‹ La main-d'œuvre dans les GuyanesChapitre 4 sur 19 · A reporter · texte numérisé non relu

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à 60 florins la barrique = 28.278.600 florins.

Soit donc pour cette période de vingt-cinq ans un produit de 28 millions de florins. C'est un beau résultat, mais encore assez faible au regard du produit du café pendant fe même période :

96,777,977 florins, 7 sols, 8 deniers, auxquels il faut ajouter 1,710,432 florins, 15 sols pour le cacao. Ces chiffres montrent bien quelle fut la gravité de la crise sucrière, tout en expliquant comment, en* dépit de mauvaises circonstances ambiantes, la colonie put assez facilement réaliser sa transformation en colonie orientée vers le café et le cacao. Dans la crise sucrière on peut relever quatre causes originelles : 1" le passage de la période du sucre d'habitation à la période du

sucre d'usine. Au lieu de le fabriquer d'après les méthodes les plus simples dans chaque habitation de propriétaire, on le porta aux usines centrales, où, traité à la turbine, il donna un rendement plus considérable : c'était l'évolution fatale qui s'est produite dans toutes les industries au cours du dix-neuvième siècle; elle peut être datée, grosso modo^ comme remontant aux environs de 1^55, Elle nécessita l'achat d'un outillage coûteux et modifia totalement les intérêts et les rapports sociaux entre planteurs et usiniers; — 2° la maind'œuvre vint souvent à manquer : en cela la crise sucrière dérive de la question précédente ; — 3" dans beaucoup de régions, se manifesta un appauvrissement du sol, qui avait produit si longtemps sans se faire prier. « A trois jours de Paramaribo, écrit M. de Gastelnau en 1847, une plantation qui contient 133 nègres, mais dont les terres sont épuisées, vient d'être vendue environ (5,000 florins! » Cette nouvelle difficulté réclamait une amélioration dans les méthodes de culture, l'usage d'engrais, une organisation permettant dans les terres basses de noyer les cannes à sucre et de les laisser ainsi reposer en jachère la moitié du temps, etc., d'où de nouveaux sacrifices; — As" il y eut enfin et surtout la mévente du sucre.

Les causes de la diminution du prix de vente du sucre sont trop générales pour ne pas être connues : La concurrence faite à la canne par la culture de la betterave, les législations fiscales métropolitaines votées le plus souvent sans se préoccuper suffisamment des intérêts des colonies; enfin, la situation prépondérante abusivement laissée aux raffineurs d'Europe, sans compter les primes à l'exportation que, dans leur ardeur de rivalité, les puissances accordaient à leurs sucres indigènes, tout ce système compliqué aboutit à la ruine forcée des pays sucriers des Tropiques. Aussi, ne faut-il pas s'étonner de voir progressivement à Surinam la transformation des champs de cannes à sucre en quinconces de café, de cacao et celle des anciennes sucreries en hangards de dessiccation. Une dernière crise, qui se manifestera avec bien plus d'intensité encore à Cayenne, devait achever la désagrégation de la main-d'œuvre agricole à Surinam, ce fut la découverte des mines d'or. Il y eut alors un w rush » énorme vers ces placers des hautes rivières. La Guyane put se croire revenue à trois siècles auparavant, lorsque tant d'aventuriers y accoururent, cherchant le fameux royaume d'El Dorado et le lac Parima où un grand cacique indien se baignait dans des eaux

aux parois tout en or. Le noir, chez lequel le travail de la terre était déjà plus qu'impopulaire, fut plus sensible que tout autre à cette griserie du placer : tous les bras se portèrent vers les placers. Le travail y était dur, âpre, mais, au retour, l'argent gagné était joyeusement et très immoralement dépensé. Sur ces natures primitives et souvent très corrompues, l'appât des jouissances grossières sans limite et sans frein exerce une action décisive : la perspective des orgies qu'ils se promettent à la descente du placer leur en fait supporter toutes les privations et toutes les fatigues dix fois plus pénibles que celles des travaux agricoles. A l'heure actuelle, les noirs seuls et quelques aventuriers blancs à bout de ressources, forment le personnel ouvrier des placers : il est, d'ailleurs, formellement interdit d'y employer des coolies.

