CHAPITRE V
La campagne anglaise et les relations économiques de S. Thomé et du Prince avec la métropole
Dans la brève revue historique que nous avons ébauchée au premier chapitre de cet exposé, relativement aux différentes phases par lesquelles a passé la province de S. Thomé et du Prince à travers les siècles, depuis sa découverte jusqu'aux temps présents, nous avons cherché à donner une idée des raisons qui déterminèrent dans la succession des temps, les périodes de prospérité et de décadence que traversa l'agriculture, jusqu'à ce que, les énormes difficultés amoncelées dans sa marche étant vaincues, la province pût entrer complètement dans la voie brillante de la civilisation et de la prospérité dont elle jouit aujourd'hui et qui la placent à l'avant-garde des colonies les plus avancées de l'Afrique équatoriale.
A la construction de ce monument de notre activité et de notre aptitude coloniale, qui honore tant le travail, le capital et l'administration portugaise, ont contribué aussi les autres colonies de la nation, en fournissant la plus grande partie de la main d'œuvre. Angola, en premier lieu, et ensuite le Cap- Vert, Mozambique, la Guinée, l'Inde et Macau, tous ces domaines, encore vastes, du grand empire colonial que le génie et l'effort de nos navigateurs ont découvert et conquis, ont leur part plus ou moins grande dans la gloire qui revient au nom portugais ; le reste appartient á l'élément indigène, qui a aussi fourni sa quote-part, bien que limitée, à l'œuvre commune.
Cependant, une œuvre de cette importance ne pouvait échapper aux assauts de l'envie, à l'antagonisme d'intérêts similaires et à la haine sectaire de ceux qui voient dans le brillant résultat de notre action, dans cette partie de l'Afrique, une gêne à l'autorité exclusive dans la région du sud, ce à quoi, depuis très longtemps visent leurs peu scrupuleuses menées. La situation conquise par le succès de notre colonisation, dont les procédés sont perfidement dénaturés, devait servir encore d'appât lancé aux gueules de tous les ennemis qui se sont ligués contre nous, pour distraire l'opinion mondiale d'autres campagnes analogues contre des intérêts mieux défendus à Ifextérieur que les nôtres.
Nous devons cependant reconnaître que c'est en Angleterre que de telles campagnes se sont développées, que c'est dans la langue anglaise que nous avons été
insultes et diffamés avec les épithètes d'inhumains, d'esclavagistes, etc., etc., et que les anglais sont les seuls parmi les étrangers à nous traiter comme tels, appliquant à cette guerre de haine ou d'intérêts toute la ténacité de leur race et tout l'effort de leur puissance, sans compter le temps ni l'argent employés à cette tâche aussi injuste que peu glorieuse.
Mais en Angleterre même, tous ne sont pas des détracteurs de nos procédés de colonisation. Pour l'honnenr du pays dont nous avons été amis et alliés à travers toutes les vicissitudes de la bonne et de la mauvaise fortune, elles sont anglaises aussi les quelques voix autorisées, comme celle du colonel Wyllié, qui se sont élevées, dans la presse de leur propre pays, pour stigmatiser les accusateurs du Portugal, et nous rendre la justice qui nous est due.
Des sujets des autres nations qui ont visité S. Thomé et le Prince nous avons obtenu les plus affectueuses références : explorateurs, voyageurs, hommes de science français et allemands, ont vécu la vie commune de nos planteurs et, en parfaite connaissance de cause, de retour dans leur pays, ont fait complète justice, dans leurs narrations, à notre régime modèle de travail agraire ainsi qu'à la complète liberté et au bien-être dont jouissent nos travailleurs africains.
Aux accusations des Nevisson, Pienaar et Burtt nous pouvons opposer les rapports non suspects et désintéressés des Dr. Auguste Chevalier ( i ), Dr. Charles Gravier (2) et Maurice Montet (3), français, de Spengler et Strunck (4), allemands, etc.; auxquels nous avons aujourd'hui l'honneur et le plaisir d'ajouter le témoignage du Prince Alfred de Lòewenstein-Werthein Freudenberg et de sa suite, qui viennent de visiter longuement les plantations de nos îles, logeant dans les maisons de ces pseudoesclavagistes, où ont été reçus aussi il y a deux ans l'héritier de la couronne portugaise et notre ministre des colonies, de ces esclavagistes de qui Cadbury lui-même ne dédaignait pas d'être l'hôte et à qui il a écrit des lettres comme les suivantes:
«S. Thomé, 24 Novembre 1908.
«A l'Administrateur de la Plantation Porto-Real — Est.
(Traduction). «Estimé Monsieur:
«J'ai grand plaisir à vous envoyer, comme je vous l'ai promis, la statistique de la consommation et de la production du cacao dans le monde, copiée dans le périodique allemand Guardian. Je profite de l'occasion pour vous remercier encore une fois bien cordialement, ainsi que votre femme, de votre amabilité pour moi et pour Mr. Burtt durant notre séjour enchanteur dans votre plantation.
«Avec mes compliments pour vous, pour les dames et messieurs de votre maison, je suis, etc.
signé: William. A. Cadbury.»
(1) Bulletin de la Société de Géographie de Paris n.° 4, du 15 Avril, 1906. Masson et Cie, Editeurs.
(2) Nouvelles Archives des Missions Scientifiques, t. XV. Imprimerie Nationale, Paris.
(3) La Dépêche Coloniale Illustrée du 15 Mars, 1907.
(4) Guardian de Hambourg du 5 Octobre 1905 (reproduction du Tropeau Flauver),
as o S
«Monte-Café, S. Thomé.
