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Mais c’est plutôt chez lui tradition que conviction et pour peu que le milieu ambiant se montre indifférent en matière religieuse ,sans qu'il soit besoin d'exercer la moindre contrainte, il se déshabitue d’une pratique qu’il n’a jamais cherché à comprendre. La femme cependant reste fidèle au culte dans lequel elle a été élevée et qui satisfait sa sensibilité de femme et de méridionale.
Les ouvriers espagnols, du moins ceux que nous voyons dans nos campagnes, n’ont rien de cette morgue espagnole qui a bien l'air de n’étre qu'une légende. Les grands d'Espagne, les superbes Castellans en particulier, pouvaient bien avoir une Conception particulière de leur dignité personnelle ; mais les humbles d’Espagne, comme ceux de tous les autres pays ont un tempérament particulier, c’est évident, mais n’ont pas de leur personne l’idée qu’elle soit supérieure à celle des autres. On pourrait peut-être même reprocher à l'Espagnol de se laisser trop facilement aller à la mendicité ce qui dénote un certain ravalement de la morgue espagnole dont parle l’histoire. En réalité, les travailleurs espagnols sont de pauvres et braves gens qui ne demandent qu'à vivre en travaillant et qui n’ont aucune de ces velleités que l'imagination plus que l'observation prête au peuple espagnol. L’Espagnol ressemble en tous points aux populations dans lesquelles il s’est répandu: il s’assimile avec une facilité remarquable et dès la deuxiéme génération il devient impossible de distinguer un Espagnol d’un Français : les poteaux frontiè-
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res n’ont jamais suffi probablement pour faire naître des différences entre un catalan français et un catalan espagnol, ni entre un Basque de France et un Basque d’Espagne.
Les Espagnols se trouvent si bien en équilibre intellectuel et moral avec les populations du Midi qu'ils restent en très grand nombre dans notre pays. Les naturalisations sont évidemment peu nombreuses à la première génération car il faut avoir du temps et payer pour les obtenir ; mais les enfants à leur majorité optent généralement pour la nationalité française : il est vrai qu'ils ont tout à y gagner et rien à y perdre.
Très économes les Espagnols amassent des - économies en vue dé Pachat d’une petite propriété. Leur ambition satisfaite ils font souche dans un pays et l’on cite dans le Biterrois et le Narbonnais -des villages où les autochtones ont disparu laissant la place aux Espagnols. Grâce à eux par conséquent certaines terres qui eussent été abandonnées sont mises en valeur et la maind'œuvre salariée si nécessaire dans le vignoble ne fait pas totalement défaut. Les Espagnols comme les autres salariés étrangers dont nous avons déjà parlé contribuent pour une large part à la prospérité agricole de notre pays et du midi viticole plus particulièrement.
S IV. — Conditions de travail et de vie
des ouvriers agricoles Polonais
La main-d'œuvre polonaise n'existe à vrai dire en France que depuis quelques années et à titre d'essai. Les premières tentatives semblent
ne.
ae ik
avoir été faites par deux agriculteurs de Meurtheet-Moselle. On signalait la présence de quelques Polonais dans les fermes de la Marne et de la Haute-Marne en 1907. Sur la proposition d’un délégué de la Société d'agriculture de Varsovie, le Syndicat central des Agriculteurs de France prit l'initiative d’un essai d’abord avec les Polonais russes et ensuite avec les Polonais autrichiens Malgré que le nombre des ouvriers polohais ait grossi en l’espace de quelques années, on peut dire qu'il ne s’est encore agi que d’un essai qui n’est d’ailleurs pas très concluant.
L'appréciation portée sur le compte des Polonais semble assez variable. Il est intéressant, d’après l’enquête sur les salaires, des documents divers et des renseignements personnel d'essayer de préciser la valeur professionnelle et morale de cette main-d'œuvre.
Aisne. — Les Polonais sont peu nombreux, mais les tentatives d'emploi qui ont été faites semblent avoir donné satisfaction aux employeurs. |
Ardennes. — Les Polonais n’y viennent que depuis deux ans. Sans aucune restriction le rapport ajoute en parlant de la main-d'œuvre étrangère au département : « Elle donne des résultats assez satisfaisants sans être plus économique ».
Aube. — « La main-d'œuvre polonaise est très recherchée depuis trois ou quatre ans ; mais tandis qu’en d’autres départements les Polonais sont surtout des tâcherons nomades travaitlant en équipes nombreuses , dans l’Aube on tend à les
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employer à titre de domestiques à gages et les contrats qui interviennent entre employeurs et employés comportent une durée minimum d’une année. À l'heure. actuelle on rencontre une quarantaine de ces serviteurs agricoles ».