Ainsi beaucoup de maux fondirent, sur la possession hollandaise au cours de ce siècle, mais Tinitiative combinée de Tadministration et des intéressés chercha les remèdes à y apporter. En ce moment, sur une surface de 150,000 à 160,000 kilomètres carrés (15 à 16 millions d'hectares) que mesure le territoire de la colonie, on n'en compte guère plus de 30,000 hectares possédés, sur lesquels la moitié environ est en état de culture, ce qui correspond à une proportion des 2/1000 possédés et d'un peu plus du 1/1000 cultivé. La caractéristique de cette colonisation est qu'elle est entièrement en terres basses : le même fait se produit dans la Guyane anglaise. Or, si aux Guy ânes les terres basses composées de vases marines et d'alluvions fluviales peu à peu agglutinées sont les plus fertiles, et si beaucoup d'administrateurs ou d'agronomes ont soutenu qu'elles étaient les seules bonnes, elles

sont aussi les plus malsaines, surtout pour TEuropéen. Exposées à être inondées à chaque marée, souvent au-dessous du niveau de la mer, leur mise en exploitation nécessitait des travaux préparatoires considérables, la construction de digues, de vannes ou portes ouvrant ou fermant le passage aux eaux, le creusement de tout un réseau de canaux collecteurs et de rigoles de moindre importance remplissant la double fonction de l'assèchement et de l'irrigation, véritables ouvrages d'art réclamant une direction technique savante et expérimentée; c'est, en effet, une opération très délicate que celle de déterminer à l'avance les terres qui sont susceptibles d'être utilement desséchées. Malouet explique dans ses mémoires toute l'importance qu'il attache à ce qu'il appelle la « vérification authentique des terres desséchables » . H fallait aussi, outre une dii ection intelligente, une main-d'œuvre nombreuse et disciplinée : mais avec l'esclavage il n'y avait pas difficulté à cela. Mieux que tous autres peuples, les Hollandais, qui ont eu à lutter chez eux-mêmes contre de semblables difficultés, étaient préparés à de pareils ouvrages. A force de travail et de patience, leurs colons ont fait de cette terre malsaine une des meilleures pour la culture de la canne à sucre, du

café, du cacao et du coton; ainsi des «habitations » confortables et souvent habitées à demeure ont surgi de ces « pinotières » , terres alluvionnaires presque noyées, où croissait une espèce de palmier appelée pinot. Il eût été malaisé, au reste, de s'installer, au moins pour les habitations, en terre haute : il faut remonter la rivière de Surinam à 150 kilomètres au delà de Paramaribo, qui est déjà à 25 kilomètres de la mer, pour rencontrer quelque mouvement de terrain. C'est en quoi la Guyane française diffère essentiellement de ses deux voisines. En revanche, les communications sont très faciles à Surinam : les cours d'eau que n'interrompent pas, dès le voisinage de la mer, de malencontreux sauts, les canaux artificiels on naturels qui les font communiquer constituent des facilités suffisantes pour les transports. Les colons hollandais ne lésinèrent jamais quand il s'agit de ces dépenses de dessèchement. Us firent venir chez eux les ingénieurs les plus célèbres, même appartenant à d'autres nationalités. C'est ainsi que le fameux Guisan, que Malouet sut ensuite attacher au service du roi de France pour les besoins de la Guyane française, était un Suisse que les planteurs de Surinam avaient appelé en Amérique à cause de sa réputation d'habileté en ce genre d'ouvrages.

Toutes les babitatioDS sont construites sur un mélange de terreau et de sable. La ville de Paramaribo est bâtie sur une couche de sable, ce qui y rend la réverbération très intense et la température plus élevée de V à 2* C. que dans les environs. D'après ce qui précède, on conçoit que la colonisation se soit bornée alix bords des rivières. C'e&t ce qne montre un schéma qui figure dalis la Géogra^ phie universelle d'Elisée Reclus; on retrouve le même aspect sur une magnifique carte, due à M. Loth et éditée chez J.-H. de Bussy, à Amsterdam (1899), Ja meilleure qu'il y ait de Surinam. Mais, c'est à tort qu'Elisée Reclus représente la partie teintée en bleu comme constituant la zone des terrains cultivés; il eût été plus juste de dire « terrains qui ont été jadis cultivés » ou encore « terrains possédés » . Tous les bords de la rivière Para, par exemple, qu'il m'a été donné de parcourir avec le gouverneur M. Tonckens, ont été autrefois très prospères et étaient tout en plantations : aujourd'hui, on n'y rencontre plus que des carbets bien isolés, habités par des noirs ou des coolies redevenus libres. Cette situation est bien l'indice le plus certain de la décadence de cette colonie. Cela donna même lieu à de grandes difficultés, lorsque le Gouvernement voulut donner en

concession des terres vacantes; car, des étendues immenses avaient été abandonnées par leurs propriétaires, des individus s*y étaient installés qui ne pouvaient justifier de leurs droits sur le sol qu'ils cultivaient; il fallut prendre une mesure générale pour la vérification et la consolidation des droits immobiliers dans la colonie, quelque chose d'analogue à l'œuvre effectuée chez nous par les décrets du 3 avril 1900 et du 16 décembre 1900 relatifs à la reconnaissance des terrains domaniaux à la Guyane française. Le quart à peine des terres cultivées autrefois est encore Tobjet d'une exploitation.

On peut considérer comme approximatifs les chiffres suivants recueillis sur place :

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