‹ La main-d'œuvre à San Thomé et à l'Ile du PrinceChapitre 8 sur 22 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Conclusion

L'idée d'effectuer le présent travail est née, comme il a déjà été dit, de la mission dont nous avons été honoré de faire un exposé relatif aux conditions de production et de main-d'œuvre dans lesquelles on exploite actuellement l'agriculture aux îles de S. Thomé et du Prince.

Des raisons de diverses espèces, parmi lesquelles abondent celles de nature patriotique et d'intérêt général, d'ailleurs en conformité absolue et parfaite avec celles d'intérêt local et particulier, nous ont conduit à nous étendre plus longuement, et peut-être d'une manière un peu décousue par suite du manque de temps et d'aptitudes professionnelles, sur des sujets non essentiels à l'étude stricte de la question, bien qu'ils s'en déduisent naturellement et qu'ils s'y identifient.

En élargissant par un travail séparé l'honorable mandat qui nous a été confié, nous avons eu en vue, en même temps que de chercher à le remplir, de défendre le pavs et les intérêts spécialement visés, en faisant, avec les faibles ressources dont nous disposons, la démonstration de ce qu'a été et de ce qu'est la province de S. Thomé et du Prince, et de l'effort énorme fourni par les portugais, à différentes époques, pour défricher ses forêts, civiliser ses habitants et conserver un joyau si précieux dans le patrimoine national.

De ce qui a été exposé, nous jugeons pouvoir tirer les conclusions suivantes:

Que dès les premiers temps qui ont suivi la découverte, jusqu'à l'heure actuelle, les efforts et les sacrifices des Portugais pour coloniser et exploiter les îles de S. Thomé et du Prince ont été constants; qu'au service du progrès de ces îles, ils ont mis, principalement à partir de la seconde moitié du siècle dernier, une capacité colonisatrice faite de ténacité inébranlable, d'intelligence et d'activité méthodiquement appliquées, et de sentiments d'humanité insurpassables, qu'attestent la complète tranquillité publique qui y règne depuis de très longues années,, et la prospérité enviable dont jouit la province;

Que ces faits donnent à la province le rang de colonie modèle parmi toutes les possessions similaires des régions africaines;

Que de tous temps, des étrangers de diverses nationalités, poussés par la convoitise ou par la jalousie, et parmi lesquels se distinguèrent dans ces dernières années certains anglais, tentèrent, les uns d'annihiler notre domination, les autres

d'étouffer notre activité et les moyens employés pour introduire le progrès et la civilisation dans la province, tantôt en prétendant nous en dépouiller par la force, tantôt en pratiquant des actes hostiles, écrasants pour les entreprises les plus osées et les plus légitimes, tantôt en provoquant des campagnes de discrédit dans le monde entier, pour des motifs d'égoïsme inavouable cachés sous une philanthropie aussi superflue qu'absurde;

Que la colonisation portugaise et ses procédés administratifs et professionnels d'exploitation agricole aux îles de S. Thomé et du Prince, en dépit des obstacles de toute sorte et des diffamations d'ordres divers, que l'envie ou l'intérêt ont accumulés contre eux, ont servi d'école et de modèle à des colonies similaires dans l'Afrique anglaise et allemande ;

Que dans nulle colonie africaine d'aucun autre pays les émigrants, ouvriers, travailleurs ou employés ne trouvent des centres de production et d'activité offrant un ensemble d'avantages, stipulés dans les conditions du travail, quant au traitement, au logement, à la rémunération, à la prévoyance et à l'assistance, équivalents à ceux que leur fournissent les plantations de S. Thomé et du Prince, sans parler de la bienveillance et de la tolérance sincèrement paternelles que les patrons dispensent en général à leurs travailleurs ;

Que les lois portugaises, enrichies des dernières dispositions décrétées par le gouvernement de la métropole, renferment toutes les conditions requises pour garantir la liberté, les droits, les privilèges et toutes les mesures de sécurité auquelles doivent obéir les recrutements, les engagements, les transports, le traitement, les salaires et le rapatriement des indigènes de toutes provenances qui émigrent aux îles de S. Thomé et du Prince et qu'elles imposent en outre des mesures de protection, d'assistance, de sécurité et de justice qui ne sont dépassées ni égalées dans aucune autre colonie africaine, et dont l'exécution, par les particuliers et les autorités, a lieu à la satisfaction des principaux intéressés, patrons et travailleurs ;

Que la manière d'agir, à la fois correcte et tolérante des autorités portugaises, et l'attitude équitable et bienveillante des propriétaires des îles, nous donnent le droit d'affirmer, devant le monde entier, combien est justifiée la prétention qui est la nôtre, de voir sauvegarder cette œuvre méritoire des agriculteurs de S. Thomé et du Prince, source du bien-être de la population ouvrière de toute la province, et de voir maintenir l'accomplissement rigoureux de toutes les dispositions qui, si elles imposent des devoirs à cette population, lui assurent des droits, des privilèges, la protection et la liberté;

Que la prospérité de la province de S. Thomé et du Prince est un facteur de premier ordre, une réserve de travail et de production qui exerce une puissante influence sur l'équilibre financier et sur l'économie nationale, publique et privée, et que la nation a le plus grand intérêt à entretenir cette prospérité et à n'en permettre ni la destruction, ni l'arrêt, ni la décadence;

Que, finalement, pour la juste défense de la dignité et des intérêts nationaux qui lui sont confiés et sur lesquels il a l'obligation de veiller, aucun gouvernement de ce pays ne doit faire de nouvelles concessions aux exigences injustifiées de la louche philanthropie qui nous attaque et nous insulte, et que son action doit se borner à adopter, quand il le jugera nécessaire et convenable, les mesures que l'esprit libéral, l'amour-propre traditionnel et les intérêts de la nation conseillent, sans se préoccuper de l'opinion d'étrangers égoïstes, qui ne cherchent qu'à nous nuire.

Et, malgré la trop grande extension de quelques-unes des considérations exposées aux chapitres précédents, qu'il nous soit encore permis de nous référer succinctement à quelques points que nous n'avons pas encore touchés, qui nous paraissent mériter l'attention du gouvernement, du pays et des propriétaires des îles, et qu'il convient de faire ressortir afin de faire mieux apprécier la situation financière et agricole de la province, l'insuffisance de son prolétariat rural et la valeur que la colonie représente dans la fortune publique.

Comme nous l'avons déjà dit, sur les 120.000 hectares représentant la superficie totale des îles de S. Thomé et du Prince, il reste à défricher 3 5. 000 hectares de terrains cultivables sur lesquels 20.000 hectares environ sont propres à la culture du cacao, 5.ooo hectares à celle du café, et 10.000 hectares à celle du quinquina, du caoutchouc et d'autres produits.

La surface cultivée contient des plantations en pleine production, des plantations qui n'ont pas encore atteint leur maximum de pouvoir productif, et d'autres qui n'ont pas encore commencé à produire. On doit donc compter, durant les dix prochaines années, sur une augmentation de production annuelle, provenant des travaux déjà effectués, qu'il ne sera pas exagéré de calculer, pour chaque année, à 3 % des chiffres actuels (l'augmentation du cacao dans chacune des dix dernières années a été, en moyenne, de près de 12 °/0 par rapport à la production de 1900), de sorte que, en traitant et conservant ce qui est fait en ce moment, nous aurons, en dix années, élevé les chiffres représentatifs de la production annuelle du cacao à 39.339.300 kilogrammes et ceux du café à 1. 395.1 21 kilogrammes, soit 654 kilogrammes par hectare cultivé de café et de cacao (1).

Sur le cacao produit, une fraction de 6 % correspond aux produits des plantations soustraits par les rôdeurs, ou au travail des petits agriculteurs, presque tous naturels du pays (2); le reste appartient aux grands agriculteurs.

Pour prendre soin des plantations existantes, qui occupent la superficie de 62.288 hectares, ces agriculteurs emploient 40.000 travailleurs engagés et 2.000 angolares, et pour cultiver les zones restant propres à la culture, dont la superficie est de 35.000 hectares, ils ont besoin, en proportion, de 2 3. 600 individus de plus, mais comme il existe, disséminés dans les plantations et dans les zones sablonneuses du littoral, plusieurs millions de palmiers, producteurs d'huile de palme et de coconote, et aussi de vastes bois de cocotiers, les uns et les autres en grande partie dédaignés á cause du manque de bras, il convient de considérer pour le calcul des travailleurs dont a encore besoin la province, les bras nécessaires à l'exploitation de cette richesse, en grande partie inutilisée, et, en supposant qu'il suffise de 2.400 travailleurs pour mettre en valeur cette branche de l'agriculture de la province, nous arriverons à la conclusion que les îles de S. Thomé et du Prince ont besoin d'enrichir leur population ouvrière rurale de 26 000 travailleurs pour augmenter l'exploitation des produits de la terre jusqu'à la limite dont l'étendue des deux îles est susceptible.

(1) La production moyenne calculée des deux articles réunis est de 40.734.421 kilogrammes, et la superficie est de 62.288 hectares; pour chaque article séparément la production serait de 690 kilogrammes de cacao, et de 230 de café par hectare, les plantations de cacao occupant une superficie de 56.923 hectares, et celles de café 5.365.

(2) Ce calcul a pour base la quantité approximative de cacao de la qualité intermédiaire vendu en première main à Lisbonne, dans l'année 1908

Les contingents de travailleurs qui nous manquent peuvent être fournis, en partie, par la population indigène de S. Thomé, et le reste par nos provinces d'Angola, de Mozambique, de la Guinée et du Cap Vert, au moyen d'engagements temporaires, avec rapatriement payé par les patrons toutes les fois que, à la fin de leurs engagements, les travailleurs voudront rentrer dans leur patrie.

