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Les centres d'habitation des ouvriers indigènes sont les plantations ou propriétés où ils travaillent, situées dans les vallées de la zone basse et sur les flancs des montagnes, ou sur les plateaux existant sur les bords des fleuves qui les séparent, et qui se forment par les eaux descendant de leurs versants.
XXIV — Caractère de la race, capacité pour le travail :
La race de l'hinterland angolais, qui prédomine par le nombre, est docile et s'adonne facilement aux travaux agricoles; les races du Cap Vert et de Mozambique ont un tempérament plus orgueilleux, mais ne recherchent pas le désordre. Celle de la Guinée se ressent de son origine guerrière, mais, étant dans la province em nombre très limité, elle n'a pas l'occasion de manifester pratiquement son instinct rebelle, qui d'ailleurs va en se modifiant par le contact avec les autres races. Le cabindais est plus tapageur, cependant absolument inoffensif. Tous se ressentent, à un degré plus ou moins élevé, du mal inné des races sud-africaines: l'indolence.
XXV — Densité de la population :
o,568 habitant par hectare.
XXVI — Moyens de communication avec les autres pays . Voir réponse à la question n.° VI.
Conditions politiques
XXVII — Souverainetés nationales et indépendantes :
La souveraineté du Portugal existe seule.
XXVIII — Gouvernements de chefs plus ou moins indépendants Préjugé.
XXIX — Occupation effective par des nations civilisées :
Le Portugal occupe effectivement toute la province.
XXX — Protectorats:
Il n'y en a pas.
XXXI — Système de gouvernement. Pouvoir des rois ou chefs de tribus, Préjugé.
XXXII — Relations des peuples indigènes entre eux Bonnes.
XXXIII — Caractères et fréquence des guerres entre les peuples indigènes : Il n'y a pas de luttes intestines depuis plus d'un demi-siècle.
XXXIV — Traitement des prisonniers de guerre : Préjugé.
XXXV — Crimes. — Pénalités :
A l'exception de petits vols et de légères infractions aux règlements, la criminalité est extrêmement limitée. En 1908 le mouvement de la prison est exprimé par les chiffres portés au tableau suivant :
s'y trouvaient le 1 janvier 1 908 28
entrées pendant l'année 1908 89
sorties pendant l'année 1908 81
restaient au 3 1 décembre 1 908 36
ce qui, pour une population de 68.221 âmes, correspond à i,3i °/00, en remarquant que presque tous les crimes ont été de peu d'importance comme il ressort du court séjour des détenus dans la prison.
Les pénalités applicables aux indigènes, travailleurs ou non, sont les mêmes que celles appliquées généralement en Portugal — prison ou transportation temporaire pour les grands crimes, prison correctionnelle pour ceux de moindre gravité et journées de travaux publics ou amendes en argent pour les simples infractions. Les châtiments corporels et les peines perpétuelles sont abolis.
Etat social
XXXVI — Constitution de la famille :
La forme traditionnelle de la tribu est celle qui est adoptée dans la majorité des cas, mais la polygamie est interdite parmi les travailleurs. L'organisation de la" famille suivant les principes de la morale chrétienne entre, bien que lentement encore, dans les mœurs.
XXXVII — Existence de travailleurs libres :
Tous les individus qui travaillent à S. Thomé et au Prince sont libres.
XXXVIII — Existence d'esclaves ou serfs : Il n'y en a pas.
XXXIX — Organisation de la propriété :
Comme dans la métropole, la propriété dans les deux îles est individuelle ou collective, exploitée directement par les propriétaires ou affermée et transmissible dans les termes du droit civil portugais. Les îles sont divisées en propriétés de différentes étendues, la grande propriété prédominant. Dans leur presque totalité elles sont libres et allodiales.
Etat industriel
XL — Chasse :
Il y a très peu de gibier, et, en règle générale, on n'en profite pas.
XLI — Bestiaux :
Comme il n'y a pas de prairies, puisque les champs sont de préférence occupés par les cultures riches, l'élevage du bétail est des plus restreints et presque limité aux races asine et caprine. Il n'y a guère davantage de bétail créole, on importe d'Angola, du Cap Vert et du Portugal celui qui est nécessaire à la consommation et à la traction.