«Madame Claudina de Freitas Chamiço.
«Je me hâte de vous écrire pour vous remercier, en mon nom et en celui de Mr. Burtt, de l'amabilité avec laquelle nous avons été traités par Mr. Lucas, votre représentant. Nous avons été comblés de toutes les attentions, et avons eu beaucoup de plaisir à visiter cette belle propriété. Dans le rapport que je dois présenter à ma maison, j'aurai beaucoup à dire sur la bonne façon dont le personnel est traité dans cette plantation et dans beaucoup d'autres, et ce fut avec une grande satisfaction que j'appris votre désir de voir établi un bon système de rapatriement. Je crois aussi que vos efforts pour assurer à ces gens les bienfaits de la religion augmenteront beaucoup leur félicité. Je me réjouirai sincèrement de voir adopter à Angola des mesures pour en finir une fois pour toutes avec la grande cruauté pratiquée par des hommes irresponsables qui rassemblent des gens à la manière d'un troupeau sur tous les points de l'intérieur, de même que j'aimerais que soit organisé à bref délai un système plus équitable et que cette vieille colonie, au lieu de décroître annuellement en population par la perte de ses habitants, s'enrichisse, non seulement par l'argent, mais aussi par les connaissances agricoles et par la civilisation, acquises par des hommes et des femmes qui, ayant travaillé à S. Thomé, retournent en paix dans leurs foyers.
«Vous renouvelant mes protestations de remerciements et de reconnaissance, je suis, etc.
signé: William A. Cadbury.»
Comme on le voit par ces lettres, les agriculteurs sont loin d'être les tyrans asservisseurs de noirs, auxquels font allusion certains chroniqueurs anglais.
En tout cas, il faut noter le curieux entêtement avec lequel on y insiste pour que planteurs et personnel fassent, par force, le contraire de ce qu'ils désirent et qui leur convient; l'insistance entrerait déjà dans le domaine de la monomanie, si nous pouvions l'envisager seulement sous sa forme pseudo-philanthropique.
Mais, sous des apparences trompant l'ingénuité de quelques-uns, il y a la réalité qui est bien différente.
Nos détracteurs n'ignorent pas, puisqu'ils disent avoir étudié et bien connaître la question, que les noirs angolais que l'on ne rapatrie pas, proviennent en général de régions de l'hinterland angolais, où il n'existe pas encore d'occupation européenne permanente, et où la vie et les biens de ceux qui y résident sont à la merci des caprices et des ambitions de chefs indigènes sauvages.
Les noirs qui émigrent de là appartiennent à des tribus différentes, souvent nomades, parlant des dialectes divers; généralement on ignore, les noirs eux-mêmes ignorent quel est leur pays natal, et quand ils le savent, ils feignent le contraire, dans la crainte qu'on ne les oblige à y retourner.
C'est à S. Thomé que se fréquentent et se marient hommes et femmes de pays divers, c'est à S. Thomé qu'ils apprennent les langues communes, dans lesquelles eux et leurs enfants pourront s'entendre et qui sont l'«ambundo» et le portugais.
Il y a donc trois patries dans la famille, celles du mari et de la femme, en général ignorées, et celle des enfants, qui est S. Thomé.
Vers laquelle des deux premières opérer le rapatriement, si toutes deux sont inconnues ? Mais en admettant même qu'on les connaisse, seront-ils réellement rapatriés, l'homme allant dans la tribu d'où provient la femme, ou cette dernière allant dans la tribu d'où provient l'homme? Sera-t-il bien reçu dans une tribu déterminée celui qui appartient à une autre, ou doivent-ils se séparer pour retourner chacun dans son pays? Et les enfants, doivent-ils se répartir entre le père et la mère? Ces enfants, nouveaux-venus qui sont nés et ont grandi dans un pays libre et dans un milieu relativement civilisé où ils sont traités avec une tendre affection par les parents et par les planteurs, trouveront-ils dans les pays sauvages qui furent le berceau de leurs parents, le même bien-être dont ils jouissaient dans leur terre natale?
Est-il humanitaire, est-il équitable d'obliger des créatures qui, durant cinq années jouirent des bienfaits de la liberté et d'une civilisation relative, sous l'égide de lois justes et la protection d'autorités civilisées, à retourner à la barbarie, en les replaçant sous l'autorité et le joug de roitelets despotiques, spoliateurs des biens acquis par le travail honnête et économisés durant des années, et de sacrifier leurs enfants, en les livrant à des périls identiques?
La réponse est claire: un tel acte ne serait ni digne, ni humanitaire, et comme le noir d'Angola ne veut pas de son plein gré retourner à l'état primitif, personne n'a le droit de lui imposer ce retour ( i ).
Mais si cette obligation était imposée par la loi, comme il semble qu'on le prétende, l'agriculteur de S. Thomé verrait aussitôt doublé le principal chapitre de ses dépenses, l'introduction si onéreuse des travailleurs.
L'opération répétée périodiquement, la nouvelle charge ainsi créée augmenterait considérablement le prix actuel de la production du cacau de S. Thomé ; or c'est cela qui par dessus tout intéresserait la défense des plantations de la Trinité et de la Côte de l'Or, colonies anglaises productrices de plus de quarante millions de kilogrammes de cacao et aptes à en produire beaucoup plus.
Dans ces circonstances, il est permis de croire que les fabricants boycotteurs du cacao portugais, en insistant pour le rapatriement forcé de nos travailleurs, pensent que s'ils l'obtenaient, ils auraient éliminé le point culminant de la campagne contre nous, que d'ailleurs ils désirent jusqu'à un certain point voir terminée, car elle leur porte aussi préjudice.