Par égard pour la philanthropie de nos accusateurs anglais, permettons que les Congolais, les Turcs, les Marocains, les Persans, les Arabes et les Cafres continuent à exploiter les parias de l'extrême hinterland angolais, jusqu'à ce que notre gouvernement puisse réaliser l'occupation efléetive de ces régions. En attendant, n'engageons à Angola et n'acceptons de là que des travailleurs venant de tribus soumises, comme le prescrit le règlement de Juillet de l'année dernière et dans les termes de ses dispositions.

Pour obtenir le nombre de travailleurs qui manquent, pour les installer et faire face aux nombreuses et coûteuses exigences des règlements ainsi qu'aux charges de l'exploitation, il faut de gros capitaux.

Il est vraisemblable qu'une partie de ces charges soient supportées par les plus importants agriculteurs des îles, bien que ce ne soit que pour compléter le défrichement de leurs propriétés; une autre partie trouvera certainement de l'aide dans le crédit privé, mais il sera nécessaire de demander le reste, qui est encore important, à l'intervention du gouvernement, non pour qu'il le prête ou le cautionne, mais simplement pour que, d'accord avec la Banque Coloniale, il provoque une extension des opérations de crédit foncier, en élevant à une douzaine de millions de francs en plus la limite d'émission des obligations foncières coloniales, et en facilitant l'emploi, dans les nouvelles opérations, des obligations qui iront s'amortissant par le paiement des annuités échues des emprunts en cours.

Or, on ne fera pas d'exploitations nouvelles importantes, d'autres capitaux ne viendront pas alimenter ces utiles entreprises, si l'on ne voit pas garantie, jusqu'à la limite du possible, la juste rémunération de l'argent et du travail employés.; or, cela exige l'abaissement du prix de revient des propriétés, par l'augmentation des moyens de transport par mer et par terre, avec établissement de tarifs réduits. Rendre par exemple quotidien le service de cabotage à vapeur à S. Thomé et l'instituer une fois par semaine à l'île du Prince, organiser un réseau de chemins de fer à voie réduite et de routes qui complètent la voie ferrée pour les régions de l'intérieur de S. Thomé qui ne peuvent pas se servir de la voie maritime, s'abstenir de créer de nouveaux impôts, et s'opposer à ce que les municipalités en créent, sont des mesures que l'Etat peut et doit mettre en pratique au plus tôt.

De leur côté, les agriculteurs doivent activer l'accroissement de leurs rendements en améliorant les procédés de culture et en développant la puissance productrice des plantations, épurer la qualité des fruits par le traitement des arbres et de la terre, donner aux produits toute leur valeur en perfectionnant les opérations de fermentation, de séchage et de triage, et aussi s'attacher à la diminuition des charges de la main-d'oeuvre en recourant à des appareils mécaniques toutes les fois que leur travail pourra remplacer le bras de l'homme.

Comme mesure complémentaire des décisions que le gouvernement doit prendre, et des moyens qu'il appartient aux propriétaires de mettre en pratique pour augmenter les rendements et diminuer les dépenses, nous avons déjà indiqué l'organisation d'une police rurale apte à garder les propriétés et à réprimer le vagabon-

dage. Eviter à l'agriculteur les pertes qu'il subit chaque année du fait des vols de fruits sur pied commis généralement aux extrémités des propriétés, c'est augmenter son rendement. Réprimer le vagabondage dans les campagnes, c'est amener les nombreux bras qui vont inoccupés dans la province, au travail des plantations et supprimer en même temps un exemple démoralisateur pour ceux qui travaillent.

La province de S. Thomé et du Prince est actuellement une région paisible, livrée complètement à la vie laborieuse et tranquille de l'agriculture, abstraction faite des vols auxquels nous venons de faire allusion, conséquence de l'oisiveté dans laquelle vivent une partie de la population native et les angolais-forros , derniers vestiges d'une société dont le sens moral a élé perverti par l'exemple des criminels que, durant des siècles, la métropole a envoyés à la colonie, exemple dont la suggestion n'a pas encore été anéantie.

A part ce cas de pathologie sociale, qui ne peut pas être considéré comme l'effet de mauvais instincts, d'une réaction contre la tyrannie ou de mauvais traitements, la criminalité à S. Thomé est insignifiante, comme on le verra par le tableau annexe du mouvement de prisonniers à la maison d'arrêt durant l'année 1 908, la dernière dont la statistique ait été publiée.

Ce mouvement a été:

Existants le 1 cr Janvier 1 908 28

Entrés durant l'année 1 908 89 , j „

Sortis durant l'année 1 908 81

Existants au 3 1 Décembre 1 908 36

Il y a donc eu, durant l'année, 89 crimes ou infractions aux lois ayant entraîné emprisonnement, nombre qui, sur une population de 68.000 âmes, correspond à la proportion insignifiante de 1,4 pour mille; en outre, 81 des prisonniers ont été mis en liberté dans le courant de la même année, d'où l'on conclut que les motifs de l'emprisonnement étaient presque tous des infractions de faible gravité. Ce fait démontre à l'évidence non seulement le bon naturel de la population, mais aussi la bonté du régime social sous lequel elle vit.

Dans une agglomération composée de 97 °/0 de noirs, 3 °/0 de blancs et avec une force publique qui, à S. Thomé, a coutume de ne jamais dépasser 2 5o soldats, presque tous nègres, il ne serait pas possible de maintenir l'ordre, ni d'assurer tous les droits des citoyens dans le calme d'une paix qui dure sans interruption depuis plus de cinquante ans, si la population noire, qui a pour elle l'énorme force du nombre, se sentait opprimée, tyrannisée ou réduite à l'esclavage, comme l'ont dit parfois certains anglais mal informés ou mal intentionnés. La meilleure réponse à une affirmation aussi insensée est dans la paix dont jouit la colonie, et dans le progrès constant vers lequel elle marche depuis un demi-siècle.

Donc, étant données ces circonstances, il n'y a rien d'autre à faire, dans le but de compléter la moralisation des coutumes indigènes, que d'amener au sein du travail, qui régénère et ennoblit l'âme, ces restes épars .d'une population, contemporaine ou succédanée du forçat, qui souffre encore de la suggestion du milieu dissolvant dans lequel elle a vécu ou dont elle a recueilli la tradition. Notre conviction est que cette aspiration se réalisera facilement, dès qu'on aura institué la

police rurale et que l'on exécutera une bonne loi pour la répression du vagabondage, dont la sanction pénale consiste, principalement, dans l'obligation au travail.

Nos détracteurs anglais prétendent que nous fassions revenir de S. Thomé à l'hinterland angolais les travailleurs qui en sont venus, ainsi que leurs familles déjà constituées dans nos îles à l'abri de nos lois libérales, et cela soit de leur plein gré, soit même contre leur volonté ; ils veulent de plus que nous augmentions encore les salaires des travailleurs, qui l'ont déjà été en 1903, dans le règlement Teixeira de Sousa, et le furent de nouveau par Terra Vianna en 1909, sans que les intéressés l'eussent demandé (les mêmes travailleurs gagnent à Angola 3o reis (i5 centimes) par jour, soit 900 reis (Frs. 4,5o) par mois, environ le tiers de ce qui se paye à S. Thomé (1) sans que la philanthropie anglaise réclame rien en leur faveur); et ils exigent qu'on diminue les heures de travail, qui sont 9 heures '/a, quand nos travailleurs ruraux de la métropole travaillent 10 heures en hiver et 1 2 en été.

Ces trois exigences convergent toutes vers le même but, qui est de déterminer renchérissement immédiat de la production du cacao portugais dans des proportions telles qu'elles nous réduiraient à une situation de grande infériorité, ce qui assurerait, à nos dépens, aux Antilles Britanniques et aux colonies anglaises de la Côte de l'Or, représentées sur les marchés comme productrices de cacao semblable au nôtre, pour une fraction atteignant à peu près le cinquième de la production mondiale, une suprématie exceptionnellement avantageuse dans les pays consommateurs de ce produit.

Si nous ne devrions ni ne pourrions acquiescer à de semblables exigences, même si elles venaient d'un pays plus appauvri que le nôtre, à plus forte raison nous ne pouvons ni ne devons les satisfaire pour en faire bénéficier, aux dépens de notre pauvreté et de notre petitesse, la nation la plus riche et la plus puissante du monde. L'exigence de nos miettes, de la part du colosse britannique, serait le comble de l'égoïsme, l'abandon, de notre part, serait le comble de l'incapacité.

Mais si nous avons le devoir de ne pas nous suicider pour que les anglais qui ont des plantations de cacao à la Trinité, à Acrà, et à Lagos vivent dans l'opulence, nous n'avons pas non plus le droit de faire le jeu de pareils intérêts contre le consommateur mondial de cet article, si nécessaire aujourd'hui à l'alimentation des peuples, ni celui de créer des entraves à la libre concurrence, en contribuant à établir une espèce de monopole de fait en faveur des dites colonies anglaises et au préjudice des industriels nord-américains, allemands, français, suisses, hollandais, italiens, espagnols, belges, etc. etc. qui seraient obligés d'acheter plus cher la matière première de leur industrie.

Nous devons donc opposer à de semblables exigences un «non possumus» irréductible, en défendant nos intérêts légitimes et des biens qui constituent une part importante du patrimoine national.

Le rendement brut de la propriété territoriale des îles de S. Thomé et du Prince accuse pour les dix dernières années, comme il a déjà été dit, une moyenne annuelle de 7.200 contos de réis (frs. 36.ooo:ooo); rien qu' avec les travaux déjà réalisés dans les campagnes, ce rendement, toujours en augmentation progressive, doit s'élever en dix années à 9.360 contos (frs. 46.800:000), et si nous défrichons

(1) Art. 23.0 n.° 2 du règlement du 16 Juillet 1902.

rapidement ce qui reste de terrains cultivables, il pourra atteindre plus tard le chiffre de 1 2.240 contos, (frs. 6 1 .200:000) sans compter la valeur des produits oléagineux, dont l'exploitation peut représenter aussi de gros revenus en or.