XLII — Agriculture :
L'agriculture est florissante, et c'est elle qui alimente toute la vie locale; le principal produit agricole est le cacao, mais on cultive aussi le café, la canne à sucre, le quinquina, le palmier à huile, le cocotier, le caoutchouc, la canelle, la vanille, etc.
La terre produit aussi du maïs, des haricots, des légumes, du manioc, de l'inhame, la banane, l'arrow-root et des fruits variés mais ces produits ne sont généralement cultivés par les propriétaires qu'en quantités restreintes, pour leur consommation personnelle.
XLIII — Industries extractives de nature agricole ou forestière. 11 n'y en a pas.
XLIV — Autres industries :
Il n'y en a pas.
XLV — Rendement, répartition, rémunération du travail : Préjugé, puisqu'il n'y a pas d'industries.
XLVI — Commerce :
Il se limite à fournir les employés publics et la partie de la population indigène qui n'exporte ni n'importe pas directement de la métropole. Le commerce local, ainsi restreint, a une importance réduite et sans grandes chances de s'étendre.
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Mœurs
XLVII — Habitude, goût ou répugnance au travail:
Comme il a déjà été dit, ies races introduites dans les îles sont inindolentes par nature, mais, en général, elles réagissent contre la torpeur innée, et travaillent.
La partie instruite de la race locale s'occupe d'agriculture, se place dans le commerce et dans les bureaux, ou exerce les différents métiers, les autres font peu ou rien, tous souffrent de la même répugnance au travail, les premiers réagissant, les derniers se laissant dominer par elle.
XLVIII — Sobriété ou intempérance alcoolique :
La tendance est à l'intempérance alcoolique, mais, dans les plantations, la sobriété est imposée par les propriétaires et est généralement observée; cette exigenee et la prohibition de la polygamie constituent deux grands services que nos agriculteurs rendent à la conservation et à la sélection de la race.
XLIX — Distance des centres d'habitation indigènes aux centres de production :
Les centres d'habitation sont tous situés à proximité des centres de production.
L — Nature du pays à traverser :
Il n'y a aucun territoire à traverser.
LI — Moyens de transport dans la province :
A terre, voies Decauville, à traction à vapeur et animale, et charrettes tirées par des mulets ou des bœufs; sur mer, barques à voiles, chalands et remorqueurs à vapeur.
LU — Nature des engagements de travailleurs agricoles faits dans les centres de production et de travail :
Les contrats consistent dans la prestation du travail agricole, pour un temps déterminé, de la part de l'ouvrier et dans la rémunération en argent, nourriture, vestiaire, assistance, logement et voyage d'aller à S. Thomé et au Prince et de retour au pays, de la part du patron.
LUI — Nature des engagements faits dans les centres d'habitation plus ou moins éloignés du centre de travail :
Identique au numéro précédent.
LIV — Systèmes de transport des travailleurs engagés au dehors de la province :
Tous les travailleurs sont transportés sur les vapeurs de l'Entreprise Nationale de Navigation pour l'Afrique, tant à l'aller vers les îles qu'au retour aux ports d'où ils sont venus.
LV — Formalités et garanties publiques mutuelles des engagements. Législation et règlements :
Les engagements contractés au dehors de la province de S. Thomé et du Prince sont faits entre les travailleurs assistés du curateur général ou de son délégué, tuteurs nés des ouvriers, et les patrons représentés par les agents d'émigration, en la présence de témoins, et avec le concours d'un interprète.
Les renouvellements de contrats à l'intérieur de la province sont des actes publics, annoncés d'avance, toujours passés devant le curateur général ou son délégué, également avec l'assistance d'un interprète et de témoins. Les uns et les autres sont écrits et enregistrés dans les curatories respectives. Les garanties des parties contractantes résultent des lois et règlements sur la matière qui sont:
Loi du 29 Avril 1895, règlements généraux du travail du 20 Novembre 1878, du 29 Janvier 1908, du 3i Décembre de la même année, et du 17 Juillet 1909, et règlements provinciaux des 28 Août 1875 et 17 Août 1880.
LVI — Si les travailleurs agricoles retournent à leur pays d'origine : Quelques-uns y retournent, d'autres restent. (Voir réponse à la question n.° LX).
LVH — Dans l'affirmative, dans quelles conditions, par quels moyens et avec quelles conséquences s'opère le retour:
Le patron paie le passage de retour au port d'origine. Les travailleurs partent sur les vapeurs de l'Entreprise Nationale de Navigation, accompagnés d'un commissaire du Gouvernement, porteur des économies faites pendant l'engagement et qu'ils reçoivent en débarquant au port de destination.
