‹ La maison blancheChapitre 4 sur 45 · CHAPITRE ÎV · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÎV

FORTUNE INATTENDUE. — PROMENADE A CHEVAL. — EFFETS DE L'aRGENT.

Huit jours s'étaient écoulés depuis le bal donné chez M. do Marcey. Le baron avait quitté Paris le lendemain de sa soirée pour aller visiter une de ses terres à quelques lieues de la capitale. Il s'absentait assez souvent, soit pour aller chez quelques amis, soit pour voir une de ses propriétés, soit seulement dans le but de se distraire; mais ses absences ne se prolongeaient pas ordinairement au delà d'une douzaine de jours. Lorsque M. de Marcey entreprenait un de ces petits voyages, il était fort rare que son fils l'accompagnât. Alfred, de son côté, suivait toutes ses fantaisies : il allait où bon lui semlDlait, restait à la ville ou à la campagne, sans que le baron le gênât en rien,

Alfred était chez lui, il faisait sa toilette, occupation très-sérieuse pour un petit-maître; mais il la faisait nonchalamment, parce que, pour le moment, il n'avait personne à qui il cherchai à plaire. 11 pensait bien encore de temps à autre à madame de Gerville, la vive Jenny lui avait plu beaucoup; mais elle s'élai» fâchée de ce qu'il avait trouvé Clara jolie, et de ce qu'il le lu*

avait dit. Alfred, qui ne concevait pas que l'on se fâclmt pour une chose si naturelle, n'avait rien fait pour apaiser le dépit de Jenny, et tout en s'habillant il se disait : Les femmes deviennent d'une exigence outrée!... Elles voudraient que nous ne trouvassions jolie que la personne à qui nous donnons le bras... Ah ! c'est-à-dire, elles veulent bien que nous trouvions jolies celles qui sont laides. . . Oh ! pour celles qui sont laides, ces dames sont d'une bienveillance extrême; elles s'obstinent à nous assurer qu'elles sont bien, en disant : Vous êtes trop difficile, cette femme-là n'est pas mal. Mais quand nous disons : Tenez, voilà une femme qui est charmante! elles s'écrient: Ah! Dieu! où avez vous donc les yeux?... Je vous croyais meilleur goût que cela.,. Que trouvez-vous de bien à cette femme-là?... Eh! mon Dieu, mesdames, rappelez-vous qu'on n'est jamais bon juge dans sa propre cause... Vous direz tout ce que vous voudrez, mais les hommes sauront toujours mieux que vous apercevoir dans une femme ce je ne sais quoi qui donne du charme à une figure que vous trouverez très-ordinaire; et, par la même raison, vous devez rendre aux hommes plus de justice que nous.

Alfred est troublé dans ses réflexions par un grand bruit qui part de son salon, et presque au même instant la porte de son cabinet de toilette s'ouvre brusquement, et Robineau, entrant comme une bombe, court se jeter dans ses bras si vivement qu'il renverse sur le parquet un lavabo fort élégant devant lequel Alfred se débarbouillait.

— Ah! mon ami!... mon cher ami!... s'écrie Robineau, dont la figure est toute sens dessus dessous, que je suis aise!... embrasse-moi donc!... non, c'est à moi de t'embrasserî... Ah! tu ne sais pas !... tu ne te doutes pas!...

— Ce que je sais, c'est que tu entres comme un fou, dit Alfred, et que tu viens de me briser un charmant lavabo de chez Jacob, fait dans un goût exquis...

— Mon ami, ça m'est égal ! je t'en donnerai un autre, deux, trois, si tu veux!... Je te donnerai tout ce que tu voudras.

Alfred examine Robineau, il cherche à lire dans ses yeux; celui-ci tâche de se calmer un peu et de se faire comprendre.

— Mon cher Alfred, ma joie, mon trouble, te paraissent extraordinaires, je le conçois... ça me fait bien cet elîet-là à moi... et il y a des moments où je crois que je rêve... mais, Dieu

merci, ce n'est point un songe... Quand je t'ai quitté, il y a huit jours, à la suite de ton bal, qu'est-ce que j'étais?...

— Ma foi, tu étais gris.

— Ce n'est pas ça que je veux dire. . . J'étais encore un simple employé, un modeste expéditionnaire à quinze cents francs...

— Est-ce que tu serais chef de bureau maintenant?

— Mieux que ça, mon ami!... J'ai envoyé le bureau à tous diables!... j'ai vingt-cinq mille francs de rente !...

— \'ingt-cinq mille!...

— Oui, mon ami; oui, moi, Jules-Raoul Robineau... je vais avoir équipage!... Je suis riche, presque autant que toi... pas encore autant cependant, mais ça peut venir!... Quand on est en train... la fortune!... Oui!... attends, que je m'asseye... je ji'en puis plus !... Depuis que j'ai vingt-cinq mille livres de* renie, j'ai des palpitations... il y a des moments où je ne'puis plus respirer!

