‹ La Maison de danses: Pièce en 4 actes et 5 tablChapitre 20 sur 49 · Scène V · texte numérisé non relu

Scène V

Les MÊMES, DOLORES, M. RIENKELMANN,

PEPILLO

DOLORÈS, s'arrêtant sur le seuil. — Mais Ce n'est paS ICI?

Pepillo. — Mais si!

DoLORÈs. — Ah ! chère Tomasa ! Bonne maîtresse ! C'est vous?

Tomasa. — Oui, c'est moi!

DoLORÈs. — Vous ne me reconnaissez pas?

Tomasa. — Non!

Pepillo. — Dolorès!

Tomasa. — C'est Dolorès?

Dolorès. — Oui, senora.

Tomasa. — Excuse-moL Mais ton costume, ton chapeau... Embrasse-moi, ma petite...

Dolorès. — Nous faisons un voyage en Espagne avec mon ami M. Rienkelmanh, le banquier parisien.

Tomasa. — Asseyez-vous, senor.

Dolorès. — Je n'ai pas voulu traverser Cadix sans revoir la maison de danses. La vieille salle a bien changé. Je croyais que je m'étais trompée de porte.

Tomasa. — Tu te rappelles nos legons, tes débats?

Dolorès. — Oui!

Tomasa. — Tu ne pensais pas qne bientôt le monde entier connaîtrait la belle Dolorès?

EsTRELLA. — Jésus! Vous êtcs la belle Dolorès?

Dolorès. — Oui!

EsTRELLA. — Celle qui a tant de bijoux?

Dolorès. — Oui, ma petite. (A Tomasa.) C'est une nouvelle?

Tomasa. — Oui.

Dolorès. — Elle danse bien?

Tomasa. — Tu verras, ce soir. Tu assisteras à la représentation ?

Dolorès. — Je crois bien.

Tomasa. — C'est gentil. Je te reconnais tout à fait maintenant. Tu n'as pas changé.

Dolorès. — Oui ! Oui !

Tomasa. — Depuis si longtemps...!

Dolorès, à Rienkeimann. — SaJomonl...

Rtenkelmann. — Chère amie?

Dolorès. — Vous pouvez disposer de l'automobile. Je vous rejoindrai à l'hôtel.

RiENKELMANN. — Ah ! Très bien I très bien ! Mesdames, monsieur...

Il bai!94^ la main de Dolorès et sort.

Dolorès. — Dix ans! Il y a dix ans que je suis partie! Pepillo était un enfant.

Pepillo. — J'avais douze ans.

Dolorès. — H était joli.

Pepillo. — Je le suis encore.

Dolorès. — Tu aimes toujours le chocolat?

L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE

Pbpillo. — Toujours! Et il te plaît toujours de in'embrasser?

DoLORÈs. — Je ne sais pas.

Pepillo*. — Essaye!

ToMASA. — Quelle roulure!

r)OLORÈs. — Il ressemble à sa mère!

Pepillo. — Pourtant, tu ne m*as pas reconnu; c'est moi qui, devant la porte, me suis aussitôt rappelé ton A'isage; je ne t*ai jamais oubliée.

DoLORÈs. — Menteur ! Tu as vu partout mes photographies, et c'est pourquoi tu m'as reconnue.

Pepillo. — Peut-être. Tu es si célèbre!

DoLORÈs. — Et ta mère?

Pepillo. — Morte!

ToMASA. — La pauvre!

DoLORÈs. — Il y a longtemps?

Pepillo. — Deux ans. Il me semble que c'est hier.

DoLORÈs. — La poitrine?

Pepillo. — Oui !

DoLORBS. — Et toi, gamin, tu danses?

ToMASA. — Il danse très bien.

DoLORÈs. — Je verrai, ce soir. Tu pourrais peutêtre venir à Paris avec moi. Je n'ai plus de danseur.

Pepillo. — Avec joie!

ToMASA. — Non! Non! Il reste ici. Il a signé un engagement.

DoLORÈs. — Nous verrons. D'ailleurs, je ne danserai que dans trois mois. Je me repose auprès de Rienkelmann.

ToMASA. — En effet, il ne doit pas te fatiguer.

DoLORÈs. — Il n'a pas dix-huit ans. Mais il m'aime bien.

ToMASA. — Tu «s heureuse?

DoLORÈs. — Oui... On peut fumer?

ToMASA. — Voyons!

DOLORÈS, tirant de sa poche un étui à cigarettes en or. —

L^ne cigarette, Tomasa?

ToMASA. — Oh ! non ! C'est de la paille !

DOLORÈS, à Estrella qui s'est éloignée. — Et toi?

EsTRBLLA. — Avec plaisir!

DoLORÈs, à Pepillo. — Une cigarette?

Pepillo, prenant rétui. — C'est moi qui te l'offre.

DoLORÈs. — Tu es gracieux ! .

Pepillo. — Je peux prendre une cigarette?

DoLORÈs. — Garde l'étui!

Pepillo. — Oh!

DoLORÈs. — Ça me fait plaisir!

Pepillo. — A moi aussi.

II embrasse Dolorès. .

DOLORÊS. — Mais...

• Pepillo. — Chère Dolorès, amie bien-aimée de ma mère...

Dolorès. — Quel enfant ! On est bien ici, Tomasa. Je ne vous dérange pas?

ToMASA. — Comment peux-tu croire?...

Dolorès. — Conjme la salle est belle?

Pepillo. — Pour les débuts d' Estrella.

Dolorès, à Kstreiia. — Tu t'appelles Kstrella?

Estrella. — Oui! R^trella! Estrellita!

Dolorès. — Tu n'as jamais dansé?

Estrella. — Non.

Dolorès. — Tu es jolie!

EsiTiELLA. — On le dit, mais je sais que ce n'est pas vrai.

Dolorès. — Tu es modeste.

Estrella. — J'essave.

Dolorès. — En tout cas, tu n'es pas bête.

Estrella. — Non!

Tomasa. — Elle est même trop intelligente pour une danseuse.

Dolorès. — Merci !

Tomasa. — Toi aussi. Car je suis sûre que tu ne danses plus, que tu ne travailles plus.

Dolorès. — C'est vrai.

Tomasa. — Pour vous, la danse n'est qu'un moyen.

Dolorès. — Un bon moyen.

Tomasa. — Eistrella sera un jour comme toi.

Estrella. — Si ma bienheureuse patronne le veut !

Dolorès. — Oli ! il y a de la place pour deux.

Tomasa. — Tu te rappelles tes triomphes sur cette estrade?

Dolorès. — Oui! La chambre dans laquelle on

s'habillait, (Montrant une petite porte.) c'est ici, n'est-Ce

pas, Tomasa?

Tomasa. — Oui!

Dolorès. — Je voudrais la revoir, revoir toute la maison.

Tomasa. — C'est facile.

Dolorès, hésitant. — Dis-moi... Depuis que je suis entrée ici, je n'ai pas osé te parler de ton fiL>.

Tomasa. — De Ramon, pourquoi?

Dolorès. — En dix ans, il peut y avoir tant d'événements graves. Alore, il va bien?

Tomasa. — Très bien!

Dolorès. — Toujours joyeux?

Tomasa. — Tu le ven'as. Il est ici.

Dolorès sort avec Tomasa. Pepillo s'apprête à les suivre.

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