‹ La Main-d’Œuvre Étrangère dans l’Agriculture FrançaiseChapitre 36 sur 49 · LOT · texte numérisé non relu

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Quelles que soient les sommes que les salariés agricoles étrangers envoient ou embportent chez eux, on ne saurait soutenir par conséquent que la France souffre dans ses intérêts. Il a été démontré au contraire que loin d’être une charge pour la collectivité française les travailleurs qui mettent en valeur la terre de notre pays sont une cause de prospérité dont nous devons leur savoir gré.

B) Les ouvriers étrangers sont-ils une source de profits pour l'agriculture française ? — Quand en 1903 on discutait à la Chambre la proposition de loi qui tendait à établir une taxe de 60 francs sur les ouvriers agricoles étrangers, dans le monde des agriculteurs on s’alarma et 1a presse agricole partit eu guerre contre le projet.

Dans un rapport sur la main-d'œuvre agricole dans l’arrondissement de Melun qu'il présenta à la Société d'Agriculture de Melun le 2 avril 1904, M. Brandin s'exprime ainsi : « L’immigration des ouvriers agricoles étrangers est strictement réglée sur l'insuffisance puisque jusqu'ici aucun chômage d'ouvriers agricoles n’a pu être signalé dans l'arrondissement.

« On se flatte en mettant obstacle à l’emploi des ouvriers étrangers et en laissant les ouvriers indigènes en présence de tout le travail que Îles premiers exécutaient de créer une situation qui aurait pour résultat d’influencer le prix des sa-

aires agricoles. Mais ce calcul ne serait juste

qu’à la condition que la quantité de travail of-

302 3me PART.— LA DISCUSSION ferte par l’agriculteur restât la même » (1).

Et M. Brandin fait alors remarquer qu'on serait obligé, de renoncer aux cultures sarclées grâce auxquelles on obtient de hauts rendements. « Ces rendements ne se maintiendront pas et la production générale fléchira ; mais sont-ce les agriculteurs qui y perdront le plus ? Rien ne dit en effet que la diminution du produit brut entraînerait celle du produit net. On pourrait citer maints exemples qui montrent que ce n’est pas la culture la plus brillante qui donne aujourd’hui le plus de bénéfices » (2).

C’est on le voit le conflit entre l’intérêt partir culier de l’agriculteur et l'intérêt général du pays. En la matière, l’intérêt général du pays n'est pas la somme des intérêts particuliers des agriculteurs. L’agriculteur peut avoir au point de vue pécuniaire intérêt à faire de la culture extensive, la collectivité a tout intérêt au contraire à ce que la culture intensive soit généralisée. Or l’un des facteurs de la culture intensive c’est la main-d'œuvre.

M. Brandin cite en exemple une modification de l’assolement qu'on pourrait adopter (3).

(1) Brandin. La main-d'œuvre agricole dans l'arrondissement de Melun. p.22.

(2) Brandin. Op. cit. p. 24.

(3) Brandin. Op. cit. p. 24.

3Me PART,— LA DISCUSSION 303

Assolement triennal Assolement triennal à base de cultures industrielles à base de prairies artificielles Labours Labours BIé EF RAR 1 RE LS L VOIE. vs 1 ANOME.. er 1 - Betterave. ....... 3 Fourrages semés d.l'avoine © 5 2

Ce serait par conséquent une réduction importante de la main-d'œuvre salariée, la disparis tion d'un certain nombre de familles dont les commerçants des villages se ressentiraient. Mais ce serait aussi une simbplification du matériel une diminution sensible dans la consommation des engrais et enfin si la pratique se généralisait ce serait une baisse dans la production et un hausse générale des prix dont tout le monde souffrirait. ,

On ne s'occupe pas assez d’une manière générale des conséquences regrettables que peut avoir une mesure législative sur la vie économique! d’un pays. Par flagornerie et souvent dans un but électoral, pour jeter la poudre aux yeux d’une clientèle électorale, on en arrive à proposer des mesures qui causent parfois de véritables désastres. Les projets tendant à réduire l’entrée en France des ouvriers agricoles étrangers sont au nombre de ces mesures.

304 3me PART, — LA DISCUSSION

$ III. — Les conséquences sociales

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