Robineau se jette sur un canapé, il tire son mouchoir, il s'essuie la figure, il lâche la ceinture de son pantalon pour respirer plus facilement, enfin il se met tout à fait à son aise; on voit que l'argent a déjà produit son effet, et que ce n'est plus le modeste employé qui se confondait en salutations avant d'oser prendre une chaise chez son ami le baron deMarcey. Mais, pour changer les esprits, les caractères, les personnes, les manières, la fortune a depuis longtemps fait ses preuves, et il est probable que les leçons du passé seront toujours perdues pour l'avenir, parce que les hommes ne vaudront pas mieux demain qu'ils ne valaient hier, et ainsi de suite. \

Alfred, qui pensait que les vingt-cinq mille livres de rente survenues à son ami ne devaient pas l'empêcher de se débarbouiller, avait repris le cours de sa toilette, si brusquement interrompue, et attendait tranquillement que Robineau s'expliquât plus clairement. Enfin celui-ci, après avoir posé un de ses pieds sur un tabouret, et cherché sur quelle chaise il pourrait mettre l'autre, recommence à parler.

— Mon ami, tu m'as entendu dire autrefois que j'avais un oncle qui était parti fort jeune pour les Indes...

— Ah! oui... Tu n'en avais jamais eu de nouvelles, et il revient immensément riche... C'est comme dans tous les vaudevilles.

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— Il n'est pas question de vaudevilles... Cet oncle, frère de mon père, élait donc parti... Mes chers parents n'en avaient plus entendu parler... Us sont morts sans me laisser autre chose qu'une éducation, j'ose dire assez...

— Passe, passe; j'ai été au collège avec toi; je sais qu'il fal- ♦ lait toujours qu'un autre te fît tes versions ou tes thèmes; mais

enfin!...

— Oui, laissons là le latin... Mon ami, hier, en revenant de mon bureau, je trouve chez moi une lettre... J'ouvre; c'est un notaire qui m'invite à passer sur-le-champ à son étude, et à me munir de mes papiers, extrait de baptême, etc.. Une lettre d'un notaire, je ne savais pas trop ce qu'il fallait en augurer; cependant je me rends sur-le-champ à son invitation. Le notaire me demande si j'ai des parents et des détails sur ma famille; enfin, mon cher Alfred, quand j'ai satisfait à toutes ses questions, cl prouvé que je suis bien Jules-Raoul Robineau, fils de Benoit- Éliennc Robineau et de Cécile Desboulloir, il me dit sans autre préparation :

— Monsieur, votre oncle, Gratien Robineau, vient de mourir au Havre, où il venait de débarquer; il avait réalisé toute sa fortune, et venait finir ses jours à Paris, lorsque la mort, qu'il avait cent fois bravée dans les pays lointains, est venue le frapper au port. Votre oncle vous a laissé tout son bien, et cela se monte à environ cinq cent mille francs!...

— Cinq cent mille francs!...

— Ah! mon ami, tu juges de ma joie, de mon saisissement.,. Je me suis trouvé mal, le notaire a été obligé de me donner du vinaigre, des sels...

— Comment! loi, Robineau, un philosophe, un garçon sans ambition, qui méprisais les richesses, tu le trouves mal en apprenant que tu as hérité!...

— Ah! mon ami, écoule donc, on est philosophe... c'est vrai; d'ailleurs c'est ce qu'on a de mieux à faire quand on est forcé de vivre de privations... mais on a un cœur aussi, on est sensible!... et cinq cent mille francs! J'ai cru d'abord que cela faisait un million de rente ; cependant, en calculant, je me sui'? aperçu que ce n'était que vingl-cinq mille francs à cinq pour cent... Mais quand on est adroit, quand on sait s'y prendre, on fait valoir son argent à six, à huit, à dix. N'est-ce pas, mon ami''

— Mon cher Robineau , je fais fort bien comment on dépense l'argent, mais j'ignore entièrement comment on le fuit valoir.

\ — C'est juste!... Tu n'as pas été employé au Trésor, toi.

I — Au reste, si j'ai un conseil à te donner, c'est de placer so-

'lidement ta fortune, soit en rentes, soit en propriétés. Il me semble que quand on a vécu avec quinze cents francs, on peut

^bien se contenter d'une vingtaine de mille livres de rente... car il vaudrait mieux n'avoir que cela, et que ce fût bien assuré, que d'exposer ta fortune aux chances des affaires. Voilà mon avis, mon cher Robineau : on peut être très-étourdi pour soi, et voir sagement pour les autres; tu feras donc bien de...

Robineau, que la fin du discours d'Alfred semblait impatienter, s'était levé et se promenait dans la chambre en chantonnant entre ses dents; enfin il interrompit Alfred an s'écriant :

— Bon!... bon!... je te remercie de tes avis... mais je me flatte que je saurai tout aussi bien qu'un autre gérer ma fortune. Laissons cela, mon ami, ne nous occupons que de plaisirs... de fêtes... Il me semble que quand on est riche la vie doit être un torrent de jouissances... Finis donc de t'habiller, et allons déjeuner... c'est moi qui t'invite au café Anglais... au café de la Bourse... chez Véry, où tu voudras...

