morts.

LA MAGIE ET L’iIYPXOSE

« — Avez- VOUS vu Jeanne? lui demandai-je; saveza vous où elle est ?

« — Je venais pour savoir, me répondit la sœur Al- « plionsine, la cause de ce bruit horrible que l’on entend « au-dessus de la chambre de la morte.

« — Quelle morte ? demandai-je tout étonné. Jeanne « était ici il n’y a qu’un instant ; elle m’a obligé de dan* a ser avec elle pour me prouver qu’elle était en parfaite « santé. Où est-elle maintenant ? Ne l’avez-vous pas « rencontrée?

« La bonne sœur Alphonsine fit dévotement un signe « de la croix et me considéra avec attention pour s’asa surer que je n’étais pas en état d’ivresse ou frappé « d’aliénation mentale. Elle finit par s’écrier : « Jésus « Seigneur ! Votre sœur Jeanne est morte hier à six « heures du soir et j’ai veillé son corps toute la nuit.

« Sans vouloir entendre plus de détails, je descendis « les marches de l’escalier quatre à quatre et, dans une « chambre située immédiatement au-dessous du grand « salon, je vis le corps de Jeanne couché dans sa bière, « habillée de gaze blanche, une couronne de roses « blanches sur la tête et les cheveux dénoués. Son visage « était pâle, ses mains jointes comme pour la prière ; « un doux et aimable sourire errait sur ses lèvres. « Berthe, mon autre sœur, qui se présenta, me con- « firma tout ce que m’avait dit la religieuse : Jeanne « était morte à six heures du soir, après avoir exprimé, « à plusieurs reprises, le désir de me voir.

« H. Pelletieh, C. O. E. »

§ 4. — Elémentaire attaché à la terre par l’habitude. — Maisons hantées.

Nous découpons dans V Autorité (31 octobre 1895) le fait divers suivant, auquel l’intervention d’autorités donne un certain piquant :

LA MAGIE ET L’ilYPNOSE

Ceci n’cst pas un conte, encore que les revenants y jouent le principal rôle.

Un riche financier français avait dernièrement loué, pour y passer une partie de l’été et en exploiter la chasse le domaine de Clandon-House, en Angleterre, qui appartient au comte d’Onslow.

Maison hantée de la rue Ducouédic, à Paris.

Le locataire vient de demander la résiliation du bail en donnant pour motif que le château est devenu inhabitable par suite de l’apparition régulière d'un lantôme.

Chaque nuit, environ trois heures avant l’aube, les serviteurs de Clandon-House voient s’avancer, a travers les pelouses qui entourent le château, une dame vêtue d’une longue robe de satin crème et portant au côté une ceinture de buffleterie qui soutient un couteau de chasse.

LA MAGIE ET L’iIYPNOSE

Des coups de feu ont été tirés par les gardes-chasse sur cette apparition qui pénètre dans le château en traversant le granit des murailles ou le chêne massif des portes. Un clergyman des environs s’est porté audevant de la dame « crème » en brandissant un christ de bronze. La dame s’est évanouie dans l’air : le crucifix de bronze n’a jamais été retrouvé.

La dame a été aperçue en outre par un domestique au moment où elle prenait un volume dans la bibliothèque du château : elle avait alors son couteau de chasse à la main et elle a, d’un beau geste, ordonné au serviteur de se retirer.

Plus de vingt témoins, la plupart dignes de foi, affirmentavoir vu la dame crème et s’être inutilement opposés à son passage dans la maison.

Le riche financier français a, parait-il, une peur bleue et il a quitté le château.

Voici une autre version :

Nous avons dit que le fantôme d’une femme vêtue d’étoffes couleur crème s’était avisé de troubler le repos du comte d’Onslow, ex-gouverneur de la Nouvelle- Zélande.

Il apparaît en la résidence de Claudon-Park que ce grand seigneur possède près de Guilford et qu’il avait loué à un habitant de cette ville.

