Scène VI
Les mêmes, LE VEILLEUR DE NUIT
Le Veilleur. — Dieu soit dans votre maison, dona Tomasa !
ToMASA. — Bonsoir, don Anselmo! Vous voulez quelque chose?
Le Veilleur. — Ma lanterne est éteinte, et je n'ai pas d'allumettes. J'ai vu de la lumière...
Benito. — Tiens!
II lui donne des allumettes.
Le Veilleur. — Vous tremblez un peu, camarade. L'anisette était trop forte!
Tomasa. — Il ne boit jamais.
Le Veilleur. — Moi, je bois. Parce que le pauvre veilleur qui marche dans les rues, la nuit, pour crier quelle heure il est, et le temps qu'il fait, il attrape chaud, et puis, ça sèche la gorge. J'ai toujours soif! C'est le mctior qui veut ça.
Tomasa, lui servant un verre. — Ah ! c'est un métier on on ne vole pas son argent. •
Le Veilleur, après qu'il a bu. — J'ai toujours soif! J'ai toujours .soif!
Tomasa. — Bonsoir!
Le Veilleur. — Aloi-s... je m'en vais?
Tomasa. — C'est cela! Bonsoir, don Benito.
Benito. — Bonsoir!
Le Veilleur. — Benito, je viens de rencontrer votre frère avec sa fiancée, la petite Concha. ILs s'embrassaient.
Benito. — Ah!
Le Veilleur. — C'est une nuit d'amour ! Dans les rues, on ne voit que des couples qui joigrnent leurs lèvres!... Aux fenêtres basses, on ne voit que des jeunes gens et des jeunes femmes qui se pigeonnent pendant que les maris ronflent. Ah! c'est une terrible nuit! H y en a des malheureux qui sont trompés!
Tomasa. — Tu crois qu'ils .souffrent?
Le Veilleur. — Bah ! Les cornes des cocus, c'est comme les dents. Ça fait du mal quand ça pousse. Après, on manjre avec.
Tomasa. — Ah! ah! Ce vieil Anselmo!
Le Veilleur. — Il faut bien rire! N'est-ce pas, don Benito? Il n'est pas gai, le camarade!... En route !
Tomasa. — Bonsoir!
Elle ferme la porte, éteint la lumière et, avec une lampe, se dirige vers la porte du fond. Tandis que tombe le rideau, on entend la voix d'Anselmo.
Le Veilleur. — Ave Maria.,, La nuit est belle!... Il est une heui«!...
RIDEAn
L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE
PapUlo. Tomait.
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