Notre sacrifice ferait l'affaire de la Trinité et de la Côte de l'Or, en assurant économiquement une suprématie perpétuelle aux productions de ces colonies; sans doute pour y arriver, il serait nécessaire de passer par dessus le code fondamental de la nation portugaise et de commettre l'iniquité d'obliger des hommes libres à sortir de S. Thomé contre leur volonté, pour retourner à la sauvagerie de leur vie antérieure; mais de cette façon, la campagne contre nous perdrait de sa violence; et les fabricants anglais pourraient sans risques acheter à nouveau du cacao de S. Thomé.
Admirable combinaison pour résoudre des difficultés au contentement d'intérêts anglais !
(i) Mr. Cadbury, interrogé sur le point de savoir si un travailleur qui a reçu ces bienfaits et qui, son contrat fini, veut rester à S. Thomé, doit être obligé à retourner à Angola, a répondu que prétendre une chose pareille, dans de telles circonstances, serait absurde.
(Procés-verbal de la Conférence de Lisbonne, page 1 4).
Agriculteurs indigènes de l'Ile de S. Thomé , avec leurs enfants
Mais les témoignages qne nous avons cités ne sont pas les seuls que le Portugal puisse offrir de la correction de sa manière d'agir à l'appréciation du monde cultivé. A ses accusateurs anglais, le Portugal peut opposer le témoignage impartial d'autres anglais et d'un haut fonctionnaire américain. Le consul Harry Johnston ( i ), le colonel A. Wyllié (2), le consul américain John A. Parkinson (3), e L. Me Haie, le notable commerçant de Manchester (4), etc., valent un peu plus que les Pienaar (5), les Nevisson et les Burtt.
Si l'on admet que l'intensité et la persistance de la campagne anglaise contre nous, son extension à toute la Grande-Bretagne, et son rayonnement aux Etats- Unis et en Allemagne, n'obéissent pas, ce qui est évident, à la simple sensibilité de tempéraments affectifs, argument allégué et auquel plus d'un Anglais de bonne foi aura peut-être fait confiance, le choix, pour exercer la philanthropie, entre tant de peuples tyrannisés existant sur le globe, des travailleurs de S. Thomé que tout le monde reconnaît être traités avec une exceptionnelle et extrême bonté, ne se justifie pas et laisse enveloppées de mystère les vraies causes de cette redoutable et coûteuse campagne, en autorisant des conjectures diverses.
Quand nous pensons que la concurrence des trente millions de kilogrammes de cacao que S. Thomé produit, ne peut être regardée d'un bon oeil par les vingtdeux millions qui se récoltent dans l'île de la Trinité, et par les vingt millions que Acra exporte — (deux colonies anglaises en Amérique et en Afrique);
Quand nous considérons le contre-temps causé aux anglais intéressés dans la spéculation sur les trente trois millions produits à Bahia, par la concurrence de notre cacao sur les marchés mondiaux;
(1) Conférence à la Société de Géographie de Londres (Bulletins ofliciels de S. Thomé n.os 42, 43 e 44 de 1884).
(2) Times, de Londres, 23-10-1909. Evening News, d'Edimbourg, 27-9-1909. Daily Despatch, de Birmingham, 23-10-1909. New York Times, 26-11-1909. Journal Of Comerce, de New York, novembre 1909, et divers journaux de Boston, Washington et du Canada de la même époque, et correspondances dans des journaux de Lisbonne, qui sont transcrites dans les annexes de ce livre.
(3) Journal Chicago Examiner et autres, des Etats-Unis d'Amérique. (Cette correspondance a été publiée en novembre ou décembre 1909).
(4) Articles du Manchester Guardian, de Liverpool, des 24 et 30 Octobre, 6 e 21 novembre 1908.
(5) A l'ex-général boer Pienaar (Traduction) Monsieur, Je suis chargé par le Secrétaire Sir E. Grey de vous informer que son attention a été attirée par des articles publiés dans la presse, desquels on peut conclure que vous projetez une attaque contre certaines possessions coloniales d'une nation avec laquelle Sa Majesté Le Roi est en paix. Je dois appeler votre attention sur la Section II de la Loi de l'Enregistrement Etranger de 1870, et vous prévenir des sérieuses pénalités que vous pouvez encourir si vous réalisez ce que vous paraissez vouloir mettre en pratique. Je suis, etc.
Signé W. Langlay.
La Section II de la loi de l'enregistrement étranger de 1870 détermine que viole cette loi tout individu qui, dans les Domaines de Sa Majesté et sans son autorisation, prépare ou équipe une expédition quelconque navale ou militaire, pour attaquer les possessions d'un Etat ami. Les pénalités de ce crime sont réglementées.
Quand nous regardons dans l'histoire, et que nous voyons le rôle que l'évangélisme joue dans nos colonies d'Afrique, au détriment de notre crédit et de notre domination;
Quand nous analysons les effets de la violente campagne de discrédit ouverte en Angleterre contre l'Administration de l'Etat Libre du Congo, et que nous remarquons l'atmosphère de défaveur mondiale qui à un moment donné a enveloppé la future colonie belge au point que l'expropriation de cet Etat souverain a paru imminente au nom de l'humanité et au profit de puissantes colonies voisines ;
Quand la rivalité combative des industries similaires d'autres pays prétend s'emparer des marchés sur lesquels la chocolaterie anglaise règne en souveraine;
Quand les propres luttes de la politique intérieure anglaise, auxquelles les industries de cette grande nation ne restent certainement pas étrangères, divisent le Royaume-uni en deux puissants partis rivaux, n'est-il pas permis de penser que le discrédit des cacaos de S. Thomé et du Prince convient aux colonies de la Trinité et d'Acra pour écarter du marché un concurrent importun et nous créer des difficultés qui empêchent l'extension de notre production et provoquent renchérissement de notre main-d'œuvre?