Côte-d'Or. — Les Polonais sont surtout employés pour suppléer à la diette des domestiques de culture, notamment les charretiers et pour les employer à tous les travaux. En 1909 il a été placé dans le Châtillonnais et l’Auxois 485 domestiques de ferme hommes et 33 femmes. On évalue actuellement à environ 1.000 le nombre de ces ouvriers agricoles dans le département de la Côte- d'Or.
« Cette main-d'œuvre donne des résultats en général satisfaisants : bon nombre de Polonais sont des ouvriers agricoles excellents, stables ; mais il y a une proportion importante de mauvais sujets, instables, allant d’une exploitation à l’autre ».
Il semblerait que le nombre des mauvais su- Jets dont il est parlé ci-dessus s’est accru car il résulte des renseignements très récents, remontant à peine à la fin du mois de juillet 1912, que l’on est aujourd'hui mécontent de cette main-d'œuvre : « Au début les agriculteurs privés de main-d'œuvre indigène ont accepté des Polonais pour les travaux de la campagne et comme les premiers employeurs avaient semblé satisfaits des nouveaux venus, la grande culture avait assez rapidement eu recours aux bras polonais.
« Cette situation fut de courte durée, deux ans environ suffirent à éclairer nos ruraux. Si quelques étrangers s'étaient montrés bons serviteurs la majeure partie était restée très inférieure. Insuffisants au point de vue du travail et s’accommodant mal de nos coutumes, ces déracinés de Galicie regrettaient leur patrie et trop souvent leur irascibilité et leur mauvais caractère faisaient craindre des querelles avec les employeurs ou le personnel indigène. Sans doute le nombre des mauvais fût-il plus grand que le nombre des bons, car aujourd'hui l’arrondissement de Semur qui avait été le premier à employer les Polonais n’en compte plus un seul ».
La main-d'œuvre polonaise presque indispensable dans certains départements de l'Est pourrait en outre dans l’exploitation des forêts rendre de très grands services. Dans une communication à la Société nationale d'Agriculture par M. Rivet, M. Fabre, inspecteur des Eaux et forêts dit : « L'utilisation de la main-d'œuvre polonaise est tout aussi désirable et utile à l’industrie sylvicole qu'aux travaux agricoles en Bourgogne ; elle y serait d’un emploi facile une fois l’ouvrier quelque peu enraciné dans la masse forestière Côte-d'Orienne et adapté à la pratique simple du bûcheronnage. »
Eure. — «Là où L'on a essayé les Polonais l'impression n’est généralement pas bonne. En dehors de la difficulté de se faire comprendre au début, quelques-uns sont intempérants ; ils abusent parfois des fêtes pour avoir un jour de
repos, mais une fois qu'ils sont au travail ils se montrent courageux. Cependant dans le Vexin on nous dit que deux Belges faisaient en un jour autant de besogne que trois polonais ».
Loir-et-Cher. — La main-d'œuvre nomade qui comprend des Bretons, des Belges et des Polonais est convenablement appréciée ».
Haute-Marne. — Les Polonais ont au début, donné satisfaction à leurs employeurs. « À l’heure actuelle, les convois comprennent une forte proportion de non-valeur. La main-d'œuvre polonaise n’est pas plus économique que celle des ouvriers du pays, et l’on y recourt par suite de la pénurie complète de la main-d'œuvre locale. »
Meurthe-et-Moselle. — Il existe dans ce département environ 800 ouvriers polonais « Malheureusement ces étrangers ne parlent pas français et ne se montrent pas toujours courageux. Leur emploi présente donc parfois quelques inconvénients ».
Il résulte des renseignements recuellis dam ce département que l’on n’est pas satisfait de la main-d'œuvre polonaise. Très peu d'ouvriers ont achevé la saison des travaux en 1910 et on n’en a plus repris en 1911. Ils connaissent très peu les travaux de la ferme et il faut les former à .tout. Ils sont en général peu travailleurs et ne cherchent pas à se rendre utiles. « Ils ne travaillent pas le dimanche pas plus en fenaison qu'en moisson ,la paresse plutôt que l’idée religieuse leur fait chômer certains jours qu'ils déclarent fériés dans leur pays ».