— Mon cher Robineau, tu viens trop tard, j'ai déjeuné.

— Qu'est-ce que ça fait?.. . tu recommenceras bien...

— Non vraiment! Est-ce que tu crois que parce qu'on est riche on peut manger à chaquB instant sans se faire de mal?...

— Diable!... c'est dommage... Moi, j'ai déjà pris du café et du thé, mais je veux déjeuner à la fourchette, c'est meilleur genre... Ah! quant au genre, mon cher Alfred, je prendrai tes avis... Je sais que tu suis les modes, et je veux les suivre aussi et à la rigueur... Vingt-cinq mille livres de rente!... Conçois-t mon bonheur!

— Ma foi, je t'en fais mon compliment... car au fond lu es un bon enfant...

— Ah! si tu savais combien j'ai déjà de projets en tête!... Je veux faire tant de choses que je ne sais par où commencer!... Mais, je t'en prie, allons déjeuner... tu feras semblant de manger.

Les deux jeunes gens allaient sortir, lorsque Edouard entre

cIjcz Alfred. Robineau ne lui laisse pas le temps de dire bonjour à son ami, il lui saute au cou, le presse dans ses bra^, et lui apprend le changement qui s'est opéré dans sa fortune. Edouard lui en fait tranquillement son compliment, et Robineau ne conçoit pas que cette nouvelle ne lui fasse pas plus d'effet; il lui semble que tous ceux qui l'entourent devraient être aussi dans le ravissement, dans le délire, en apprenant qu'il a vingt-cinq mille livres de rente.

— Je venais te demander à déjeuner, dit Edouard à Alfred. Sans laisser celui-ci répondre, Robineau saisit Edouard pai

le bras en s'écriant :

— Je vous emmène... nous déjeunons ensemble, nous dînerons même, si vous avez le temps, et à table je vous conterai mes idées... mes plans... Dites donc, voilà un habit que j'ai acheté hier au soir tout fait... j'étais pressé d'en avoir un nouveau... il ne va pas trop mal, hein?... Descendons, vous allez voir mon cabriolet...

— Comment! tu as déjà acheté un cabriolet et des chevaux?

— Non, je l'ai loué en attendant que je puisse en acheter un. Il me faut un autre logement, je ne peux pas mettre mon cabriolet dans mon appartement du quatrième; je vais en chercher un avec écurie, remise... Ah Dieu, que de choses j'ai à faire!... Par exemple, je ne croyais pas que la fortune donnât tant d'occupations.

Alfred et Edouard se regardent en souriant, puis enfin ils suivent Robineau, qui ne peut pas se tenir en place, et court dans les appartements en soufflant comme un bœuf.

On descend les escaliers, Robineau court devant, il appelle son domestique et lui crie de monter derrière sa voiture.

— Nous allons éreinter ton cheval, dit Alfred ; j'aurais pu prendre mon cabriolet pour Edouard et moi.

— Non, non, dit Robineau, je veux que nous soyons ensemble... mon cheval est vigoureux... et d'ailleurs, s'il n'est pas bon, demain je m'en ferai donner un autre... Oh! je me fais joliment servir, moi... François, montez derrière... je conduirai.

On monte dans le cabriolet de Robineau, qui se place au milieu, prend les rênes et veut conduire, parce qu'il est persuadé que dès qu'on est riche on sait tout. 11 fouelle à tour de bras, lire ses guides à tort et à travers, tourmente son cheval, qui

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frise à chaque instant les bornes et les passants; et pendant que ses deux compagnons rient du mal qu'il se donne et de sa manière de conduire, il accroche sa roue dans celle d'un fiacre pour se garer d'une charrette.

Le cocher jure, et dit qu'il faut être bien maladroit pour venir se mettre dans sa roue ; Robineau jure aussi pour a\oir l'air de ne pas être dans son tort; cependant ses jurements ne suffisent pas pour le tirer de l'embarras dans lequel il s'est mis; et voyant qu'il n'en sortira jamais, il donne les rênes à Alfred en disant :

— Mon ami, fais-moi le plaisir de conduire... car je suis si préoccupé de mes affaires que je pourrais me tromper de chemin.

Grâce à Alfred on se dépêtre du fiacre, et on arrive sans accident au Palais-Royal. On se rend chez Reauvilliers, Robineau demande tout ce qu'il y a de plus cher; et si ses deux compagnons ne le retenaient pas, il ferait venir un déjeuner pour vingt personnes, et crierait à tue-tête dans le salon qu'il a vingt- cinq mille livres de rente.

— A propos, dit Alfred, et Fifine, tu ne nous en parles pas !... elle doit être bien contente de ce qui t'arrive?

— Fiûne ! dit Robineau d'un air distrait, ah! ma foi, je n'ai pas encore eu le temps de la voir depuis que je suis allé chez mon notaire... Mon notaire!... dites donc, messieurs, comme cela résonne bien à l'oreille! mon notaire!...