Ceux qui en Angleterre spéculent sur le cacao du Brésil n'ont-ils pas des intérêts identiques?
Le discrédit, comme puissance humanitaire et civilisatrice sud-africaine, de la nation catholique qui, après l'Angleterre, possède les colonies les plus vastes contigùes à celles des anglais, dans cette partie du continent noir, ne serait-il pas un élément de nature à augmenter la force et la prédominance de la secte évangélique en Afrique?
L'Etat Libre n'aurait-il pas un grand intérêt à détourner de lui, en les rejetant sur le Portugal, l'attention et l'opinion défavorable que la campagne anglaise a créée contre lui dans le monde? (i)
Et les industries étrangères, rivales de l'anglaise, n'ont-elles pas le plus grand intérêt à entretenir, en Angleterre même, un mouvement d'opinion qui oblige les fabricants anglais à une rupture avec les producteurs portugais, de manière à placer
(i) Réunion de la Section africaine de la Chambre de Commerce de Liverpool, 30 Sep tembre 1907,
«Mr. John Holt, vice-président de la Section africaine, a dit qu'il trouvait juste qu'un groupement commercial comme celui-là sortit un peu de ses fonctions normales, quand ses membres se sentaient émus par les misères des opprimés, et qu'il fît entendre sa voix dans des questions touchant aux droits de l'homme et de la liberté. Il n'a ni contesté ni excusé les procédés employés pour obtenir du personnel ouvrier pour les plantations de cacao de S. Thomé, mais il a demandé comment les membres de cette Chambre pouvaient se donner devant le monde comme philanthropes dans le cas d'Angola, si son Président n'avait pas honte d'exercer les fonctions de Consul de l'Etat du Congo. Nous, a-t-il dit, nous ne pourrons pas nous présenter comme philanthropes à Angola ni condamner les iniquités des portugais, tant que nous tolérerons les maux plus grands encore de l'Etat du Congo, où nous avons des droits garantis par traité, et où l'on a pris vis-à-vis de nous des engagements dont nous pouvons, si nous le voulons, imposer le respect.»
(Le personnel ouvrier de S. Thomé, par William A. Cadbury, édition portugaise, page 106).
&PEURS DE L'ENTREPRISE NATIONALE DE NAVIGATION Á VAPEUR POUR L'AFRIQUE PORTUGAISE
Vapeur «Capengo»
L'un de ceux qui transportent les travailleurs d'Angola et du Cap Vert à S. Thomé et au l'rince
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Vapeur «Lusilania»
Qui transporte des travailleurs de Mozambique à S. Thomé
Vapeur «Africa»
Qui transporte des travailleurs de Mozambique à S. Thomé
ceux-ci dans des conditions d'infériorité sur les marchés où s'achète la matière première et ces marchés eux-mêmes sous la dépendance des dites industries?
Et ne conviendrait-il pas à la politique intérieure, ou à la propre rivalité entre industriels anglais, de nuire, en nous portant préjudice, aux grands fabricants de l'Angleterre?
Quelqu'un de ces faits, à lui seul, beaucoup d'entre eux, ou eux tous réunis, ne seront-ils pas la cause principale de la guerre contre nous?
Ce sont des questions auxquelles nous ne pouvons pas répondre, mais qui se présentent à l'esprit du penseur et qui pourraient bien contenir en elles l'explication de ce qu'il y a d'énigmatique et de mystérieux dans l'inqualifiable attitude prise vis-à-vis de nous par un certain nombre de propagandistes patentés et par une partie de la presse et du public anglais, nous ne dirons pas: des fabricants anglais, car nous voulons croire qu'ils ont été acculés, contre leur conviction et contre leur intérêt, par le courant égaré de l'opinion des consommateurs de leurs manufactures, afin de ne pas subir de plus grands préjudices, en voyant se réduire leur clientèle.
Mais, mettant de côté les insidieuses accusations anglaises et laissant les tristes personnalités qui les lancent et les alimentent livrées au jugement de leur propre conscience, analysons sommairement la fonction économique de S. Thomé et du Prince dans l'économie générale du pays.
En négligeant pour notre étude les valeurs de produits d'exportation de faible importance, et en adoptant seulement pour bases de calcul les deux grands produits, — le cacao et le café — que les îles ont exportés dans la dernière période décennale nous aurons:
Années
Cacao
afé
Valeur totale
du
cacao et du café
Quantité Kilogr.
Valeur en reis
Quantité Kilogr.
Valeur en reis
(i) Le franc vaut, au pair, 180 réis et, au change actuel, 198 réis.
Observations. — Les calculs de la production ont pour base les entrées à Lisbonne et à Funchal du 1er Janvier au 31 Décembre de chaque année, en attribuant 60 kilos de poids net à chaque sac de cacao et 70 kilos à chaque sac de café.
Le prix moyen, pour les 10 années, a pour base un calcul fait sur les prix effectifs réalisés, chaque quinzaine, sur le marché de Lisbonne pour la qualité fine, et correspond pour chaque unité de 15 kilos de cacao à 436540 Reis, et de café à 4ÍÍ380 Reis.