En calculant la valeur de la propriété de cette colonie selon le système officiel adopté dans le royaume, et malgré qu'une bonne partie des rendements nets soient employés, comme nous l'avons déjà dit, à agrandir les mêmes propriétés, nous déduirons, dans l'hypothèse de la plus grande réduction, 60 °/0 du rendement brut annuel, soit 4.320 contos de réis, (frs. 21.600:000) et il restera un excédent de 2.880 contos (frs. 14.400.000) qui, multiplié par 20, produit la somme respectable de 57.600 contos de réis (288 millions de francs), pour laquelle les îles de S. Thomé et du Prince doivent être actuellement représentées dans l'actif de la richesse publique nationale.

D'ici dix années, si nous nous bornons à cultiver ce qui existe sans créer aucune exploitation nouvelle, elles peuvent représenter 74.880 contos, (374 millions de francs) et après 14 ou 1 5 années, elles représenteront 97.920 contos (en chiffres ronds 5oo millions de francs), si, dans les trois ou quatre années les plus proches, les forêts vierges qui couvrent encore une partie de leur sol très fertile, ont fait place à de nouvelles plantations.

C'est un précieux patrimoine que la nation possède là, et qui, principalement en raison de sa grande valeur, éveille les jalousies et produit les rivalités, alimente les dépits et détermine des chocs d'intérêts divers qui, sous le manteau de la philanthropie, déchaînent leur fureur avec une violence qui nous aurait déjà depuis longtemps obligés à capituler si la ténacité portugaise devait plier, lorsqu'elle a pour elle, comme elle les a, le droit et la justice.

De cette ténacité, de cette force de résistance, les colons de S. Thomé ont déjà donné des preuves surabondantes, dans une lutte inégale qui a duré de dizaines d'années, et nos rivaux, ayant toujours vu leurs efforts impuissants à entraver le progrès de nos îles, jouent maintenant une partie audacieuse en donnant un caractère mondial aux hostilités qui, il y a peu de temps, se restreignaient à un débat entre anglais et portugais.

Nous discréditer devant le monde civilisé, en nous présentant comme auteurs ou consentants du trafic criminel de l'esclavage, et à la faveur de ce discrédit nous isoler comme des êtres moralement pestiférés, pour mieux annihiler la prospérité de notre colonie, telle est la dernière phase de la campagne anglaise. Ils n'arriveront pas cependant au résultat que leur vilaine action recherche, car d'une part le monde civilisé n'est pas si mal informé qu'il se prête à faire le jeu de nos détracteurs, d'autre part l'énergie des agriculteurs de S. Thomé et du Prince ne faiblira pas devant la nouvelle et audacieuse attaque, et au surplus les gouvernements de ce pays ne consentiront pas que des étrangers viennent, par intérêt, éliminer du patrimoine national cet article si important de son actif.

Dans le formidable heurt des ambitions, des intérêts et des passions humaines, si plus d'une fois la richesse, l'audace et la puissance, supplantant le droit, la raison et la justice, remportent une injuste victoire, dans certaines occasions aussi, et nombreuses sont celles que l'histoire enregistre, c'est la pauvreté, faible et abandonnée mais énergique, ferme dans son droit et dans sa justice, qui sort victorieuse de la querelle.

Nous ne provoquons personne, nous ne désirons de conflits avec personne. Nous

sommes un pays d'ordre, travailleur et honnête, qui cherche à accomplir le devoir naturel et social imposé à l'humanité de pourvoir à sa subsistance et à son perfectionnement physique, moral et intellectuel, par son propre effort, en respectant les droits et l'honneur des autres peuples, sans nuire à personne, sans haine ni envie de ceux qui sont plus riches ou plus puissants.

Cette manière de procéder nous donne droit à la réciprocité de la part des peuples avec lesquels notre pays entretient des relations correctes et amicales. Nous ne mendions donc pas une faveur en invoquant ce droit, et nous sommes convaincus que, à l'exclusion de quelques énergumènes dignes de figurer dans la clinique des successeurs de ce flambeau de la science qui s'est appelé Lombroso, notre appel doit trouver un écho sympathique chez tous les peuples civilisés pour qui la raison n'est pas une valeur négative, le droit une vaine formule et la justice un mythe, et parmi eux le premier sera, quand il sera impartialement informé, celui de notre vieille alliée, de notre amie ancienne et actuelle, la sensée et pratique Angleterre.

Post-seriptam

Le livre de Mr. Gadbury

Lorsque nous terminions ce travail nous avons reçu par la poste, de Mr. William A. Cadbury, le livre de ce Monsieur Le personnel ouvrier de S. Thomé, édition portugaise, et un album de photographies tirées en Afrique.

Nous remercions ici Mr. Cadbury de son envoi et comme une gracieuseté en appelle une autre, nous profiterons de l'occasion, non pour faire une analyse du livre, car ce n'est pas ici le lieu convenable pour cette analyse, mais pour dire quelques mots au sujet de l'intervention des industriels anglais dans le régime du travail agraire de notre province.

Nous commencerons par déclarer, en toute franchise et loyauté, que nous n'avons jamais attribué, — et nous gardons cette conviction, — aux industriels du chocolat la paternité de la campagne anglaise entamée contre nous dans ces dernières années, et que nous ne croyons pas que le retentissement mondial, à elle donné par l'intervention de ces Messieurs, ait eu pour but de faire de la réclame aux produits de leurs industries. Et ayant lu dans la presse de Lisbonne, sous l'affirmation d'un portugais ( i ) témoin effectif, que les seules paroles favorables à notre pays, prononcées

(1) «Travailleurs de S. Thomé». — «Pour notre malheur, cette question est et promet de rester encore longtemps sans solution définitive, au grand préjudice de notre réputation et de nos finances. Ne serait-ce pas dû au défaut d'une étude complète et dépourvue de passion de la part de toutes les personnes directement ou indirectement intéressées dans l'affaire? En Portugal la question est mal connue et mal posée. La preuve en est dans la façon dont nous avons suivi ces débats judiciaires extraordinaires qui se sont déroulés le mois dernier à Birmingham et dont nous avons commenté le jugement qui les a terminés.

«Appelé à déposer comme témoin de la conférence à laquelle j'ai servi d'interprète et qui a eu Lieu a Lisbonne en 1907 entre William A. Cadbury et une commission déléguée par les agriculteurs de S. Thomé et du Prince, j'ai assisté d'un bout à l'autre aux sept longues et très intéressantes audiences du tribunal supérieur de Birmingham. J'ai eu là l'occasion de suivre de près tous les détails de cette campagne et d'en connaître les principaux personnages. Ce furent pour moi de véritables révélations.

au tribunal de Birmingham à l'occasion du procès du Standard, sont sorties de la bouche de Mr. Cadbury, nous avons cru qu'il en avait été ainsi, regrettant toutefois que ce personnage, ayant donné une large publicité, en Angleterre, aux conclusions de la conférence de Lisbonne avec la délégation des agriculteurs de S. Thomé, n'ait pas donné la même publicité au texte du procès-verbal de cette conférence, afin que son public, fût également informé que dans une discussion contradictoire avec lui et

«En Portugal, ce procès, qui fut en Angleterre un événement et qui, nous, nous intéressait tant, est passé presque inaperçu. Le récit et l'histoire de ces débats sont encore à faire parmi nous. Peut-être les ferai-je encore quelque jour, mais pour le moment je veux seulement signaler combien l'opinion qui s'est formée ici est contraire à la vérité des faits. Nous avons été là-bas rudement attaqués. A plusieurs reprises, je l'avoue, j'ai été obligé de rougir en entendant les insultes adressées à mon pays. Mais il y a eu quelqu'un aussi pour nous défendre dans une certaine mesure, pour reconnaître nos difficultés et pour affirmer que nous n'étions pas tous, comme on voulait l'insinuer, une nation d'esclavagistes.

«Je reviens en Portugal et que vois-je? L'éloge de nos plus grands ennemis et détracteurs et la haine pour ceux qui nous ont défendus: — A la lecture des références faites par la presse portugaise au procès Cadbury-Standard, on ne pouvait que conserver l'impression que le Standard était notre défenseur et «Cadbury» notre accusateur. Or ce fut exactement le contraire.

«Le Standard, qui déjà, dans l'article poursuivi au procès, avait été des plus violents contre nous, en plein tribunal, par la bouche de ses avocats, nous appliqua les noms les plus vilains, décrivit la situation de S. Thomé et du Prince comme la pire qui pût s'imaginer, et dépensa des heures à démontrer que les portugais ne méritaient pas la moindre confiance Pour le Standard, S. Thomé et le Prince sont le théâtre de l'esclavage le plus atroce. Cadbury mériterait d'être fusillé et qu'on repousse les produits de sa fabrique pour s'être fié aux promesses de réformes faites par les portugais et pour avoir, dans les sept dernières années, acheté environ 6:000 contos de cacao portugais pour son industrie de Bourneville.

«Cadbury, au contraire, s'est toujours exprimé à l'égard des portugais en termes courtois, allant même jusqu'à faire leur éloge. Bien que convaincu que le travail des ouvriers à S. Thomé et au Prince n'est pas libre, à cause de la façon dont le recrutement se fait à Angola et de l'absence de la liberté de rapatriement, il a dépeint les installations des îles comme exemplaires et il a rendu justice aux efforts et à l'honnêteté de beaucoup de portugais avec lesquels il a été en rapports. Cadbury a été. selon moi, et jusqu'à un certain point, notre défenseur. C'est pour avoir voulu être bienveillant vis-à-vis de nous qu'il a eu à subir ce rude combat de quatre jours d'un interrogatoire mordant et captieux. Malgré tout cela, Cadbury est désigné comme notre plus grand détracteur.