Lord Onslow s’est rendu sur place avec le célèbre sollicitor sir George Lewis, pour contrôler les bruits étranges qui couraient à ce sujet et pour en démontrer, si possible, l’absurdité au locataire qui demande la résiliation de son bail. Quelle n’a pas été sa stupeur et celle de son avoué, en constatant qu'ils étaient fondés !

Il a vu, de scspropresyeux vu, la femme crème armée d’un couteau de chasse, qui prenait le frais, sur le coup

de minuit, dans les avenues sablées du parc, où son passage ne laissait aucune trace. Ce qui est plus fort, c'est que le comte aperçut deux fantômes, non encore dénoncés : ceux d’une jeune fille en deuil et d’un vieillard barbu ; ils paraissaient se connaître, s’adressaient des saints, se faisaient des signes d’intelligence ; ils ne prenaient pas souci des coups de feu qui leur furent tirés et qui n’eurent aucun résultat.

Maison hantée de la rue Du Couédic, à Paris. Siège des Phénomènes.

On annonçait hier, à Londres, que lord Onslow consent à la résiliation demandée et qu’il va rentrer dans la capitale pour prier quelques savants de le suivre à Claudon park et d’y observer avec lui ses visiteurs du Borderland.

Maison hantée de la rue du Couédic. — Le Groupe indépendant d'Etudes ésotériques avait confié l’enquête de ces phénomènes à M. G. Caminade, qui publia son rapport dans le Voile d'Isis (n“ 16) en l’accompagnant de dessins explicatifs qui furent reproduits dans l'Initiation (février 1892), et augmentés d’autres cro-

quis extraits d’un remarquable article de M. Desbeaux, paru à la même époque dans le Monde lllusré.

Objets divers brisés dans la maison bantée de la rue Du Couédic,

à Paris.

nu VAMPIRISME

Mais une des actions les plus redoutables que peuvent'produire les élémentaires c’est sans contredit, si l’on en croit certaines traditions, les épouvantables phénomènes du Vampirisme. Notre ami Sédir a bien voulu traduire à notre intention les curieuses pages suivantes :

Nous traduisons lapage suivante d’une œuvre étrange, complètement inconnue en France, Eulis due à la plume du célèbreP.B.Randolph,lemystique Rose-Croix.

« Le nom de celle chose, (’amilière à tout le monde, désigne en premier lieu une sangsue monstrueuse qui habite les eaux tropicales, se nourrissant de tout ce qui a vie consciente, et ne quittant jamais sa victime qu’après avoir sucé sa dernière goutte de sang, pour la laisser dans les bras de la mort. Deuxièmement, le même nom est appliqué à une énorme chauve-souris, habitant les cavernes sombres de l’Orient et d’autres pays. L’obscurité est sa demeure ; et quand l’homme ou l’animal vient à s’endormir dans sa retraite cet envoyé de l’Hadès s’approche et entonne u)i sifflement perfide qui plonge sa victime dans un coma profond, si profond qu’elle ne sent pas ses veines ouvertes et son sang bu avec avidité.

« Quand vient le réveil, les yeux s’ouvrent sur un autre monde, si la victime est un homme.

« Enfin le même nom est donné à certains êtres fantastiques, moitié humains, moitié démoniaques, des légendes orientales et germaniques. Ces êtres émergent de la ténèbreau milieu de la nuit ; ils ouvrent les tombes nouvellement scellées, dévorent la chair des cadavres, et disparaissent quand ils sont repus de cet horrible régal. Mais la légende dit que les inhumations récentes ne suffisent pas à assouvir leur faim ; et cependant les goules doivent vivre ; elles s’introduisent donc dans les maisons et sucent le sang de tout ceux qu’elles rencontrent. Ces harpies sont sujettes à la mort , mais si vous en tuez une, brûlez-la à cinq pieds sous terre, et passez lui un pieu armé d’une croix à travers la poitrine ; et faites cela autant que possible à un carrefour de quatre routes. Si vous négligez ces précautions, la vie reviendra au vampire, et aussi sûrement que le croissant d’Hécate l’éclaire, il continuera ses horribles ravages. Toutes ces choses, qu’elles proviennent du Som.bre de la Nature, ou des images d’une imagination pervertie, véritables ou légendaires, sont réelles, et nous