2me PART, — LA SOLUTION 213
Ils quittent l'employeur pour le motif le plus futile, ils ennuient les autres ouvriers, « plus souvent encore c’estle patron qui n’est pas satisfait et qui est heureux de s’en débarrasser à tout prix. Ceux qui en ont employé sont loin d'être contents et ils déclarent hautement qu'ils n’en reprendront jamais plus ». La conduite des hommes comme des femmes est cependant bonne.
Les essais tentés n'ayant point donné satisfaction il n’existe plus de travailleur polonais dans les fermes des environs de Nancy.
Haute-Saône. — Les ouvriers polonais ont été essayés sans succès. »
Seine-et-Oise. — La main-d'œuvre étrangère
dans laquelle figurent les Polonais a donné satisfaction.
Somme. — «On a essayé sans grand succès la main-d'œuvre polonaise. »
Vosges. — La main-d'œuvre étrangére qui
comprend des Polonais, des Belges et des Alsaciens-Lorrains donne de mauvais résultats.
Yonne. -— Dans le Gâtinais la main-d'œuvre étrangère composée de Belges, de Suisses et de Polonais est un pis aller.
La main-d'œuvre polonaise est aussi un peu employée dans quelques autres départements ; mais l’enquête agricole ne dit rien sur sa valeur. (1). |
Cette espèce de referendum présente un très grand intérêt et suggère bien des réflexions.
(1) En 1912-1913 la présence des ouvriers agricoles polonais est signalée dans quelques départements du sud-est et
du sud-ouest.
Ceux qui ont vu le Polonais dans son pays ou dans les grandes fermes allemandes s'accordent à dire qu'il est travailleur, endurant et docile. Malgré un vieux proverbe qui veut que les Polonais se saoûlent on déclare que ce sont des gens très sobres qui «en pays étranger songent bien plus à mettre de côté leur salaire qu’à le dépenser au cabaret ». Il est à remarquer de plus que les premiers essais ont donné toute satisfaction : c’est après les avoir vu travailler dans la Meurthe-et-Moselle qu’on a songé à les faire venir et aussi bien le rapport du professeur d'agriculture de la Côte-d'Or que les renseignements qui nous ont été personnellement fournis montrent que l’on a été très satisfait des premiers essais puisque on en a pris un millier comme domestiques. de ferme dans ce seul département. Cependant il semble bien que dans l’ensemble on ne soit bas content aujourd'hui des résultats obtenus. À quoi faut-il attribuer les changements qui viennent d'être signalés ? C’est ce qu’il est intéressant de rechercher pour en tirer peut-être des conclusions utiles.
Il semble bien tout d’abord que cette œuvre de placement des ouvriers polonais qui était au début une œuvre éminemment sociale et agricole soil devenue pour certains individus une véritable entreprise commerciale. Nous vivons dans un siècle où l’on fait argent de tout. Quand on a vu qu'il y avait là comme une espèce de filon susceptible de rapporter de l'argent, certains négriers, c'est le qualificatif qui leur a été donné,
n'ont pas hésité à faire ce que l'on a appelé la traite des Polonais. La justice s’en est émue, mais les malfaiteurs qui avaient pris leufs précautions n'ont pas été autrement inquiétés.
Le nombre des agences et des placeurs est allé s’accroissant avec une grande rapidité. Ces « industriels » comme les appelle M. Numa Raffin (1), exploitent à la fois les agriculteurs français et les ouvriers polonais. Comme la demande a été subitement abondante et que peut-être aussi elle avait lieu un peu tardivement, on recrutait un peu n'importe qui sans souci des aptitudes professionnelles de ceux qu’on allait envoyer en France.
« Certaines sociétés de Galicie ont des représentants, des rabatteurs dans les campagnes les plus reculés, les plus sauvages de cette région ; il y a un vaste réseau d’entremetteurs, de placeurs, de correspondants qui assurent à ces diverses sociétés soucieuses avant tout de toucher de forte commissions, une véritable exclusivité : on conçoit dès lors, que des horlogers, des cordonniers, des étudiants en médecine, des clercs de notaire soient amenés en France pour biner des betteraves ; on s'explique aussi que la moralité de vagabonds, d'inconnus recueillis dans les forêts de Galicie soit douteuse. Il ne faut pas B'étonner par suite du peu de valeur de la maind'œuvre polonaise et de sa cherté ». (1)
(1) Numa Rafliu. Le placement et l'immigralion des ouvriers
polonais en France.
(1) M. J. L. Breton. La Défense agricole, n° du 6 juillet 19124
Certains de ces ouvriers étaient expédiés sous un numéro : on ignorait leurs noms au point qu'ayant des difficultés avec la justice française on n’a pas pu établir leur identité.
