‹ La main-d'œuvre industrielle dans l'ancienne GrèceChapitre 12 sur 235 · Voiries observations de M. Heuzey dans BCH, XVI, p · texte numérisé non relu

Voiries observations de M. Heuzey dans BCH, XVI, p

2. PEnnoT, VI, p. U40; Hklbig, Silzungsberichle, p. S53 et suiv.

3. D'après Pausanias, l'invasion des Doriens dura au moins trois générations (VIII, 5, 6).

4. Pausanias, II, 13, 1 : IloXXàî aÈv twv -o'Xî'ov ajvoî/.oj? sx tou Awpixou rp07).aÇîTv.

par suite, un ralentissement notable de la production industrielle. La société d'alors a évidemment moins d'éclat que celle de la période précédente; les métaux précieux y sont plus rares, les ressources moindres, et les g-oùts plus modestes. On voit apparaître un art plus sobre et plus monotone, caractérisé dans la céramique par la lig'ue droite et le dessin géométrique. On ne songe plus à élever de grandes constructions, peut-être parce qu'on n'en a pas les moyens. Le territoire se morcelé en une foule de petites principautés qui tendront bientôt à l'unité, mais qui mettront beaucoup de temps à l'atteindre '. Enfin la vie se rétrécit et semble se borner, plus encore qu'autrefois, à l'exploitation du sol.

La classe des artisans dut souffrir de tous ces changements. Il y en eut peut-être qui passèrent à l'étranger ; mais la plupart restèrent dans le pays. Ce qui le prouve, c'est la permanence, dans la poterie, de certains motifs d'ornement propres à l'art mycénien ; c'est aussi la transformation rapide que subit le décor rectiligne apporté par les Doriens. Ces deux faits seraient incompréliensil:)les, si les envahisseurs avaient complètement évincé les indigènes du domaine industriel ; ils ne s'expliquent que par la collaboration des ouvriers achéens avec les ouvriers doriens et par la combinaison des procédés familiers aux uns et aux autres^. Il n'est guère possible de savoir quel fut le contrecoup immédiat du nouvel état de choses sur la situation économique et juridique des travailleurs. Nous ne possédons là-dessus que de vagues indications. Il faut descendre jusqu'à l'époque homérique, pour voir se dissiper un peu toutes ces obscurités.

1. Epiiore, fragm. 18 et 20 (Didot) ; Pausanias, III, 22, H ; ('.uhtus, Histoire grecque^ I, p. 213 (trad. fr.).

2. PoTTiER, Catalogue, p. 222-223 ; Perrot, VII, p. 20H et suiv,

\.'IUnde el VOdijssce ne sont pas du même auteur ni de la même époque. Il est possible que ces deux poèmes aient été composés par une suite d'aèdes qui se rattachaient tous à la famille des Homérides de Cliios. En tout cas, le travail d'où ils sont sortis a duré plusieurs générations, et chacune d'elles a laissé sa trace dans cet ensemljle de chants. D'une façon générale, on peul affirmer que l'Odyssée nous représente une société moins primitive que celle de ïlliade ; il suffit, pour s'en convaincre, de comparer les institutions de l'une et de l'autre. En second lieu, on a réussi, sans trop de peine, à démêler dans ces deux œuvres des groupes de chants oU des parties de chants qui trahissent une antiquité différente. Enfin on a des raisons de penser qu'un certain nombre de vers isolés sont de simples interpolations i. II résulte de là que les poésies homériques doivent être consultées par l'historien avec de grandes précauT lions. Comme elles s'échelonnent sur une période de trois ou quatre siècles , il faut y voir la peinture non d'un état unique, mais de plusieurs états successifs de civilisation , d'autant plus que ces divers poètes s'inspirent à la fois des souvenirs du temps qui les a précédés et du spectacle qu'ils ont sous les yeux. II est bon cependant de noter que, vu la lenteur de l'évolution qui transformait alors les mœurs et les usages, les erreurs chronologiques offrent peut-être ici des inconvénients moindres qu'ailleurs. Sans doute les conditions du travail industriel subirent plus d'une modilication dans la période où s'élabora l'épopée homérique, c'est-à-dire entre le début du x*^ siècle et le milieu du vn*^ -. Mais elles furent bien plus stables que de nos jours, et j'imagine qu'un artisan de l'an 800 av. J.-C. ressemblait fort à un artisan de l'an 1000.

1. Malhice (hioisET, Hisloire de la lUtérature grecque, tome I.

2. Ces dates sont à peu près celles ([ue propose M. Helbig [V épopée homérique, p. 4 de la trad. fr.)

Les objets menlionnés [)ar Homère ne sont pas tous d'orig-ine lielléni({ue. Sans parler même de ceux qui sont purement imaginaires ', beaucoup avaient été importés de l'étranger. Les Grecs de cette époque estimaient par dessus tout les produits phéniciens, spécialement les tissus et les pièces d'orfèvrerie ~. « Je te donnerai, dit Ménélas à Télémaque, le plus précieux des joyaux que renferme ma maison ; c'est un cratère en argent massif, couronné d'une bordure d'or. Pha'dimos, roi de Sidon, m'en fit présent lorsqu'il me reçut chez lui à mon retour de Troie •^. » Dans les jeux célébrés à l'occasion de la mort de Patrocle, on remarquait parmi les prix un cratère pareil, « le plus beau qui existât sur terre, car il avait été décoré par les habiles Sidoniens. » On en savait toute l'histoire. Jadis des Phéniciens débarc[ués à Lemnos l'avaient offert au roi Thoas ; plus tard, il avait servi à payer entre les mains de Patrocle la rançon de Lycaon, lils de Priam, et maintenant Achille le destinait à récompenser le coureur le plus agile ''. La cuirasse d'Agamemnon était un cadeau du roi de Chypre Kinyras ; elle provenait donc « du rayon où s'étendait la civilisation phénicienne ■^. » Si les Grecs tâchaient de se procurer par tous les moyens des tisseuses et des brodeuses de Sidon '', ils devaient mettre le même enqjressement à acheter les étoiles qui leur arrivaient de la côte syrienne. Un curieux récit de VOdi/ssce nous montre des négociants phéniciens à l'œuvre dans un port hellénique ". Ils abordent avec une abondante cargaison qu'ils étalent aux yeux de la population émerveillée. On admire surtout un collier d'or et d'ambre, que les femmes « se passent de main en main et qu'elles dévorent du regard. » Leur séjour se prolonge jusqu'à ce (pi'ils aient écoulé par le troc toutes leurs marchandises, et quand ils repartent au bout d'un an, ils emmènent le propre lils du roi, volé par une esclave fugitive. La Grèce tirait encore de l'Egypte et de TAsie-Mineure une masse considérable d'objets.

\. Di MONT, Les Cf'rainiques de In Grèce propre, I, p. 143.

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