‹ La Main-d’Œuvre Étrangère dans l’Agriculture FrançaiseChapitre 14 sur 49 · NOMBRE D'INSTRUMENTS · texte numérisé non relu

NOMBRE D'INSTRUMENTS

Ü ya 20 as Actueliement Charrues-brabant doubles............. 116 14.522 Herses parallélogrammiques .......... 352 16.403 HOneS Cheval ER mt mer 1.178 9.567 DA NCAEL Sn ce NU SIN 86 1.401 Faucheuses, faucheuses-moissonneuses 720 5.550 Moisonneuses, moisonneuses-lieuses... 0 4.321

M. J. B. Martin, ingénieur agronome, professeur départemental d'agriculture d’Indre-et-Loire, a communiqué les chiffres suivants au Congrès de mécanique agricole :

INSTRUMENTS 1892 1910 Râteaux et faneuses ..... 550 8.000 HANChEUSCSIERE EE 0 200 10.000 Moisonneuses ........... 130 4.000

Dans la haute-Garonne, d’après M. Carré, professeur ‘départemental d'agriculture, les machines agricoles auraient suivi la progression suivante

BAUCRENSES ER 2 ere 200 450 7.000 15.000 Moisonneuses simples Ou combinées . . 90 180 1.500 25.000 Moisonneuses lieuses..... 10 60 800 1.200

Les chiffres ci-dessus donnent une idée de l’engouement pour la machinerie agricole qui s’est emparé des entrepreneurs de culture, un peu dans toutes les régions, car des progrès analogues ont été constatés partout.

Il est dans la tradition de soutenir aujourd’hui que la machine agricole ne casse pas les bras de l’ouvrier et qu’elle ne vient sur la propriété que lorsqu'il en est parti.

Il est certain qu'au début de leur existence, les machines agricoles, nous parlons de celles qui abaïissent le prix de revient des travaux, ne sont pas venues chasser l’ouvrier. Il y avait à cela plusieurs raisons : 1° la suspiscion instinctive pour tout ce qui est mécanique de la part de l’agriculteur ;2° le bon marché de la mainœuvre agricole. Elles ne commencèrent à jouer un rôle qu'à partir du moment où la main-d’œuvre, devenue insuffisante était du même coup devenue plus chère. C’est ainsi qu'elles se développérent en Angleterre par suite de la famine qui décima les Irlandais et aussi lorsque leur émigration en Amérique devint trop intense ; elles prirent leur essor en Amérique après la guerre de Sécession et en France surtout après la guerre de 1870-1871.

Mais lorsque les machines eurent fait leurs preuves que le monde des agriculteurs se fut habitué à les voir fonctionner et que la maind'œuvre fut devenue un peu plus chère alors on acheta des machines agricoles même quand il était possible de faire faire les travaux pay les ouvriers. |

On a tous les jours des exemples édifiants sous les yeux , Ainsi par exemple dans le midi les moissonneuses-lieuses ont pris un grand développement. Des syndicats agricoles en sont pour-

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vus. Beaucoup d'agriculteurs à la tête d’exploitations moyennes en ont aussi. Ces derniers, leurs moissons terminées s'offrent pour faire celles de leurs voisins qui n’ont pas de moissonneuse, moyennant des prix très avantageux. A la séance du 12 juin 1912 de la Société Nationale d'agriculture, M. Besnard a communiqué une note de M. Henry Girard sur le prix de revient de la moisson en 1911. A la main, la moisson revient à 45fr. 80 tandis qu'à la machine elle revient à 28 fr. 45, soit une économie de 17 fr. 35 par Ha. En 1902-1903-1904, les prix de revient étaient de 50 et 33 fr., soit encore une économie de 17 fr. par Ha. Le salaire journalier des ouvriers employés à la conduite des machines était de 5fr, 45. II faudrait que l’agriculteur fût bien peu soucieux de ses intérêts pour prendre l’équipe de moissonneurs et refuser le concours de la moissonneuse-lieuse. En réalité dans beaucoup de régions on ne moissonne plus à bras que les parcelles trop petites pour êfre . moissonnées à la machine ou bien les céréales versées en tourbillons. Moissonnent encore à bras les exploitants qui, n'ayant pas de machine sont assez nombreux dans la famille pour faire le travail à eux seuls.