«Le jugement a condamné le Standard. Le tribunal, reconnaissant l'honnêteté et la sincérité de Cadbury, condamne le Standard à une indemnité de un «fartliing» ou cinq reis (moins de 3 centimes). Ici, en Portugal, prenant toujours le parti du Standard contre Cadbury, nous nous sommes presque réjouis de l'insignifiance de cette indemnité. 11 semble que nous aurions préféré la condamnation de Cadbury, oubliant qu'elle eût impliqué une condamnation plus forte pour nous-mêmes.

«Nous ne comprenons pas bien non plus l'importance de la condamnation, En outre de sa signification morale, ce «farthing» a entraîné le paiement des frais, qui doivent s'élever à une dizaine de milliers de livres, soit 50 contos de reis (fr. 250:000) au moins, somme que le Standard aura à débourser. 11 me semble que c'est pour cela même et parce que nous n'avons pas étudié la question à fond que nous avons et nous aurons à la résoudre. Mais il est de la destinée de ce pauvre pays portugais d'appeler noir ce qui est blanc, et blanc ce qui est noir.

(Du journal O Mumdo du 25 Janvier 1910). «(Signé) Alfredo A. da Silva.»

avec Mr. Burtt, les accusations du rapport de ce dernier avaient été réfutées et l'accusateur avait été confondu (i).

La campagne est née avant que Mr. Cadbury et ses collègues soient intervenus dans l'affaire, et, sur ses causes probables, nous en avons déjà dit assez dans les chapitres précédents pour indiquer notre manière de voir: c'est pourquoi nous ne nous répéterons pas.

Nous admirons même le courage de Mr. Cadbury, venant d'abord au Portugal, et se rendant ensuite dans notre Afrique, avec le dessein de concilier, en présence de la campagne de ses compatriotes, ses intérêts industriels et ceux de ses collègues avec ceux des auteurs de la campagne, au moyen de concessions du gouvernement du Portugal et des agriculteurs de S. Thomé.

La conviction, qui animait Mr. Cadbury, que cela était possible, démontre que sa claire intelligence était, sur ce point, éclipsée par le voile épais de l'illusion, qui lui cachait la situation en Angleterre au point de ne pas lui laisser voir l'impossibilité de concilier, â nos dépens exclusivement, les intérêts liés à une campagne dans laquelle certainement communieraient beaucoup de gens de bonne foi, mais dont les promoteurs et les auxiliaires occultes ne seraient assurément pas disposés à désarmer devant toutes concessions autres que la ruine de S. Thomé et peut-être aussi le discrédit des chocolatiers anglais.

Mr. Cadbury a trouvé chez les agriculteurs de S. Thomé avec lesquels il a été en rapports à Lisbonne, et bien qu'ils eussent dans l'affaire un intérêt moral plus que de tout autre ordre, un accueil que, dans des circonstances identiques, nous en sommes convaincus, aucun portugais n'aurait trouvé parmi les agriculteurs de colonies anglaises, et c'est de la même façon que Mr. Cadbury a été reçu à S. Thomé et au Prince quand, dans le même but, il a désiré visiter nos plantations et observer ce qui s'y passait relativement aux travailleurs.

Il a trouvé également chez les gouvernants de ce pays, tant dans le royaume qu'aux colonies, non pas tout ce qu'il demandait, car ses prétentions étaient si exorbitantes qu'aucune autorité ayant quelque souci du prestige de sa charge n'aurait pu leur donner complète satisfaction, mais des complaisances beaucoup plus larges et des facilités bien plus grandes que celles qui auraient été gracieusement accordées parmi nous, dans les mêmes circonstances, à un sujet portugais, et aussi que celles dont auraient bénéficié des portugais, quels qu'ils fussent, auprès d'autorités anglaises, métropolitaines ou coloniales.

Mais Mr. Cadbury, malgré ces facilités, n'a pas réalisé son «desideratum», et s'il ne l'a pas réalisé, ce n'est pas qu'en Portugal on ait entravé son action, ce n'est pas qu'on se soit enfermé ici dans une intransigeance, d'ailleurs permise et justifiée en présence de la violente aggression anglaise, qui ait fait avorter ses projets conciliants, mais c'est parce que du côté opposé, du côté des anglais, ou bien on ne voulait qu'une conciliation ruineuse pour S. Thomé, ou bien l'on ne voulait pas de conciliation du tout.

Les accusations anglaises peuvent se réduire à deux points principaux :

i .° Cruauté et violences contre la liberté, dans le recrutement à Angola, prati-

(i) Voir le Procès-Verbal de la Conférence de Lisbonne, qui est publié aux annexes de ce livre.

quées par des hommes irresponsables, et aucunes précautions prises pour rendre possible la rentrée dans leur patrie des indigènes qui veulent y retourner une fois leurs contrats terminés;

2.° Retenue des travailleurs à S. Thomé, pour une durée illimitée et contre leur volonté.

Le i 7 Juillet 1 909 le Gouvernement Portugais rapportait un décret ayant force de loi dans lequel on disposait :

En ce qni concerne S. Thomé

«Article 95 — A l'expiration de la durée légale de son contrat le travailleur peut ne pas être rapatrié s'il fait un nouveau contrat à sa demande.

«§ Ier — Le renouvellement de contrats ne sera permis qu'après qu'il aura été constaté par le curateur que telle est la volonté formelle du travailleur, lequel agit libre de toute pression, et de plus moyennant observation, en outre des autres prescriptions réglementaires, des dispositions suivantes:

«a) L'agriculteur, industriel, commerçant, fonctionnaire ou particulier qui occupe des travailleurs et se propose de renouveler leurs contrats, pourra solliciter du gouverneur de la province de S. Thomé ou du gouverneur du district de l'île du Prince la permission d'effectuer le dit renouvellement.

«b) Les gouverneurs entendront sur chaque demande le curateur général, si l'on est à S. Thomé, ou son délégué, si l'on est au Prince, lequel fera connaître par écrit si le requérant a déjà été condamné pour atteinte à la liberté des travailleurs.

«c) L'infraction visée à l'alinéa qui précède empêchera le condamné, pendant une durée de six mois, et en cas de récidive pendant le double de ce temps, à compter de l'expiration de la peine, de réengager des travailleurs.

«d) La requête une fois admise par le gouverneur compétent, le même gouverneur l'enverra aussitôt au curateur ou à son délégué et ces magistrats publieront des avis, qui seront affichés à la porte de leur bureau, et qui annonceront, au moins une semaine à l'avance, le jour, l'heure et le lieu où les contrats doivent être passés et le nom des patrons au service de qui sont les travailleurs, avec invitation à cet acte des personnes qui y seraient intéressées ou qui désireraient y assister.

«e) L'acte de renouvellement des contrats étant publiques, ni les curateurs, lorsque ces actes seront passés à la curatorie, ni les agriculteurs quand ils le seront à leurs propriétés, ne pourront refuser l'entrée aux personnes qui se présenteraient pour y assister, pourvu que ces personnes ne s'immiscent pas dans ces actes et ne les troublent pas.

«f) Le renouvellement de contrats de travailleurs ne pourra s'effectuer que par devant le curateur général à S. Thomé et par devanf son délégué à l'île du Prince, assistés d'un employé de la curatorie, de deux témoins et d'un interprète assermenté, qui ne sera jamais choisi parmi les individus au service du patron en cause, et en présence des travailleurs parties à l'acte.»

Depuis la promulgation de ces dispositions, qui garantissent aux travailleurs le maximum de liberté et qui permettent à tous, nationaux ou étrangers, d'assister au renouvellement des contrats et de constater personnellement si les travailleurs sont

cq

contraints à rester ou s'ils restent spontanément et de leur libre volonté, quelqu'un peut-il, sans avoir assisté à ces actes, qui se passent déjà ainsi depuis plusieurs mois, dire, avec vérité, que les noirs sont à S. Thomé contre leur volonté et à l'état d'esclaves?

En ce qui concerne Angola

Ainsi qu'il a déjà été indiqué dans ce travail, le chapitre V du décret susvisé du 17 Juillet 1909, déjà cité, dispose:

Que le recrutement de travailleurs, qui jusqu'alors se faisait sans aucun contrôle à l'intérieur, (embrassant toute la province, y compris les régions sauvages de l'extrême hinterland), pourra seulement être fait dans des régions déterminées, soumises à l'autorité effective de fonctionnaires du gouvernement, et que, dans ces régions il n'est permis que dans la zone de chacune d'elles que le gouvernement de la province détermine par arrêté, et seulement à concurrence du nombre d'individus fixé chaque année par ce même fonctionnaire.

La nouvelle loi détermine encore que personne ne pourra recruter des travailleurs sans avoir obtenu l'autorisation préalable du gouverneur du district, autorisation qui ne pourra être concédée qu'à un individu remplissant certaines conditions, qui prouvera être portugais, connaître l'idiome des indigènes, posséder les qualités nécessaires pour bien remplir cet office, et avoir fourni caution soit par dépôt, soit par garantie.

Le recruteur ne peut commencer son service dans l'intérieur, sans avoir d'abord soumis son titre d'autorisation au visa de l'autorité locale et sans que celle-ci, reconnaissant l'identité du recruteur, le présente au chef ou aux chefs indigènes des peuples parmi lesquels il doit opérer.

Le recrutement une fois fait, l'autorité administrative intervient de nouveau pour légaliser les documents respectifs et vérifier l'identité des recrutés, lesquels, ensuite, suivent toujours vers le littoral avec le recruteur par des chemins que le gouverneur général aura préalablement désignés par ordonnance, et en préférant toujours, autant que possible, les voies ferrées. Sur ces chemins, et dans les endroits désignés par l'autorité, il y aura des installations commodes et hygiéniques pour le repos des traveilleurs. Les recrutés ne pourront être obligés à porter des charges, mais seulement leurs vivres.