Comme on le voit par ce tableau, les îles de S. Thomé et du Prince ont apporté à la vie économique du pays dans les dix dernières années la somme élevée de 72.000 contos de reis, en chiffres ronds, (3 60 millions de francs) soit une moyenne de 7:200 contos (36 millions de francs) par an.
Ces sommes sont restées presque en totalité dans le pays, leur répartition dans les différentes branches de l'activité nationale a été approximativement la suivante:
En impôts à l'Etat, à S. Thomé et au Prince,
dans l'année 1 909-1 9 1 o (Budget 1 909-
19 10 page 7) reis (1). 869:956.^000
Idem, idem payés dans le royaume par des
compagnies, sociétés, et particuliers, sur
rendements provenant de la province de
S. Thomé, par calcul 80:044^000 95o:ooo#ooo
En vivres, bestiaux, et autres articles de production de nos autres provinces africaines 276:584^960
En contrats d'indigènes d'autres colonies, et en réserve de salaires que ceux-ci emportent quand on les rapatrie 5oo:ooo#ooo
En frets de marchandises nationales et prix de passages à la navigation nationale (non compris les passages payés par l'Etat) 529:55o#ooo
En frets de marchandises en transit 5o:ooo#ooo 57Q-55o^ooo
En paiement de vins, eaux-de-vie et vinaigres nationaux (2) 300:733^004
En paiement d'autres articles de l'agriculture nationale 48 1:926$ io3
En paiement d'articles de l'industrie et du
commerce nationaux 680: 1 202Í788
En intérêts de capitaux nationaux prêtés par des banques, par le commerce et par des particuliers (calcul fait d'après les renseignements fournis par les principaux intéressés) 45o:ooo#ooo
En payements dans le royaume aux familles des employés privés et sommes transférées en divers lieux, pour compte des
A reporter 4.2 18.91 4$855
(1) Le franc vaut, au pair, 180 réis et, au change actuel, 198 réis.
(2) Voir tableau annexe.
Report
mômes (calcul fait d'après les renseignements des patrons respectifs) (i) ....
En impôts municipaux dans la province de S. Thomé et du Prince
En dividendes aux actionnaires des compagnies agricoles
En exploitations agricoles, industrielles et commerciales, en constructions urbaines dans le royaume, en fonds de l'Etat et pour l'entretien des agriculteurs et de leurs familles résidant dans la métropole
Total
En marchandises étrangères en transit par Lisbonne, entrées à S. Thomé sous pavillon portugais (Bulletin officiel de S. Thomé, n.° 3o de 1909) 823.971^886
Moins 5o contos de frets appartenant à la
navigation nationale ... 5o:ooo$ooo
En marchandises étrangères importées directement, y compris les frets sur navires étrangers (idem) 32 7:5 79^540
En voyages des agriculteurs de S. Thomé à l'étranger (par calcul et pour arrondir les chiffres) 98:448^574
Total
3oo:ooo.?ooo
5o3:ooo#ooo
De ce courant annuel d'or ainsi distribué et qui, dans une augmentation progressive, jaillit de la terre de nos îles du Golfe de Guinée et court canalisé vers la métropole, toutes les classes du pays profitent directement ou indirectement.
L'Etat et les Municipalités bénéficient des impôts considérables par lesquels la colonie contribue aux revenus publics.
Du côté de l'Etat, selon le budget des dépenses ordinaires et extraordinaires pour 1909-1 9 10, l'emploi de ces revenus donne le décompte que voici:
Appointements de 365 employés publics civils et militaires dans la province de S. Thomé et du Prince, reis
A reporter
(1) Ne sont pas comprises dans ce calcul les remises par la poste, ni l'argent que les employés emportent quand ils vont dans le royaume.
Report 229:618.^375
Solde de 363 hommes de prêt, gradés et soldats, et de 2 3 musiciens dans la province de S. Thomé et du Prince 56:095^840
Passages d'aller et retour des employés 1 3:ooocooo
Frais d'Administration de la colonie dans la métropole 27:73835600
Pour la construction du chemin de fer de la Trinité. ........ 286:59936200
En salaires des ouvriers manuels au service du gouvernement, loyers, frais de bureaux, matériaux pour travaux publics,
phares, téléphones et autres frais 1 19:75236635
Total 732:80436650
Recettes suivant le même budget 869:95636000
Excédent 1 37:1 5 i^35o
Cet excédent, et celui que, certainement, produit en plus durant l'année l'augmentation progressive des recettes, sont transférés par le gouvernement dans d'autres provinces, spécialement à Angola où ils vont couvrir une partie du déficit budgétaire de cette province.
Du côté des municipalités, l'application des revenus est répartie aux comptes suivants:
Appointements du personnel, tant de la Chambre qu'administratif, reis 1 6:447^592
Personnel, matériel et animaux pour nettoyage, conservation et
ouverture de rues 1 5 :0903600o
Loyers d'écoles, de tribunaux, de greffes, de postes de police, de
la conservation foncière, etc 4:7423^000
Éclairage public 3:41 036000
Reconstructions d'édifices et réparations de ponts, chemins, etc. . 1 4:0843*288
Service des eaux, cimetières et prisons 5:72236000
Intérêts et amortissement d'un emprunt de 34:ooor,ooo reis. . 4.30136740
Services divers et charges municipales i5:6653m 73
Total 79:46236973
La vie commerciale et économique des colonies pourvoyeuses de bras est alimentée par la lourde quote-part de 500:000^000 réis (environ fr. 2.5oo.ooo) qu'à leur profit payent les îles de S. Thomé et du Prince, pour l'engagement et le rapatriement des travailleurs et par 276:5843960 réis (fr. i.38o.ooo), prix des produits agricoles que cette province leur achète.