— Quoi! monsieur Robineau, dit Edouard, vous n'avez pas encore fait part de votre bonheur à celle qui vous était si chère il y a huit jours !... Songez donc que quand une femme nous a aimé pour nous-même, nous lui devons de la reconnaissance; et c'est bien le moins qu'elle se ressente de ce qui vous arrive.

— Edouard a raison, dit Alfred ; quand on a eu le bonheur de rencontrer une femme sage, sensible et fidèle, il me semble, mon ami, qu'on ne saurait trop faire pour elle.

— Messieurs, messieurs, répond Robineau en savourant une coquille de volaille, vous parlez bien à votre aise... ne voulezvous pas que je fasse ma femme de mademoiselle Fifine... ça se rait gentil 1

— On sait très-bien que tu n'en feras pas ta femme ; mais...

— Mais je ne puis pas non plus garder cette petite modiste p (ur ma maîtresse. Vous conviendrez que lorsqu'on a une cer-

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taine fortune, on peut donner dans le grand genre... dans le distingué... Et puis, messieurs, entre nous, ce n'est pas positivement une vertu que mam'zelie Fifine.., il s'en faut terriblement! Je me suis aperçu plusieurs fois que... vous m'entendez bien... mais j'avais l'air de ne rien voir, parce que je n'en étais pas amoureux. Ensuite elle a un caractère emporté... une trèsmauvaise tête, c'est un vrai dragon... Moi, j'aime les femmes douces... J'étais habitué à sa figure; mais le fait est qu'elle n'est pas jolie: l'air effronté, et voilà tout.

— Ah çà, Robineau, tu ne diras pas maintenant qu'elle est mal faite, c'était une Vénus l'autre soir...

— Ah! oui... drôle de Vénus!... et qui me faisait dépenser tout mon argent en parties fines... les deux tiers de mes appointements y passaient...

— Comment, une femme qui t'aimait pour toi seul ?...

— Oui, oh ! je sais qu'elle m'aimait; mais cela ne l'empêcnait pas d'être gourmande comme une chatte. Au reste, messieurs, je ne prétends pas en dire de mal ; certainement je lui achèterai quelque chose... je suis trop généreux pour... Mais laissons là Fifine, et parlons de mes projets. Mes chers amis, vous ne savez pas ce qui me trotte dans la tète... eh bien! c'est un château!

-Un château! dit Alfred; mais, mon pauvre Robineau, tu es fou ; si tu achètes un château, il ne te restera pas de quoi en payer l'entretien!

— Bon! bon ! je sais calculer... Il y a château et château !... Est-ce que je ne puis pas mettre cent mille francs à l'achat d'une jolie terre... une terre avec une maison... bâtie dans l'ancien style?... Mon notaire m'a assuré qu'il me trouverait cela trèsfacilement... et alors, mes chers amis, on peut prendre le nom de sa terre... Ça se fait tous les jours... et, entre nous, quand on a vingt-cinq mille livres de rente, c'est un bien vilain nom que Robineau...

— Comment ! monsieur Robineau, dit Edouard, vous, que les événements devraient trouver invariable... vous qui me rappeliez par vos discours et Socrate et Cincinjiatus!...

— Mes amis, je vous l'ai dit, j'ai mes projets... je vois déjà de fort loin ! J'achète un petit château, une terre, n'importe et j'en prends le nom. Ça me donne déjà quelque chose de noble ; alors je trouve une riche héritière, je me présente; je plais et j'épouse; hein? 11 me semble que ce n'est pas trop bêle; et-si

je ne m'appelais que Robineau, je ne pourrais jamais m'allior à une famille distinguée î Ah Dieu! mon cher oncle Gratien, quel bel usage je ferai de vos richesses!

— Et, pour commencer, tu ne veux plus porter son nom.

— Tu vois bien que c'est un calcul. C'est décidé, j'achète une terre, et j'aurai des paysans, des vassaux, on m'appellera monseigneur!...

— On ne t'appellera pas monseigneur, mon pauvre Robineau, parce qu'aujourd'hui celui qui possède des prés, des maisons, des fermes, n'est pas pour cela le maître de disposer à son gré des bonnes gens qui labourent ses terres, et qu'on ne connaît plus ces petits droits charmants de cuissage, de jambage, de marquette, de prélibation et autres gentillesses qui rendaient la destinée des vassaux pire que celle des bétes de somme, et avilissaient l'humanité en abaissant l'homme vis-à-vis de son semblable; parce qu'on aime un maître bon et vertueux, et qu'on ne tremble plus devant un seigneur altier et débauché; parce que tous les hommes sont sous la protection des lois, qui ordonnent l'obéissance et non l'humiliation; et enfin parce qu'il n'y a plus de serfs qu'en Russie, où je te conseille d'aller acheter ton château si tu veux qu'on t'appelle monseigneur. Mais je crois, en vérité, que si on te laissait faire, Robineau, tu deviendrais un de ces petits tyrans d'autrefois, ou tout au moins un seigneur le loup, comme dans le Petit Chaperon ronge.