A leur arrivée au littoral, les travailleurs sont inscrits au grand livre d'identité que chaque agence doit tenir, l'agent d'émigration étant chargé de leur logement, de leur subsistance et de tout ce dont ils ont besoin jusqu'à l'embarquement; ils comparaissent ensuite devant le curateur général, qui leur demande, en présence de témoins, s'ils désirent s'engager pour les travaux agricoles de S. Thomé et du Prince, et, s'ils répondent affirmativement on rédige l'acte d'engagement sur lequel on porte le numéro d'identité de l'engagé, afin que plus tard, quand on aura à le rapatrier, on sache de quel endroit il est venu, à quelle principauté il appartient, dans quel district administratif et dans quel arrondissement elle est située.

Les travailleurs recrutés dans ces conditions ont une patrie connue dans laquelle ils peuvent rentrer; par conséquent, le retour dans leur pays de ceux qui le désirent, après l'expiration de leur engagement, peut se faire sans difficulté, vu que,

en face du numéro d'inscription de leur identité se trouve immédiatement l'indication détaillée de leur lieu d'origine, et le travailleur, suivant le même itinéraire qu'à sa venue au littoral, peut retourner dans son pays sans inconvénient.

L'itinéraire est le même, tant pour ceux qui partent que pour ceux qui arrivent, et cela rend le chemin fréquenté ; la fréquence du passage de voyageurs et de caravanes est, à elle seule, un élément de sécurité, et du fait que le trajet établi est déterminé et toujours le même, la police peut en être et en sera facilement faite.

Grâce à ces précautions, il ne peut plus y avoir d'entités irresponsables s'occupant à recruter des travailleurs dans l'hinterland d'Angola.

On ne peut recruter dans les régions de la province où il n'existe pas d'autorités portugaises, et dans celles où ces autorités existent, le recrutement ne peut s'opérer que dans les zones que la loi détermine, et avec les restrictions qu'elle impose.

Les caravanes de travailleurs ne peuvent pas se soustraire au contrôle de police, en s'enfermant dans des chemins écartés, car elles sont obligées de suivre l'itinéraire préalablement tracé pour tous par le gouvernement.

Il n'est donc pas permis d'alléguer que les travailleurs ainsi engagés ne peuvent pas retourner dans leur pays, quand leurs engagements ont expiré, parce qu'on ignore d'où ils sont ou à cause de l'insécurité des chemins; on ne peut pas non plus admettre que, en dépit d'un réseau si resserré de surveillance à la charge des autorités, on puisse commettre des actes contraires à la liberté des travailleurs, ou se livrer à des cruautés envers eux.

Les dispositions réglementaires limitent à un chiffre modique la somme que le patron a à payer pour les dépenses afférentes à chaque travailleur, depuis le moment où il est recruté à l'intérieur d'Angola jusqu'à son débarquement à S. Thomé, y compris son passage sur mer; une pareille somme, égale à la moitié de ce que coûtait dernièrement ce service et au tiers de ce qu'il a coûté à un certain moment, est à peine suffisante pour couvrir les frais et réserver une modeste commission aux agents ; il n'y a donc place, en aucun cas, dans les limites de la somme autorisée, pour aucune opération illicite d'achat, si elle était possible, — ce qui n'est pas sous l'empire de la loi actuelle, — sans qu'elle soit immédiatement découverte et punie.

Et comme meilleure preuve de la sincérité avec laquelle le gouvernement et les agriculteurs de S. Thomé désirent voir exécuter, ponctuellement, dans sa lettre et dans son esprit, la loi du i 7 Juillet 1909, c'est d'un commun accord entre eux que le gouvernement a décrété, le 29 du même mois, la suspension du recrutement à Angola, et le 22 Novembre suivant, celle des engagements, ainsi que de l'embarquement des travailleurs pour S. Thomé, jusqu'au 3 1 Janvier dernier, afin que tout se trouvât organisé dans cette province dans les termes précis de la dite loi au moment où commencerait son exécution.

D'un autre côté, il y a 1 8 mois que les agriculteurs commencèrent l'introduction dans les îles de travailleurs de Mozambique, au moyen d'engagements dans lesquels étaient stipulées des conditions plus avantageuses que celles qu'impose le Transvaal. Du Cap Vert on continue à recevoir tous les travailleurs qui veulent émigrer, à Cabinda nous allons chercher les hommes pour les services sur mer, aux gouvernements nous demandons qu'ils poussent à l'émigration de la Guinée, aux machines et aux chemins de fer nous confions l'économie de bras, tout cela dans l'in-

tention voulue de réduire au minimum possible les demandes de travailleurs d'Angola. Par tous les moyens, l'agriculture et les pouvoirs publics travaillent la main dans la main et d'un commun accord, non en paroles, mais par des démonstrations positives, à obtenir, dans les limites du possible, ce que les promoteurs de la campagne anglaise disaient être leur «desideratum», mais ces messieurs ont-ils désarmé, se sont-ils trouvés satisfaits devant notre manière d'agir?

Nous croyons bien que non; tout au moins, ils ne sont pas encore venus le déclarer. Au contraire, c'est ce moment que, devant le public portugais, le représentant des industriels anglais, Mr. Cadbury, choisit pour donner en Portugal la publicité à son livre, Les travailleurs de S. Thomè et du Prince, dans lequel sont reproduites les accusations du raport Burtt déjà réfutées (i) et sont maintenues les exigences de cette campagne, parmi lesquelles beaucoup sont déjà satisfaites, mais d'autres, légalement et humainement impossibles á satisfaire, ne sauraient l'être sans que la ruine de nos îles s'ensuive sous le rapport économique. Et la chocolaterie anglaise ne continuerait pas à penser et à agir comme si nous n'avions rien fait, elle ne maintiendrait pas le «veto» lancé sur notre cacao, ce qui la lèse passablement, si les auteurs de la campagne se montraient satisfaits.

Il nous semble avoir prouvé dans ce livre, en documentant la démonstration, que la campagne anglaise contre S. Thomé, ayant vu la lumière du jour à l'aurore de la régénération agricole de cette province, dure depuis 5o ans et a suivi toutes les phases du progrès de notre colonie, en le contrariant toujours tant qu'elle a pu. Et s'il est certain que les gouvernements de l'Angleterre se sont abstenus, dans les derniers temps, d'intervenir dans la querelle, sans doute parce que la cause ne leur paraissait pas juste, et qu'ils ont conservé officiellement vis-à-vis de notre pays une attitude correcte et amicale, il n'est pas moins certain que quelques corporations et particuliers anglais continuent l'interminable campagne de discrédit contre nos îles, en se servant de prétextes philanthropiques, comme si ces deux minuscules atomes perdus dans l'immensité de l'Océan Atlantique qui s'appellent les îles de S. Thomé et du Prince, renfermaient les êtres les plus malheureux de l'univers.

Est-ce que par hasard, sans aller plus loin, ces philanthropes, si c'est de philantropie qu'il s'agit, n'auraient pas, chez eux-mêmes, quoi exercer une si noble vertu avec plus d'avantage pour l'humanité souffrante?

N'y trouve-t-on pas l'Irlande, cette île superbe, dont la population, qui en 1 841 était de 8. 1 75:ooo êtres humains, travailleurs et dignes d'assistance et de protection, a été réduite par la misère, en 1 85 1 à 6.552:387, en 1861 á 5.798:967, en 1871 à 5.41 2:378, en 1881 à 5.159:840, en 1891 à 4.706:162 et en 190 1 à 4.804:750, tandis que la population du reste du Royaume-Uni, qui était au commencement du XIXenie siècle de 9.000:000 d'habitants, s'élevait en 1 85 1 à 18.000:000, en 1871 à 26.445:922, en 189 1 à 33.182:391, en 1901 à 40.905:925, et elle a augmenté encore depuis cette date au point de se multiplier cinq fois dans le cours d'un siècle, cependant que l'Irlande en 70 ans voyait le nombre de ses habitants réduit à un peu plus de sa moitié.

(1) Voir le procès-verbal de la conférence de Lisbonne qui est publié a la fin de ce livre.

En déduisant le demi-million de personnes que la faim tua en 1 846 et 1 847, qu'est devenue la population de l'Irlande? Elle a émigré pour ne jamais plus retourner à la terre ingrate de sa patrie ; elle a émigré pour fuir l'injustice des hommes et la misère d'une vie sans espérance d'un avenir meilleur, faits qui ont déterminé l'exode de tant de malheureux qui sont allés chercher sur des terres étrangères — dans l'Amérique du Nord principalement — les moyens de vivre et de progresser. Et pourquoi ne reviennent-ils pas de leur exil volontaire? Serait-ce parce qu'ils sont réduits en esclavage par ceux qui utilisent et rémunèrent leurs aptitudes et leur travail, ou bien est-ce parce qu'ils se sentent, sur cette terre hospitalière, mieux que dans la patrie que les circonstances de la vie les ont obligés à abandonner?

Et ces nobles âmes qui nous accusent de retenir par la force à S. Thomé les travailleurs de l'hinterland d'Angola, ne veulent pas admettre que ces noirs, eux aussi, préfèrent la vie libre et ennoblie par le travail rémunéré, dont ils jouissent à S. Thomé, à la sauvagerie despotique et avilissante, aux châtiments cruels et aux mutilations impitoyables des pays barbares où ils naquirent?

Mais si c'est à des portugais que la philanthropie anglaise veut s'appliquer en compatissant à leurs malheurs de préférence aux siens propres, quel vaste champ n'a-t-elle pas, sur le continent portugais même, pour exercer son altruisme et sa générosité?

Pour quel motif choisir S. Thomé?