La navigation nationale à vapeur pour la côte occidentale d'Afrique recevait autrefois du gouvernement une subvention annuelle de 200 contos de réis (1 million de francs), et n'effectuait qu'un voyage par mois, entre Lisbonne et Mossamèdes, avec des vapeurs de i.5oo tonneaux, marchant à sept milles. La navigation pour la côte orientale, qui recevait un subside de 372 contos par an (fr. 1.860:000), ne faisait aussi qu'un voyage mensuel, entre Lisbonne et Mozambique, avec des vapeurs de 3:ooo tonneaux et une vitesse de douze milles.
Actuellement, il y a trois voyages par mois à la côte occidentale et un à la côte orientale; ils relient nos deux grandes provinces du continent africain entre elles,
avec les autres colonies de moindre importance et avec la métropole, et sont effectués par de magnifiques vapeurs de 2.200 à 3. 000 tonneaux, marchant à la vitesse de dix milles, pour la traversée jusqu'à la Baie des Tigres, et par des vapeurs de 4:000 à 6:000 tonneaux et d'une vitesse de treize milles pour le parcours jusqu'à Mozambique; on trouve dès à présent sur ces navires les perfectionnements les plus modernes, et tout le confortable des services semblables des pays maritimes les plus en progrès. Cet excellent service est gratuit pour l'Etat.
Comme complément des grandes lignes, il existe dans les provinces du Cap Vert, de la Guinée, de S. Thomé, Angola et Mozambique, un service de cabotage, fait par des vapeurs de moindre tonnage, rattachant, les petits ports de chaque province avec les ports principaux avec horaires combinés pour le transbordement des passagers et du chargement des petits vapeurs sur les grands paquebots. Ce service spécial est fait par la même entreprise, moyennant une subvention annuelle, payée par l'Etat, de 10 contos (frs. 5o.ooo) pour la province d'Angola, de 36 contos (frs. 1 80.000) pour celle de Mozambique, et gratuitement pour celles de S. Thomé, du Cap Vert et de la Guinée.
Le personnel employé sur les vapeurs et dans le service à terre de l'Entreprise Nationale se compose, comme il ressort du tableau annexé, de 1.467 individus, généralement chefs de famille, ce qui, en comptant quatre membres dans chaque famille, représente le chiffre important de 5:868 personnes vivant du travail fourni par la navigation portugaise à vapeur pour l'Afrique, nombre qui s'élève approximativement à 6:000 individus, si nous comptons ceux qui vivent de la navigation à voile employée au même service.
Tous ces avantages sont obtenus pour la communauté nationale sans aucune charge pour l'Etat, attendu que les réductions faites à ce même Etat, sur le payement des passages de ses fonctionnaires et pour la charge au compte du gouvernement, se sont élevées à des sommes supérieures aux 46 contos (frs. 2 3o.ooo) de subventions; de tels avantages sont dûs certainement, en partie, à l'excellente et rigoureuse administration de l'Entreprise Nationale, mais il n'en est pas moins certain qu'ils proviennent très principalement du tribut que, en passages et en frets, lui paient nos colonies, parmi lesquelles se distingue, en première place, la province de S. Thomé et du Prince.
De plus les approvisionnements fort importants que les navires font dans le pays, sont un auxiliaire précieux pour l'agriculture et pour le commerce nationaux.
L'agriculture de la métropole trouve aussi un bénéfice dans l'industrie vinicole, de laquelle tant de gens vivent dans notre pays, grâce à une consommation annuelle de vins, de vinaigres et d'eaux-de-vie, qui a atteint la valeur de 300:7 3 3^004 réis (1 million et demi de francs) em 1908, consommation qui doit augmenter progressivement dans les années suivantes si on maintient la protection actuelle du tarif douanier (1).
(1) En 1909, les vapeurs de l'Entreprise Nationale ont embarqué pour S. Thomé et le Prince 4.000:000 de litres de vins en fûts, et les bateaux à voile, environ 300:000, soit 10:000 pipes approximativement.
Nous n'avons pas d'éléments pour évaluer la quantité de vins en bouteilles et d'eauxde-vie qui a éié embarquée en 1909, mais il est certain que cette quantité n'a pas été inférieure â celle de l'année précédente. (Voir tableau annexé).
Les autres produits de l'agriculture et leurs dérivés trouvent un placement à S. Thomé et au Prince, pour les valeurs annuelles suivants: — animaux de trait, 55:782^666 réis; viandes salées et préparées, graisses et beurres, 64:099^520 réis; farines, sons et biscuits, 128:3667026 réis; céréales y compris le maïs, réis 79:7517010 réis; fruits secs, verts et plantes, 4:9427933 réis; légumes, réis 1 29:410^-75 1 ; paille, 19997066 réis; fromages, 2:8407266 réis, pommes de terre et oignons, 24:7337865 réis;— et l'agriculture et l'industrie du Cap Vert, d'Angola et de Mozambique reçoivent, en échange de bestiaux, 59:9 1 7cr333 reis; de maïs, 14:6997446 réis; de poisson sec et salé 188:4077073 réis, et d'autres produits encore, 1 3:56 17088 réis (1).
Les capitaux nationaux trouvent un excellent et sûr marché pour des opérations de mobilisation à intérêt plus engageant que celui de la métropole; ils y emploient une fraction importante de leurs disponibilités.