Quand il s’agit d'effectuer un défoncement par exemple, l’économie réalisée par lemploi de la machine est également très élevée. Pour défoncer à Om.50 il faut compter 250 journées d'homme et une dépense d'environ 1000 francs. Avec une défonceuse attelée de bœufs ou de

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chevaux, le défoncement revient à 400 francs environ. Le treuil actionné par des animaux fait un défoncement de 0 m. 60 qui coûte 325 francs. Enfin avec 250 francs on fait en cinq jours un défoncement à Om.60 avec un moteur à vapeur (1).

Cependant si le travail de l’homme coûtait meilleur marché que celui de la machine on le préfèrerait souvent ;mais comme aujourd'hui ce n’est plus possible, parce que le prix des machines agricoles a baissé et celui de la-maind'œuvre a augmenté, on va droit aux machines dès que leur emploi peut être justifié techniquement et économiquement.

Dans la moyenne culture, grâce à ce matériel on n'aura bientôt presque plus besoin de maind'œuvre salariée : le chef de culture aidé de sa famille fera tout lui-même.

Malgré qu'il dise: « Les machines ne font leur apparition dans une ferme qu'après le départ des ouvriers » (2) M. Ringelmann est un peu de notre avis car il dit aussi en parlant de la classification des machines agricoles, que les machines du premier groupe « ont pour but d’abaisser le prix de revient des travaux par la diminution de la main-d'œuvre nécessaire » (2).

La statistique de 1892 dit en parlant de l’exploitation directe de la grande culture (3) :

(1) Chiffres communiqués par M. Vermorel au Congrès de mécanique agricole.

(2) et (3) Congrès de Mécanique Agricole, pages 42 et 133. (4) Statistique 1892, page 395.

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« L'exploitant direct profite de l’extension de la machinerie {agricole considérable de 1882 à 1892 et tend de même à employer moins de salariés.

« On ne sera donc pas étonné de la diminution 112.272, du troisième groupe qui se. compose uniquement de salariés. »

Dans l'enquête sur les salaires agricoles un certain nombre de professeurs départementaux déclarent que l'exode rural est dû en partie au développement du machinisme agricole. On ne peut certainement pas assimiler la machinerie agricole qui ne fait pas le produit à la machine industrielle qui fabrique le produit ;m'ais il n’est pas moins exact qu'aujourd'hui, d’une manière générale la machinerie agricole comme la machine industrielle « casse les bras de l’ouvrier » Si l’on disait à bien des agriculteurs qui emploient aujourd’hui les machines et qui soutiennent cependant la vieille théorie classique, de reprendre les ouvriers même aux anciens prix, ils ne les reprendraient pas, nous en sommes convaincu et ils auraient raison au point de vue économique du moins.

Une autre cause technique qui peut expliquer jusqu'à un certain point, la diminution de la main-d'œuvre est l’accroissement des cultures fourragères au détriment de certaines cultures demandant plus de main-d'œuvre comme les cultures industrielles de lin et de chanvre par exemple.

Ces dernières ont subi les diminutions suivan-

tes :

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CHANVRE LIN 1840 176.148 Ha 98.241 H:

et cela malgré la prime de 2.500.000 franc saccordée à ceux qui les cultivent.

Par contre les cultures fourragères ont pris un développement considérable.

Elles occupaient 10.064.000 Ha en 1882, 10.705.200 H: en 1892 et 15.193.400 » en 1910.

Il est incontestable que les cultures fourragères dans leur ensemble et notamment les cultures autres que les racines, tubercules et les choux demandent beaucoup moins de maind'œuvre que les autres cultures alimentaires ou industrielle,

Ici se pose encore la question de savoir si on a fait des cultures fourragères afin de parer au défaut de main-d'œuvre ou si au contraire les cultures fourragères ont eu pour effet de faire diminuer la main-d'œuvre .

Il peut très bien se faire que dans certaines régions la diminution du nombre d'ouvriers ait amené les exploitants à faire des cultures fourragères comme il est vraisemblable que dans un grand nombre de cas la culture fourragère a contribué à faire partir les ouvriers. Certains agriculteurs dans la période qui s'étend de 1891 à 1910, en dehors de toute considération de main-d'œuvre, ont eu intérêt pour des raisons

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économiques à renoncer à certaines cultures notamment à celle des céréales pour se livrer à la culture des fourrages.