Ici, dans la métropole, nous avons plus d'un million de travailleurs ruraux des deux sexes (à S. Thomé et au Prince il y en a seulement 40.000, entre les naturels du pays et les émigrants de diverses provenances), qui gagnent ordinairement un salaire journalier, les hommes de 200 à 240 reis, (frs. 1 à 1,20) et les femmes de 1 20 a 1 40 réis, (frs. 0,60 à 0,70) en travaillant 1 2 heures par jour en été et 1 o heures en hiver (à S. Thomé et au Prince, ils travaillent 9 heures '/, pendant toute l'année); qui ne gagnent rien quand ils ne peuvent pas travailler ou sont sans travail, ce qui arrive fréquemment; qui ne reçoivent ni nourriture, ni vêtements, ni habitation, ni soins médicaux ou hospitaliers, qui ne sont pas recueillis par les patrons, quand ils sont devenus vieux ou impropres au travail, et qui n'ont aucun des autres avantages des travailleurs de S. Thomé, tels que l'assistance judiciaire gratuite, la subsistance et les vêtements pour les enfants, l'exemption d'impôts et du service militaire, etc.

Pourquoi donc la philanthropie de nos détracteurs anglais, puisqu'elle tient à s'exercer au profit de concitoyens à nous, n'applique-t-elle pas son action bienfaisante en faveur de tant de nécessiteux que contient ce pays, hommes et femmes de la race blanche qui est la leur, et pourquoi vont-ils chercher de préférence dans la race noire, non les individus qui vivent tyrannisés sur le continent africain, mais ceux qui, à S. Thomé, sont comblés de privilèges et de bien-être?

Pourquoi vouloir forcer ces gens à accepter une félicité spéciale qu'ils ne comprennent pas et qui consiste à échanger le milieu civilisé, humanitaire et libéral, dans lequel leur existence et celle de leurs familles s'écoulent pacifiquement, contre la sauvagerie de l'Afrique intérieure?

Et si c'est la protection spéciale des indigènes de l'Afrique portugaise que vise l'altruisme de ces coeurs sensibles, pourquoi ne joignent-ils pas leurs meilleurs efforts à ceux que déploie, dans la presse Sud-Africaine, leur compatriote Mr. G. Henry Somers pour que soit ordonnée une enquête rigoureuse et impartiale sur le travail dans les mines du Transvaal et pour qu'on mette un terme, si l'accusation est vraie,

à l'exploitation et au martyre dont sont victimes les noirs de Mozambique qui y travaillent comme le même Mr. Somers l'affirme dans l'article que nous transcrivons du Diário Popular? (i)

(i) Le South African News, du 28 Janvier, publie la lettre suivante, à laquelle nous n'ajoutons aucun commentaire, sa teneur est suffisante:

«Monsieur le Directeur du South African News.

«Dans l'article de fond publié dans votre numéro du 13 courant sous le titre de Scandales incroyables, vous vous référez aux abus présumés, pratiqués sous le couvert du célèbre Traité de Mozambique, approuvé à la hâte par le gouvernement du Transvaal dans l'intérêt des mineurs du Rand.

«Quiconque est au courant des méthodes employées dans l'Afrique Orientale portugaise pour l'obtention de la main-d'oeuvre indigène sait que le recrutement de travailleurs ne s'y fait pas volontairement.

«Les agents de la Vfitwaterstrand Nativ Labour Association sont payés selon les résultats qu'ils obtiennent et les petits princes ou chefs de villages reçoivent un tant par indigène fourni à l'engageur. L'indigène n'est pas consulté et ignore le salaire qu'il recevra pour son travail jusqu'à son arrivée au «Compound» de la W. N L. A. au Rand, où chaque remise est estimée et classifiée; c'est à ce moment qu'est marqué sur le permis de chaque indigène le montant du salaire que le personnel chargé de ce service considère que le noir doit gagner, — généralement 40 shillings par 30 jours utiles, pour les indigènes qui ont déjà travaillé dans les mines, 30 shillings pour les indigènes robustes et développés qui viennent y travailler pour la première fois, et i 5 shillings pour les indigènes «piccanins» (pequeninos) ou adolescents.

«Les noirs sont envoyés par groupes aux mines où des bras sont nécessaires et là l'inspecteur officiel de la main-d'œuvre indigène donne à chaque travailleur un permis pour le Transvaal et l'informe des conditions de son contrat ainsi que du salaire qui lui a été assigné. Arrivé à ce point, le noir ne peut plus opposer aucune résistance et pendant toute la durée de son contrat il se trouve absolument à la merci de son nouveau patron. Etonnez-vous qu'un pareil système donne lieu à de graves abusl

Je ne veux pas insinuer que les autorités portugaises soient au courant des méthodes employées pour le recrutement de travailleurs indigènes sur leur territoire, mais c'est un fait établi et connu que plus le nombre d'indigènes envoyés aux mines chaque mois est élevé, plus la somme perçue d'accord avec les termes de la convention luso-transvaalienne est forte.

«Relativement au travail des indigènes dans les mines, il est fréquent d'entendre dans la demi-obscurité des voûtes souterraines, illuminées seulement par la lueur funèbre de chandelles et où l'indigène exécute son dur travail, un cri de douleur et d'agonie qui vous fait frissonner d'horreur et si vous demandez d'où il provient, on vous répond que c'est seulement le cri d'un indigène de Quélimane, causé par les coups de cravache que lui donne le surveillant noir («boss boy») parce qu'il ne travaille pas convenablement. Dans leur acharnement à réduire les dépenses, les gérants des mines organisent le service de telle manière qu'un mineur blanc a souvent autorité sur 150 indigènes, répartis sur cinq à dix points différents, par petits groupes, chacun desquels est surveillé par un «boss boy» indigène. Choisis parmi les races indigènes les plus intelligentes, les «boss boys» n'ont ni sympathie ni compassion pour les noirs inexpérimentés récemment arrivés aux mines, travailleurs qui, pendant des mois après leur arrivée des régions chaudes et douces du littoral, souffrent d'une toux contractée durant la période de transition vers l'altitude plus grande et le climat plus froid du Rand.

«11 arrive souvent qu'un indigène doive rester en service durant 40 ou 50 jours utile avant qu'il lui soit possible de compléter la cédule de paiement de ses premiers 30 jours, ce dule qui lui permet d'obtenir sa première paye, sur laquelle on lui retient le prix des vêtement et autres objets qui lui ont été fournis par la W. N. L. A. à son entrée au Transvaal. Bien que son contrat soit fait pour une période déterminée, moyennant un salaire fixé par mois de

Et si ce n'est pas encore cela, si c'est de la race noire en général qu'il s'agit, si ce sont des noirs, sans distinction, que l'on veut préférer dans cette fièvre de faire le bien aux dépens d'autrui, pourquoi ces excellentes personnes si éprises d'humanité ne s'adressent-elles pas à leur propre gouvernement, pour que, sur son initiative, les nations qui ont des colonies limithrophes se concertent et appliquent, dans une action collective ou particulière, tous leurs efforts, comme puissances souveraines, à combattre l'esclavage et la sauvagerie dans ces régions centrales du continent africain qui constituent l'hinterland des possessions portugaises, anglaises, congolaises et peut-être de quelque autre puissance africaine, et où se pratiquent les attentats à la liberté et les cruautés envers les noirs dont on accuse injustement le Portugal ?

Ce n'est pas en faveur de S. Thomé, mais bien au profit d'autres pays que l'esclavage se pratique dans l'Afrique centrale ; ainsi l'affirme péremptoirement un anglais autorisé et impartial, — le colonel Wyllié, dans le passage suivant de sa letre récente au «Daily Despatch», de Birmingham, que le «Dia», de Lisbonne, a reproduite:

«Le trafic de l'esclavage dans l'Afrique centrale n'existe pas, comme on pourrait l'induire de toute cette campagne, pour fournir des travailleurs à l'agriculture des îles de S. Thomé et du Prince; il existe au bénéfice de la Turquie (via Tripoli), au bénéfice du Maroc, de la Perse et de l'Arabie par les ports de la Mer Rouge, et (d'après Mr. Burtt) au bénéfice du Congo Français, qui suivrait le funeste exemple de sa voisine belge. Tous les crimes qui résultent de ce trafic sont commis non

30 jours utiles, on donne à l'indigène une certaine tâche à remplir et on lui refuse sa cédule journalière de paiement tant que l'inspecteur européen ne se déclare pas satisfait et ne dit pas que le travailleur a achevé la tâche qui lui avait été assignée. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les indigènes des colonies anglaises, libres de procéder absolument comme ils l'entendent, éprouvent de l'aversion pour le travail des mines du Rand et même que, plus d'une fois, par suite des mauvais résultats de leurs récoltes à des époques défavorables, ils passent par de grandes privations plutôt que de se résoudre à aller chercher du travail aux dites mines. Je dois dire que, d'après ce que j'ai appris, bien que je ne l'aie pas constaté personnellement, le système suivi aux mines de la compagnie De Beers, à Kimberley, est hautement satisfaisant et que les indigènes des colonies anglaises s'efforcent d'y obtenir du travail, sachant qu'ils y sont payés équitablement et traités avec humanité.

«Le peuple anglais, qui s'enorgueillit de manifester sa sympathie pour les opprimés et pour les victimes d'injustices dans tous pays, au point même de se refuser au déjeuner la reconstituante tasse de cacao, parce qu'on prétend que les plantations de cacao de l'Afrique occidentale recourent à l'esclavage, ignore certainement que l'or et les dividendes des mines du Rand sont obtenus grâce à l'emploi de la main-d'œuvre esclave, dont le recrutement est légitimé et ratifié par le propre représentant du roi Edouard.

«Si l'on désire que le Gouvernement de l'Union, pour ses débuts, fasse table rase de ce qui existe, le premier parlement doit, tout de suite après sa constitution, nommer une commission pour procéder à une enquête sur l'application du traité de Mozambique et sur le traitement des indigènes employés aux mines du Rand, et faire soumettre au Gouvernement Impérial un rapport détaillé accompagné de la demande que cette Convention fâcheuse soit dénoncée sans délai.

«Je suis, etc .

{Diário' Popular n.° 67, du 5 Mars 1910).