' — Écoutez donc, messieurs, c'était un bien joli droit que celui qui permettait au seigneur de mettre le premier sa jambe dans le lit d'une nouvelle mariée... Mais enfin je ferai des rosières... ça reviendra au même.

— En attendant que tu fasses des rosières, paye la carte, et partons.

— Déjà?

— Est-ce que tu veux passer ta vie chez les restaurateurs?

— Non sans doute... messieurs, il n'est que midi et demi... Que fait-on toute la journée quand on est riche? ,

-— On fait ses affaires quand on en a, on s'amuse quand l'occasion s'en présente... et cela n'arrive pas tous les jours...

Mes amis, je ne vous quitte pas d'aujourd'hui... je vous mènerai où cela vous sera agréable... aux Bouffes... Justement ils jouent aujourd'hui... C'est le spectacle des gens riches, je

n'en sortirai pas; mais il n'est pas une heure, et on ne va pas aux Bouffes le matin.

— Nous allons monter à cheval nous deux Edouard, dit Alfred, et nous ferons un tour au bois de Boulogne.

— Monter à cheval ! s'écrie Robineau ; diable! mais c'est trèsbon genre... c'est mon affaire... je vais avec vous.

— Sais-tu te tenir?

— Sois tranquille... Il serait plaisant qu'un homme qui a vingt-cinq mille francs de rente ne sût pas se tenir à cheval !

— En ce cas, viens avec nous, je te prêterai une jument qui a le trot extrêmement doux.

— C'est ça, et je la mènerai toujours au galop... Ah ! mes amis... encore un mot avant de sortir : faites-moi un plaisir...

— Qu'est-ce que c'est?

— Désormais ne m'appelez plus Robineau, appelez-moi seulementparmon nom de baptême : Jules... c'est plus distingué... ça sonne plus agréablement.

— Je vous appellerai M. le marquis Jules, si vous voulez, dit Edouard en riant.

— Quant à moi, dit Alfred, je te nommerai comme cela me viendra à la tête!...

— Tache qu'il ne t'y vienne que Jules, je t'en supplie.

On retourne chez Alfred; à pied cette fois, parce que, malgré les sollicitations de Robineau, les deux amis ne se soucient plus de s'étouffer dans son cabriolet. Le nouveau riche se décide donc à renvoyer sa voiture, et va à pied .avec ses amis ; mais, rhemin faisant, il se donne des airs qui font beaucoup rite ceux ijui l'accompagnent. II ne daigne plus jeter un coup d'œil sur Ja foule, il ne se dérange plus pour personne, il lui semble que tous les passants doivent s'empresser de lui faire place, mais il n'en est pas ainsi; et comme son air impertinent ne prévient pas en sa faveur, on ne se ran!2;e pas, on se permet même de le coudoyer, et Robineau a déjà reçu plusieurs bourrades i)our s'être jeté au travers du monde. Il s'écrie alors : — C'est bien sot d'aller à pied quand on a voiture! tandis qu'Alfred et Edouard se disent tout bas : Il y a quelque chose de plus sot que cela.

On est arrivé à l'hôtol de Marcey. Les deux amis sont bientôt en selle, et Germain, le valet d'Alfred, présente à Robineau une jolie petite jument qui piétine et témoigne une noble ar-

deur. Robineau commence à froncer le sourcil, et tourne autour du cheval en disant :

— Il me semble qu'il a Tair méchant, ce cheval-là!

— C'est, au contraire, la bête la plus douce qu'on puisse rencontrer : c'est un cheval de dame.

— Alors ce sera mon affaire... Mais pourquoi frappe-t-il ainsi du pied sur le pavé?

— C'est parce qu'il est impatient de courir.

— Diable! s'il est impatient, il va s'emporter... je ne veux pas aller comme un fou !

— Sois donc tranquille! Est-ce que tu ne sais pas monter?

— Si fait, si fait ; mais quand on vient de déjeuner, il faut aller doucement : c'est un principe...

~ Si tu veui ne pas aller du tout, tu en es le maître; laissenous aller sans toi.

— Non pas... par Dieu; je suis des vôtres!... oh! vous verrez ma grâce... ma tournure...

— Monte donc alors.

— Par où monte-t-on?

— Gomment! tu ne sais pas par où l'on monte?

— Je l'ai oublié.... il y a déjà longtemps que j'ai appris.

— Mon cher Robineau, tu vas te jeter par terre.

— Jules!... je t'ai dit de m'appeler Jules... qu'est-ce que ça te fait?... Voyons, Germain, tenez-moi l'étrier... c'est cela...

- — Hardi donc!... Ah ! que tu es lourd!

— Robineau parvient enûn à poser sa jambe droite de l'aulre côté de la selle ; il est à cheval, il porte des regards triomphants autour de lui.

