‹ La main-d'œuvre à San Thomé et à l'Ile du PrinceChapitre 4 sur 22 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Centres d'origine des travailleurs

Les centres d'origine des travailleurs qui émigrent vers la province de S. Thomé et du Prince sont, principalement, ceux que nous allons indiquer dans l'ordre de l'importance numérique de l'émigration que nous attribuons à chacun d'eux: Hinterland d'Angola, Cabinda (littoral nord de cette province), Mozambique, Cap Vert et Guinée.

Angola

L'hinterland d'Angola, auquel, dans un autre endroit de ce travail, nous avons déjà eu l'occasion de faire allusion, est constitué par des régions extrêmement étendues, où dominent les montagnes et les plateaux, que couvrent des broussailles et des forêts, sur la côte occidentale du continent africain. Sur les plateaux prennent leur source diverses rivières d'importance secondaire et d'autres, au cours étendu, qui traversent la province et vont se jeter dans l'Océan Atlantique.

Séparé par plusieurs centaines de kilomètres de la côte de l'océan, dépourvu de routes et de chemins de fer, sauf la ligne d'Ambaca, qui dessert la région Est de cette province, et celle de Lobito, dont la construction a commencé depuis peu d'années, l'hinterland d'Angola reçoit à peine les reflets de la civilisation, d'ailleurs encore fort arriérée, de quelques points du littoral. Les armes à feu et les munitions qu'elles comportent, l'eau-de-vie et les étoffes de coton dont certains indigènes couvrent en partie leur nudité, sont les vestiges de civilisation les plus connus dans les régions de l'hinterland.

Le climat, moins malsain que celui du littoral, participe des conditions générales dans lesquelles se trouvent les régions tropicales.

Les peuplades qui habitent ces régions vivent à l'état sauvage et constituent de nombreuses tribus autonomes. Elles sont élevées suivant les lois de la nature, sans aucune subordination aux règles de la morale, sans respect pour des principes quelconques, même de pure tradition, tendant à l'utilisation régulière de l'activité individuelle par le travail. Elles naissent, croissent et se multiplient, vivant dans la promiscuité des sexes, dans la nudité primitive que favorise le climat, mues par les instincts d'une animalité que contiennent mal les superstitions fanatiques d'un fétichisme grossier.

Les habitations sont en général d'immondes cabanes ou huttes rustiquement bâties. La construction en est rapide et facile, comme il convient à la simplicité animale des habitants et à l'instabilité de leur séjour; ils groupent les cabanes en villages ou hameaux qu'ils abandonnent lorsque, par suite de conflits entre eux ou avec les tribus voisines, ils décident de changer de résidence.

Dans les unions sexuelles la polygamie est l'état légitimé par la tradition et par les coutumes. L'une des principales ambitions de l'homme, dès qu'il arrive à l'état viril, est d'acquérir quelques ressources pour posséder plusieurs femmes. C'est alors et dans ce but que les indigènes se décident à chercher un travail quelconque rénuméré, qu'ils s'approchent des points occupés par les européens ou des routes du littoral, et s'emploient, en général, au métier de porteurs de marchandises, quelques uns faisant aussi du négoce pour leur compte.

Lorsqu'ils ont réuni quelques ressources, ils retournent à leur tribu, nouent des liaisons avec des femmes et cherchent à acquérir du bétail et d'autres biens, consistant en produits du sol. Ils obtiennent ces produits au moyen de l'agriculture, mais ce sont les femmes qui cultivent les terres.

Il n'y a pas de propriété individuelle organisée à quelque degré que ce soit. L'agriculture est peu développée et incertaine, sans aucun dessein d'exploitation méthodique. Chacun cultive, où il l'entend, ce dont il a besoin pour sa propre subsitanse et, dans certains cas, pour la vente sur les marchés locaux.

Comme nous l'avons dit, ce sont les femmes qui travaillent à l'agriculture, mais au hasard, sans méthode et sans se donner grand mal; les jeunes garçons gardent le bétail ; les hommes, surtout ceux qui ont des femmes, du travail de qui ils profitent, chassent à la campagne ou demeurent dans les villages, s'adonnant à leur indolence naturelle, dormant ou fumant la pipe, assis ou couchés dans leurs cabanes.

Le climat, presque constamment tiède et humide, invitant à la nonchalance, le défaut absolu d'un régime méthodique de travail, l'ignorance complète des droits ou des devoirs des groupements humains régis par des organisations sociales définies, la polygamie et la promiscuité provocatrice des instincts sexuels, les danses et l'alcool qui excitent les sens, enveloppant la race dans une atmosphère épuisante, lui impriment des caractères de lassitude et de négligence qui dominent son énergie physique et sa vigueur naturelle, et la rendent réfractaire à tout travail suivi. L'oisiveté et la répugnance au travail poussent maintes fois les indigènes à pratiquer des vols de vivres ou de troupeaux.

Du reste, sans la moindre instruction, sans idéal d'un progrès qu'ils ignorent, sans autres besoins que ceux de la vie animale ou ceux qui proviennent des vices et des passions inhérents aux natures rudes et incultes, ils doivent à la fertilité du sol de pouvoir passer leur existence dans une oisiveté presque constante.

Leur divertissement favori consiste dans les «batuques», véritables orgies de danses, chants et musiques barbares et d'ivresse alcoolique, auxquelles ils se livrent fréquemment, presque tous les jours, et auxquelles prennent part, en grand nombre, les populations environnantes.

Des «batuques», des fêtes sauvages par lesquelles ils solennisent les enterrements des personnages du pays, et qui durent jusqu'à trois ou quatre mois, suivant le rang du mort, des rapts ou de la possession des femmes, résultent en général les disputes entre individus de la même tribu ou de tribus différentes, qui souvent s'étendent et donnent lieu à des guerres entre tribus.

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Régis exclusivement par des coutumes barbares et traditionnelles dans lesquelles le fétichisme joue un rôle prépondérant, ils ne connaissent que l'autorité discrétionnaire exercée par les roitelets ou «sobas», chefs de tribus, investis de leurs fonctions par héritage de leurs ancêtres ou par la suprématie de la force et de la fortune. Armés d'un droit absolu sur la vie, la liberté et les biens des membres de la tribu que chacun d'eux gouverne, droit qu'ils exercent directement ou au moyen de «têtes de fer», ils substituent aux sains principes de la justice rationnelle des sentences cruelles, basées sur des preuves surnaturelles, et forgées par des fétichistes de profession au service des tyrans qui gouvernent.

La vie de ces peuplades, comparée à la civilisation européenne, peut bien être traitée de misère morale et matérielle, où l'animalité triomphe par le droit du plus fort. La polygamie des deux sexes, rendant impossible la constitution de la famille, l'autorité exercée despotiquement, sans garantir, dans des conditions régulières, la sécurité des personnes et de leurs biens, et toutes les autres circonstances ci-dessus relatées sont autant d'agents de dérèglement des passions et de dissolution des mœurs.

A toutes ces circonstances, que la propagation de la syphilis, déjà répandue dans tout l'intérieur, aggrave, que la maladie du sommeil et les épidémies fréquentes de petite vérole rendent plus terribles, il faut ajouter, actuellement, les effets de la crise économique, agricole et commerciale que la province d'Angola traverse depuis nombre d'années et qui l'a appauvrie, augmentant par suite la misère depuis le littoral jusqu'aux confins de l'hinterland.