Les conséquences sont avantageuses pour tous les intéressés et pour les deux provinces. Pour la province de S. Thomé et pour ses agriculteurs, par les services qu'y rendent les travailleurs; pour la région d'origine, par l'argent que les engagés envoient à leurs familles et par celui avec lequel les rapatriés vont alimenter le commerce local ; pour les travailleurs, par l'ensemble des avantages qu'ils retirent de leurs engagements.
Peu de temps après le retour dans leur patrie, beaucoup s'engagent nouvellement pour servir à S. Thomé, les uns dans les plantations mêmes où ils ont déjà servi, les autres chez de nouveaux patrons. Dans le second engagement beaucoup se font accompagner de leurs femmes.
LVIII — Si les travailleurs rapatriés emportent leurs économies dans leur pays d'origine :
Dans les termes des règlements, on ne paie au travailleur que la moitié de son salaire, déduction faite des avances qu'il a reçues quand il s'est engagé, et des mensualités payées aux familles; l'autre moitié est déposée par le patron à la Caisse de Travail et de Rapatriement, d'où elle est retirée quand le travailleur est rapatrié, pour lui être remise au port de débarquement dans son pays d'origine. Sur tous les navires qui conduisent des rapatriés prend passage un commissaire du Gouvernement, porteur de l'argent et chargé de sa remise aux travailleurs, laquelle est faite en présence de l'agent d'émigration qui les a engagés et de^témoins.
LIX — Si la connaissance des conditions dans lesquelles les travailleurs rentrent à leur pays d'origine invite leurs compatriotes à les imiter et à s'engager à leur tour librement :
C'est ce qui s'est produit au Cap Vert, en Mozambique et à Cabinda ; on s'attend à ce qu'il en soit de même en Guinée, lorsque commencera sur une grande échelle l'émigration de cette province, et aussi au Sud d'Angola, lorsque dans les termes du règlement actuel s'établira le courant d'émigration de régions définies et soumises dans lesquelles le rapatriement pourra s'effectuer.
LX — Si les travailleurs transportés préfirent renouveler leurs contrats et même se fixer dans les centres de production, plutôt que de retourner dans leur pays d'origine.
Ceux qui proviennent des régions sauvages de l'hinterland angolais préfèrent rester et renouvellent leurs contrats.
Ceux des autres provenances retournent, en majorité, à leur pays et reviennent peu après a S. Thomé, beaucoup d'entre eux accompagnés par des membres de leurs familles.
LXI — Dans l'affirmative, pourquoi et dans quelles conditions ils renouvellent leurs engagements :
Ils les renouvellent parce que les trouvant favorables et ayant été satisfaits de la manière dont ont été exécutés les contrats antérieurs, ils trouvent des avantages à leur renouvellement lequel est fait aux mêmes conditions que le dernier engagement ou avec amélioration du salaire ; en règle, l'augmentation du salaire accompagne toujours le renouvellement de l'engagement ; la loi en vigueur impose l'unification de tous les salaires au minimum fixé par le dernier règlement; on élève ceux des contrats anciens, à l'occasion de leur renouvellement, et cette unification accomplie, c'est encore la loi qui interdit le renouvellement d'aucun contrat sans une augmentation de salaire de 10 °/0 au minimum.
LXII — Institutions aux centres de production et de travail pour l'éducation, l'instruction, l'assurance contre les maladies, les accidents et la mort et pour l'assistance des travailleurs :
Dans tous les centres de travail de quelque importance on enseigne aux travailleurs les métiers de charpentier, maçon, serrurier, garçon d'étable, charretier, cuisinier, jardinier, scieur, etc.
Il n'y a pas d'assurance contre les maladies, mais les règlements imposent aux propriétaires l'assistance médicale et hospitalière pour les malades, durant le temps des engagements; il y a dans ce but, dans toutes les plantations, des infirmeries, des infirmiers et des pharmacies, le tout sous la direction d'un médecin qui réside dans la même zone.
Il n'y a pas d'assurance en cas de décès, mais il est de tradition, toujours observée, que l'agriculteur recueille et entretienne la famille des ouvriers qui meurent; il en est de même pour ceux que l'âge ou quelque accident a rendu invalides et pour leurs familles.