«G. Henry Somers.»

co'

par des portugais, mais par des africains de la propre race en cause el parfois par des parents même, que cette qualité n'arrête pas ( i ).»

Cette affirmation de l'impartial colonel Wyllie, n'est pas une indication isolée sur ce qui se passe dans les régions centrales du continent africain.

Dans son remarquable travail sur les sociétés Africaines A. de Préville dit: «Ces traitants se forment en compagnies commerciales, et leurs comptoirs de vente sont établis dans les principales villes des bords du Nil et de l'Afrique septentrionale. Les plus actifs d'entre eux, dont le nom est pris pour raison sociale, se transportent quelquefois de leur personne sur les lieux d'exploitation; il en vient même de «Tunis» jusque dans la région des grands lacs, témoin ce négociant tunisien qui portait d'Ou-Nyoro en Ou-Ganda les lettres de Casati prisonnier. (Pag. 3o5).»

«Samory étend actuellement ce genre d'exploitation sur un territoire de «3oo.ooo kilomètres carrés; il est, avec son rival Tiéba, le grand pourvoyeur «d'esclaves des marchands de Tombouctou, de l'Adrar et du Maroc. (Pags. 3 i 2 «et 314).»

«Puis, la traite des esclaves s'est développée de ce côté d'une façon inouïe, ainsi qu'en témoignent toutes les relations des voyageurs et des missionnaires. Non seulement il faut répondre à la demande d'esclaves de l'Arabie, un des grands foyers d'appel de la traite, et de tous les pays d'Orient ; mais encore les négociants eux-mêmes, vu leur très petit nombre, sont forcés pour leur propre sécurité de s'entourer de véritables garnisons, formées d'esclaves armés ; la prospérité des affaires d'un négociant s'établit par le nombre de mousquets qu'il peut remettre entre ces mains asservies. De nouveau, des nations entières sont enlevées à leurs anciens travaux, la chasse, la cueillette ou la culture, pour composer des bandes armées ; on peut citer en particulier la population du Manyéma comme ayant presque en entier accepté ce genre de vie. Ce sont les esclaves des marchands, commandés souvent par des métis, qui composent ces troupes de bandits, pillards, incendiaires et dépopulateurs, connues sous le nom de «Rouga-Rouga». Ces serviteurs armés sont matériellement bien traités par leur maîtres ; ceux-ci les appellent «mes enfants, mes fils», mais ne remplissent point à leur égard la véritable mission de l'autorité paternelle, mission moralisatrice et coërcitive, imcompatible avec les services qu'on attend d'eux. Pour les avoir dans la main, il faut les laisser croupir dans la fainéantise et dans tous les vices ; il importe de ne pas les élever à la situation de chefs de familles réguliers. On ne les marie point, ils brocantent seulement entre eux et avec leurs patrons les femmes qu'ils ont enlevées. Comme le «farcuk» créé par les marchands du nord, les esclaves et les porteurs des Zanzibaristes sont pour l'Afrique noire, non un moyen de relèvement, mais une cause de désorganisation ajoutée à toutes celles que nous avons constatées jusqu'ici. Autrefois, dans l'Espagne et les Gaules, la levée et le passage des soldats mercenaires enrôlés par les

(1) J. A. Wyllie F. R. G. S. — Lieutenant-Colonel de l'armée des Indes (en retraite) — Le «Dia» n.° 2.907 du 17 Novembre 1909. (V. l'annexe).

chefs carthaginois ont présenté le même tableau, c'était aussi une conquête commerciale en vue du transit et de l'exploitation. (Pag. 3 1 4 et 3 1 5 ).»

«Ce n'est pas à la côte que se rend le convoi d'esclaves ; c'est dans le pays de Djenndé», ou des Cafres du sud, dans les contrées où jadis le bon Livingstone rencontra les Makololo. Les institutions régimentaires des Cafres ont fait le vide dans la population de cette partie de l'Afrique; on comble ce vide par l'achat de femmes et d'enfants, échangés contre l'ivoire qui est encore très abondant dans la contrée. Ce nouveau débouché s'est trouvé ouvert «juste à point» pour consoler les Pombeïros de la fermeture des mers à la traite; leur trafic de chair humaine continue d'être aussi actif qu'auparavant.» (Pag. 320).

«Quant aux colons anglais du Cap, que nous avons aussi rencontrés précédemment, leur attitude vis-à-vis des noirs n'est pas celle de la pure indiiîérence. La race anglo-saxonne n'a jamais fourni de bons patrons de nègres, il y a antipathie. Le colon anglais ou yankee est exaspéré par le travail «forcément indolent» du noir esclave; ce temps qu'il voit perdre sous ses yeux par des ouvriers qui n'ont aucun intérêt à le bien employer, — ce temps qui est de l'argent, — c'est son bien, c'est sa fortune à lui-même qu'on gaspille en sa présence. Il ne comprend que le travail de l'ouvrier libre, actif et intéressé. Il veut secouer la torpeur de noir, l'acculer au progrès; le noir se révolte, et l'Anglais le fusille.» (Pag. 33o).

La faute est donc à S. Thomé si l'on asservit et si l'on vend des noirs dans l'Afrique Centrale, pour peupler de captives et d'eunuques les harems de la Turquie, de concubines les harems, et d'esclaves les palais dorés et les parcs touffus qui servent à charmer les loisirs des grands seigneurs marocains, persans et arabes, et de femmes et d'enfants le foyer polygame des cafres? Et si quelques-uns de ces infortunés réussissent à échapper à leur affreux sort, et à venir à S. Thomé, où ils se civilisent et se constituent une famille, la philanthropie anglaise doit les obliger à retourner avec les leurs dans cette terre de malédiction, où, sans pitié, ils seraient vendus à des maîtres différents pour vivre le reste de leurs jours en esclavage, sans avoir jamais — mari, femme et enfants — aucune nouvelle les uns des autres?

Que l'honorable Mr. Cadbury pèse les considérations que nous développons ici; qu'ils les pèsent tous, ceux qui, en Angleterre — et nous les croyons nombreux — ont pris part de bonne foi à la campagne menée contre nous, et leur conscience leur montrera que les attaques contre la colonisation de S. Thomé ne peuvent pas trouver leur fondement dans de simples impulsions de la philanthropie, en vue de laquelle le Portugal a fait, au profit des travailleurs de S. Thomé et du Prince, plus que pour ceux de la métropole et plus et mieux qu'aucun autre pays possesseur de colonies en Afrique.

Mais les industriels du chocolat ne sont pas arrivés à faire la conciliation entre la campagne anglaise et les intérêts de leur industrie, et ils attribuent au gouvernement du Portugal la responsabilité de leur insuccès.

Rien n'est moins juste, et c'est Mr. Cadbury qui fait la démonstration de ce que nous affirmons dans le passage suivant de la lettre qu'il nous a écrite le 8 juillet 1908.

(Traduction.)

«Nous vous avons signalé que le public anglais est tout-à-fait excité par le mauvais état de choses existant, et peut, d'un moment à l'autre, se refuser à acheter du cacao fabriqué avec les produits récoltés dans ces îles.

«Nous savons bien qu'une semblable manière d'agir n'aiderait pas à résoudre rapidement le problème et en même temps elle pourrait facilement nous obliger à cesser toutes relations avec vous ; c'est pour cela que nous insistons nouvellement pour que vous preniez des mesures promptes et énergiques.

«Un autre fait que nous devons pouvoir prouver à notre public est que, sans considérer les frais ni les dérangements, vous avez rapatrié des hommes, des femmes et leurs familles, des plantations dans leurs cases du continent, et que ce rapatriement continuera régulièrement à l'avenir.»

This is the question.

A la partie de la lettre de Mr. Cadbury que nous venons de transcrire, nous avons répondu le 14 Juillet 1908 ainsi qu'il suit:

«Au sujet du rapatriement des ouvriers d'Angola, la commission des agriculteurs vous a déjà dit ici, lors de notre conférence de Novembre de l'année passée, que ce rapatriement, tout en étant obligatoire pour les agriculteurs, doit rester facultatif pour les travailleurs. Dès que ceux-ci veulent retourner dans leur pays, ceux-là doivent les y faire rentrer, et n'apporter aucune difficulté à l'accomplissement de ce devoir; mais les renvoyer de force, contre leur volonté, cela ne peut être raisonnablement exigé, et je ne crois pas qu'aucun gouvernement de ce pays, ni d'aucun autre pays libéral, se prête à consacrer une telle violence.

«Les planteurs de S. Thomé désirent ardemment, et ils y appliquent leur plus sincère effort, voir régulasirer la question du travail de façon que, tout en leur assurant de la main-d'œuvre pour la culture de leurs propriétés, on en finisse une fois pour toutes, s'il est possible, avec ces campagnes de discrédit qui se reproduisent systématiquement et périodiquement en Angleterre, avec cette espèce de tutelle que l'on prétend exercer sur nous, et que seule une nation petite et faible comme la nôtre pourrait subir, et ils ont confiance que quelque chose en ce sens sortira de l'étude officielle que l'on est en train de faire. Ils ne cultivent pas ce désir et cette espérance sous le point de vue exclusif d'assurer le marché anglais à la consommation de leur produit; ils savent que si ce marché leur fait défaut, les autres s'élargiront, où le consommateur anglais devra aller chercher ce qu'il consomme actuellement chez nous; un autre point de vue plus élevé les guide, celui d'assurer à leur petite, mais honorée patrie, le bon renom qu'elle a justement dans le monde civilisé comme nation coloniale, et d'ôter les derniers prétextes de plausibilité aux campagnes anglaises de discrédit dans lesquelles on prétend nous représenter comme des barbares, nous, qui parvenons principalement par la douceur envers les indigènes et grâce à leur affection, à maintenir intact notre vaste domaine colonial.

