‹ La Main-d’Œuvre Étrangère dans l’Agriculture FrançaiseChapitre 31 sur 49 · TT · texte numérisé non relu

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En plus de cette population que l’on peut considérer comme stable, il y a beaucoup d’Espagnols qui demeurent dans le pays depuis longtemps et qui par la simple application de la loi. de 1889 ont été naturalisés par option dès la deuxième génération. Il existe aussi la population flottante qui vient pendant la période des vendanges et qui se compose d'individus qui peuvent se diviser en deux catégories.

I ya les vendangeurs proprement dits engagés en bandes directement par les propriétaires et formant ce qu'on appelle « colles » dans le pays. Ce sont généralement des paysans des localités frontières des provinces de Gérone et de Lérida. Le chef de colle est généralement un Français ayant fait fortune en quelques années : c’est un véritable sous-entrepreneur, un marchandeur. |

Quand un propriétaire a besoin d’une « colle » importante pour la vendange il charge un de ses travailleurs espagnols d'aller recruter cette colle dans son pays ou bien il écrit à l’un de ceux qui faisaient partiede sa colle l’année précédente de lui amener ce qu’il lui faut. Il n’y a pas d’organisation et chacun agit à sa guise. M. Palmaroli, Consul d’Espagne à Perpignan, a essayé inutilement d'organiser l’immigration des ouvriers agricoles espagnols.

Une colle comprend un certain nombre de

- femmes et une moyenne de deux hommes pour

huit femmes. Le nombre de travailleurs espagnols qui entrent en Roussillon pour faire les

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vendanges est évalué à 15 ou 16.000 dont un certain nombre sont envoyés dans l’Aude et l’Hérault par des propriétaires roussillonais qui possédent aussi des vignobles dans ces deux départements

En outre de ces vendangeurs on trouve dans les départements du midi des frimars (golondrinas) qui viennent de toutes les provinces de l'Espagne m'ais surtout de la région orientale. Ils partent au printemps emportant une carte de secours et font des arrêts en route pour gagner leur vie. Ils poussent leur voyage jusque dans l'Aude et dans l'Hérault avec l'espoir parfois 1irréalisé d'y trouver du travail pour les vendanges. Ces isolés quand ils ne trouvent pas de travail peuvent être cause de troubles car poussés par le besoin ils en arrivent à accepter des salaires dérisoires contre lesquels s'élèvent avec raison les autres travailleurs. Comme le dit très bien M. le Consul d'Espagne à Perpignan, il y aurait lieu de créer une organisation dans lacuelle les consulats aidés par les pouvoirs publics et les sociétés ouvrières pourraient jouer un rôle important. (1).

L'emploi de la main-d'œuvre espagnole dans les régions viticoles se généralise pour plusieurs raisons : ;

1° Par suite de laccession à la propriété d’un certainnombre de salariés.

20 À cause des grèves qui ont, en beaucoup d'endroits, amené les propriétaires à faire appel exclusivement aux travailleurs espagnols.

(1) Mémorias diplomaticas y consulares, p. 18.

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Pendant la crise viticole qui a été un véritable désastre pour le vignoble méridional, la propriété par endroit et notamment dans le Roussillon, a été morcelée et dépréciée. Beaucoup de travailleurs agricoles possesseurs d’un petit pécule ont pu acheter un lopin de terre qu'ils ont planté en vignes. Ils récoltent de 100 à 250 hectolitres de vin et bien entendu ne veulent aller travailler chez les autres que lorsqu'ils ont fait tout ce qu'ils avaient à faire chez eux. D’après un propriétaire du Narbonnais, la raison pour laquelle dans les conventions intervenues entre les propriétaires et les ouvriers on avait limité à 6 heures la durée de la journée de travail était précisément celle qui est donnée ci-dessus : les propriétaires journaliers avaient ainsi le temps de-travailler, chez eux et. chez les: antres.

Dans l'Hérault, les ouvriers, dans un moment d’aberration sans doute, se sont laissé aller jusqu'à pratiquer ce sabotage odieux qui consiste à détruire les souches dans les vignobles. Les propriétaires n’ayant pas voulu accepter les exisences des grévistes se sont syndiqués el aidés par leurs ouvriers restés fidèles se sont mis à travailler leurs terres en commun. L'un d’eux, un ami de notre correspondant, n’a pas voulut

adhérer «et s’est contenté de faire venir dans sa propriété où ils sont logés 20 ouvriers EME dont il est fort content ».

Pour diverses raisons par conséquent, le nombre des ouvriers espagnols tend à devenir chaque jour plus nombreux dans la viticulture méridionale.