— Partons, dit Alfred ; et déjà il pousse son cheval, quand Robineau, qui vient de sauter sur sa selle, crie :

— Arrêtez! arrêtez!... je n'y suis pas... Que diable! vous allez, vous autres, sans me donner le temps de me reconnaître... mes étriers sont trop longs... à peine si le bout de mon pied y touche.

— C'est ce qu'il faut; tu sauteras moins.

C'est ça que je viens déjà de manquer de passer par-dessus la tête de mon cheval. J'aime les étriers très-courts, moi; on a bien plus d'aplomb. Germain, raccourcissez-moi cela... encore... c'est bien... A la bonne heure, me voilà collé sur ma selle...

Ah çà! nous pouvons partir^ maintenant?

— Oui, oui... oh! nous pouvons partir.

Alfred et Edouard partent. Robineau lès suit. Malgré les e'triers raccourcis, il saute, il chancelle sur son cheval, quoique de sa main droite il ait empoigné le pommeau de la selle. Gomme on est dans Paris, les jeunes gens ne vont qu'au petit trot, et Robineau parvient à les suivre en leur criantde temps à autre: — Messieurs, pas si vite donc!... il est défendu de galoper dans Paris...

— Mais il me semble que nous ne galopons pas...

— C'est égal... pas si vite... je vous en prie... je ne suis pos encore en train... et puis c'est bien plus amusant d'aller doucement.

On arrive aux Champs-Elysées ; déjà Robineau est eu nage, et son chapeau, que le mouvement du cheval fait reculer, est placé tellement en arrière, que ses cheveux voltigent en liberlô sur son front.

— Allons, monsieur Jules, dit Edouard, un temps de galop ici, le terrain est superbe.

— Oui... oui, le terrain est gentil... mais, moi, je sens que mon déjeuner est remonté à chaque bond de ce maudit cheval... elle a le trot terriblement dur, ta jument!

— Bah! tu plaisantes; d'ailleurs, fais-la galoper.

— Un instant, mes étriers sont encore trop longs.

— Tu n'y penses pas... tes genoux sont à la hauteur des oreilles de Ion cheval.

— C'est égal... oh ! j'ai appris par principes, moi...

— Ils sont gentils, les principes I

— Là... m'y voici...

— En avant, alors.

Les deux amis partent au galop. Robineau ne se soucie pas de courir ainsi; mais la jument qu'il monte veut suivre les autres chevaux, et il faut malgré lui que le cavalier aille au galop. Robineau, qui n'a jamais été d'un tel train, ne sait plu? où il en est, il se jette en avant, en arrière, retient les guides ou les lâche tout à coup; il est persuadé que son cheval a pris le mors aux dents, et crie de toutes S'?s forces :

— Arrètcz-le! arrêtez-le donc!. .

Mais Alfred lui répond :

— N'aie pas pour, Robineau, la.i<sc-toi aller.

— Et Edouard lui crie : — Allons, monsieur Jules, ferme, tenez-vous plus droit... un peu plus de grâce que cela !

Le nouvel écuyer ne lépond ni à Jules, niàRobineau; il n'entend plus rien ; déjà il a perdu son chapeau, bientôt il roule luimême sur la poussière; et Alfred, qui était de beaucoup en avant avec Edouard, voit la petite jument arriver près de lui sans cavalier.

Les jeunes gens pensent qu'il est arrivé quelque malheur à leur compagnon; ils rebroussent chemin, et ramènent en laisse le cheval de Robineau. Celui-ci s'était relevé, il en était quitte pour quelques contusions ; et, après avoir été rechercher son chapeau, il était entré dans un café. C'est là où ses amis l'aperçoivent.

— Comment ! tu t'es laissé tomber ! dit Alfred en souriant parce qu'il voit que Robineau n'est pas blessé.

— Oui, messieurs; parbleu! c'est bien étonnant! vous allez comme le vent! Mon cheval veut vous suivre, il s'emporte... Tu me dis de me laisser aller... je me suis si bien laissé aller, que j'ai roulé sur la route... et puis, je ne vous ai pas dit que je montais comme Franconi, comme Paul!....

— Nous nous en sommes aperçus. Eh bien! remontes-tu?

': . — Non, merci; j'en ai assez pour aujourd'hui. D'ailleurs, j'ai un endroit endommagé... Allez faire votre promenade; moi, je vous attendrai ici, je lirai les Petites-Affiches pendant que vous galoperez... et comme je veux acheter une propriété, vous concevez que les Petites-Affiches m'intéresseront plus que le bois de Boulogne.