Les 450:0007000 réis (fr. 2.25o.ooo) avec lesquels S. Thomé et le Prince contribuèrent en 1 908 à rétribuer le capital prêté, se décomposent en 147:1 79726 1 réis payés à la Banque Coloniale, et 302:8207739 réis à d'autres banques, au commerce et à des particuliers. Ce chiffre doit avoir été dépassé en 1 909, et pourra être beaucoup plus élevé dans l'avenir, à l'avantage des emprunteurs et des prêteurs, si — s'affranchissant de sa timidité proverbiale— le capital national se risque à concourir, sur une plus grande échelle, à la création d'exploitations nouvelles et au développement de celles qui existent.
Les appointements des employés européens, publics et privés, sont le soutien de nombreuses familles. Il n'est pas exagéré de calculer que sur 2:000 européens résidant à S. Thomé et au Prince, les quatre cinquièmes occupent des emplois, depuis les charges élevées de gouverneurs, magistrats et administrateurs des plantations, jusqu'à celles d'employés de débitants, de régisseurs, ou de conducteurs de travailleurs, et que la grosse somme de 3oo contos (frs. i.5oo.ooo), à laquelle se montent les tranferts annuels d'argent des employés privés, dont nous avons pu vérifier les remises, augmentée des sommes qui échappent à nos recherches, et de celles que les fonctionnaires publics transfèrent, représente au total une somme respectable, que nous ne pouvons pas préciser, mais que nous pensons devoir être supérieure à 400 contos de reis (2 millions de francs), expédiée dans le royaume par mensualités, pour loyers, paiements à des collèges en vue de l'éducation d'enfants, aliments et autres frais pour les familles des mêmes employés.
En calculant que chaque famille soit composée en moyenne de quatre individus, nous aurons 6:400 personnes vivant dans la métropole des salaires des employés publics et privés qui travaillent dans la colonie. Cet argent, arrivant aux mains des bénéficiaires par fractions duodécimales, subvient aux nécessités périodiques de leur vie, et son fractionnement empêche que l'imprévoyance ou l'inconséquence lui donnent une autre application moins utile.
L'excédent des appointements gagnés accompagne, généralement, leurs proprié-
(1) Tous ces chiffres sont extraits des importations de l'année 1905, dernière statistique qui ait été publiée (Bulletins officiels de S. Thomé n.° 30 de 1908 et annexe au n.° 11 de 1909), augmentées d'un tiers représentant l'accroissement de la valeur totale de l'importation nationale en 1908 comparée à celle de 1905.
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ce.
laires à leur retour d'Afrique; la majeure partie en est dépensée, au gré des circonstances, dans la mère-patrie, et une autre portion est capitalisée en terres, immeubles ou titres, grossissant ainsi la fortune publique et élargissant la matière imposable.
Les dividendes des compagnies étendent leurs bénéfices à de nombreuses familles. Il y a i 2 sociétés anonymes qui exploitent l'agriculture dans la province; toutes ont leur siège à Lisbonne, où elles ont leurs bureaux et où elles font vivre un personnel chargé de la conptabililé et du service courant.
Le capital total de ces sociétés est de i i. j5 i:ioo$ooo réis (environ 5o, millions de francs). Cinq d'entre elles distribuent un dividende. 5o3:ooorooo réis (environ 2 millions et demi de francs), ont été payés ainsi l'année dernière.
Nous n'avons pas pu vérifier le nombre d'actionnaires de ces collectivités, le nombre des actions au porteur étant considérable mais étant donnée la dissémination de la richesse publique en Portugal, on peut bien supposer qu'un capital aussi élevé que celui de ces compagnies, est réparti entre un nombre considérable de familles qui vivent en partie ou exclusivement de ces revenus.
Dans la valeur attribuée par la statistique aux marchandises étrangères, entrées sous pavillon national (transit par Lisbonne ou Porto), réis 823:97 i.r886
il y a un bénéfice pour la navigation nationale de 5o:ooorooo
qui est approximativement la part appartenant à notre pavillon dans le montant des frets courus, et qui est incorporée dans la valeur de ces marchandises.
Cette correction faite, la somme payée à des étrangers
est réduite à réis (frs. 3.870.000) 773:971-886
Il n'est pas tenu compte dans ces chiffres d'une circonstance qu'il convient de mettre en évidence; c'est que le transport des articles de réexportation pour S. Thomé et le Prince, conduits jusqu'à Lisbonne par des navires étrangers, et le transport de notre cacao depuis Lisbonne jusqu'aux ports de consommation, occasionnent au port de Lisbonne une fréquentation plus grande de navires étrangers, au grand avantage de notre commerce et de l'économie nationale.
La valeur annuelle des marchandises étrangères importées directement est de 327:579^540 réis (frs. i.635.ooo); mais sur cette somme, le trésor ne profite que de la plus-value résultant des droits qu'il perçoit dans les différentes douanes.
Voyages à l'étranger : — La somme de près de cent contos de reis (environ Frs. 5oo.ooo) que les agriculteurs dépensent au dehors du Portugal, ne peut pas être considérée comme une dépense inutile pour le pays. Beaucoup de ces voyages sont entrepris par suite de la nécessité de traitements thermaux ou chirurgicaux ou de simples excursions hygiéniques dans des régions montagneuses, etc., auxquels se soumettent les européens qui ont résidé à S. Thomé et au Prince, pour reconstituer leur santé et fortifier leur organisme maladif et appauvri par l'action déprimante du climat africain.
La santé et la force de ceux qui travaillent et produisent sont aussi un capital national, dont la conservation mérite quelque sacrifice pécuniaire.
La fonction salutaire de notre précieuse colonie dans la vie économique de la nation ne se limite cependant pas à ce qui vient d'être exposé.
