XVIII
Les Chevaliers n'étaient souvent que des voleurs et des pillards, les bandes de brigands dévastaient les campagnes et par suriéroît les sein gneurs, défenseurs attitrés de leurs vassaux, se faisaient de Château à château des guerres dont les paysans supportaient les frais, guerres qui nécessitèrent d’ailleurs l'intervention du pouvoir royal et de l'Eglise.
Pour conserver les travailleurs du sol, les seigneurs les affranchissent ; Aussi assiste-t-on du XIe au début du XIVe siècle à un accroissement global de la population.
Mais avec la guerre de cent ans et les calamités qui l’accompagnent on voit de nouveau se produire un courant de la campagne vers la ville et une diminution générale de la population:
« Les salaires augmentèrent à mesure que le pays se dépeuplait. Au lieu de 2fr. 70 sous Charles V, le manœuvre gagne 3fr. 15 sous Charles VI et 3fr. 60 sous Louis XI. De son côté, la journalière rurale qui recevait en 1326-1350, 1 fr. 80 acquiert de 1401 à 1500, une paie normale de 2fr. 25 et 2fr. 30. Les bras mâles ou femelles les simples bras du XVe siècle sont moitié plus rémunérés que ceux du XIXe fi l’on n’envisage que le taux de la journée. (1) ».
La main d'œuvre rurale s’est en effet raréfiée et le taux des salaires s’est élevé au profit de ceux « qui ne sont enrôlés dans aucune bande, qui n’ont pas songé à se faire brigands et
(1) D'AVENEL. --- Paysans el Ouvriers depuis 700 ans, pages 14 et 366.
sont demeurés fidèles au métier ou à la terre (1) » En 1388 les Chanoïines de Mondaie, en Normandie, se plaignaient que «l’on ne peut trouver serviteur pour cultiver et labourer les terres qui ne veuille plus gagner que six Serviteurs ne faisaient au commencement du siècle (2) ».
Cette élévation du prix de la main d'œuvre provoque les Edits du 18 Mars 1330, du 30 Janvier 1350, du 5 Décembre 1360 et de Juillet 1383. Par ces édits la royauté fixe le maximum des salaires ruraux ; il est interdit aux ouvriers agricoles de demander des salaires supérieurs à ce qui est considéré comme le salaire normal. La rareté de la main d'œuvre rurale est plus le fait de la dépopulation en général qu'un courant d’émigration vers les villes : la maladie, les famines et la guerre faisaient périr beaucoup de monde aussi bien dans les villes que dans les campagnes. ?
Quand la guerre de Cent ans et la guerre bourguignonne prennent fin on assiste alors à une renaissance économique corrélative de la renaissance intellectuelle. Les règnes de Louis XIe Charles VIII et Louis XII sont parmi les plus prospères de notre histoire. La population s’accroît aussi bien dans les campagnes que dans les villes.
. (1) D'AVENEL -— Paysans et Ouvriers depuis 700 ans, pages
. 14 et 366.
(2) Léopold DeLisLe. — Etude sur la classe agricole en Normandie au Moyen-Age. Cité par Guillou « Emigration des campagnes vers les villes », page 19.