nous en détournons avec dégoût ; quelque terribles qu’elles soient, aucune d’entre elles, ni même leur somme, ne peut se comparer à l’effroyâble réalité, à la certitude de l’existence d’êtres humains, goules et gorgones dévorantes, qui parcourent les rues de nos villes, qui vivent au milieu de nous, qui respirent notre air, dont la jseulo pensée virile est de satisfaire des passions morbides ; les filles et les femmes de nos amis deviennent la proie de ces vampires deux fois maudits, contre lesquels aucune pénalité ne serait trop sévère, dont la conscience s’est enfuie, et auxquels la gratitude est inconnue. Ils sont engendrés par les mariages sans amour. Le père est un homme égoïste et matériel, dur et sans affection ; la mère est probablement son opposé, et n’a jamais connu que la passion égoïste ; elle nie le véritable amour, et conséquemment, l’enfant qu’elle met au monde ne le connaîtra jamais, et le cherchera du temps à l’éternité et de l’éternité au temps ! Lorsque donc il rencontre ses complémentaires, foyers d’amour, il s’attache à eux avec la ténacité de la mort; il sème la désolation et le désespoir sur sa route, toute souillée du sang des cœurs qu’il a déchirés... »

Résumons. — Beaucoup de gens des deux sexes exercent une attraction terrible sur leurs semblables, attraction terrible qui ressemble à l’amour, mais qui n’en est pas. C’est, au contraire, une passion monstrueuse et terrible à laquelle ceux qui en sont l’objet cherchent souvent en vain à échapper. De telles personnes sont vampirisées, et un vampire est un affamé d’amour, qui, ne possédant pas ce principe, le cherche et attire en fascinant ceux qui le possèdent. Le vampire est égoïste, jamais satisfait, que dans ses assouvissements qui laissent leur victime entièrement épuisée sans qu’elle en connaisse le motif. Brisez à l’instant, ayez des refus inexorables, et ne laissez pas prendre

Yos mains ; souvenez-vous que le vampire prolonge son existence aux dépens de la vôtre. Que les femmes traitent un tel assaillant plus commun qu’on ne le croit avec une indifférence parfaite...

Le vampire cause la froideur, l’irritabilité, la haine, la répugnance entre des âmes chères jusqu’alors l’une à l’autre (1).

A ces pages, nous ajouterons seulement un fait en rapportant la tradition de V Elémentaire vampire.

D’Assier, dans V Humanité posthume (2), cite plusieurs faits empruntés à Dom Calmet, le bénédictin sceptique du siècle dernier; comme ils présentent tous la môme physionomie, nous ne reproduirons que celui-ci :

« Après qu’en 1718, une partie de la Serbie et delà Valachie fut échue à l’Autriche, le gouvernement autrichien reçut plusieurs rapports qui lui étaient adressés par les commandants des troupes cantonnées dans le pays. On y disait que c’était une croyance générale parmi le peuple que les personnes mortes, mais vivant encore dans le tombeau, en sortaient en certaines circonstances pour aller sucer le sang des vivants et entretenir ainsi sous terre un reste de santé et de bien-être.

