I. — Causes physiologiques
En dchors des maladies qui, nombreuses, peuvent diminuer l'embonpoint, il est des causes extérieures, banales, qui, influant sur notre nutrition et la dirigeant dans un sens déterminé, peuvent amener l’amaigrissement. I] est aussi des causes physiologiques agissant par excès ou défaut du fonctionnement de nos cellules. Nous passerons rapidement en revue les unes et les autres.
L'homme, comme tout être vivant, est lié par une multitude de rapports et d'échanges au milieu qu'il occupe, et les moindres circonstances de ce milieu peuvent influer sur sa nutrition générale, soit directement sur l'individu, soit dans sa famille ou dans sa race. Parmi ces circonstances, les états physiques de latmosphère ont une influence immédiate. La chaleur, à un faible degré, comme
celle des étés de nos climats tempérés, active plutôt la
. nutrition: au contraire, sous l'influence d’une chaleur tor-
ride, les échanges sont ralentis, 1l y a apathie de l'être moral et de l'être physique: dans le premier cas les réserves adipeuses sont entamées par le fait de l'activité
des combustions respiratoires ; aussi est-ce un fait banal
d'observation que les chaleurs estivales font maigrir, mais jamais dans de bien fortes proportions; 1l faut de plus faire entrer en ligne de compte la diminution du poids par transpiration abondante. Les chaleurs tropicales qui agissent si profondément sur toute la nutrition portentelles leur empreinte sur l'embonpoint? Il n'existe pas, que je sache, d'observations à ce sujet et si d’un côté les colons, depuis longtemps acclimatés sous les tropiques, jouissent d'un certain embonpoint, si, de l’autre, nos soldats reviennent presque toujours des expéditions coloniales affaiblis et amaigris, 1l faut faire la plus large part au genre de vie des premiers, aux maladies qui n'épargnent guère les seconds.
Le froid modéré,-la sensation légère de froid, excite l’activité générale, stimule les fonctions digestives et pro-
bablement aussi l'assimilation, mais les peuples: des
régions arcltiques, ne sont pas plus gras que les peuples
d’autres latitudes. Si les fonctions assimilatrices sont exagérées surtout pour les graisses et les hydrocarbures, c’est que les combustions sont plus actives et l'organisme se trouve ainsi perdre d’un côté ce qu'il a gagné de l’autre.
L'influence des climats, comme celle des saisons, est donc peu importante.
En est-il de même de l'altitude? Les habitants des régions montagneuses sont en général robustes et bien musclés et la maigreur chez eux n'est pas plus fréquente -que lobésité. D'autre part, les habitants du littoral sbnt plutôt secs et nerveux, à en juger par les pêcheurs de nos côtes de France. Mais 1c1 l'alimentation relativement fru-
gale, la grande activité physique sont des raisons qui
CPE See
expliquent le manque d'embonpoint, bien mieux que la pression barométrique ou l'influence de l'air marin. (Forsrer croit d'ailleurs que les variations de la pression barométrique n'ont aucune influence sur la consommation des principes alimentaires). L'humidité de l'atmosphère, la fréquence des pluies, ne pourraient agir qu'en prédisposantaux affections des voies respiratoires ; les climats humides pas plus que les climats secs n’ont d'influence bien appréciable.
On ne sait pas encore grand chose sur l’action phyÿsiologique de l'électricité atmosphérique.
La lumière qui, par ses rayons chimiques, a une action si puissante sur notre nutrition et favorise les échanges, active la formation globulaire et, par ce fait les combustions. Morsscuorr à démontré que la proportion d'acide carbonique exhalé s'accroît avec l'intensité lumineuse. Fusixi, en soustrayant des grenouilles à l'action de la lumière, a constaté que ces animaux augmentaient de poids, mais dans de très faibles proportions, insuffisantes pour en tirer des conclusions pratiques.
Puisque ni les climats, ni les changements physiques du milieu ne semblent avoir d'influence sur le développe-
ment du issu adipeux, il ne doit pas y avoir entre les
races de différences bien sensibles à ce point de vue. Déjà
en comparant au commencement de notre étude les staüstiques d'Europe, nous avons vu que Slaves et Germains, Anglo-Saxons et Latins avaient sensiblement le même indice de corpulence: les différences qui portent sur la tulle et sur le poids ne se retrouvent guère dans le rapport de ces deux facteurs. On ne trouve pas davantage de différences
sensibles si l'on compare la race blanche avec les races
ce
extra-européennes, les peuples modernes avec les peuples de l'antiquité, et en dehors des données scientifiques qui manquent en ne s'appuyant que sur les documents artstiques et littéraires, on peut constater qu'il ÿ avait des maigres et des obèses. à Memphis comme en Chaldée, en Grèce comme à Rome.
En résumé, nous pouvons conclure que si les causes physiques qui agissent sur notre organisme accélèrent ou ralentissent les échanges nutritifs, rien ne nous autorise à penser que ces causes portent leur action plutôt sur les actes d'assimilalion que sur les actes de désassimilation.
La vie physiologique normale s'accomplit aussi bien avec de simples variantes, sous des climats différents et l'instinct cellulaire, s'il n’est entravé par des causes pathologiques, se modèle admirablement suivant les milieux où il est appelé à s'exercer.