On attache la petite jument, les deux amis repartent ; et Robineau, tout en prenant un verre d'eau sucrée pour se remettre de sa chute, compulse les Petites-Affiches, et lit toutes les annonces de propriétés à vendre, mais il hausse les épaules et murmure : — C'est trop peu de chose! 20,000 francs!... 40,000 francs !... Ce sont des bicoques!... Il me faut mieux que cela!... Des pigeonniers!... des jardins en plein rapport!.,. Qu'est-ce que ça me fait? ce n'est pas pour manger des pigeons et des prunes que j'achète une terre ! c'est pour qu'on m'appelle monsieur de... ou monsieur de la... enfin, le nom de ma terre... Ah ! diable, 80,000 francs; ça devient mieux... mais des prairies, des fermes... je ne peux pas donner des bals et être seigneur dans ma ferme,.. Ah! ahl,.,, un château.., deux chà-

teaux... douze appartements de maître! c'est mon aflaire... Voyons le prix... 300,000 francs... 240,000 francs... C'est ridicule de pousser les châteaux à ce prix-là!... Il me semble qu'il devrait y en avoir de meilleur marché pour les amateurs.

Roblneau sait les Petites-Affiches par cœur quand les deux jeunes gens reviennent de leur promenade. Gomme il ne veut pas absolument remonter à cheval, Alfred conduit en main la petite jument, et Robineau suit les cavaliers dans un cabriolet de place. On revient à l'hôtel de Marcey ; mais il n'est encore que trois heures et demie, on ne peut dîner que vers six heures ; Alfred se retire dans son cabinet pour écrire quelques lettres, Edouard va faire des visites, et Robineau, qui ne conçoit pas que les journées durent deux fois plus quand on ne sait que faire pour s'amuser que quand on travaille, se rend chez son notaire pour passer le lemps.

A six heures, les trois jeunes gens sont de nouveau ensemble; ils se rendent chez un restaurateur. Alfred et Edouard, qui se sont donné le mot, persuadent à Robineau qu'il est du bon ton de ne manger que fort peu, et de renvoyer la plupart des plats qu'on a demandés sans y avoir touché. Robineau fait donc remporter intacts plusieurs mets dont il avait grande envie de manger, mais il sacrifie son appétit à ce qu'il croit être du dernier genre.

Le soir on se rend aux Bouffes. Robineau, qui entend la musique sans la sentir, dissimule autant que possible les bâillements qui lui prennent en s'écriant : — Bravi! brava! bravissimal puis il regarde à sa montre si le spectacle finira bientôt. Il se termine enfin; Alfred retourne à son hôtel, Edouard à son logement, et Robineau remonte dans son cabriolet qui l'attend à la porte pour le reconduire rue Saint-Honoré.

Robineau est devant sa demeure, où il espère ne point séjourner longtemps ; car sa maison lui semble affreuse et l'entrée horrible. Il faut pourtant y coucher encore. Mais, avant de ven trer chez lui, Robineau ordonne à François, son nouveau dômes* tique, de venir le prendre de bonne heure le lendemain avec le cabriolet.

— De bonne heure, demain, avec le cabriolet! s'écrie quelqu'un qui était dans l'allée au moment où Robineau rentrait; et celui-ci reconnaît Fifine, qu'il n'a pas vue depuis soa changement de fortune,

Fifine s'est arrêtée : elle tient à la main une chandelle roulée dans une demi-feuille de papier gris, et allumée; elle attend Robineau, qui ne se presse pas d'avancer.

— Comment! c'est toi, bon ami?

— Oui, sans doute, c'est moi!

— Qu'es-tu donc devenu depuis avant-hier qu'on n'a pas aperçu monsieur?... et ce genre?... ce cabriolet?... Est-ce que tu t'es fait duc et pair de toi-même en te promenant?

— Montons, Fifme, montons, je ne peux pas souffrir parler dans l'escalier, c'est très-mauvais genre!

— Ah ! mon Dieu! .. Son Altesse qui va se compromettre!... Ah ! ah ! ah ! pardon, Votre Excellence ! si j'avais su l'heure de votre retour, j'aurais coupé ma chandelle en quatre pour illuminer l'escalier.

Robineau monte; il entre chez lui suivi de la jeune niodiste, qui tient toujours sa chandelle à la main. Robineau se jette nonchalamment sur une chaise, et Fifme approche de lui sa lumière en disant :

— Tiens... qu'est-ce que c'est donc que cet habit-là?. . je ne te connaissais que ton habit noir, ci-devant neuf, et ton gris râpé.

— Eh bien, à présent, vous m'en connaissez un autre!... voilà tout...

— Et cette chaîne d'or ! . . . ces breloques ! ... Ah ! pour le coup il y a quelque chose...

— Oui, P^ifine, il y a un très-grand changement dans ma situation depuis avant-hier.

— Vraiment!,... Tu auras touché cent écns de gratification? Robineau laisse échapper un sourire de pilié en disant : —

Cent écus! Ah! mon Dieu!... quelle misère!...

— Comment! quelle misère? Fais-moi donc le plaisir de me donner une douzaine de misères comme ça, et je m'enlèverai en ballon demain matin.

— Fifme, écoutez-moi avec attention.

— Attends, que je m'asseye, car ce que tu vas me dire me fera peut-être de l'etTet.

Fifine met sa chandelle dans un chandelier, et va s'asseoir devant Robineau, qui, avant de parler, tâcha cle prendre un air important.