« Déjà, en 1720, un rapport annonçait qu’à Kisalova, village situé dans la Basse-Hongrie, un certain Pierre Plogowitch, dix semaines environ après sa sépulture, était apparu la nuit à plusieurs habitants et leur avait tellement serré le cou qu’ils étaient morts en vingtquatre heures, de sorte que, dans l’espace de huit jours, étaient mortes de cette manière neuf personnes, les unes jeunes, les autres âgées. Sa veuve même avait été inquiétée par lui et avait quitté, à cause de cela, le village. Les habitants demandèrent au Commandant de Gradisca l’autorisation d’exhumer le cadavre et de le

(1) Trad. par P. Sédir.

(2) Cité par le docteur Pascal ; Les sept principes . Paris, 1895.

brûler. Le Commandant la leur ayant refusée, ils déclarèrent qu’ils quitteraient tous le village, si on ne leur accordait pas leur demande.

« Le Commandant se rendit donc au village avec le curé de Gradisca. Il fit ouvrir le cercueil de Pierre et l’on trouva son corps intact, à l’exception du bout du nez qui s’était un peu desséché ; mais il n’exhalait aucune mauvaise odeur et ressemblait plutôt à un homme endormi qu’à un mort. Ses cheveux et sa barbe avaient crû, de nouveaux ongles avaient remplacé ceux qui étaient tombés. Sous la peau extérieure, qui paraissait blême et morte, avait poussé une autre peau vive ; les mains et les pieds ressemblaient à ceux d’un homme en bonne santé. Comme on trouva dans sa bouche du sang tout frais encore, le peuple crut que c’était celui qu’il avait sucé à ceux qui étaient morts tout dernièrement et on ne put l'empêcher d’enfoncer dans la poitrine du cadavre un pieu pointu. Il sortit alors beaucoup de sang frais et pur de la bouche et du nez. Les paysaiis jetèrent le corps sur un bûcher et le brûlèrent. ))

Ces exemples et ces écrits montreront, mieux que de compliquées théories les différents modes de manifestation des élémentaires. Il nous reste, en terminant ce sujet, à parler de l’action des élémentaires sur le médium ou le sujet. C’est le D*' Gibier, l’éminent savant que nous avons eu le plaisir de compter parmi nos amis, qui nous fournira l’étrange et véridique récit qu’on va lire et que beaucoup de noslecteurs connaissent déjà. Nous n’ajouterons qu’un mot avant ce récit, c’est que beaucoup de cas de folie n’ont pas d’autre cause que l'incarnation permanente d'un élémentaire assoiffé d'existence. (1)

(1) Voy. à ce sujet: /a mortée Jules Lermiua, dans Vlni-

tiation.

LA MAGIE ET L’ilYl XOSE

§. 5. — Action de l’élémentaire sur le sujet ou médium.

La possession.

Nous extrayons le récit suivant de VAndilyse des choses du D'" Gibier.

« Dans les derniers mois de l’année 1886, je faisais presque chaque jour, et principalement le soir, des expériences sur la force animique. Deux séances furent particulièrement accidentées. Ces séances eurent lieu dans un laboratoire des vieux bâtiments de l’ancien collège Rollin, transformé dans ce temps-là en École pratique de la Faculté de médecine.

« Le local que j’occupais et qui me servait de laboratoire était voisin des amphithéâtres de dissection de la Faculté, où, à ce moment, se trouvaient de nombreux « sujets ». Dans l’une des pièces de ce laboratoire même, j’avais eu quelque temps auparavant le cadavre d’un homme qui m’avait servi à des études de médecine opératoire. Ceux qui sont au courant des questions dont je m’occupe en ce moment comprendront l’importance de ces détails.

« Le médium qui m’assistait dans mes recherches était un Américain, M. S., dont la force animique était émise en quantité suffisante pour produire des matérialisations et des transports d’objets à distance, sans contact.

(( Au jour dit, nous nous réunîmes dans le laboratoire : M. L., les D" de B. et A. qui exercent à Paris, le médium et moi, plus le garçon de laboratoire.

