LA RELIGION DU SANGLOT
O du Dieu roi blasphémateurs impies !
O mécréants !
O grande lune aux énormes hosties! !
O grands hibous !
Faites, pour moi, blasphémer tout le monde'- Blasphémons tous.
Oui, blasphémons tous !
LE CLAIRON DE l'aRIME.
O bœufs, requins, rhinocéros, reptiles!
O grands baudets !
LA MAISON CLOSE O Qiiasimodos, rrapauds, crocodiles !
O Triboulets !
O tigres, ours, bourreaux de race immonde! O Marats-Loups I
Faites, pour moi, trompeter tout le monde ! Trompetons tous, - Oui, trompetons tous!
SCEURDELOÜP.
Je dépose à tes pieds la tête d’une sœur Qui n’a pas osé voir griller un empereur !
MARIMONSTRE.
Je dépose à tes pieds la tête d’une épouse Qui n’a point partagé ma colère jalouse!
FEMMEBONNE.
Je dépose à tes pieds la tête d’un époux
Qui voulait retenir le plus sanglant colirroux !
• PARATRE.
Je dépose à tes pieds la tète de ma fille,
Qui voulait protéger sa coupable famille!
MARATRASSE.
Je dépose à tes pieds la tête de mon fils,
Qui des écorcherais refusa les profits!
FILSFAROL’CHE.
Je dépose à tes pieds la tête de mon père,
Qui n’a pas voulu boire un sang de reine altière!
MÈREIMPIE.
Je dépose à tes pieds la tête d’un enfant
Qui n’a pas voulu voir un monarque étouffant!
FILSANT.LANT.
Je dépose à les pieds la tète de ma mère,
Dont, même au lit de mort, j’ai bravé la prière!
LA MAISON CLOSK
NEVEUSOMRRE.
Je dépose à tes pieds la tête d’une tante
Qui n’a pas voulu boire un sang pur qui m’enchante!
COUSINAR.
Je dépose à tes pieds la tête d’un cousin Qui me paraissait être un mauvais assassin !
F RÈ RETUE.
Je dépose à tes pieds la tête de mon frère,
Qui n’a pas voulu voir rôtir une mégère!
Ainsi parle le ménage Gagne.
M. Gagne passe en revue rapidement (sept •mille vers tout au plus) les premiers temps; il entre aux conseils du Créateur, et lui dit quelques vérités un peu rudes, mais utiles. Il le blâme beaucoup d’avoir défendu à Ève de manger la fameuse pomme; il en infère que Dieu
coiin.'iissail médiocremeDt la femme qu’il venait d’inventer :
Car, si Dieu n’avait pas fait si forte défense,
La femme eût respecté l’arbre de la science;
Toujours, foulant aux pieds les ordres absolus,
La femme fuit le moins ce qu’on défend le plus.
On voit Ève punie.
Elle n’enfante plus, dans de sanglantes peines,
Que des fils gangrenés de la lèpre des haiues.
Depuis ce temps :
Dieu, loin de nous, ouvrit les cienx par ses concerts, La femme, par ses cris, nous ouvre les enfers.
Plus tard :
L’éternel déchaîna l’océan des déluges Contre qui nul no put rencontrer, de refuges.
On sait combien cette lessive fut inutile : les hommes devinrent de plus en plus méchants; le Messie, les Apôtres ne firent que montrer une lumière que le petit nombre seul consentit à suivre.
Dieu va foudroyer l’univers, lorsque l’Unitéide, la femme-Messie, demande à essayer une nouvelle rédemption. Dieu lui permet de descendre sur terre.
L’Anarchide, qui apprend son départ, rassemble ses sujets,
Et leur dit d’une voix qui respirait l’ivresse.
Où SC plongeait souvent cette reine Irailresso :
« Peuples Anarchiens. . .
Le peuple universel, par vos vœux répétés,
M’a donné les pouvoirs les plus illimités;
Je fais toutes les lois de la terre’ravie,
Je courbe l’univers sous mon sceptre absolu.
Voyant la liberté vous broyer sous les laves, J’ai, des plus révoltés, fait les plus vils esclaves.
bans ce fier siècle, hélas ! chauve de tout honneur,
Pour le faire jouir d'un bonheur sans égal, 11 faut toujours tenir le monde en carnaval.
L’Anarchide, ayant harangué son peuple, confère avec la Presse, qui lui promet son aide et ses réclames; rArchimondc, iils de rAiiarchide,
mandé par elle, excuse son relard en disant qu’d vient de l’enfer, et il en fait une description dont voici quelques courts fragments ;
{La tirade e»l de deux mille sept cent vers
En parcouranl l’enfer d'un regard sans colère.
