CHAPITRE IV
On croit volontiers que le travail, surtout le travail industriel, était fort peu estimé chez les Grecs, et qu'ils affectaient de Fenvisag-er comme une besogne d'esclave. Les auteurs anciens, en effet, nous offrent un grand nombre de textes dans ce sens-là. Mais il faut bien se garder de prendre toujours pour l'expression d'un sentiment général les affirmations de quelques esprits d'élite. S'il est intéressant de noter ce que disent des gens de métier Platon et Aristote, il est encore préférable, du moins pour l'historien, de se demander quelles étaient à ce sujet les idées courantes. Le malheur est que cette étude n'est point facile, faute de renseignements positifs. Nous avons rarement les moyens de pénétrer les pensées véritables de la foule, parce que les écrivains ont négligé habituellement de nous les transmettre, ou nous les ont transmises en les altérant. Au contraire, la voix des philosophes et des moralistes de l'antiquité arrive directement jusqu'à nous, et comme elle parle avec clarté et avec autorité, elle a peu de peine à couvrir les bruits vagues et confus où se trahit obscurément l'opinion de la multitude.
Nous avons eu l'occasion de montrer qu'à l'époque homérique les hommes, même de la plus haute naissance, ne répugnaient nullement au travail manuel'. Hésiode, lorsqu'il donne à son frère des conseils pour la conduite de la vie, insiste également sur la nécessité du travail. Il est vrai qu'il vise principalement les occupations agricoles, et que celles-ci parurent toujours aux Grecs plus nobles que les autres ; mais en proclamant que « le travail n'a rien de honteux », le poète n'établit aucune distinction entre les objets auxquels il s'applique"^.