Mais l’ouvrier polonais continue à faire l’objet de l'exploitation des placeurs quand il est arrivé à la ferme. Le trafic qui rapportait de gros bénéfices aux anciens bureaux de placement est usité {par certaines agences : on débauche l’ouvrier pour le replacer ensuite et toucher ainsi une certaine indemnité. Cette « chasse à l’ouvrier » est faite quelquefois à l’instigation de certains agriculteurs ou directement par eux afin d'éviter les frais des agences. Or, si on retient ce que dit M. J. L. Breton sur le recrutement des ouvriers galiciens, on s'aperçoit que tous ces individus, horlogers, cordonniers, étudiants en médecine, clercs de notaire, qui se prêtent à jouer le rôle d'ouvriers agricoles ne doivent pas valoir mieux que leurs compagnons de route les vagabonds et inconnus recueillis dans les forêts de Galicie. Les uns et les autres doivent exceller en l’art de jouer la comédie et se prêter au débauchage moyennant une prime certainement.
Il doit peu leur en coûter de chercher querelle pour se donner une raison de quitter leurs patrons, leurs victimes, et s’en aller vers d’autres patrons, d’autres victimes.
On verra plus en détail les moyens à employer pour assainir l'immigration mais on peut d'ores et déjà, dire qu’il est urgent de supprimer ces agences interlopes où l’on fait le trafic des ouvriers polonais.
2me PART. — LA SOLUTION 217
Déjà en Pologne l'opinion publique indignée par les abus des placeurs, les ruptures de contrats et par les plaintes des ouvriers polonais retour de France, s’émeut et se montre de plus en plus hostile à l’'émigration polonaise dans notre pays.
Recrutés comme on vient de le voir, les ouvriers polonais et le chef de l'office de placement signent un contrat écrit dans les deux langues française et polonaise. Dans ce contrat il est prévu que l’employeur paie le voyage à l’aller et que l’ouvrier devra payer au retour ; certaines clauses prévoient le cas où patrons et ouvriers auront le droit de rompre l'engagement de service. Il y a deux modèles de contrat : l’un pour les ouvriers de saison et l’autre pour les garçons de culture et les filles de ferme (1).
Les salaires (2) donnés aux ouvriers polonais sont en général ceux que reçoivent les ouvriers locaux. Les ouvriers de saison ne sont pas à la journée, mais au mois.
La journée de travail commence à 5 heures du matin et finit à 7 heures du soir : il est accordé une demi-heure pour le déjeuner du matin, une heure et demie pour le repas de midi et une demi-heure pour le goûter, soit deux heures et et demie de repos sur une journée de 14 heures : il reste donc onze heures et demie de travail.
Les salaires payés à la fin du mois sont les suivants :
(1) et (2) Numa Ruflin. Ouv. cité,
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Hommes forts de 22 à 40 ans........... . 45 fr. par mois Jeunes gens de 18 à 22 ans sachant faucher. ADÉTS CAES Jeunes gens de 18 à 22 ans ne sachant pas
TAROT SM cr lee 38 fr. »
Fémmestess TRE RES US En CAE 38 fr. »
Les heures supplémentaires sont payées à raison de Ofr. 20 pour les deux premières catégories et de O0 fr. 15 pour les deux dernières.
Les salaires des ouvriers à l’année, c’est-à-dire des garçons de culture et des filles de ferme a varié quelquefois. Ils étaient les suivants dans le contrat type :
Hommes forts de 25 à 40 ans.......... 500 fr. Jeunes:géns dé 202225 ans rer 450 fr.
Filles: detférme- rss ee 360 fr.
Si on y ajoute les frais de voyage on arrive à des salaires qui représentent à peu de chose près ceux que reçoivent les ouvriers français de la même catégorie.
Mais les'agences dans'le but d'exploitation dont nous avons parlé, selon qu’elles voulaient obtenir la clientèle des ouvriers ou celle des patrons, proposaient des salaires plus ou moins élevés.
La société polonaise populaire d’émigration (agence Skolyszensky) fixait les salaires comme ci-dessous : les départements susceptibles d’employer les ouvriers polonais étaient répartis en trois zônes :
1rozOne (Esi)| 2e zone 3e zone Femmes, Jeunes Filles, Jeunes Rens... .. 350 360 370 Jeunes GERS plus robustes et HoMmes. . . 400 410 420 Hommes sachant faucher. . .......,..... 450 460 470
Hommes très robustes et (rès Capables . 500 510 520
Mais les ouvriers devaient payer le voyage au retour.
