En 483-2, d'après Aristote [Goav. des Athén
3. leociiATE, IV, 42 ; 'E[j.ïCo'pioï iv (tijui ttjî 'ElXoiSot toï IlEipaià!.
4. Ps.-XÉNOPHON, Gouvernement des Athénie/ts, II, ii-12.Cf. II, 7.
5. Le mouvement de voyageurs qui avait lieu au Pîrée se tpaduisait par une augiucntalion des recettes de la douane {Ibid. I, 17).
34 LA main-d'œuvre INDUSTRiEtLE DANS l'aNCIENNB GRÈCE
l'étranger lui envoyait toutes les matières premières qu'elle ne trouvait pas en Attique; sa puissance, son prestige, sa marine rendaient aisé l'écoulement de ses marchandises; enfin elle avait cette confiance en soi, cette ardeur d'entreprise, cet élan qu'inspire le succès, et qui engendrent à leur tour des merveilles, pour peu qu'on y joigne les qualités techniques.
L'industrie athénienne n'alla pas jusqu'à annihiler celle de toutes les autres cités. Hors de l'Attique, les ateliers étaient si loin de chômer qu'Athènes leur demandait une foule de produits ouvi-és. C'est ainsi que les trésors des temples renfermaient des lits de Chios et de Milet, des vases en argent de Chalcis, des boucliers -en or de Lesbos, des étuis de flûte en ivoire de même origine*, et les inventaires qui énumèrent ces tex-voto sont évidemment très incomplets. Il suffit d'ailleurs de feuilleter les comédies d'Aristophane pour constater que les Athéniens faisaient un grand usage des articles fabriqués k l'étranger^, sans compter que, même à leur apogée, une bonne partie du monde hellénique, comme la ligue péloponnésienne, la Sicile et l'Italie du Sud, échappait presque entièrement à leur action, ou ne la subissait que de son plein gré.
Il est bien avéré pourtant qu'en matière d'industrie Athènes était hors de pair. Par malheur, les désastres qui marquèrent la fin de sa lutte contre Sparte lui lurent très funestes. Dépouillée de ses possessions d'outre-mer, obligée de renoncer à son hégémonie maritime, épuisée d'hommes et d'argent, odieuse à CQux qu'elle avait récemment opprimés, elle fut sur le point de périr dans cette crise, qu'aggrava encore la guerre civûe. Mais cette déchéance ne dura pas, et, sans remonter au rang d'où elle était descendue, elle se releva assez vite dès le début du IV* siècle. Elle eut dans la suite quelques retours d'ambition, et elle essaya de restaurer partiellement son ancien empire. Néanmoins, c'est surtout par une politique de paix, de recueillement et de travail qu'elle s'appliqua à refaire ses forces. Les préoccupations économiques semblent avoir eu alors une importance capitale aux yeux de ses hommes d'État. Le traité des Revenus, de Xénophon, qui peut être regardé comme le programme de plusieurs d'entre eux, préconise toute une série
i. CIA., I, p. 65, col. 2; p. 13, col. 1 ; p. 74, col. 2.
2. Voir par exemple ChevalUn, 237 ; Ass. dea femmes, 74, 319 ; Thesmopk., 730-731 ; Guêpes, il57-lliS8, 11 se peut toutefois qu'Athènes fabriquât beaucoup d'objets d'imitation.
l'évolution de l'iXDUSTRIE en GRÈCE 38
de réformes destinées à enrichir le Trésor et la société, et nous savons que quelques-unes furent réalisées'. Sans doute l'industrie, notamment l'industrie minière, traversa des périodes de gêne ^. Mais, à tout prendre, il ne paraît pas que la production ait notablement baissé, ni que les bénéfices aient diminué ^. On a été jusqu'à dire , sans réussir, il est vrai , à le démontrer , « qu'après la guerre du Péloponnèse la Grèce devint de plus en plus un pays industriel *. »
Les conquêtes de Philippe et d'Alexandre amenèrent dans cette contrée une perturbation profonde. Elles n'affectèrent pas seulement la vie politique des cités, elles en troublèrent aussi toute l'existence économique. De tout temps, la concurrence avait été très ardente entre les villes helléniques et l'étranger, entre les villes helléniques elles-mêmes, et dans chacune d'elles entre les particuliers^. Elle s'accrut encore après la constitution de l'empire macédonien et des royaumes qui sortirent de son démembrement. Ce n'est pas que la Macédoine ait essayé d'entrer directement en rivalité avec les grandes places de commerce qu'elle tenait sous sa dépendance. Rien n'indique que son industrie se soit développée au point de menacer celle de l'Hellade, sauf peut-être en ce qui touche la métallurgie *. Mais partout en Orient il se créa sous Alexandre et après lui de nouveaux centres manufacturiers, comme Rhodes, Alexandrie, Pergame et bien d'autres, qui accaparèrent une bonne partie de la clientèle des anciens. Il arriva en outre ceci qu'une foule d'artisans abandonnèrent la Grèce et allèrent se iîxer dans ces opulentes monarchies d'Afrique et d'Asie qui étaient une sorte de foyer d'appel pour quiconque voulait faire fortune ou chercher aventure. Ainsi l'activité industrielle se déplaça. Elle quitta les lieux
i. Ce traité date probablement de 335 av. J.-C.