Cabinda

A Cabinda les conditions du milieu social qui depuis fort longtemps entourent les indigènes, ont provoqué l'avancement, sous bien des aspects, de leur état de civilisation. L'agglomération de Cabinda est la capitale du district du Congo, dépendant du gouvernement général d'Angola; son administration est confiée à un gouverneur de district; la région est divisée en circonscriptions administratives à la tête desquelles se trouvent des fonctionnaires européens.

Du fait que le district est presque tout entier placé sur le littoral ou au bord du grand estuaire du Zaire, les indigènes sont, depuis l'époque où les navigateurs portugais ont abordé chez eux, en contact permanent avec eux, il les ont même considérés durant des siècles, comme les seuls blancs dignes de cette appellation qui, parmi eux, signifiait race supérieure, et dont le prestige les subjuguait sans qu'il fût nécessaire de recourir aux moyens violents. L'occupation portugaise est effective ici depuis des siècles, au début sous le gouvernement de chefs indigènes, soumis à notre souveraineté et plus tard sous l'administration d'européens, régulièrement organisée et exercée par des fonctionnaires de la métropole, ce qui eut pour effet de répandre la civilisation plus largement et d'une manière plus efficace.

Il y a dans le district un commencement de colonisation européenne; à Cabinda fonctionnent deux compagnies, qui se livrent au commerce et à l'agriculture.

Parmi les indigènes persistent toujours les mœurs familiales, les superstitions religieuses, les habitations et les groupements de tribus et d'autres usages et vices

traditionnels, qui constituent le fonds héréditaire de la race nègre; mais tous ces caractères se trouvent très atténués dans leur rudesse primitive. Déjà parmi eux on comprend et on apprécie les bienfaits du progrès, la subordination, la discipline et l'ordre, et les avantages acquis par le travail, dans la paix des différentes occupations auxquelles ils peuvent employer et ils emploient effectivement leur activité. La civilisation européenne, répandue sur le littoral, particulièrement dans l'agglomération de Cabinda, la navigation qui fréquente les ports de Cabinda et du Zaire, impriment un certain mouvement à l'industrie et au commerce, qui rayonnent jusqu'aux limites du district, améliorant les mœurs par le contact civilisateur entre leurs agents et les indigènes.

Le climat est essentiellement le môme que celui du reste de la province d'Angola; les saisons de l'année y sont identiques, la propriété va s'organisant sous le régime de la possession individuelle, .la terre est fertile et sur beaucoup de points travaillée avec soin; on cultive surtout les produits destinés à l'alimentation des indigènes, mais on trouve aussi des palmiers qui produisent de l'huile et de la coconote et quelques plantations de cacao, de caoutchouc, etc.

En même temps les populations possèdent des dons et des aptitudes appréciables. Les cabindais sont robustes, bien proportionnés et ils ont des manières plus agréables que la majeure partie des africains d'autres régions.

Bien que parlant très haut et adonnés à l'abus des boissons alcooliques, ils sont en général inoffensifs, doués d'un bon caractère et assez intelligents; ils utilisent leur activité à des occupations extrêmement variées.

Il y a parmi eux d'habiles forgerons et serruriers, des tisserands, des menuisiers et charpentiers qui construisent des embarcations à rames et à voiles, etc.

Nés et élevés sur la côte ou dans ses environs, ils ont une grande vocation pour la mer, beaucoup d'entre eux s'emploient à des professions maritimes sur les bateaux qui font la navigation du golfe de Guinée jusqu'à Mossamedes, et ils montent les petites embarcations de chargement et déchargement dans les ports; beaucoup servent aussi comme domestiques.

Sur les vapeurs qui naviguent entre S. Thomé et la Baie des Tigres beaucoup de Cabindais sont employés à bord notamment comme garçons de service.

Le district de Cabinda est une région conquise, de fait, à la civilisation, où le progrès marque ses effets dans les diverses manifestations de la vie sociale des peuples, et il constitue un centre d'origine de travailleurs, qui, s'il n'est pas très populeux, est très appréciable par la qualité.

Les indigènes émigrent spontanément et facilement à S. Thomé et au Prince, où ils trouvent une rénumération plus avantageuse de leurs services et peuvent réunir quelques économies à l'aide desquelles, de retour à leur terre natale, ils achètent des ornements pour leurs femmes.

Dans ces îles on trouve de nombreux cabindais employés à des services divers, surtout parmi l'équipage des embarcations de chargement et de déchargement des produits et des marchandises importés ou exportés et aussi à bord des bateaux de cabotage des planteurs du littoral, auxquels ils rendent de précieux services pour le transport des produits d'exportation des plantations jusqu'à la baie d'Anna de Chaves et pour celui des vivres et marchandises de consommation de la baie aux plantations.

Mozambique

La province de Mozambique est située sur le versant oriental du continent africain, son littoral s'allonge sur l'Océan Indien depuis l'embouchure du Rovuma, près du Cap Delgado au Nord, jusqu'au delà de la baie de Lourenço Marques au Sud, avec des limites étendues à l'intérieur, mais très irrégulières; sa largeur dans la Zambézie depuis les bouches du Zambèze jusqu'à la cascade Nucabelle, au-dessus du Zumbo, est de plus de 800 kilomètres.

La superficie de la province est de 1 .3oo.ooo kilomètres carrés, elle est habitée par diverses races, parmi lesquelles se détachent les Landins, les Macuas, les Cafres, les Zoulous, les Arabes, les Indiens, les Métis, etc.

Ils produisent le riz, la cire, le maïs, le coton, le tabac, le ricin, le jalap, le séné, la salzpareille, le caoutchouc, l'ivoire, la gomme résineuse (copal), l'urzelle, la graisse végétale (mafurra d'Inhambane), la poivre, le haricot, le manioc, le coco, des fruits, des légumes, de magnifiques bois de charpente, des teintures, etc., et des mines d'or, d'argent, de charbon, et autres produits.

Le climat est tropical, très-chaud et en général insalubre aux environs des cours d'eau et des eaux stagnantes.

Il y a dans l'année deux saisons, celle des pluies, qui dure de décembre à mars, et celle de la sécheresse, d'avril à novembre. La saison des pluies est la plus dangereuse pour la santé.

L'état social des peuples qui habitent la province varie avec la région. Dans les grandes villes du littoral, comme Lourenço Marques, Beira, Mozambique et Quelimane, régnent les habitudes européennes, sur les autres points du littoral la civilisation s'infiltre lentement, on constate qu'elle diminue en intensité lorsqu'on avance dans l'intérieur, il y a même dans l'hinterland plusieurs régions à l'état sauvage.

Cette différence trouve son explication naturelle dans le contact permanent où les villes de grand mouvement maritime se trouvent avec le monde civilisé et dans l'intensité de rayonnement de leur progrès vers les autres points du littoral ou de l'intérieur, suivant que les localités sont plus proches ou plus éloignées, et que les relations et les voies de communication sont plus faciles ou plus restreintes.