Si l’ouvrier prolonge son contrat d’une année, il reçoit une augmentation de 100 francs et on lui rembourse la somme de 60 francs qu’on lui avait retenue comme cautionnement.
Pour remédier à la rupture des contrats, le Syndicat français des Agriculteurs et Industriels agricoles et le Syndicat français de la main-d’cævre agricole ont adopté un mode de répartition progressive et une prime qu'on paie à l’expira- “ation du contrat.
Femmes,Jeunes Gens,Jeunes filles. 240 fr. soit avec la prime 300 fr.
Jeunes Gens plus robusies........ 299"fr: » » 350 fr. ARTE EME Mon ns 340 fr. » » 400 fr,
Les bergers, les charretiers, les bouviers et les vachers reçoivent en outre un supplément mensuel de 5 francs ; les femmes préposées aux animaux ont un supplément de 4 francs par mois.
Les garçons du culture et les filles de ferme à l’année reçoivent des salaires de 324 fr. à 528 francs la première année et de 420 fr. à 624 fr. la deuxième. A l'expiration du contrat, pour rentrer en Galicie, les ouvriers polonais reçoivent une somme de 40 francs et le prix du billet de troisième classe, de l’exploitation à la gare frontière.
Un système d'arbitrage est prévu quelquefois. Dans certains contrats on trouve une clause relative au logement des ouvriers polonais. Ce logement sec et sain doit comprendre deux parties : une pour les hommes, une autre pour les fem-
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mes. Le couchage doit être composé du lit avec une paillasse, un coussin et une couverture. Il doit y avoir en outre un local pour la cuisine avec tous les ustensiles de cuisine et les appareils de chauffage.
Le plus souvent, et cest compréhensible, les ouvriers polonais sont logés comme on loge les ouvriers indigènes, c’est-à-dire tout à fait mal.
La nourriture est quelquefois également prévue dans le contrat. Dans ce cas elle se compose des provisions suivantes :
1° Par personne et par jour :
1 Htre de lait non écrémé ; 01lit. 50 de vin.
2° Par personne et jpar semaine :
Pommes de terre à volonté ; Ok. 750 de viande fraîche ; 1k, 500 de lard ; 1k. 500 de riz ; 5k. de pain ; Ok. 500 de farine ; Ok. 250 de sel.
C'est ce qui est prévu dans le contrat des ouvriers de saison.
Mais le plus souvent il est dit dans les contrats qu’en outre des salaires indiqués, « chaque ouvrier recevra la nourriture et le logement ; à ce point de vue il sera traité comme les ouvriers français de l’exploitation ». Dans certains contrats il est dit que l’ouvrier recevra une allocation journalière de 1 fr. 50 par jour.
Mais les clauses du contrat n’ont pas toujours été observées par certains employeurs qui ont spéculé sur l’ignorance des prolétaires polonais qui sont parfois l’objet d’une exploitation criminelle, « on les considère comme des bêtes de rapport, on les entasse dans des locaux trop petits,
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on les nourrit mal et on les assujettit à un travail au-dessus de leurs forces » (1). Dans l’ensemble cependant nous sommes plutôt porté à croire que les cultivateurs qui ont eu à faire avec de bons ouvriers ont tenu pour les conserver à les traiter comme on traite les ouvriers indigènes. Le Polonais n’est pas exigent pour la nourriture : il se contente de bouillies épaisses et de lait. La nourriture de la ferme française, médiocre peut-être aux veux de l’ouvrier français, doit paraître excellente à l’ouvrier polonais.
Quand les Polonais sont nombreux dans une ferme, c’est l’un d’entre eux qui fait la cuisine. Certains contrats prévoient qu'un homme ou: une femme disposera de la demi-journée du matin pour préparer le repas quand le nombre des ouvriers n'est pas supérieur à 20. En outre, une fois par semaine cet homme ou cette femme dispose d’une autre demi-journée pour laver et réparer le linge.
S'il y a plus de 20 ouvriers, toute la journée est alors accordée pour préparer les repas, laver et répareriles effets. Enfin s’il y a moins de 80 uvriers, les ouvriers polonais pourront être soumis au régime des ouvriers indigènes.