LXIII — Institutions de placement et de crédit destinées à encourager la formation d'économies parmi les travailleurs et à les rendre productives. Législation et règlements:
Il existe à S. Thomé une Caisse de Travail et de Rapatriement (Art. 97 du règlement général du i 7-7-1909), où est déposée la moitié du salaire des travailleurs. Cette Caisse est confiée à la Commission Locale du Travail et de l'Emigration et l'argent est déposé à la caisse de la succursale de la Banque Nationale Coloniale (Art. 91 § 2.0); le Gouvernement est autorisé à traiter avec cette même Banque pour la rémunération desdits capitaux ou à les employer sur le vote conforme de la Commission Centrale d'Emigration, en fonds de première garantie, non sujets aux fluctuations de bourse. (Art. 14.0 § 2.0). Cette disposition a été décrétée le 1 7 Juillet 1 909 et est entrée en vigueur en Novembre de la même année, mais le gouvernement n'a pas encore négocié la manière de rémunérer le capital déposé.
LXIV — Si, dans les pays tropicaux ou infra-tropicaux, les travaux, autrefois exécutés presque exclusivement par des travailleurs noirs d'Afrique, sont actuellement exécutés par des travailleurs de races blanches pures, tels que les portugais, les italiens, et les anglo-saxons:
Le travail manuel à la campagne, à S. Thomé et au Prince, est fait tout entier par des africains. Sous ce climat l'Européen ne résiste pas à la fatigue du travail manuel à la campagne, aux intempéries; il ne peut être employé que comme ouvrier travaillant à l'abri du mauvais temps, ou pour diriger des travailleurs.
LXV — Si dans les pays où les travaux agricoles étaient autrefois exécutés par des travailleurs de races importées, leurs descendants tendent à disparaître ou bien si au contraire leur nombre augmente:
Les îles de S. Thomé et du Prince se trouvant désertes lorsqu'elles ont été découvertes, toute la population qui y naît descend de colons ou de travailleurs importés, libres, affranchis ou esclaves. Cette population est de race noire, pure ou métisse. La race pure est en progrès, bien que lentement ; la métisse qui traverse des périodes de décadence ou d'arrêt, ne progresse pas.
LXVI — Si, dans tous les cas, ils continuent à s'occuper volontairement des mêmes travaux qu'eux ou leurs ancêtres ont exécutés précédemment à titre d'esclaves, ou si au contraire l'intérêt qui s'attache à ces travaux, librement continués, est insuffisant pour provoquer et entretenir l'activité des travailleurs descendants d'anciens esclaves :
Les individus nés sur place et descendant des deux dernières générations de travailleurs agricoles importés, ayant reçu une éducation plus moderne, se livrent au travail et continuent à s'occuper, librement ou liés par des contrats, aux mômes travaux qu'exécutèrent leurs parents, mais les autres, qui descendent d'anciens esclaves, ou d'affranchis, ou même d'hommes libres, ne suivent pas en général l'exemple de leurs devanciers. Sauf les exceptions rapportées plus haut dans la réponse à la question XLVII, la population native des îles ne se prête pas au travail permanent de l'agriculture. Du reste l'abondance avec laquelle la nature exhubérante du pays lui fournit les éléments rudimentaires nécessaires à la vie, et la température du climat, qui les dispense d'un abri, font que les indigènes réfractaires au progrès n'éprouvent pas la nécessité de travailler pour se nourrir ou se vêtir; de plus, un orgueil mal compris les empêche de se livrer au travail salarié de la campagne, car ils réputent ce rôle humble à l'excès pour des personnes de «leur rang social»; toutefois, on commence à constater quelques cas de naturels des îles se prêtant au travail rémunéré, mais pour le moment ils ne constituent que des exceptions.
LXVII — Si dans ces mêmes pays les descendants purs des esclaves sont peu à peu remplacés, dans l'exécution des travaux agricoles, par des métis adaptés aux conditions locales:
Ils ne sont pas remplacés par des métis, par la raison que ceux-ci souffrent du même préjugé que la race pure au sujet du travail salarié de l'agriculture, et encore parce que les métis sont en nombre insignifiant. La race métisse ne progresse pas dans ces îles malgré plus de quatre siècles de croisement entre la race noire et la race blanche.
Sentence du 0 Novembre 1877