C'est ici le lieu de mentionner la convention passée entre les représentants du gouvernement portugais et ceux du gouvernement du Transvaal le Ier avril 1909, dans sa partie relative à l'acquisition de main-d'œuvre pour les mines du Rand au moyen de l'engagement de travailleurs indigènes de PAozambique, que cette province peut fournir, acquisition qui constitue, sans aucun doute, l'une des fins principales de l'acte précité.

L'exécution des clauses relatives au recrutement d'indigènes de Mozambique pour le Transvaal, si ces clauses ne sont pas convenablement modifiées, exercera une influence dommageable dans les centres de population de notre province et pourra nuire, à bref délai, à l'introduction des travailleurs dans les îles de S. Thomé et du Prince.

En effet, par les clauses susvisées, les anglais, représentés par le gouvernement du Transvaal, se sont accordé l'autorisation de commettre à l'égard des indigènes portugais de Mozambique destinés aux mines du Rand, des actes que les mêmes

anglais, poussés, disent-ils, par des sentiments humanitaires, trouveraient absolument condamnables, s'ils étaient pratiqués par les propriétaires de S. Thomé et du Prince.

C'est-à-dire: les portugais de cette province ne peuvent recruter des bras pour leurs exploitations agricoles, dans d'autres possessions, également portugaises, que moyennant des obligations et des charges onéreuses, presque incompatibles avec les ressources que l'agriculture leur fournit. Les anglais n'admettent pas ce recrutement dans des conditions plus avantageuses, mais eux, oubliant les sentiments humanitaires dont ils font étalage, lorsqu'ils ont élaboré les clauses de la convention relatives au recrutement d'indigènes de Mozambique "pour les mines du Rand, se sont dispensés de presque toutes ou de la majeure partie des charges et obligations instituées pour le recrutement d'individus à introduire dans les îles de S. Thomé et du Prince.

C'est ce que l'on constate si l'on analyse les articles de la convention relatifs à cet objet, négocié au moment môme où le gouvernement portugais promulguait le règlement du 3 1 décembre 1 908, actuellement remplacé par celui du 1 7 Juillet 1909.

En vertu de ces deux textes les agriculteurs de la colonie portugaise de S. Thomé et du Prince sont obligés, comme il a été dit plus d'une fois dans cette étude, à engager les travailleurs provenant d'autres provinces portugaises en leur garantissant les privilèges d'une situation exceptionnelle, tels que:

nourriture et logement jusqu'à l'embarquement dans le pays d'origine et transport et nourriture durant le voyage par mer;

paiement du passage de retour jusqu'au port d'origine;

logement hygiénique, nourriture, vestiaire, traitement dans la maladie aux travailleurs et à leurs familles;

médecin, pharmacie, crèches, hôpitaux, tout enfin ce qui est indispensable et môme peut-être superflu au bien-être de créatures civilisées, à plus forte raison à celui d'individus qui ne connaissent ni n'apprécient, sinon plus tard, les bienfaits de la civilisation.

Et pour qu'ils aient des moyens pécuniaires d'existence et qu'ils puissent retourner dans leur pays avec de l'argent, lorsque leurs contrats sont terminés, on a institué la mesure tutélaire de la Caisse de Rapatriement, en vertu de laquelle les patrons déposent dans la dite Caisse la moitié des salaires de leurs ouvriers pour leur être remise seulement lors de leur rapatriement, au moment où ils arrivent au port de débarquement du pays dans lequel ils se rendent.

L'accomplissement des obligations imposées est contrôlé par les autorités, par les Conseils de l'émigration et par le curateur des indigènes, leur protecteur permanent de par la loi; les indigènes ont le droit et l'entière liberté de se plaindre et de demander au curateur d'intervenir contre le défaut d'accomplissement des obligations stipulées dans les contrats, ou contre tous abus que les patrons permettent ou pratiquent au préjudice de leurs personnes ou de leurs intérêts à eux indigènes.

Or, dans la convention avec le Transvaal, alors qu'il s'agit de l'engagement d'ouvriers portugais destinés à un pays étranger, à une colonie anglaise, on n'a pas inséré une seule disposition à cet égard, de sorte qu'il est permis de conclure que les anglais du Transvaal peuvent utiliser les services des indigènes de Mozambique dans des conditions qui ne sont pas permises aux portugais de S. Thomé et du Prince.

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Toutes les clauses du contrat concourent à favoriser le Transvaal, en facilitant le recrutement de noirs de Mozambique et en entravant leur retour aux régions d'où ils ont émigré.

On permet le recrutement en nombre illimité, bien que d'accord avec les règlements actuels de la province, ce qui peut contribuer au dépeuplement de l'intérieur de Mozambique et par voie de conséquence à la ruine de son agriculture, de son commerce, et de son industrie.

Il est dit que le recrutement ne pourra être interdit que lorsqu'il sera constaté, au moyen d'une enquête menée conjointement par des représentants de chaque gouvernement, que les patrons du Transvaal négligent, d'une façon importante et persistante, de remplir les conditions des contrats, après avoir été invités à accomplir leurs obligations, et au cas où les représentants des deux gouvernements ne seraient pas d'accord sur le résultat de l'enquête, ils doivent nommer un arbitre pour trancher la question.

11 est évident que dans ces conditions l'enquête ne se fera pas et le recrutement ne sera pas interdit, et tandis que l'émigration vers le Transvaal jouit de cette garantie exorbitante, l'émigration vers S. Thomé peut être suspendue par simple décision du Gouvernement, sans entendre personne et sans indemnité d'aucune sorte pour le préjudice que la suspension peut causer (règlement général du i 7 Juillet 1 909).

On ne confère pas aux travailleurs, comme à S. Thomé, le droit de se plaindre et de résilier leurs contrats, quand les patrons ont manqué à l'accomplissement des conditions auxquelles ils se sont obligés; on ne leur garantit pas le paiement du voyage de retour à la province de Mozambique, on ne les force même pas à accumuler des économies pour pouvoir se rapatrier, à leurs frais, à la fin de leurs contrats; on n'établit pas le rapatriement obligatoire, comme les anglais voudraient, paraît-il, qu'on l'établisse à S. Thomé, au contraire tout a été combiné de telle façon que les indigènes ne reviennent pas facilement du Transvaal, mais qu'au contraire ils y restent et se dénationalisent pour toujours.

On leur laisse, assurément, la liberté de retourner dans leur pays, mais on ne leur garantit pas les moyens pécuniaires d'effectuer le retour. A la place de cette mesure on leur accorde un avantage illusoire, l'exemption de droits pour les marchandises d'une valeur déterminée qu'ils achètent au Transvaal ; la conséquence réelle est que les travailleurs dépensent l'argent qu'ils devraient économiser pour les frais de leur retour et que le bénéfice commercial de ces opérations reste au Transvaal, faisant tort au commerce de Mozambique et empêchant les indigènes de pouvoir se rapatrier à leurs frais.

Si, le contrat fini, l'émigrant ne possède pas, — et il y a de grandes chances qu'il en soit ainsi pour beaucoup d'entre eux, vu leur imprévoyance, — s'il ne possède pas d'argent pour payer les frais de son retour à Mozambique, il se verra contraint de rester au Transvaal. Et comme, s'il ne renouvelle pas le contrat, il sera considéré comme émigrant clandestin, exposé aux pénalités de cette situation illégale, il est clair qu'il se verra forcé de renouveler le contrat.