En somme, la maigreur est un caractère isolé, individuel, indépendant des influences de climat et de race, indiflérent aux divers agents physiques, et seules des causes morbides peuvent le créer: Déjà en étudiant les variations fonctionnelles de l'être nous allons aborder le chapitre de ces causes.
Aliments. — En disant quelques mots de la formation des graisses nous avons indiqué que celles-ci pouvaient naître par synthèse des principes azotés et ternaires résultant de la digestion. Il nous reste à examiner l'influence de la quantité et de la qualité des aliments sur l’état d'embonpoint ou de maigreur.
Quelle est la quantité quotidienne d'aliments que
er
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l’homme doit absorber pour maintenir son équilibre physiologique, autrement dit quelle doit être sa ration d’entretien ?
Cette ration d'entretien est éminemment variable suivant le climat, la race, l'âge, le sexe, les occupations Jjourhières et même l'individu.
Dans les pays chauds l'homme a besoin de moins de graisse et d'aliments hydrocarbonés que dans les régions
tempérées el surtout froides. Dans les pays de latitude très élevée, l'homme ne peut vivre qu'à la condition d’ab- sorber de grandes quantités de corps gras, de féculents ou de sucre. Les matières azotées ne sufliraient pas à fournir le combustible nécessaire et l'individu s’amaigrirait rapidement.
La race blanche à besoin d’une plus grande quantité d'aliments que la race nègre et la race jaune. Dans celleci les individus des classes pauvres se contentent d'une ration de riz qui serait manifestement insuffisante pour les Européens des mêmes climats.
Les femmes mangent moins que les hommes, sauf pendant la grossesse et la lactation où leur organisme consomme daxantage.
Les enfants ont besoin d'une prédominance d'aliments azotés dans leur régime alimentaire. |
Les travailleurs manuels exigent plus d'hydrocarbures et les travailleurs intellectuels plus d’albuminoïdes.
Ces réserves faites voici quelques-unes des moyennes
indiquées par les auteurs :
HYDRO- ALBUMINE | GRAISSE | pBURES Smith Travail modéré. . . 120 ho 530 et Playfair. | —— moyen. : : 193 68 508 NT OT RUE 160 66 580 — intense. … . 18/ TI 570 CARRE * Voit { au repos. . 137 72 302 Adulte : ; 35 et Pettenkoffer. | au travail. . FF oRe 178 D2 Enfant de 6 à 15 ans. 79 36 291
Forster :
: POIDS F : 3 POIDS ALBU- à HYDRO INDIVIDUS DES ALIMENTS GRAISSE DU CORPS : MINE CARBURES FRAIS kil. gr. gr. gr. Ier:
Médecin, 28 à 30 ans..| 70 3,000 |. 130 99 320 Ouvrier. 36 à 38 ans. .| 70 3 , 600 132 90 450 \ ; : k Adulte peu occupé.. .| 62 » 90 80 280 Femme d'ouvrier, 3oans 62 I , 900 76 23 3/40 — dela classe aisée. 5o » 70 TOI 190 Nourrice, 25 ans. 55 7,200 200 220 530
Si la ration d'entretien tombe manifestement au-dessous de la moyenne normale, l'individu maigrit car l'apport quotidien ne compense plus les pertes de l'organisme et celui-ci est obligé de puiser dans ses réserves propres les matériaux nécessaires à son entretien.
Si les aliments sont complètement supprimés l’individu se nourrit entièrement aux dépens de ses réserves et l’'amaigrissement est d'autant plus rapide. Il n'y a pas lieu d'insister davantage sur ces faits.
La nature des aliments a son importance; la suppres-
sion complète de substances azotées qui entraine infailliblement la mort de l'animal en expérience ne produit pas toujours de l’amaigrissement. Au contraire la suppression totale d'aliments ternaires, tout en étant moins préjudiciable à la nutrition au moins pendant un certain temps, aboutit en général à l’amaigrissément.
. La viande, le lait et ses dérivés, le beurre et le fromage, les œufs, les graisses animales, sont des aliments qui favorisent l’engraissement, mais chacun d'eux en particulier peut être supprimé de l'alimentation sans que la nutrition en souffre.
Il en est de même des farines de céréales, les graines de légumineuses.
Au contraire, l'abus des légumes verts et des fruits peut diminuer l’assimilation, non pas à cause d’une action spéciale de ces aliments, mais bien plutôt en amenant des troubles digestifs.
Les sucres et les aliments qui en contiennent de notables proportions ont une action indéniable et importante sur l’engraissement.
La privation de sel qui a un retentissement si fâcheux sur la nutrition amène par suite de l'hypochlorhydrie gas- (rique, l'asthénie et l'amaigrissement. Mais le chlorure de sodium en excès n'engraisse pas : les éleveurs qui donnent du sel à leurs bestiaux ne voient pas ceux-ci augmenter de poids sous son influence (Korprer).
Les épices, les condiments, tels que vinaigre, 1NOoUutarde, piment, poivre, en amenant des troubles d\ speptiques, peuvent conduire à la maigreur.
L'influence des boissons est réelle, quoique à l'heure