« Tout d’abord les choses s’annoncèrent fort mal; à peine entrés dans l’enceinte de l’Ecole pratique provisoire, au moment où nous longions un des amphithéâtres d’anatomie, nous entendîmes tout à coup un sifflement suivi du choc violent d’un objet contre une cloison en planches voisine. L’ohjet en question était un petit flacon vide du modèle de ceux qui servent à conserver les

LA MAGIE ET L’i.Yl NUSE

pièces anatomiques; il avait rebondi sur l’un de nous et était tombé par terre sans se briser.

« Personne n’eût pu se caeherdans l’endroit où nous nous trouvions, et, de plus, la nuit n’était pas très noire. Redoutant quelque désagrément analogue, au moment où nous nous engagions dans un vestibule qui s’ouvrait sur l’escalier eonduisant au laboratoire, situé au deuxième étage, comme on avait oublié d’allumer le gaz dans l’escalier, et que l’obscurité y était à peu près complète, je criai au garçon de laboratoire de nous éclairer. A peine avions nous atteint le premier étage (le médium était devant et je fermais la marche) qu’un nouveau sifflement se fit entendre, bientôt suivi du bruit d’un flacon lancé avec violence et se brisant en pièces sur les marches que nous étions en train de gravir. Quand on eut allumé le gaz, on trouva une quantité de débris de verre provenant d’un flacon de verre analogue au premier.

« Bien entendu, personne ne se trouvait dans l’escalier.

« Une fois dans le laboratoire qui était bien éclairé, tout se passa pendant un certain temps comme la dernière fois, mais le médium était de plus en plus inquiet. Pendant que nous nous tenions autour de la table, — une table carrée, toute simple, que j’avais fait construire exprès, — après avoir préparé le plâtre, je fis à haute voix, sur un ton moitié sérieux, moitié plaisant, et en français, de façon à n’être pas compris du médium qui ne parlait que l’anglais, cette réflexion que, étant donné le lieu où nous nous trouvions, il n’était pas surprenant que quelque mauvais garnement d’esprit, dont on aurait disséqué le corps, fit tout son possible pour nous empêcher de mener nos recherches à bonne fin.

« A peine avais-je fini de parler que le médium fut pris d’une sorte de mouvement convulsif qui lui agita

tout le corps, et cntransé. Ce qui se présenta alors fut vraiment effrayant ; il se dressa, les yeux démesurément ouverts et paraissant lui sortir de la tête, fit quelques pas saccadés dans la pièce, et chacun, sentant qu’il allait se passer quelque chose, se leva et se tint sur ses gardes.

« S. fit un tour sur lui-même et saisit un des escabeaux de chêne qui nous servaient de siège ; il en fit un moulinet terrible, mes amis s’échappèrent au plus vite, mais comme j’étais justement assis contre le mur, je demeurai seul en face de ce grand diable d’Américain, taillé en hercule, qui paraissait m’en vouloir plus particulièrement, et séparé de lui seulement par la table carrée autour de laquelle nous étions tranquillement assis un instant avant. Son visage, à ce moment, était terrible à voir. Il dirigea vers moi son bras gauche, l’index étendu, et de la main droite il brandit le pesant escabeau audessus de sa tête.

« La scène, dans cette vieille chambre du collège improvisée pour la circonstance en laboratoire de physiologie expérimentale, était vraiment singulière par cette nuit de décembre ; mais ce n’était pas à cela que je songeai alors. Mes amis terrorisés se tenaient tous à l’écart et personne ne soufflait mot ; le médium seul poussait une sorte de râle guttural. Ne pouvant m’échapper de l’espace où je me trouvais, entre le mur et la table d’une part, et une console fixe et le poêle d’autre part je ne perdais pas un seul des gestes de celui qui paraissait animé envers moi des intentions les moins rassurantes. Il s’approcha encore de moi, bien à la portée de sa main et me lança un formidable coup de son escabeau, droit sur la tête.