Les travailleurs pour S. Thomé et le Prince ne peuvent être recrutés que par des agents spéciaux, dont le nombre est limité, qui ne sont nommés qu'après avoir satisfait à des prescriptions déterminées garantissant leur honorabilité, et après avoir cautionné leurs fonctions avec de l'argent ou un répondant solvable et qui peuvent être suspendus par le gouverneur de la province où ils exercent leur emploi.

Pour les agents recruteurs du Transvaal il n'y a pas de nombre limité, leur nomination n'est pas subordonnée aux garanties que l'on exige pour S. Thomé, et une fois nommés ils sont intangibles dans l'accomplissement de leurs fonctions, alors même qu'ils en abusent, comme nous venons de démontrer.

Sous le rapport de la protection officielle les émigrants se trouvent au Transvaal sans ressource d'aucune sorte. Il suffit de dire que pour protéger, dans ce pays étranger, environ cent mille travailleurs de Mozambique, qui sont au Transvaal, il n'y a qu'un seul fonctionnaire, le curateur, surchargé par le service des réengagements et par d'autres travaux de cabinet qui l'empêchent d'accorder son attention à ce qui se passe dans les «compaunds» où les travailleurs sont réunis, et dans les mines.

De plus, le curateur, autorité unique de son pays chargée de fonctions relatives aux indigènes, selon la lettre du traité, ne fait pas d'enquête, n'exerce pas de contrôle au sujet de l'accomplissement des obligations stipulées, il a tout juste le droit de s'instruire de la distribution des. travailleurs dans les différentes mines afin d'enregistrer les lieux de leurs emplois, et le gouvernement du Transvaal a le devoir de l'aider en lui facilitant l'accès aux endroits où les indigènes portugais sont logés, mais non sur les points où ils travaillent.

Si la force des circonstances, plus impérieuse que la volonté des hommes et plus subtile que la perfidie de leurs intentions, n'imposait pas la modification des clauses établies dans la convention, le dépeuplement de l'intérieur de la province de Mozambique et la ruine subséquente de ses éléments de richesse, de même que la raréfaction de la main-d'œuvre à S. Thomé, néfaste à son agriculture, seraient des faits parallèles qui s'accompliraient en un court laps de temps. Mais les avantages de l'émigration à S. Thomé sont déjà si manifestes aux yeux des indigènes de Mozambique, qu'ils ont déterminé la modification, déjà apportée de fait, bien qu'extraofficiellement, à la convention, en ce qui concerne la Zambézie.

Malgré le salaire plus élevé, — mais en rapport aussi avec le travail beaucoup plus violent et dangereux, — que l'industrie exceptionnelle des exploitations minières du Rand peut offrir aux travailleurs, les conditions de recrutement inscrites dans la convention sont, pour les motifs ci-dessus exposés, beaucoup moins favorables aux indigènes que celles qui sont établies pour l'émigration aux îles de S. Thomé et du Prince.

Et la preuve qu'il en est ainsi, c'est que la presse anglaise a récemment annoncé, selon ce que nous avons vu dans des journaux portugais, qu'entre la Compagnie de la Zambézie et le West Native Limited Association, est intervenu un accord où, dans le but d'obtenir que l'émigration au Transvaal s'effectue dans des conditions meilleures que celles qui ont été réglées au traité, il a été stipulé que la moitié des salaires des indigènes de la Zambézie qui émigrent là-bas, leur soit remise à Quelimane et à Tête, au moment de leur retour à leurs terres d'origine, ainsi que cela est établi par la loi pour ceux qui émigrent à S. Thomé.

Sans cette clause, établie pour l'émigration destinée à S. Thomé, cet accord sauveur de la Zambézie ne se serait certainement pas produit.

L'omission, dans le traité, de mesures assurant aux indigènes les moyens de retourner dans leur patrie, est supplée, en ce qui concerne la Zambézie, par la force des circonstances, dérivée des conditions que les émigrants trouvent á S. Thomé. Il serait à désirer que la même chose arrivât relativement au reste de la province de Mozambique, où le Rand va chercher les contingents de ses travailleurs.

L'accord susvisé est une conquête, mais insuffisante pour conjurer les périls qui entourent les provinces de Mozambique et de S. Thomé et le Prince.

11 est indispensable d'agir pour que l'on établisse des conditions de recrutement pour le Transvaal qui nous défendent contre la dénationalisation des indigènes de Mozambique et nous assurent leur retour dans leur patrie, avec une portion, tout au moins, des produits de leur travail.

Nous ne voulons aucun mal à l'émigration au Transvaal, bien qu'il n'y ait pas réciprocité de traitement à l'égard de S. Thomé, de la part des intérêts associés au Rand, car nous estimons que les deux émigrations peuvent coexister sans aucun inconvénient ni pour l'une ni pour l'autre.

De la part des intérêts du Rand, l'émigration à S. Thomé a toujours été l'objet d'une grande antipathie. L'auteur de ce mémoire a travaillé durant de longues années à introduire à S. Thomé des ouvriers de Mozambique, mais toutes les tentatives faites jusqu'à une certaine époque ont. échoué pour ce motif. Nos elforts ayant été renouvelés en 1908, l'amiral Castilho étant ministre de la marine et le conseiller Freire d'Andrade gouverneur général de Mozambique, nous parvînmes à inaugurer l'émigration avec l'appui résolu de ce ministre et du Conseiller Dias Costa, directeur général des Colonies, et grâce à la résistance énergique opposée par le Conseiller Freire d'Andrade à tous les manèges et à tous les obstacles opposés à la réalisation de la patriotique tentative.

Le 3o Juillet 1 908 débarquèrent à S. Thomé, du vapeur «Luzitania», les premiers émigrants de Mozambique. Ils étaient 104, desquels 83 furent à la plantation Agua-Izé, de la Compagnie de l'île du Prince, et 2 1 à la plantation Boa-Entrada, propriété de Henrique José Monteiro de Mendonça.

Depuis lors tous les mois sont arrivés de nouveaux contingents portant le nombre des nouveaux venus à 2.373, sur lesquels 45o ont été rapatriés ainsi qu'il résulte du tableau annexe.

Les rapatriements ont commencé en Juillet 1 908 et déjà pas mal de rapatriés d'Agua-Izé sont revenus à cette plantation, accompagnés de leurs femmes.

Le courant est donc établi et nous croyons bien qu'il ne pourra plus y avoir de manèges capables de le dévier.

A l'application résolue, nous le répétons, de l'Amiral Castilho et du Conseiller Dias Costa, et à l'attitude énergique du conseiller Freire d'Andrade, à l'action bien orientée et au grand patriotisme de ces hauts et dignes fonctionnaires, le pays doit un des plus grands services, en matière d'administratiou coloniale, qu'il ait été possible de lui rendre.

L'émigration de Mozambique, canalisée vers S. Thomé, constitue un nouveau et puissant élément de sécurité, une garantie précieuse pour la vie et pour la prospérité agricoles de notre colonie, garantie conquise au moment où nous étions le plus violemment attaqués en Angleterre au sujet de la main-d'œuvre d'Angola et qui, par cela même, possède en outre de tous ses autres avantages l'inestimable valeur morale et utilitaire d'avoir été obtenue au moment opportun.