Dans la période 1891-1910 en effet, les fourrages se sont vendus en moyenne 7fr.61, prix très rénumérateur le quintal et le blé par exemple, 17fr. 14 l’hectolitre, prix à peine rénumérateur ; pour peu que l’on fût bien placé pour produire et écouler les fourrages on avait intérêt à cultiver ces derniers.

Depuis quelques années le blé se vendant à des conditions très avantageuse, le même intérêt pourrait ne plus subsister.

II est naturel que l’agriculteur qui voit la possibilité d'augmenter ses bénéfices en transformant ses cultures, en faisant des fourrages au lieu de faire du blé par exemple, renonte à ce dernier, même s’il a à sa disposition la maind'œuvre suffisante et le fait s’est certainement produit plus souvent qu’on ne semble l’admettre.

Les deux raisons précédentes : développement du machinisme et extension des cultures fourragères ont eu pour résultat surtout de réduire la main-d'œuvre pour un certain nombre d’opérations ;mais il en est pour lesquelles on a pas encore pu supplanter lPouvrier.

Quelques exemples sont indispensables pour faire comprendre la nécessité dans laquelle on se trouvera toujours, de faire appel à la maind'œuvre.

Pour cultiver la vigne, on à pu avec les charrues vigneronnes, les labours croisés, avec les

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houes et autres instruments remplacer le travail à bras que faisait l’ouvrier.

Pour les traitements anticryptogamiques on peut dans les grands vignobles avoir des soufreuses et des sulfateuses à grand travail ; mais on n’a pas encore de machine capable de remplacer l’ouvrier pour tailler la vigne et cueillir les raisins. D'ailleurs la viticulture est la branche de la grande produtétion agricole qui demande le plus de main-d'œuvre. Au moment de la taille et des vendanges cependant, le besoin est plus marqué qu'aux autres époques de lPannée

Pour cultiver la betterave on peut avec les distributeurs d'engrais et les semoirs n'avoir pas besoin de beaucoup de main-d'œuvre au moment des semailles ;mais au moment du démariage, des sarclages et des binages, le besoin de maind'œuvre est impérieux.

Dans le midi pour la cueillette des olives, des fleurs, des légumes et des fruits, il faut une maind'œuvre considérable. De sorte que cest seulement par saccades, à certaines saisons, que l’exploitant fait appel à une grande quantité de travail salarié. C’est d’ailleurs une tendance générale de l’agriculture moderne.

Vandervelde dit avec raison à ce sujet : « De plus en plus la réduction au minimum de la main-d'œuvre et lemploi au moment de presse d'ouvriers venus du dehors deviennent la forme normale du travail agricole. Il n’est pour ainsi dire pas une branche de l’agriculture où pen-

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dant une partie de l’année les exploitants n’aient recours à des travailleurs adventices » Le phénomène nest pas particulier à la France, il est général au point que les junkers prussiens songent à employer des coolies et que certains agriculteurs anglais parlent de faire venir des ouvriers italiens à l’époque des moissons. (1)

(1) VANDERLVELDE. — Ouv. cité, p. 134.

$S IV. — Causes économiques.

Pour bien comprendre les causes économiques du mouvement rurifuge il faut rapidement passer en revue la situation économique de l’agriculture d’une part, du commerce et de l’industrie d'autre part, dans la deuxième partie du XIXe siècle. « En moins de cinquante ans tout est bouleversé de fond en comble, l’industrie, l’agriculture , le commerce , les transports, les moyens de production, de consommation, de circulation et les rapports des hommes entre eux sont profondément modifiés. Ce n’est plus une évolution, c’est une véritable révolution qui s’accombplit et qui suit son cours comme un torrent qui entraîne tout sur son passage » (1).

Il a été parlé dans l’avant-propos des progrès considérables qui ont été réalisés dans Pagriculture grâce aux découvertes scientifiques. Mais en même temps que grâce à ces progrès la production nationale allait se développant il se produisit ce phénomène que des pays neufs en:

voyaient sur notre propre marché des produits similaires qui pouvaient avantageusement lutter avec les nôtres. Il s’agit ici surtout des céréales, mais les prix de la plupart des autres produits avaient aussi considérablement diminué.

Ainsi par exembple, l'hectolitre de blé valait

(1) Jules MÉLINE, — Ouv. cité, page 2.

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