J’avais conservé tout mon sang-froid et me tenais très vivement en éveil, comme on le pense bien; et quand je vis le début du mouvement de cette masse projetée vers moi, je saisis les deux pieds de la table qui étaient

LA MAGIE ET L IlYl’XÜSE

de mon côté, je les levai vivement et présentai la table en face de mon adversaire en m’en couvrant comme d’un bouclier. Le choc fut terrible; l’escabeau heurta la table comme un coup de catapulte, un craquement se fît entendre et je fus obligé de reculer sous le coup jusqu’au mur ; la table était fendue en deux. Continuant à me protéger en m’abritant derrière elle, je la poussai vers S qui lâcha sa massue et tomba en arrière sur une chaise, en proie à une convulsion. Nous nous précipitâmes de son côté pour le maintenir, mais ce fut inutile ; il revint bientôt à lui, ne se souvenant de rien, et, pour ne pas l’effrayer, nous nous assîmes de nouveau autour de la table en cachant notre émotion.

« Cette fois, ce fut lui que je fis placer auprès du mur; la précaution n’était pas inutile, car il fut de nouveau repris d’une transe non moins terrible que la première. Il se dressa encore après avoir été agité convulsivement, puis se rassit, le visage contracté d’un rictus effrayant, les yeux comme désorbités. 11 se leva, nous en fîmes autant, je mis le poêle entre lui et moi, mais il repoussa la table et, saisissant une chaise, il s’avança vers moi. De mon côté, je m’emparai de l’escabeau qu’il m’avait lancé, je le pris, non comme arme offensive, mais simplement pour parer les coups qu’il aurait pu me porter avec la chaise qu’il agitait en l’air.

« Il y eut encore un moment de violente angoisse pour chacun des assistants, quand nous fûmes en présence l’un de l’autre avec les étranges instruments de ce combat quasi-fantastique.

V. 11 s’avança vers moi, brandissant toujours sa chaise, et je me préparai à la recevoir sur mon escabeau quand je fus poussé, je ne sais par quelle force, à tenter une expérience, en mettant à l’essai un moyen qui m’avait été indiqué, par un homme très au courant de ces choses, comme infaillible en pareille circonstance : je jetai de côté l’objet que je tenais, et je

m’avançai les dix doigts en avant dirigés contre la personne du malheureux entransé, en voulant violemment qu’il fût immobilisé. Je projetai, en quelque sorte, ma volonté sur lui, accompagnant cet effort d’un geste énergique. L’effet fut instantané et j’en fus, le premier, très agréablement surpris : au lieu d’être lancée contre moi, la chaise fut rejetée en arrière et, quoique fort solide, mise en pièces au point de ne pouvoir être réparée. S. fut comme sidéré, son corps fut agité d’un tremblement convulsif et transporté brusquement contre le mur à 3 ou 4 mètres de l’endroit où il se trouvait. Tous ses membres se tordirent; il se recroquevilla en boule sur le sol, près d’une porte, et nous entendions ses articulations craquer.

« Quelques passes magnétiques l’aidèrent à se remettre et, aussitôt que nous le pûmes, nous quittâmes ce lieu si peu propice aux recherches psychologiques, pour n’y plus revenir dans le même but, non sans nous être munis de flambeaux pour gagner nos voitures qui nous attendaient dans la rue.

« La veille de ce jour, le médium, pendant la séance, se plaignait de n’être pas à son aise ; il sentait, disait-il, de mauvaises influences autour de lui, avait de la peine à les repousser pour ne pas être entransé.

« Je n’oublierai jamais, dussé-je vivre mille ans, l’immense danger auquel on s’expose dans ces sortes d études, si l’on n’a le soin de s’instruire des conditions voulues dont il ne faudrait jamais se départir. Je dois avouer qu’à ce moment je me livrais aux recherches psychiques avec un certain sans-gêne, traitant le sujet ainsi qu’un autre et le considérant comme une partie quelconque de la physiologie. Mais, depuis lors, j’ai appris qu’il fallait procéder autrement et user de certaines formes, sans lesquellesun expérimentateur, non prévenu, pourrait éprouver plus d’un grave mécompte.