Nos chers amis l'amiral Castilho, le conseiller Dias Costa et le conseiller Freire d'Andrade voudront bien nous permettre de consigner ici l'expression de notre profonde gratitude personnelle pour le service aussi signalé que patriotique qu'ils ont rendu au pays et qui mérite aussi, selon nous, la reconnaissance de la collectivité nationale.

Cap Vert

La région désignée sous cette appellation comprend dix îles et deux îlots, formant deux groupes disticts, celui de Barlavento, ou du Nord, et celui de Sotavento, ou du Sud, lesquels constituent l'archipel du Cap Vert, situé dans l'Océan Atlantique, à l'Ouest du Cap Vert, sur la côte occidentale de l'Afrique et qui a pour capitale la ville de Praia, dans l'île de S. Thiago.

Les îles sont, en général, très-montagneuses, excepté celles du Sel, Boa Vista et Maio, dont le territoire est moins accidenté. Dans celles où les sommets atteignent les plus grandes altitudes, celles du Feu, S1 Antoine, S. Thiago et Brava, il y a quelques rivières d'eau potable; dans les autres l'eau est rare et celle qu'il y a est plus ou moins saumâtre, et aussi bien dans celles que nous avons citées que dans les autres, S1 Vincent, Sainte Lucie, S' Nicolas, petites îles Branca et Raza, dans toutes, la rareté des pluies, phénomène qui se répète fréquemment, rend le sol aride et stérile, bien qu'il soit naturellement fécond dans les conditions normales.

L'île principale est celle de S. Thiago, mais celle qui a le plus fort mouvement maritime est S. Vicente (S1 Vincent) qui doit son importance remarquable à la fréquentation de son magnifique port par la navigation internationale; ce port, le meilleur de l'archipel, dénommé Porto Grande, est à l'abri de tous les vents et possède des dépôts de charbon considérables où les compagnies de navigation à vapeur de l'Atlantique vont s'approvisionner de ce combustible indispensable.

Le passage des navires alimente le mouvement commercial de l'île elle-même et fournit des éléments de vie et de prospérité à l'île voisine de S" Antoine, jardin et grenier du groupe de Barlavento, et à celle de S' Nicolas. C'est de ces deux îles que sortent en général les vivres frais pour la consommation des navires qui fréquentent le port de S' Vincent.

Par suite du manque de pluies les îles de l'archipel sont peu boisées, pauvres de végétation et d'agriculture. Certaines d'entre elles sont complètement nues et arides, au point que l'on arrive à manquer fortement de combustible là où existaient autrefois d'épaisses forêts, qui ont été détruites par les sécheresses prolongées, par des éruptions volcaniques et principalement par l'action non moins dévastatrice de populations ignorantes.

L'île de Sr Lucie n'est ni peuplée, ni cultivée, elle produit à peine l'urzelle; celle de Boa Vista a peu de culture, et celles du Sel et de Maio sont stériles; seule l'industrie du sel y prospère. Les îles où l'agriculture est le plus développée sont celles de S. Thiago, S' Antoine, S' Nicolas, le Feu et Brava.

Les produits de la plus grande valeur sont le café, le sucre, l'eau-de-vie et le ricin; mais la production des trois premiers articles est restreinte; seule, celle du ricin est importante.

Les autres produits, — les céréales, les légumes et les fruits, — ont peu de valeur; les populations ne les cultivent que pour leur propre subsistance, le manque d'eau et la rareté des pluies ne permettant pas d'exploitations agricoles d'une plus grande extension ou d'une nature plus rémunératrice.

Aussi les classes prolétaires, qui constituent la majorité de la population des îles, vivent-elles en général fort pauvrement des maigres fruits de la terre, d'un peu de

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commerce, principalement du ricin, de la pêche et des services qu'elles rendent à la navigation.

Les conditions, précaires, on le voit, de la vie de l'archipel sont de temps à autre aggravées par de fortes tempêtes accompagnées de pluies torrentielles, qui rasent et dévastent tout, ou par les sécheresses qui rendent, nous l'avons dit, le sol improductif. A certaines époques la sécheresse s'est prolongée pendant plusieurs années successives, épuisant les ressources de l'alimentation et engendrant la famine qui atteignit, à plusieurs reprises, des proportions désastreuses.

Une de ces calamités désola l'archipel en i 863- 1864; on compta par milliers les personnes qui moururent faute d'être secourues, malgré le concours du gouvernement et des particuliers.

En 1903, lorsque le Conseiller Paula Cid gouvernait la province, un nouveau fléau désola l'archipel, spécialment l'île de S. Thiago; mais cette fois, dans le double dessein de secourir la détresse du Cap Vert et de se procurer des travailleurs pour les exploitations agricoles, la Compagnie de l'Ile du Prince, en Février de cette même année, et plus tard d'autres propriétaires de la province admirent dans leurs propriétés tous les individus qui voulurent émigrer, de sorte qu'il entra cette année là, dans les deux îles, 1 901 travailleurs des deux sexes et d'âges divers, dont 1 143 à S. Thomé et 758 à l'île du Prince.

Depuis lors l'émigration de gens de l'archipel vers notre province n'a jamais cessé.

Il est de toute justice de consigner ici le patriotique et précieux concours prêté par le Gouverneur Cid pour que l'exode des Cap-Verdiens affamés s'opérât vers S. Thomé, de préférence, et que l'on mît de côté le projet de les acheminer vers des colonies de pays étrangers.

Le climat de l'archipel, comme celui de toutes les régions inter-tropicales, est chaud et insalubre dans les parties basses du littoral et aux environs des rivières, mais à l'intérieur des îles montagneuses il est doux et sain, car les îles se trouvant à une certaine distance, au nord, de la ligne équatoriale, sont moins influencées par les effets du soleil des tropiques.

Le milieu social parmi les populations de l'archipel présente quelques résultats appréciables de civilisation.

Les habitations sont des maisons de la disposition commune à celles des peuples de l'Europe méridionale ; elles sont construites en maçonnerie et adaptées aux exigences du climat, groupées en agglomérations fixes, certaines d'entre elles forment de petites villes et des bourgs d'un aspect agréable.

Les habitants vont en général vêtus et chaussés à l'européenne, ils adaptent leur vestiaire et les tissus dont ils le font à la température dominante, selon la classe sociale à laquelle ils appartiennent ; ils professent la religion catholique non encore complètement dépouillée du fétichisme importé de la Guinée; la constitution de la famille est régie par les préceptes de la morale chrétienne et par les règles de la loi civile portugaise appliquée dans la métropole.

L'administration publique et l'autorité sont régulièrement organisées sous les mêmes principes et par le même système que dans la métropole et avec les mêmes organes collectifs et individuels de fonctionnement.

L'archipel est le siège d'un évêché; il se divise en plusieurs circonscriptions administratives et fiscales, judiciaires et religieuses, dans lesquelles les fonctionnaires

compétents mantiennent l'ordre, expédient les affaires administratives, répartissent et recouvrent les impôts et contributions, administrent la justice, tant civile que criminelle, et pourvoient aux besoins spirituels des croyances religieuses des populations.

Les diverses circonscriptions administratives sont subordonnées au gouvernement général de la province, dont le siège est dans la ville de Praia, dans l'île de S. Thiago.

