L'ESCLAVAGE
, L'esclavage fut un fait général dans le monde hellénique et il prit de siècle en siècle une extension plus grande.
Les Grecs n'ont jamais douté de la légitimité ni de la nécessité de cette institution. Aristote écrit que la famille est « un composé d'hommes libres et d'esclaves' », et il se félicite qu'il en soit ainsi, n Quelques-uns, dit-il, prétendent que l'autorité du maître est contre nature, que si l'un est esclave et l'autre libre, c'est la loi qui le veut, que par nature il n'y a entre eux aucune différence, et que la servitude est l'œuvre, non de la justice, mais de la violence. " Il est loin, quant k lui, de partager ce sentiment, h L'homme, pense-t-il, ne peut se passer d'outils, ne fût-ce que pour se procurer les choses indispensables k la vie. Parmi ces outils, les uns sont animés, les autres inanimés. Pour un capitaine de navire, le gouvernail est un instrument inanimé, et le matelot qui veille à la proue un instrument animé. Tout objet que l'on possède est un instrument utile à la vie, et la propriété est l'ensemble de ces instruments. L'esclave est une propriété animée et un instrument supérieur k tous les autres "'. » Tout en reconnaissant que certains individus, comme les prisonniers de guerre, ne sont esclaves que par accident, le philosophe estime que beaucoup sont faits pour être esclaves, et que c'est là leur destinée véritable. De même que tout être humain est organisé de manière k ce que l'âme commande et le corps obéisse, de même aussi « l'homme qui est inférieur à ses semblables autant que le coi-ps l'est à l'âme ou la brute à l'homme, est esclave par nature, et il est avantageux pour lui qu'il le soit. Or telle est la condition de ceux qui ne valent que par leur force physique'', n Si un grand esprit comme Aristote énonçait
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Ibid., I, l 13 :
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de pareilles idées, on devine quelle devait être l'opinion commune.
Plusieurs causes contribuaient à alimenter l'esclavage.
D'abord la naissance. A l'époque homérique les e.sciaves nés dans la maison du maître étaient rares'; dans la suite, au contraire, ils furent très nombreux. Le recueil des actes d'affranchissement, publié par MM. Wescher et Foucart, nous indique une proportion de cent cinq esclaves aiv.o-(ivtX; sur deux cent vingt-neuf*, et une nouvelle série de documents du même ordre nous en signale quarante-deux sur soixante-neuf ^. Les esclaves n'étaient pas aptes à contracter un mariage légal ; mais il pouvait s'opérer entre eux des rapprochements plus ou moins durables, que le père de famille tolérait, qu'il favorisait même parfois au gré de sa fantaisie ou de son intérêt, « Nous devons empêcher nos esclaves, dit Xénophon, d'avoir des enfants sans notre permission ', » Aristote recommande de s'assurer de leur fidélité en leur accordant par intervalles la faculté d'en procréer ■". Dans une comédie d'Aristophane, Praxagora trouve tout naturel qu'une esclave couche avec un esclave^, et une anecdote racontée par Stobée indique que souvent il y avait là, pour les riches, matière à spéculation ^. Sous la domination romaine, il n'était pas sans exemple que la Femme affranchie fût obligée de fournir à son maître un ou plusieurs enfants avant sa libération définitive ^.
Les enfants issus de ces unions serviles étaient le bien du maître au même titre que le croît du bétail^. Il est vrai que
SvSplOITOî OïipfOU (BlixElVCai Si ToStOV TOV tpDTIOV, SuiilV èuTiv ïpYOV ^ ToB ooi[*oiios
jl^fTJotî, xai tout' luTfv àjî' aùrûv pÉXiiorov), outoi [iév eIoi çûctei SoOloi, 0Î4 pÉXTidv {(jTiv Sip'fenBai ta'Jti]v xt^v àpy^i.
i. Voir p. f4,
2. FoocART, Mémoire sur t'a/franchissement des eêclaves par forme de vente à une dwinité, p. 47.
3. BCH, XVII, p. 344 et suiv. Cf. les £-]7"£rî de Rhodes (IGI, !, 483-489, 543, 547, 711, 748, 751, 755, 873, 877, 881, 910, 917, 988 (Carpathos).
4. XÉNOPHON, Éconoin., IX, 5 : MiJ-cs TexvojtoiSviai oi oUhai Svej xft; îjiiErépaî ■rv(.j[ii]î.
5. AniSTOTE, Économ., I, 5, 6 : Aiï hi xal Èïo]iiipeiEiv Tit; tixioitoiUii.