Pour voir si je pourrais, au besoin, ui’y complaiie.
J’ai vu les orgueilleux avaler des chardons,
Les avaricieux moucher mille chandelles...
J’ai vu les grands gourmands croquer des liannelons,
Les colériques secs avaler des fourclielles ;
J’ai vu les paresseux sauter sur des raquettes ;
J’ai vu les usuriers boire des plombs fondus.
Les vils suicidés fouettés par des pendus ;
J’ai \u les faux dévots bouillonner dans des cloches,
Les mauvais rdtisseurs embrochés à leurs broches ;
J’ai vu des rois méchants transformés en crapauds ;
J’ai vu des orateurs sifflés par des corbeaux :
Les ivrognes impurs boire une eau détestable,
Les faux historiens étranglés par la fable ;
J’ai vu les romanciers en proie aux assassins,
Les philosophes noirs en proie aux grands Cousins ;
J’ai vu le journaliste en proie à des canards, *
J’ai vu l’industriel, à face ronge et bleue,
Tirer, sans l'arracher, le diable par la queue l J’ai vu des avocats, des avoués rapaces S’étrangler en mangeant des sacs de paperasses ;
J’ai vu de grands savants se coîlTer d’éteignoirs.
Rugir tous les voleurs, tous les assassins noirs ;
J’ai vu des médecins tués par leurs malades,
ir»
J'ai vu Je grands poltrons tirer des canonnades ;
J’ai vu la femme, hélas ! forcée à ne rien dire I J’ai vu le faux poëte étranglé par sa lyre 1 Enfin, pour terminer un récit sans appas,
J’ai vu que dans l’enfer je ne me plairais pas III...
Pour n’ètre point mangé par les démons haineux.
J’ai pris comme l’éclair le grand chemin des cieux,
Où je suis parvenu dans deux secondes bleues,
Quoique l'on compte au moins cent millions do lieues.
Activant le coursier de l’électricité,
J’ai parcouru d’nn vol toute l’immensité.
Sans redouter le feu, la glace et leurs désastres.
Dans leur amour.
Tous les soleils te font souhaiter le bonjour.
Cependant, l’opinion de l’Archimonde est que les trois quarts
Des peuples, demandant ton abdication,
Proclament ardemment mon élévation.
Mais il consent à laisser régner sa mère, si elle lui accorde la main de la Presse.
La Presse avoue qu’elle brûle pour le jeune prince (Tune ardeur pudibonde.
L’Anarchide les bénit et sort en s’écriant :
Courons de ton triomphe activer les apprêts.
Au Louvre restauré, que j’ai pris pour palais.
Toute sa famille el tout son peuple la suivent.
Le théâtre change. — Parait l’Unitéide, qui commence par épouser le Mérite-Archangel. On annonce que l’empereur des Français, qui s’intitulera désormais Uniteur, s’appelle Néopolan XIV ; quelques personnes veulent voir dans ce nom une anagramme. Un poëtc fait entendre un chant qui commence ainsi ;
Dignes plénipotentiaires Représentants des potentats.
Dieu descend sur la terre; il tient un discours de quelques centaines de vers. Plus respectueux ou moins hardi que M. Gagne, je ne le reproduirai pas, sauf deux vers ;
Pour sauver l’univers perdu par l’âpre pomme,
Dieu, mort sur une croix, s’est incarné dans l’homme.
Le théâtre change, nous sommes dans l’enfer.
Démonas, précurseur à la lugubre éclipse.
De l'antechrist promis par l’âpre Apocalypse,
harangue les faux dieux.
Là se trouvent des chats, des bœufs et des punaises ;
Et Lamartine
Ail ! monsieur Gagne, quelle modestie! Quoi ! de la haine contre Lamartine, comme s’il était votre rival? Allons donc! appréciez-vous donc à votre valeur et ne vous abaissez pas à haïr un homme qui a passé pour un grand poëte, pour un grand citoyen, mais jusqu’à votre arrivée seulement, et qui a disparu comme fait une étoile quand le soleil se lève.
Ah! monsieur Gagne, je vous eusse voulu plus généreux, plus dédaigneux pour un émule vaincu!
Démonas, après avoir harangué les faux dieux, ordonne à sa maitresse de leur donner à boire.
La maitresse de Démonas a un joli nom, elle s’appelle Dive Insania.
Mais elle refuse de sortir, sous ce frivole prétexte : elle a entendu dire que Démonas est amoureux de l’Unitéide; mais la déesse le repoussera.
Car elle cunnaitra le démon odieux
Qui vent lui présenter ses hommages sans bornes ! Tu le caches en vain, mon cher, on voit les cornes.
Malhenr«nse ! c’est toi qui les mis sur ma tête.