Les principaux agriculteurs de S. Thomé et du Prince résident dans la métropole, et y dépensent aussi leurs revenus pour leur propre subsistance et celle de leurs familles, donnant au surplus, — ceux qui en ont, — ou aux deniers que le crédit leur fournit, les emplois les plus variés, tels que culture de propriétés et d'autres exploitations agricoles de plus grande envergure, constructions urbaines dans la capitale et en province, exploitations industrielles directement entreprises ou par association du capital au travail d'un autre; ou encore titres représentatifs de capital employé dans l'industrie ou le commerce, fonds de l'Etat, etc., etc.
Nombreux sont les prolétaires qui vivent actuellement au Portugal à l'aide et grâce au concours de l'argent qui vient de S. Thomé et du Prince; l'appui que cet argent prête à l'industrie, au commerce et à l'agriculture portugaise est très important, et s'il était possible de lever complètement le voile qui cache son action, on verrait comme elle est large et bienfaisante.
Mais les agriculteurs et les commerçants de S. Thomé et du Prince ne remuent pas seulement les 7.200 contos (frs. 36. 000. 000) de leurs recettes brutes annuelles.
Comme il ressort clairement du chiffre d'intérêts qu'ils payent chaque année, ils font un grand usage des opérations de crédit.
En supposant que le taux moyen d'intérêt de ces opérations soit 7 °/0, le capital correspondant aux 45o:oooîïooo réis (Frs. 2.2 5o.ooo) d'intérêts payés serait de 6.499 contos, (Frs. 32.i5o.ooo) en chiffres ronds. En recourant au crédit, les agriculteurs n'ont pas certainement pour but d'accumuler de l'argent chez eux pour avoir seulement le plaisir maladif de s'extasier devant lui dans le recoin solitaire du coffre-fort; il est donc clair que ces grosses sommes, en partie destinées à augmenter ou à mettre en valeur les propriétés de S. Thomé et du Prince des agriculteurs qui n'ont pas encore de soldes positifs, ou qui ne retirent encore de leurs exploitations que des soldes insuffisants, et destinées d'autre part à acquérir, à exploiter et à mettre en valeur des propriétés dans le royaume, et à d'autres emplois encore, y compris celui d'augmenter l'activité de la bourse commerciale, sont toutes en mouvement, d'où un accroissement de circulation et d'opérations dont bénéficie l'économie du pays tout entière.
Et nous arrêtons cette spécification sommaire des applications diverses dans lesquelles l'argent de S. Thomé se distribue, pour apprécier la question sous un autre aspect.
Changes
Par son influence naturelle sur le marché des changes — et les influences naturelles en pareil cas sont toujours les meilleures — le cacao or, que les îles de S. Thomé et du Prince exportent, exerce une action prépondérante et régulatrice sur l'importante fonction du change dans la vie financière et économique du pays, servant de frein aux dérèglements de la spéculation.
Voyons comment s'exerce cette fonction prépondérante et dirigeante.
Ainsi qu'il a été démontré dans cette étude, la valeur moyenne du cacao et du café chaque année est de 7.200 contos (frs. 3 6.000.000); mais comme tout le café
J. A. Wylliê T. R G. S.
Lieutenant-Colonel de l'armée anglaise des Indes (en retraite).
Défenseur du Portugal dans la presse anglaise et Nord-Américaine
dans la discussion sur la main d' œuvre à S. Thomé
et 218.400 kilogrammes de cacao restent en Portugal, nous retrancherons leur valeur, qui est respectivement de 449 et 76 contos (en remarquant que si ces denrëes ne restaient pas ici, nous aurions à payer en or celles qui, à leur place, viendraient du dehors), et il nous restera net 6.675 contos (Frs. 33.400.000), qui valent de l'or bien que sujets aux baisses produites par la spéculation spéciale.
Examinons maintenant quels sont les besoins du grand client acheteur d'or, du client périodique, certain, visible, de celui contre qui se liguent les plus grands efforts de la spéculation — l'Etat ; à quel moment et dans quelle proportion il a besoin de se munir d'or et parallèlement examinons à quel moment et dans quelle proportion l'or de S. Thomé et du Prince vient offrir son concours sur le marché.
Or acquis par le gouvernement, et valeur en or du cacao de S. Thomé et du Prince entré à Lisbonne dans l'année économique de 1908 à 1909
Or acheté par le Comité du Crédit Public
Entrées à Lisbonne de cacao de S. Thomé et du Prince
Dates
Livres
Valeur d'après le prix et le chan ee moyens de la dernière pério de décennale Livres.
Dates
Nombre
de sacs
de 60 kilos
chacun
Juillet 11.
Août 1.
Octobre 10.
Novembre 7 .
Décembre 8.
Janvier 16.
Février G.
Mars 6.
Avril 3.
Mai 1.
Juin 5.
Juillet 8.
Août 6.
Septembre 8.
Octobre 8.
Novembre 7.
Décembre 7 .
Janvier 6.
Février 7 .
Mars 9 .
Avril 10.
Mai 6.
Juin 6.
Observations. — Nous conformant au procédé adopté dans ce travail, qui est d'appliquer la moyenne de la dernière période décennale à tous les calculs sur les cacaos, nous adoptons le même procédé pour ce tableau:
Prix moyen pour 15 kilos, en monnaie portugaise (en négligeant les
fractions pour arrondir les chiffres) 4#540 réis
Prix en livre sterling pour 15 kilos, au change moyen de 44 3/4 (en négligeant les fractions pour arrondir les chiffres £ 0:16:11