La force publique est constituée par deux sections d'artillerie, de 48 hommes chacune, en garnison dans les villes de Mindello et de S1 Vincent, un corps de police militaire de 129 hommes et un autre de police civile, composé d'un commissaire, un commandant, un greffier et 58 hommes.

Le territoire des îles est divisé en propriétés particulières, municipales ou de l'Etat, dont la possession est garantie dans les termes des lois en vigueur.

La propriété à l'île Brava est extrêmement divisée, dans les autres îles toutefois le morcellement est moins grand, et même les grandes propriétés dominent à l'île de S. Thiago,

L'instruction publique a été l'objet de quelques soins. En 1874, il y avait dans les îles 36 écoles du sexe masculin et 9 du sexe féminin pour l'enseignement primaire, elles étaient fréquentées par près de 2.000 élèves, 1.800 garçons et 200 filles. En 1909 existaient 5o écoles primaires dont 3g pour les garçons et 1 1 pour les filles, deux écoles pratiques d'apprentissage, l'une à S. Thiago et l'autre à S' Vincent et un séminaire-lycée à l'île de Saint Nicolas.

La voirie est peu développée dans tout l'archipel, il n'y a pas de chemins de fer, à l'exception d'une petite ligne Decauville à l'île du Sel, destinée au transport de ce produit des salines au port d'embarquement. Les communications terrestres sont fort insuffisantes, on a fait les études de diverses routes, mais on n'a exécuté des travaux de quelque importance que dans les îles de S. Thiago et de S' Antoine; dans les autres on n'a construit que quelques kilomètres. Le reste des chemins consiste en sentiers au parcours difficile, qui traversent l'intérieur escarpé des îles. Les chemins qui conduisent au littoral sont entre tous les plus pénibles à parcourir.

Grâce à l'influence des éléments civilisateurs que nous avons indiqués et surtout au contact établi de longue date avec l'extérieur, et que la proximité de l'Europe facilite peu à peu, l'état social dans l'archipel dénote un progrès plus avancé que celui d'aucune autre de nos colonies de la côte occidentale.

Le penchant au travail n'est pas la caractéristique de ces populations, au contraire, elles souffrent du mal inné de toutes les races inter-tropicales, l'indolence. Les nécessités naturelles de la vie les obligent cependant au travail, sans lequel elles mourraient de faim, puisque le sol natal se refuse à concourir spontanément à la satisfaction de ces nécessités, au contraire de ce qui se produit sur la terre opulente de S. Thomé.

Les populations emploient leur activité aux travaux de l'agriculture, aux branches du petit commerce, à l'élevage d'animaux domestiques, à des industries locales rudimentaires, aux travaux des ports, à l'exercice de fonctions publiques et à la pêche sur le littoral.

Etant donnée la pauvreté des ressources que les travailleurs tirent tant de leurs autres occupations que de la culture des terres, en raison des circonstances susvisées, même après le terme de la période de famine, dont les effets se sont encore fait sentir douloureusement sur la vie de la colonie pendant toute l'année 1904, pas

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mal d'ouvriers du Cap Vert ont continué à se rendre aux îles de S. Thomé et du Prince, où ils rendent des services très utilisables dans les travaux de l'agriculture, avec un profit reconnu pour l'économie des deux provinces et pour le bien-être à la fois de ceux qui émigrent et de ceux qui restent clans l'archipel.

Il y a au Cap Vert de nombreux individus rapatriés de S. Thomé, d'où ils rapportent des économies qu'ils dépensent dans leur pays natal, donnant un aliment au commerce local et contribuant à diminuer de nombreux besoins et une grande misère. L'exemple de ceux qui reviennent, les nouvelles que l'on reçoit périodiquement de ceux qui sont là-bas et les mensualités que ceux-ci envoient à leurs familles, excitent le désir d'émigrer parmi leurs compatriotes, qui se décident ainsi facilement à aller chercher à S. Thomé les moyens d'existence que la terre ingrate sur laquelle ils sont nés leur refuse si souvent.

Guinée

La Guinée portugaise est située sur la côte occidentale de l'Afrique, entre le Sénégal au nord, et la Guinée française au sud, et depuis le versant occidental du plateau du Fouta-Djallon, à l'Est, jusqu'à l'Océan Atlantique; de la région du même nom font partie diverses îles situées en face d'elle et à proximité de la côte, quelques-unes aux embouchures des fleuves ou en dedans de la ligne de côte, et d'autres intérieures.

La région se divise donc en deux parties: l'insulaire et la continentale. La partie insulaire est formée par l'archipel de Bijagoz, groupe d'îles en dehors de la côte africaine, et par les îles situées en dedans de la ligne de côte, à l'embouchure des fleuves, entourées d'un côté par la mer et de l'autre par les canaux et les estuaires qui les séparent du continent. La partie continentale comprend les territoires situés entre la côte et le plateau du Fouta-Djallon, les îles et les péninsules intérieures, formées par les canaux et les estuaires des fleuves qui coupent ces territoires, et des régions marécageuses de considérable étendue.

Il n'y a pas de montagnes, tant dans la partie insulaire que dans la partie continentale; le sol est généralement bas, plat et marécageux, mais fertile en divers produits et d'une très riche végétation.

La principale richesse de ia colonie est agricole et forestière; dans ses forêts séculaires abondent d'excellents bois pour la construction et la menuiserie, tels que le cèdre, l'acajou, l'ébène et le bois de rose. La terre est propre aux grandes plantations; elle produit du mais, du riz, du manioc, de l'huile de palme, du coton, de l'indigo, des oranges, du caoutchouc, des arachides, de l'inhame, de la kola et de la gomme copal, mais l'agriculture est très en retard. Sur les rives du «Rio Grande» existaient d'importantes propriétés dans lesquelles autrefois nationaux et étrangers cultivèrent en grand l'arachide, d'une façon très prospère, mais en raison de l'insalubrité du climat, du manque de sécurité dû aux luttes constantes poursuivies dans le temps entre les «Beafadas» et les «Fulas», races qui habitent la région, et principalement par suite de la grande baisse que subirent en Europe les produits oléagineux, cette culture s'est éteinte et les propriétés ont été abandonnées.

Actuellement la colonie vit seulement de l'échange des produits naturels,

caoutchouc, arachides cire, peaux, gomme élastique, huile de palme et bestiaux, contre les produits européens, eau-de-vie, vin, armes à feu et munitions, tabac, tissus et objets de coutellerie, mais ce commerce a souffert ces derniers temps de la guerre que nous avons eue à soutenir à Bissau, dans le Rio de Geba et à Quinaca, et qui a fait dévier en grande partie le courant du trafic vers les factoreries françaises et anglaises situées à proximité de la colonie.

Le climat, comme celui de toutes les régions tropicales, est fortement hostile aux européens, principalement sur le littoral et à proximité des terrains marécageux. Quelques îles de l'archipel, où il n'y a pas de marais, offrent des conditions moins insalubres; dans les autres îles et dans la partie continentale, la chaleur et l'humidité des fleuves et des eaux stagnantes emplissent l'atmosphère d'exhalaisons méphitiques, auxquelles les européens peuvent dilïicilement résister. Les phénomènes météorologiques divisent l'année en deux saisons principales : celle des pluies, la plus insalubre, qui dure de mai à novembre, durant laquelle les pluies sont très abondantes et accompagnées de fortes décharges électriques, la température est alors très élevée et sujette à des variations fréquentes, et celle de la sécheresse, durant les mois de novembre à avril, qui est moins chaude et moins malsaine.