« Les recherches psychiques expérimentales ne

laissent pas que de faire courir certains risques à ceux qui s’y adonnent, et c’est bien à tort que certaines personnes en font unjeu. »

§ 0. — La Sorcellerie. — La Lycantrophie.

Certains phénomènes attribués aux élémentaires peuvent-être produits ^dix l'astral d’un sorcier cherchant à faire peur ou à nuire à un individu quelconque. Il suffira de se reporter à notre paragraphe consacré à l’envoûtement pour trouver certains faits de ce genre (entre autres ceux rapportés par Eliphas Levi, S.de Guaita et M. de Rochas). — Nous donnerons encore pour mémoire le fait suivant bien connu de nos lecteurs.

Dissolution par une pointe d’acier

Nous ne reproduirons que les traits essentiels du phénomène; on retrouvera le récit détaillé dans Vlnitiation d’avril 1893, ou dans mon Traité cl^. Magie pratique.

Je me déshabillai (j’étais en uniforme) en appuyant mon sabre de cavalerie contre une chaise, qui me servait de table de nuit. Je me couchai et je soufflai ma bougie.

Dès que j’eus éteint la lumière, j’entendis un grattement très fort à la porte de la première chambre. C’était un bruit identique à celui que produit un chien qui gratte à une porte pour entrer ou feortir. Seulement le grattement que j’entendais était un grattement très intense, comme si le chien eût voulu forcer la porte.

Le premier moment de surprise passé, je pensai que notre chien était resté dans la maison ; pourtant le grattement me paraissait être produit contre te côté i< têrieur de la porte de la première chambre et non pas venant du côté du couloir. J’appelai à plusieurs repri-

ses le chien par son nom « Sokol ». Pour foute réponse, le bruit augmentait encore.

Comme je l’ai dit plus haut, j’avais laissé la porte de communication entre les deux chambres ouverte. Cette porte, qui s'appuyait contre le pied du lit, je pouvais l’atteindre avec mes pieds. D’un mouvement brusque, je poussai avec mon pied droit violemment la porte qui se ferma avec fracas. Au même instant, le grattement se produisit, avec une violence extrême, contre cette porte, du côté de la première chambre.

Je dois avouer que, après avoir appelé inutilement le chien et le bruit étrange s'accentuant encore, je fus effrayé un instant, et c’est cela qui me fit pousser la porte. Mais, au moment où j’entendais le bruit à cette porte, tout près de moi, le sentiment de frayeur avait disparu subitement. Je m’apprêtai à allumer ma bougie. Avant que j’eusse fait de la lumière, le grattement avait cessé.

Je descendis du lit, je mis mon pantalon et j’allai visiter la première chambre.

J’avais toujours le chien dans Tidée, malgré l’impossibilité matérielle de sa présence. Rien dans la chambre.

Je sortis dans le corridor, je descendis l’esoalier, je visitai le rez-de-chaussée, j’appelai le chien : toujours rien.

Je ne pouvais faire autre chose que de remonter dans ma chambre, et, ne comprenant rien, je me remis au lit en soufflant la bougie.

A peine fus-je couché, que le vacarme recommença, avec plus d’intensité si possible, et à nouveau du côté extérieur de la porte de communication, que j’avais fermée cette fois-ci derrière moi.

J’éprouvai alors un sentiment d’agacement, de colère ; j’étais énervé et, sans prendre le temps de faire de la lumière, je sautai hors du lit, je saisis mon sabre que je tirai de son fourreau et me précipitai dans la première

chambre. En ouvrant la porte, je ressentis une résistance, et dans l’obscurité, je crus voir une lueur, une ombre lumineuse, si je puis dire ainsi, se dessinant vaguement sur la porte d’entrée de la première chambre.