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Le travail à la tâche est la règle dans presque tout le Midi viticole. Le propriétaire à qui il faut une main-d'œuvre assurée et qui se voit dans la nécessité de faire sa récolte dans un laps de temps relativement limité afin d'éviter les aléas auxquels donnait lieu l'insuffisance de la main-d'œuvre française et ,il faut bien le dire, les mouvements grévistes, aiment mieux faire faire le travail à la tâche et traiter avec un chef de colle qui se charge du recrutement des travailleurs.

Dans certains mouvements grévistes c’est contre le travail à la tâche que se sont élevés les ouvriers français ; ils en ont demandé l’abolition mais ne l’on pas obtenue. Le seul résultat, dailleurs appréciable auxquels ils sont arrivés par endroits, est Ia suppression du tâcheron, chef de cole ou marchandeur. Les prix sont alors dans ces conditions débattus entre le propriétaire et les ouvriers.

Les ouvriers agricoles espagnols, même ceux

qui viennent des régions les plus riches de-l'Es-

pagne comme la Catalogne, trouvent en France des salaires de beaucoup supérieurs à ceux qu'ils gagnent chez eux. C’est ainsi que dans le Roussillon ils gagnent 4 francs par jour en moyenne pour les vendanges pendant que chez eux ils ne .gagnent guère que 2fr..à 2fr50.

Dans l'Aude les travaux à la tâche sont assez

généralisés ; ils sont payés :

Déchaussage des vignes. 4 à 5 fr. les mille souches

Epandage des engrais.. 5 à 6 fr. l’hectare.

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Plantation des vignes.. 9 à 3 fr. les cent trous.

Démaaigel 2,0, 0 fr. 10 le mètre courant. Férrassement.. … .....: 0 fr. 30 le mètre cube. 4 à 5 fr. les 1000 k. portés au cellier.

Danÿ la région de Carcassonne les ouvriers nomades touchent en outre 400 grammes de haricots cuits au lard.

« Cette rémunération proportionnelle au travail que représente le forfait, toujours accepté

. par les ouvriers nomades, convient aux proprié-

taires : qui y tiennent beaucoup parce que ces travaux généralement grossiers ne nécessitent qu'une surveillance réduite, sont plus économiques êt plus rapidement exécutés que ceux faits à la journée » (1).

Dans l'Hérault les salaires varient peu avec les régions considérées : Il est en général de 2fr. 50 en hiver, de 3fr. en été. Pendant les vendanges il faut compter une moyenne de 4fr.50 par jour. La tendance est aujourd’hui à légalisation des salaires à raison de Ofr. 50 l'heure.

En Camargue pour les vendanges les salaires

. nous l’avons déjà vu sont les suivants :

Hommes. 4 à 5 fr. plus deux litres de vin

Sans NOUFTIUTE . . 4 Femmes, 2 fr. 25 à 2 fr. 75, plus un litre.

Hommes, 3 fr. ou 3 fr. 50.

NOUPTIS EU 10GÉS À Eémmes, 1 fr. 75 ou 2 fr.

Ces salaires s'appliquent aux ouvriers qui tra-. vaillent groupés en colle. Il est probable que les salaires des travailleurs français sans lappoint de la main-d'œuvre espagnole se seraient élevés:

(1) Enquête sur les salaires agricoles, p. 60.

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mais il est cependant permis d'affirmer qu'ils atteignent aujourd’hui un chiffre raisonnable et puis enfin il est incontestable que la présence des travailleurs espagnols est absolument nécessaire aujourd’hui.

Mais les travailleurs français protestent avec raison contre les trimars espagnols, les isolés, qui poussés par le besoin s’embauchent à n’importe quel prix. Ceux-là avilissent vraiment les salaires et les propriétaires éviteraient certaines difficultés s'ils ne les embauchaient pas.

Les puvriers espagnols sont d’une sobriété rare ; mais on peut dire d'eux ce qui a été dit des italiens : cette sobriété signifie plutôt une alimentation insuffisante. L’'Espagnol, on l’a déjà vu, se contente de peu. Cependant quand il est mis en présence d’une nourriture plus substantielle l'Espagnol se tient bien à table et le vin prend assez facilement la place de l’eau ; mais il est juste de faire remarquer que l'Espagnol ne commet pas d’excès et que la seule fantaisie qu'il se paie volontiers est la cigarette qu'il a presque sans discontinuer à la lèvre. L’Espagnol comme l'Italien consomme très peu d’alcool.

La nourriture du travailleur espagnol est peu variée : le haricot, le pois-chiche et l'oignon sont consommés par lui en grandes quantités. Le lard et le petit salé forment le fonds de son alimentation carnée. Les tomates, concombres, melons et fruits divers font son régal.

Le travailleur espagnol est foncièrement catholique ; il pratique avec ponctualité sa religion.

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