— Mademoiselle, je...

eo LA MAISON DLANCIIE.

— Comment ! mademoiselle? est-ce que c'est à moi que lu l a ries?

— Certainement.

— Et tu m'appelles mademoiselle !... Tâche d'abord d'être un peu plus honnête que ça ! Est-il bête avec sa demoiselle !

— Eh bien, Fifine, je dois vous dire que vous ne voyez plus devant vous ce jeune homme dont quinze cents francs d'appointements composaient toute la fortune ; les espérances dont je vous ai plusieurs fois entretenue se sont réahsées... Je savais bien que mon oncle finirait par m'enrichir... Mon cher oncle Gralien!... il est mort, et m'a laissé vingt-cinq mille francs, de rente.

•— Bah!... vraiment!... ce n'est pas une farce?

— Non, Fifine, il n'y a rien de plus vrai... Je suis immensément riche... et j'aurai incessamment un château, parce que je tiens beaucoup à avoir un château.

— Comment ! tu es riche, et tu ne me le dis pas tout de suite ! tu me fais languir deux heures!... Ah bien! allons-nous nous amuser!... mais dansons donc, sautons donc, remuons-nous donc! Tu es riche, et tu restes tranquille comme ça!

Fifine prend Robineau par les bras et le force à tourner avec elle dans la chambre; mais enfin celui-ci se dégage et va se rasseoir tandis que Fifine continue de sauter, et monte sur les chaises et sur les meubles.

— Certainement, Fifine, répond Robineau en se balançant sur sa chaise, je désire que vous vous amusiez... je serai môme charmé de vous être utile quand l'occasion s'en présentera, et vous pouvez compter sur ma protection ; mais pour ce qui est de continuer à... à être ma maîtresse, vous devez comprendre que c'est impossible... et que ma position sociale ne me permet plus de vous voir... comme ci-devant...

Fifine, qui était dans ce moment montée sur la commode, où elle se tenait en Psyché, saute d'un bond près de Robineau en s'écriant :

— Qu'est-ce que vous marmottez là?... de votre position sociale... que vous ne me verrez plus comme avant?... Faites-moi le plaisir de m'expliquer cela un peu mieux.

— 11 me semble, ma chère Fifine, que c'est assez clair. J'ai toujours infiniment d'amitié pour vous... je compte môme vous en donner la preuve demain, en vous faisant cadeau d'un beau

LA M.VISON BLANCHE. iî

schall en bourre de soie... la couleur que vous voudrez, ça rn'est égal... Mais je dis... que je ne puis plus être votre amant, ni sortir avec vous, parce que les circonstances et ma nouvelle situation dans le monde s'y opposent.

Fifine, qui a bien écouté Robineau, reste quelques instants sans bouger; puis elle va près de la cheminée et reprend la chandelle, qu'elle ôte de dedans le chandelier, et, avant de s'éloigner, elle s'arrête devant celui qui continue de se balancer sur sa chaise :

— Je ne vous croyais que bête, mais je vois que vous êtes un ingrat! dit Fifine en souriant avec amertume. Vous ne voulez plus me voir parce qu'il vous est tombé une fortune... C'est très-beau!... c'est une résolution digne de vous! Quant au cadeau que vous voulez me faire, gardez-le pour celles qui vous grugeront en se moquant de vous... vous n'en aurez jamais'trop pour celles-là.

— Mademoiselle, dit Robineau en se levant avec colère, ce que vous me dites là est très-malhonnête... Au reste, cela ne m'étonne pas, quand on a aussi mauvais ton que vous...

— Taisez-vous, méchant cascaret!... dit Fifine en revenant brusquement sur Robineau, qui va se retrancher derrière un fauteuil ; vous mériteriez que je vous fisse avaler cette chandelle tout allumée!...

— Mademoiselle Fifine!...

— Taisez-vous!... vous me faites pitié!... Allez avec vos duchesses et vos princesses; entretenez des danseuses, des miladies; mais quand vous serez gris, attendez qu'elles vous donnent du thé et des remèdes, et vous pourrez bien mourir d'indigestion.

En disant cela, Fifine fait une belle révérence à son ancien amant, et sort de la chambre le laissant dans la plus complète obscurité.

— Voyez un peu la méchanceté! s'écrie Robineau quand Fifine est partie, elle ne m'a pas seulement allumé ma chandelle!... Oh! les femmes!... Il faudra qu'un homme qui a vingt-cinq mille livres de rente batte le briquet... ma foi non!... j'aime mieux me coucher sans voir clair... Cette Fifine... qui se permet de... Voilà ce que c'est! plus on en fait pour les femmes et plus elles abusent.,. Mais, maintenant cène sera plus ça...

6t LA ÎIAISON BLANCHE.

je me iTerai terriblement valoir; et pour faire ma conquête il l'audra autre chose qu'un nez en trompette.

Robineau se couche, et oubliant Fifme, s'endort, et rêve à son futur château.

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