AU DIX-SEPTIÈME SIECLE
Lorsque , dans un document ou dans un récit, remontant à plusieurs siècles , nous trouvons l'évaluation d'une fortune ou l'indication d'une dépense, il nous vient naturellement à la pensée de rechercher quel pourrait être, aujourd'hui, l'équivalent de cette fortune ou de cette dépense.
Or, ce problème, qui paraît tout d'abord très facile à résoudre , est rempli de difficultés. Les économistes les plus éclairés ont essayé, en vain, d'en trouver l'exacte solution. M. Leber lui-même, qui a publié un excellent ouvrage sur V Appréciation de lafortune privée au moyen-âge, s'est égaré, quand il a voulu généraliser son système et l'appliquer à une époque plus rapprochée de nous.
D'après cet économiste, l'argent aurait eu quatre fois plus de pouvoir au milieu du xvii* siècle qu'il
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n'en a actuellement. Ainsi , tel objet qui coûtait 20 livres en ï6jo, vaudrait aujourd'hui 80 francs. Et voici sur quelles bases il appuie son raisonnement.
Le valeur du marc d'argent qui était de 28 livres 12 sous, au milieu du xvii^ siècle, étant actuellement de j )- francs, il convient d'augmenter le prix dans la même proportion, soit du double environ , et comme, d'après ses observations , la valeur commerciale de l'argent serait deux fois plus élevée que sa valeur intrinsèque , il double le prix actuel du marc d'argent et quadruple ainsi le chiftre primitif.
Cette proportion de 4 à i me paraît tout à fait insuffisante. Bien souvent, en comparant le prix des objets mobiliers ou de consommation du xvii® siècle, avec les prix actuels , j'ai constaté que le pouvoir de l'argent était au moins dans la proportion de 6 à I.
Mais cela n'est point rigoureux et il faudrait comparer des centaines de prix, pour établir une
POUVOIR DE l'argent SOUS LOUIS XIV I43
base absolument exacte, et encore cela serait très difficile , parce que le prix de chaque objet a subi des influences différentes; en sorte que, tantôt la denrée ou le meuble , qui coûtait lo livres en i6yo, se paie aujourd'hui loo francs ; et tantôt l'objet acheté deux livres à cette époque est livré aujourd'hui au prix de 3 ou 4 francs.
Ces études ont cependant un grand attrait et peuvent être très utiles. En ce qui me concerne, je n'ai jamais laissé échapper l'occasion de réunir les éléments de comparaison. J'ai analysé, avec un soin particulier tous les comptes , tous les Livres de raison, que j'ai pu consulter. Je n'en ai pas trouvé de plus complet,au point de vue de la comptabilité, que celui du Père Marchetti, écrivain marseillais, très connu et très populaire , dans lequel sont consignées toutes les dépenses du digne ecclésiastique, depuis le loyer de son logement et ses frais de costumes, jusqu'aux plus minimes détails de la cuisine.