RAMON, DOLORES
Ramon. — Tu me trouves ridicule?
Dolorès. — Oh! Ramon!...
Ramon. — Tu m'as connu joyeux, insouciant...
En quelqiias années, j'ai bien changé. J'étais l'amant ; je suis le jaloux. Ah! Dolorès, j'ai honte de moimême.
Dolorès. — Il ne faut pas avoir honte. Tu aimes.
Ramon. — Et je né suis pas aimé! J'ai le cœur saignant à propos d'une mauvaise fille de cuLsine qui se prête à n'importe qui. Et, pour ce torchon sale, moi, Ramon, je tuerais!...
Dolorès. — Elle est étrange.
Ramon. — Tu l'as regardée?
Dolorès. — Elle a des yeux qui charment.
Ramon. — N'est-ce pas?
Dolorès. — Mon pauvre Ramon!
Ramon. 7— Crois-tu?
Dolorès, lui prenant les mains. — Mon cher Ramon !
Ramon. — Tu m'examines... Je suis vieux, n'est-ce pas? Je suis gi-os...
Dolorès. — Mais non !
Ramon. — Il est impossible que je plaise maintenant à une femme? .
Dolorès! — Tes yeux que j'ai adorés, je les re- I rouve.
Ramon. — Oui?
Dolorès. — Ah! je me rappelle comme je t'aimais... Et toi?
Ramon. — Comment aurai.«;-je oublié?
Dolorès. — Oh! toi, tu ne m'aimais guèi*e.
Ramon. — Tu te trompes!
Dolorès. — Ne dis pas non... On n'est pas libre d'aimer et de ne pas aimer. Et puis, c'est le passé! Tu m'as fait bien du chagrin, mais c'est encore un de mes meilleui-s souvenirs.
Ramon. — Dolorès!...
Dolorès. — Tu n'as jamais compris combien je l'aimais.
Ramon. — Hélas ! Plus les yeux sont jeunes, moins ils voient clair...
Dolorès. — Heureiusement ! Grâce à ta froideur, je n'ai pas vieilli à Cadix. Je suis allée à Paris. Je suis fêtée, je suLs riche, je suis célèbre.
Ra'mox. — Et pourtant, tu as peut-être quitté le bonheur en partant.
Dolorès. — Mon existence a été brillante; je ne
me plains pas; mais je t'ai bien aimé, et tu m'as guérie de l'amour.
Ramon. — Comment? Jamais?...
Dolorès. — J'ai eu des caprices, beaucoup de caprices; mais l'amour... C'était fini!...
Ramon, im baisant la main. — Pardon!
Dolorès. — C'est bête, n'est-ce pas? Ces souvenii-s me troublent encore. C'est toi que je cherchais en revenant dans cette maison; et, quand je ne t'ai pas vu, j'ai eu peur. Je n'osais pas demander si tu étais là. Ah ! c'est tenace, l'amour ! Ça faiblit ! Ça ne meurt pas!
Ramon. — Dolorès!
Dolorès. — Il faut que je m'en aille, que je retourne à l'hôtel.
Ramon. — Reste encore.
Dolorès. — Non! non! Je reviendrai <^e soir.
J'assisterai à la représentation.
Ramon. — Et demain?
Dolorès. — Demain, je quitterai Cadix.
Ramon. — Laisse-moi t'embrasser?
Dolorès. — Si tu veux...
Il Tembrassc chastement.
Ramon. — Au revoir!
Dolorès. — Ah ! Ramon ! Si tu pouvais être moins triste.
Ramon. — Il n'y a rien à faire; elle ne m'aime pas.
Dolorès. — Au revoir!
Ramon. — Si elle savait pourtant que la belle Dolorès n'a vraiment aimé que moi...
Dolorès. — Eh bien?
Ramon, — Les fenmies sourient à ceux qui ont triomphé.
Dolorès, un pco indignée. — Tu ne veux pas que...
Ramon. — Non ! Non ! Adieu ! Dolorès !
Dolorès. — Adieu, Ramon!
Elle sort. Ramon la conduit jusqu'à la porte. Il revient très vite. *