Sans réflexion, je ne fis qu’un bond en avant et je portai un formidable coup de sabre dans la direction de la porte.

Une gerbe d’étincelles jaillit de la porte comme si j’avais touché un clou enfoncé dans le panneau. La pointe du sabre avait traversé le bois et j’eus de la peine pour retirer l’arme Je me dépêchai de retourner dans ma chambre pour allumer la bougie, et, sabre en main, j’allai d’abord voir la porte.

Le panneau était fendu du haut en bas. Je me mis à chercher le clou que je pensais avoir touché, mais je ne trouvai rien : le côté tranchant du sabre ne paraissait pas non plus avoir rencontré du fer.

Je descendis à nouveau au rez-de-chaussée, je visitai partout, mais je ne trouvai rien d’anormal.

Je remontai dans ma chambre ; il était minuit moins le quart.

Je songeai aux choses qui venaient de se passer. Aucune idée d’explication ne se présenta à mes réflexions, mais j’éprouvai un sentiment réel de quiétude après avoir été surexcité, et je me souviens très bien que je caressai presque involontairement, la lame de mon sabre en me couchant à nouveau, et je plaçai l’arme à côté de moi, dans le lit, sous la couverture.

Je m’endormis sans autre incident et je ne me réveillai que vers huit heures du matin.

A la lumière du jour, les incidents de la nuit avec cette porte brisée me parurent plus étranges encore.

Je quittai enfin le lieu et me rendis à la maison où tout le monde était déjà réuni pour déjeuner et où on m’attendait. Je racontai naturellement mon aventure.

LA MAGIE ET L’iIYPNOSE

qui paraissait bien invraisemblable aux jeunes gens venus en visite. Quant à mes parents, ainsi qu’à M. N., ils en étaient très impressionnés.

Le déjeuner terminé, — il était près de dix heures, — tout le monde voulut voir la porte brisée, et mes parents, nos jeunes gens, M. N. et moi, nous nous dirigeâmes vers la maison du village.

A mi-chemin, une femme du village venait à notre rencontre et nous disait qu’elle voulait précisément venir chez nous pour prier M. N. de venir voir la femme B. qui était malade. Une autre femme, qui était allée trouver B. pour une affaire quelconque quelques instants auparavant, l’avait trouvée sur son lit sans connaissance et tout ensanglantée.

Nous pressions nos pas. Moi, j’étais singulièrement ému des paroles de notre interlocutrice.

Arrivé chez B., un spectacle terrible se présentait.

La femme, en délire, couchée sur son lit, avait la figure presque entièrement couverte de sang coagulé, les yeux fermés et collés par le sang, qui sortait encore lentement d’une blessure mortelle au front. La blessure, faite par un instrument tranchant, commençait à deux centimètres au-dessus de la lisière des cheveux et se prolongeait en ligne droite jusqu’à la racine du nez, parcourant ainsi sept centimètres et demi. Le crâne était littéralement fendu et la masse cérébrale sortait à travers la fente.

M. N. et moi, nous courûmes à la maison : M. N. pour chercher le nécessaire à faire un pansement, moi pour faire atteler notre voiture à l’effet d’aller chercher le médecin dans une p etite ville voisine.

La voiture partie, je retournai chez B., laquelle entre temps avait été pansée provisoirement par M. N. La cabane s’était remplie de tous les habitants du village, y compris l’hôtesse de l’auberge. Personne n’avait une idée de ce qui pouvait è're arrivéà B. La blessée.

qui avait toujours été crainte par la population, n’inspirait d’autres sentiments que de la curiosité aux personnes présentes, à l’exception de l’hôtesse de l’auberge, qui paraissait non seulement être venue par curiosité, mais qui semblait visiblement satisfaite et qui ne se gênait pas de dire hautement : « Enfin, B. a attrapé ce qu’elle mérite. »

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