‹ La Maison de danses: Pièce en 4 actes et 5 tablChapitre 19 sur 49 · ESTRELLA, TOMASA · texte numérisé non relu

ESTRELLA, TOMASA

Tomasa. — Ah ! les amoureux ! C'était pourtant un garçon de bon sens, avant qu'il ne t'aimât!

Estrella. — Oh! pouvez- vous croire?

Tomasa. — Il est fou, ma petite! Mais je ne suis pas folle. Il t'adore, ce n'est pas douteux.

Estrella. — Ce n'est pas ma faute.

Tomasa. — Si ! C'est uA peu ta faute.

Estrella. — Jamais je n'ai dit un mot pour l'encourager.

Tomasa. — Tes regards lui ont tout promis.

Estrella. — Oh!

Tomasa. — Comme ils promettent tout à tout le monde. Mon garçon a de la douleur, Estrella.

Estrella. — Je ne peux pas le guérir.

Tomasa. — Tu le peux!

Estrella. — Comment?

Tomasa. — En l'aimant!

Est^rella. — Je ne peux pas!

TOMASA. — . Vas-tu faire avec moi l'innocente? C'est aiuc hommes qu'il faut raconter des histoires. Si mon fils t'avait offert un marché, s'il t'avait dit que tu ne débuterais qu'à la condition de lui appartenir...

EsTRELLA. — Je l'aurais envoyé plumer les hirondeUes.

ToMASA. — Tu aurais cédé.

EsTPELiiA. — Jamais ! Jamais !

ToMASA. — Mais c'est une pauvre cervelle... Il a compté sur ta reconnaissance!

EsTRELLA. — N'avez-vous pas honte de me parler ainsi t

ToMASA. — Crois-tu que nous sommes chez un évêquef C'est une maison de danses, ma petite, et les ballerines sont trop heureuses quand le patron leur fait des politesses.

EsTRELLA. — J'ai plus de fierté que les autres...

ToMASA. — Ou plus d'ambition. Tu l'attire? sans cesse et tu lui échappes : c'est ta danse. Ainsi tu espères que tu le prendras mieux, et que tu le contraindras peut-être à t'épouser.

EsTRELLA. — Le bel avantage de m'enfermer à Cadix avec don Ramon, d'avoir une existence de hibou dans son mur, de faire des enfants et de n'avoir pour consolation que l'anneau d'or du mariage I Tout le jour, je regarderais ma bague avec orgueil, et je me dirais: « Je m'ennuie! Je m'ennuie! Mais j'ai une alliance qui a été bénite ! » Qiiel avenir !

ToMASA. — Oui ! Oui ! Ce sont des mots !

EsTRELLA. — Si j'aimais votre fils, je serais peutêtre assez folle pour l'épouser. Mais je ne Taime pas.

.ToMASA. — Tu devrais le lui dire.

ESTRELLA. — Pourquoi le désespérer? H sait bien que je ne l'aime pas. Si je l'aimais, je serais à lui. Ce serait facile!. La nouvelle chambre que vous m'avez donnée est près de la sienne ; vous l'aviez bien choisie.

ToMASA. — Fille du diable!

EsTRELLA. — Oh ! je vois clair ! Vous vous êtes dit que je lui céderais vite et qu'il m'oublierait bientôt. Mais votre calcul était faux. Ceux qui m'ont connue veulent me connaître encore,

ToMASA. — Je ne te comprends plus. Tu es donc sa maîtresse?

EsTRBLLA. — Non, car je suis bonne et j'ai pitié de ce pauvre garçon. Le meilleur moyen de ne pas le priver de tout son esprit, c'est de lui résister avec constance.

ToMASA. — Tu te moques de moi !

EsTRELLA. — Je ne veux pas vous le prendre tout à fait.

ToMASA. — Pourquoi?

EsTRELLA. — Il m'embarrasserait.

ToMA8A« — S'il en est ainsi, pourquoi restes-tu dans notre maison? Les autres danseuses ne logent pas ici.

EsTRELLA. — Vous m'avez demandé de demeurer

près de vous.

ToMASA. — C'est de te sentir là qu'il est malade...

EsTRELLA. — Je serais heureuse de ne plus passer mes nuits sous votre toit.

ToMASA. — Tu voudrais les passer dans les bras de Pepillo?

ESTRELLA. — Oui!

ToMASA. — Ou d'un autre?

EsTRELLA. — Peut-être!

ToMASA. — A ton aise! Pourvu que tu sois ici, chaque soir, pour la représentation.

EsTRELLA. — J'y serai !

ToMASA. — Si tu es sincère, Estrella, si tu ne songes pas à épouser mon fils et à t'emparer de cette maison, je suis prête à t'aider.

JÎSTRELLA. — Je ne demande qu'à partir.

ToMASA. — Mais ne orois-tu pas que mon fils te suivra, et qu'il fera tout pour te ramener?

EsTRELLA. — C'est possiblc!

ToMASA. — Tu n'agis pas par calcul?

EsTRELLA. — Non!

ToMASA. — Tu le jures?

EsTRELLA. — Sur la croix du Christ !

ToMASA. — Si tu mens, tu mens bien !

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