La Guinée Portugaise, continentale et insulaire, forme une circonscription administrative, constituée par l'arrondissement de Bolama, et par les commandements militaires de Bissau, Cacheu et Geba, et a à sa tête un gouverneur de province, en général officier de la marine ou de l'armée, qui exerce les fonctions de gouverneur militaire et civil. Le siège du Gouvernement est à Bolama, ville dans l'île du même nom, située en dedans de la ligne de côte, à l'embouchure du «Rio Grande».

La colonie a une garnison militaire, composée d'une compagnie de tirailleurs indigènes de 229 hommes et de deux sections d'artillerie de 62 hommes, toutes casernées à Bolama, avec détachements à Bissau, Farin, Geba et Cacheu.

La civilisation européenne se fait à peine sentir parmi les populations du littoral et dans quelques-unes de l'intérieur fluvial où les fonctionnaires portugais, dans l'exercice de leurs charges, pourvoient aux besoins de l'administration publique.

Dans les agglomérations précitées, il y a six professeurs hommes et trois professeurs dames, de l'enseignement primaire, mais les écoles sont peu fréquentées; la justice est administrée par un auditeur des conseils de guerre, qui est en même temps juge civil et criminel; au point de vue ecclésiastique, le district constitue une dépendance de l'évêché du Cap Vert, la religion est administrée par quelques curés missionnaires résidant parmi les populations.

Il n'y a ni chemins de fer ni routes. Les communications entre les points où il y a des européens se font par mer ou par les canaux et les bras des fleuves; les communications entre les populations indigènes de l'intérieur se font, par terre, par des sentiers primitifs formant labyrinthe à travers la forêt de broussailles et par les fleuves et canaux qui traversent le district en diverses directions, au moyen de canots et de pirogues faits de troncs d'arbres par les indigènes.

Le développement du progrès dans ces parages est un problème jusqu'à ce jour sans solution, de sorte qu'une grande partie de leurs peuplades demeurent dans un état sauvage, semblable à celui des indigènes de l'hinterland d'Angola et d'autres pays de l'Afrique centrale, mais encore aggravé par le naturel guerrier et turbulent de quelques races qui les habitent.

Dans la ville de Boloma, siège du gouvernement, et dans les autres agglomérations où résident des fonctionnaires portugais ou des colons européens, il y a quelques édifices où sont installées les administrations publiques, et d'autres qui servent de casernes, d'écoles, d'hôpitaux, de maisons d'habitations et d'établissements et magasins commerciaux.

Les habitations des indigènes sont des huttes ou chaumières rustiques groupées en villages dans la campagne. Comme à l'intérieur d'Angola, les armes à feu, les munitions, l'alcool et les étoffes de coton dont quelques-uns se couvrent une partie du corps, sont presque les seuls indices de civilisation.

Les habitants des différentes régions forment des tribus nombreuses de races diverses, assez différentes par le tempérament, la religion, les mœurs et par la forme politique à laquelle elles se soumettent.

Quelques-unes de ces races sont composées de véritables sauvages, cruels et audacieux, vagabonds, pirates et voleurs, tels que les Felupes, les Papeis, les Bijagoz, les Balantas et les Naliis, d'autres de peuples à tendances moins barbares, plus enclins à la paix, au travail, à la vie pastorale et au commerce, comme les Mandingas, les Manjacos, les Biafadas, les Fulas-pretos, et les Fulas-forros, parmi lesquels on rencontre quelque civilisation, et desquels se distinguent, comme plus civilisés, les Mandingas, qui ont des écoles où les enfants apprennent à lire et à écrire l'arabe, leur langue maternelle; au point de vue religieux quelques tribus suivent, en partie, la croyance mahométane altérée ; les autres, en majorité, sont létichistes ; dans l'ordre politique sont démocrates les tribus des Banhuns et des Balantas, composées de noyaux indépendants dans lesquels le chef de la famille domine sans être soumis à aucun autre pouvoir; le autres sont gouvernées despotiquement par les roitelets ou «Sobas», qui jouissent de droits traditionnels absolus sur la vie et sur les biens de leurs sujets. La majeure partie des peuples de la Guinée vivent au gré des circonstances; ils ne connaissent d'autres droits que ceux de la force, et n'ont aucune conscience de devoirs ni aucune aspiration à un perfectionnement moral et matériel, apporté par une civilisation qu'ils repoussent, parce qu'elle réprime leurs instincts sauvages. Ces circonstances et leur naturel rebelle et impétueux entraînent quelques tribus à la vie de guerre et de rapine à laquelle elles emploient une grande partie de leur temps. Chez les Balantas, l'individu le plus considéré est celui qui vole le plus habilement.

Au contraire de ceux-ci, les Mancanhas vont à Bolama où ils se livrent à la culture de l'arachide, et reçoivent en étoffes, en boissons et en argent des avances qu'ils s'engagent à payer de leur travail — la récolte de ce produit — ; ils accomplissent honnêtement l'obligation contractée.

Les Manjacos aussi vont en grand nombre tous les ans au fleuve Casamança pour se livrer à la culture de l'arachide dans des propriétés appartenant à des colons français.

Les mœurs sanctionnent la polygamie. La possession de plusieurs femmes est là-bas la passion qui absorbe les hommes.

La richesse consiste principalement dans la propriété de bestiaux et spécialement de vaches. Il y a de nombreux troupeaux de gros bétail, de chèvres, de bêtes à laine et aussi beaucoup de porcs. La région de Geba, les territoires de Cabii et surtout ceux de Puba sont extraordinaires pour l'élevage des bestiaux.

La faible agriculture de laquelle elles tirent, avec leur alimentation, les produits du sol qu'elles exportent, est, en général, dans beaucoup de tribus, à la charge

des femmes. Dans les trêves de la vie sensuelle, de l'ivresse des «batuques» et de l'alcool, et de l'oisiveté que le climat et les coutumes facilitent, les hommes, quand ils ne sont pas occupés aux guerres intérieures, ce qui est commun, se livrent au commerce d'échange' de produits du pays contre ceux de l'Europe, et s'adonnent à la chasse des animaux sauvages, dont ils utilisent les dépouilles, les peaux pour le le commerce et pour se couvrir, et la chair pour s'en nourrir lorsque l'usage la permet.

Aucune des tribus ne porte de vêtements réguliers, quelques-unes revêtent seulement des chemises de coton, d'autres portent des pèlerines et des jupons de paille de confection indigène; la majorité a coutume de ne se couvrir qu'une partie du corps avec des étoffes importées des pays civilisés, ou avec des peaux de chèvre et d'autres animaux préparées par les indigènes; elles se parent la tête avec des plumes et des turbans.

Elles se nourrissent de riz et de maïs, de poisson et de coquillages, de légumes, de viandes et de fruits; la base de l'alimentation de toutes les races consiste dans le riz, qui est magnifique et duquel elles font une importante culture.

Les individus sont en général robustes, de stature avantageuse, et plus intelligents que les noirs d'autres régions. Les traits caractéristiques de leurs formes indiquent une race plus parfaite que celles des régions de l'Afrique équatoriale, sans doute par suite du croisement des populations autochtones avec la race arabe.