Le Polonais est un catholique fervent : il est très attaché à sa religion. Il suit avec une grande ponctualité les offices et observe avec une grande rigueur le repos du dimanche et des jours de fêtes religieuses. Ces dernières sont très nom-
(1) M. Lucien Cornet. Bulletin de l’Union des Syndicats agricoles de Dôle el de Poligny. Mai 1912.
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breuses ; ce sont : le Nouvel An (ler janvier) ; les Trois Rois (6 janvier) ; la Purification (2 février) : l’'Annociation (25 mars); le Lundi de Pâques ; l’Ascension ; le Lundi de la Pentecôte ; la Fête-Dieu ; la Saint-Pierre et la Saint-Paul (29 juin) ; l’'Assomption ; la Nativité (8 septembre) ; la Saint-Michel (29 septembre) ; la Toussaint (1er novembre) ; l’Immaculée Conception (8 décembre) ; la Noël (25 décembre) ; la Saint- Etinne (26 décembre). C’est évidamment beaucoup de fêtes dans l’année, aussi y a-t-il eu quelquefois des conflits aux moments de presse. En Lorraine on s’est plaint particulièrement de ces repos trop nombreux. Il à été alors stipulé dans certains contrats que les ouvriers polonais devraient se conformer à la coutume de la localité ; que le travail cesserait les dimanches et Jours de fêtes à 8 heures du matin, « sauf en cas d’urgence où les ouvriers pourraient n'être libres qu’à l'heure de la grand’messe ».
D'accord avec le Saint-Siège on réduisit de seize à six les fêtes obligatoires ; la célébration des autres fêtes fut remise aux dimanches suivants.
L'ouvrier polonais est en matière religieuse particulièrement chatouilleux. D'une manière générale il n'a pas été contrarié par les maîtres ; mais il s’est produit dans certaines exploitations des petits incidents : quelques camarades de travail des ouvriers polonais, oublieux du respect qu'on doit à la liberté de conscience et surtout aux étrangers se laissèrent aller parfois à se mo-
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quer des Polonais ; or, on souffre quand on se sent de taille à répondre à l’insulteur, à fortiori en est-il ainsi quand on se sent en état d’infériorité parce qu'on ne peut pas s'exprimer facilement et qu'on est étranger au milieu de gens qui se sentent chez eux. L'esprit français ne perdrait rien, au contraire, si les petits esprits forts des exploitations agricoles laissaient en paix les Polonais pratiquer leur religion.
L’ouvrier polonais souffre parfois de son isolement : étranger dans un pays très différent du sien par la langue et les mœurs, il devient facilement irritable et atteint de nostalgie. C'est ce qui explique ses querelles et ses fugues : un certain nombre ont demandé leur rapatriement à l'ambassade d’Autriche-Hongrie. Mais groupés ils pourraient vite s’acclimater. Ce qu'il ÿ aurait lieu de faire, ce serait de grouper ces ouvriers dans des villages à proximité des exploitations. Ils vivraient de leur vie habituelle ; mais le milieu exerçant tout de même son action, ils s’acclimateraient et peut-être se fixeraient-ils définitivement, si surtout, profitant de leurs aptitudes naturelles pour apprendre les langues vivantes on leur donnait toute facilité par des cours du soir, de se familiariser avec la langue frant çaise.
I1 semble qu’un devoir impérieux nous incombe plus particulièrement de tratier avec plus de douceur les Polonais qui viennent en France demander du travail. Nous ne devrions pas oublier, nous Français, qu'une longue et vieille amitié
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unit la France et la Pologne et nous devrions surtout retenir que les Polonais viennent chez nous pour fuir les mauvais traitements qu'on leur inflige en Allemagne et pour refuser leur collaboration au peuple brutal qui violente les droits naturels de leurs frères restés sous le joug Allemand. Rien ne sert dans de belles déclamations d’afficher des sentiments nobles et généreux, si les Polonais qui ont fui des bourreaux deviennent en France victimes de « négriers ».
$ V. — Conditions de travail et de vie des ouvriers
agricoles de diverses nationalités
Les Suisses ne sont guère répandus que dans huit départements français où on les emploie surtout comme vachers et ouvriers fromagers.
On. les rencontre dans les départements frontières fle l'Est, dans les Ardennes, la Seine, la Seine-et-Marne, la Seine-et-Oise, l'Aisne. On les y apprécie beaucoup : ils ont pour les soins des animaux des aptitudes spéciales et, qualité très importante, ils les aiment beaucoup. On leur reproche cependant de s’adonner à l'alcool et de changer fréquemment d'emploi sans pour cela quitter la région dans laquelle ils sont venus se fixer. É