«Cela ne veut pas dire que les producteurs de S. Thomé et du Prince seraient insensibles à la perte du marché anglais qui consomme une partie importante de leur

no

cacao, mais si eux et les gouvernements de ce pays sont disposés à faire des sacrices en égard aux convenances d'une entente avec le public anglais, ils ne peuvent pas subordonner absolument leur propre jugement et leur mentalité au jugement et à la mentalité du public anglais, de même que ce dernier n'a jamais subordonné ni ne subordonnerait jamais sa façon de penser et d'apprécier les questions anglaises au jugement et à l'appréciation du public portugais.»

Comme on le voit par les extraits que nous venons de transcrire, les exigences que la campagne anglaise émettait vis-à-vis des industriels du chocolat, et dont ceux-ci, à leur tour, prétendaient obtenir du Portugal la réalisation, car telle était peut-être pour eux l'unique manière de sortir d'embarras avec les gens de chez eux, ne tendaient ni plus ni moins, en proposant le retour à l'hinterland angolais de la majeure partie de la population ouvrière de S. Thomé, qu'à nous obliger à accomplir un acte répréhensible au point de vue humanitaire, et ruineux au point de vue économique; ce n'était ni plus ni moins que l'abandon de nos précieuses plantations, par l'expulsion de nos meilleurs collaborateurs, que nous n'aurions pu remplacer par d'autres, attendu que la substitution d'un groupe si nombreux de travailleurs d'Angola aurait été impossible en présence de la campagne anglaise, qui taxe d'esclavage les contrats à passer.

Et à l'époque où une telle exigence apparaissait, nous ne comptions même pas sur le concours des indigènes de Mozambique, inauguré plus tard seulement, contre toute attente des anglais.

Mais quand même les agriculteurs de S. Thomé trouveraient à Angola du personnel pour remplacer celui qu'ils expulseraient par égard pour la philanthropie anglaise, ils ne pourraient le faire sans une dépense de quelques milliers de contos de reis, ce qui représenterait également la ruine complète et irrémédiable d'au moins 90 °/o des planteurs, et les travailleurs expulsés iraient errer, misérables, à travers les régions du littoral d'Angola, loin par conséquent de leur pays natal, ou s'enfonceraient dans l'intérieur des terres d'où ils sont venus et seraient victimes de la sauvagerie qui y règne ( 1 ).

Il n'était donc pas possible aux agriculteurs d'accéder à une exigence aussi déraisonnable, et notre gouvernement ne pouvait pas la patronner pour autant que son refus pût nuire à l'entente entre industriels et consommateurs anglais de chocolat.

Et c'est simplement, paraît-il, parce que nous n'avons pas pu nous soumettre absolument à toutes les exigences émises par l'intérêt anglais, que les auteurs de la campagne anglaise ne se sont pas entendus avec leurs compatriotes industriels du

(1) Mr. Burtt, auprès de qui on insistait pour qu'il dît s'il avait entendu quelque travailleur manifester le désir de retourner dans son pays natal et s'il pensait que, débarquant sur le continent, il pourrait s'y rendre avec le pécule économisé durant ses cinq années de travail, répondit à la première question qu'il n'avait entendu manifester ce désir par aucun, et que, invité par le général Faro, administrateur de la plantation Agua-Izé, à interroguer en ce ses quelques ouvriers de cette plantation, lui, Burtt, s'y était refusé; sur la seconde question, il a dit que si un ouvrier quelconque pénétrait dans le continent porteur de valeurs, il serait volé avant d'arriver dans son pays.

(Procès-verbal de la Conférence de Lisbonne, pag. 14).

Types de femmes nées à S. Thomé

chocolat, et que ceux-ci ont été contraints par l'atmosphère que les agitateurs avaient créée, à suspendre l'achat de notre cacao (i).

Nous regrettons sincèrement l'échec des efforts de MMrs Cadbury et consorts, parce que nous sommes, par tempérament, partisans convaincus de la paix et de la concorde; non pas de la paix glacée de Varsovie, mais de celle qui réchauffe la vie et le progrès des peuples, dans le calme reposant du foyer et dans l'exercice actif du labeur reproductif, sous l'égide de la loi et de la justice. C'est cette paix là que nous désirerions voir fraternellement cultivée dans les relations de tous les peuples en général, et entre Anglais et Portugais en particulier.

Pour réaliser cette aspiration, les agriculteurs de S. Thomé et le gouvernement de ce pays ont fait tout ce que la dignité et l'intérêt national permettent de faire.

Si les Anglais qui nous attaquent ne se donnent pas pour satisfaits, la faute n'en est pas à nous, mais à eux qui, à ce qu'il semble, ne seront contents que lorsqu'ils contempleront la ruine de l'agriculture de S. Thomé, et, peut-être aussi, des grands chocolatiers anglais.

(i) Il y a des gens pour penser, ce que les derniers événements en Angleterre paraissent confirmer, qu'une campagne politique est menée contre les grands industriels du chocolat, membres considérables du parti libéral anglais, par leurs rivaux conservateurs.

Quand les conservateurs étaient au pouvoir, les libéraux les avaient accusés de tolérer l'esclavage jaune au Transvaal. Maintenant ce seraient ceux-là qui, appliquant la peine du talion, accuseraient les chocolatiers libéraux d'avoir, sciemment et hypocritement, alimenté de leurs deniers, en achetant du cacao portugais, l'esclavage noir dans les colonies portugaises de S. Thomé et d'Angola. Pour cela il a été nécessaire de faire revivre le roman de Nevinson et de sacrifier l'inoffensif Portugal aux intérêts des partis politiques de l'Angleterre.

Les conservateurs accuseraient le Portugal de se livrer à l'esclavage pour discréditer les chocolatiers libéraux en leur attribuant une complicité avec les portugais, Les chocolatiers se défendraient en disant qu'il y a longtemps qu'ils travaillent pour essayer de mettre un terme à cet esclavage. Et ainsi, dans l'intérêt des partis politiques de l'Angleterre, nous serions accusés par les Grecs et par les Troyens sans pitié ni conscience, et avec une aigreur qui détonne avec le tempéramment du peuple anglais, en général calme et pondéré dans ses jugements, tel est le don des passions politiques d'oblitérer le sens moral des collectivités, même les mieux élevées pour la pratique de la justice.

Le Prince Allemand Alfred de Loeienstein

Nous avions ce travail prêt à entrer sous presse lorsque nous avons été honorés de la visite de Son Altesse le Prince Alfred de Loevvenstein-Werthein Freudenberg et de son compagnon de voyage, M. Wilhelm Kemner, directeur des plantations de cacao de la colonie du Cameroun.

L'illustre Prince et M. Kemner ont bien voulu venir nous voir pour nous remercier de l'invitation qu'ils avaient reçue de la Compagnie de l'île du Prince et de la Société d'Agriculture Coloniale pour visiter les plantations «Agua-Izé», à S. Thomé, et «Porto-Real» à l'île du Prince, propriétés de ces Sociétés anonymes.

Son Altesse a daigné nous manifester également ses sentiments de chaleureuse sympathie pour l'oeuvre civilisatrice des agriculteurs de S. Thomé et du Prince et nous a honoré de l'agréable mission, que nous accomplissons volontiers ici, de transmettre à nos collègues l'expression de ces mêmes sentiments, consignés dans une lettre que le Prince nous a remise et que nous publions ci-après.

En nous conformant aux désirs de Son Altesse, nous saisissons l'occasion d'exprimer une fois de plus notre sincère et profonde gratitude pour l'honneur, qu'avec M. Kemner, elle a fait à notre colonie, et pour les nobles et impartiales paroles de réconfort, d'encouragement et de justice dans lesquelles ils ont résumé leurs impressions sur le travail portugais à S. Thomé et au Prince.

Voici la lettre :

«Lisbonne, le 1 6 février 1 9 1 o.

Monsieur

«Ayant l'intention de visiter notre colonie allemande du Kameroun sur la côte occidentale de l'Afrique, tout naturellement nous venait l'idée de visiter les belles colonies portugaises qui se trouvaient à proximité de notre route, et qui nous offraient un vif intérêt pour pouvoir apprécier de près la terre natale de nos cultures de cacao de Kameroun. Nous avons donc profité avec grand plaisir de l'aimable invitation que vous, Monsieur, et vos amis ont bien voulu nous adresser.

«Rentrant de notre voyage nous avons à coeur de vous remercier très sincèrement de l'excellent accueil et de la grande hospitalité que nous avons trouvés chez vous.

«Pendant notre séjour aux îles, nous avons eu l'occasion de visiter les plantations Rio d'Ouro, Boa-Entrada, Agua-Izé, Monte Café, Porto Real, etc. Nous connaissions déjà par réputation l'importance et la fertilité unique de ces deux perles parmi les colonies portugaises, mais nous confessons que nos prévisions ont été bien surpassées. Vos plantations peuvent servir d'exemple pour nous autres cultivateurs. Nous reconnaissons avec grand plaisir qu'une activité infatigable et une intelligence visible ont produit des résultats tout-à-fait surprenants. 11 faut relever surtout la manière magistrale comme le planteur portugais a su instruire le nègre aux travaux culturels. Les bons résultats de votre système se voient dans la manière comme le nègre se prête au travail avec aptitude et bonne volonté évidente. Partout où nous étions nous avons observé des conditions, qui sont à désigner comme modèle sous

oc

es

Si,

tous les rapports. Nous apprécions surtout les mesures efficaces que le gouvernement portugais a appliquées à la question de l'ouvrier nègre.

«Les bonnes impressions que nous gardons de cette visite de S. Thomé et Prince comptent parmi les plus agréables de tout notre voyage.

«En vous exprimant encore une fois nos remercîments les plus chaleureux, nous vous prions de bien vouloir être notre interprête auprès de vos amis et d'agréer, cher Monsieur, l'assurance de notre parfaite considération.

signé: Alfred, Prince de Loewenstein.

Wilhelm Kemner.»

Monsieur Francisco Mantero.

Lisbonne

Questionnaire proposé

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