Mais le milieu troublé dans lequel ils naissent et se développent, l'exemple de la sauvagerie de ceux avec qui ils vivent, l'impétuosité naturelle de la race, sans autres besoins que la satisfaction des instincts animaux pour laquelle la fertilité du sol leur fournit des ressources sans qu'ils aient presque besoin de travailler, leur humeur aventureuse et belliqueuse, la désagrégation de la famille, le fétichisme de leurs superstitions religieuses, tout les invite et les entraîne aux dérèglements des passions et des vices; ceux-ci ne trouvant de répression ni dans des règles de morale individuelle, ni dans toute autre institution de force collective, ont bientôt raison de leur énergie et supplantent des aptitudes et des qualités qui pourraient trouver leur emploi dans la civilisation servie par l'instruction et par le travail.

De la répugnance au travail, de la vie indisciplinée et hasardeuse dans laquelle ils s'agitent, du tempérament ordinairement rebelle des populations, de la soif de domination des uns et de la réaction naturelle des autres contre celui qui les domine, les subjugue, et parfois les exploite, et de l'instinct de rapine de quelques tribus, naissent les guerres dans lesquelles les indigènes se jettent fréquemment et les attaques sanglantes contre les européens contre lesquelles l'autorité portugaise établie là-bas doit intervenir par la force, conflits qui ont coûté à la métropole, à diverses époques, la perte de beaucoup de vies et des sommes considérables, sans grand profit pour la civilisation de la province, mais avec d'énormes charges pour le trésor portugais.

La province de Guinée peut devenir un centre de production de denrées coloniales, si l'on y fait pénétrer la civilisation. La voie à suivre pour réaliser ce desideratum sera de faire en sorte de transformer le foyer de rébellion qu'est la colonie en un centre d'émigration de travailleurs. La ressource la plus efficace pour faire pénétrer la civilisation parmi les indigènes qui la peuplent consiste dans la forme indirecte, par l'émigration de ces gens vers des pays ou des colonies civilisés à un plus ou moins haut degré.

Le Vice-Amiral Conseiller Francisco Joaquim Ferreira do Amaral

Auteur de la loi de répression du vagabondage du 21 mai 1892,

ancien gouverneur de la province de S. Thomé et du Prince, Ministre des colonies en 1892

et Président du Conseil des Ministres en 1008

Le climat inhospitalier, qui interdit presque la région aux européens, la dépense des énormes capitaux indispensables pour les travaux d'assainissement que la province exige, surtout dans sa partie continentale, pour atténuer les mauvaises conditions du climat, sont des facteurs qui compliquent à l'extrême le problème de la civilisation de ces parages par la voie directe.

Le développement plus étendu de l'émigration périodique, réglementée par les gouvernements de la métropole et de la Guinée, vers les îles de S. Thomé et du Prince, dont le climat, plus clément, n'affecte ni la santé ni la vigueur des indigènes de cette province, serait une mesure des plus profitables à nos îles, à la Guinée et à la métropole.

Ce serait une mesure avantageuse pour S. Thomé et le Prince, car l'introduction, en plus grand nombre, d'individus venus de la Guinée, permettrait aux propriétaires l'acquisition d'excellents éléments de travail, dont ils ont besoin pour leurs exploitations agricoles.

Les années que ces individus passeraient à S. Thomé et au Prince, employés à l'exercice du travail et à la pratique des moeurs de la civilisation, qui y est déjà pas mal avancée, suffiraient pour leur faire contracter des habitudes régulières et civilisées, à corriger la rudesse de leurs tendances barbares et à leur faire oublier la vie désordonnée et aventureuse des tribus auxquelles ils appartenaient.

Initiés au culte et à la convenance de la famille, constituée selon nos lois ou même suivant les coutumes locales qui n'admettent pas la polygamie, ayant fait l'apprentissage d'arts et de métiers ou devenus plus adroits à l'utilisation méthodique du sol, dont ils reconnaîtraient les avantages, ces colons, lorsqu'ils se rapatrieraient, apporteraient dans leur pays natal, avec les économies qu'ils auraient réunies, avec l'instruction professionnelle et avec les habitudes acquises de travail régulier, l'exemple vivant de ce que valent les progrès de la civilisation et l'utilisation, disciplinée par le travail, de l'activité individuelle, et, avec cet exemple, la suggestion des bienfaits que l'exploitation de la terre aurait rapportés à leurs compatriotes.

Vraisemblablement, les rapatriés continueraient, au sol natal, à mettre en pratique les habitudes de tempérance et de travail qu'ils auraient contractées; ils fixeraient un foyer et une famille et se livreraient tranquillement au travail comme artisans, ou comme cultivateurs de la terre, formant des prosélytes parmi ceux qui partageraient leur vie ; vraisemblablement leur exemple porterait ses fruits et trouverait des imitateurs; l'émigration augmenterait avec plus de spontanéité et chacun de ceux qui reviendraient au pays, après développement des aptitudes dont ils étaient doués, serait porteur d'éléments de richesse et de progrès civilisateur, ainsi que cela se produit pour les émigrants de la métropole au Brésil et dans les colonies; vraisemblablement ces éléments agiraient sur l'esprit des indigènes et, influant pour dériver leur activité vers le travail producteur et tranquille des cultivateurs et des artisans, contribueraient à la civilisation, lente mais progressive, des populations et les amènerait en définitive, avec le cours des années, au perfectionnement dont elles sont susceptibles, à l'exploitation pacifique de la terre et à l'abandon de leur vie aventureuse de guerriers.

Tel pourrait être, selon nous, le grand profit que la Guinée portugaise recueillerait de l'émigration, encouragée activement par les gouvernements, suivant des règles normalement établies et avec des garanties réciproques pour les émigrants et pour ceux qui les engageraient. Les colonies anglaise et allemande d'Acrà et du

Cameroun doivent leur développement et leur prospérité à l'apprentissage qu'ont fait à S. Thomé et au Prince les émigrants de ces provenances.

Quant aux avantages d'une semblable mesure pour la métropole, il nous paraît superflu de les faire ressortir. La civilisation pourrait se répandre parmi les tribus de la Guinée, en ayant pour agents ses naturels, avec un sacrifice moindre en santé et en vies d'européens. Une fois introduits dans la colonie des éléments résistants de travail et de progrès et étant donné qu'elle renferme d'innombrables sources naturelles de richesse, qui ne demandent qu'une main-d'oeuvre apte à les développer et des garanties de paix et de tranquillité qui assurent la possession des biens acquis, il serait permis d'espérer que, peu à peu, l'agriculture prît un grand développement, intéressant à elle la grande masse de la population indigène, qui, pour cette raison, deviendrait la plus directement désireuse de paix et l'ennemie la plus acharnée des perturbations de l'ordre public.

Aux luttes qu'entretiennent continuellement des tribus à demi-sauvages dont la pacification coûte à la métropole des hommes et de l'argent, pourrait succéder une ère de tranquillité et de travail fécond, dont l'Etat tirerait d'importantes recettes; les populations de la Guinée jouiraient des bienfaits de la paix et du bienêtre que procurent l'abondance et la richesse, et la nation portugaise donnerait devant le monde une preuve de plus de ses aptitudes colonisatrices.

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