CONCHA, AMALIA, LA VAGABONDE
un peu de poisson.
si vous le vouliez, mjourd'hui le ven-
8 pasT
La Vagabonde. — Senora, j'aimerais mieux de la viande.
AUAUA. — Païenne! C'est dredi saint !
La Vagabonde. — Ah!
COHOHA. — Tu ne le sav
La Vagabonde. — Non!
Amalia. — N'es-tu pas une chrétienne!
La Vagabonde. — Une chrétienneî
CONOHA. — Enfin, tu as été baptisée, tu vas à l'église 1
La Vagabonde. — Oh oui! J'ai souvent dormi dans les églises ! Il y fait chaud en hiver, et frais en élé! Je vais souveut à l'é^'Use.
Amaua, — Comment t'appelles-tuf
La Vagabonde. — On m'appelle la petite, la gamine, l'oiseau noir!
CoHCHA. — Tu n'as pas de noml
La Vagabonde, — Mais oui, vous voyez bien que j'en ni, des noms.
Ahaua, l'initaïUnt i ubic. — Tiens, mange et bois!
La Vagabonde. — Merci, senora.
Coucha, — Ta n'es pas de la ville, je ne t'ai jamais vue,
La Vagabonde. — Je viens de Xéris.
Amalia. ' — Tes parents sont ià-basî
La Vagabonde. — Mes parentsf Si j'avais des parents, je demeurerais quelque part, j'aurais un Ut.
AuALiA. — Et que viens-tu faire à CadisT
La Vagabonde. — C'est mon secret.
CoNCHA. — Tu ne veux pas nous ie confier T
La Vagabonde. — Je viens gagner ma vie.
AuAioA. — Quel âge as-tu!
La Vagabonde. — '■ Treize ans, peut-être!
Amalia, — Sais-tu coudre! Sais-tù fair
lac
peu
La Vagabonde. — Je ne sais rien.
Amaua. — Veux-tu apprendre un métier! Venxtu rester auprès de moi!
liA Vagabonde. — Oh! non!
CoNCHA. — Nous serions très bonnes pour toi.
La Vagabonde. — Oui, oui, mais...
Amalia. — Quoi! .
La Vagabonde. — Je ne veux pas.
CONi-HA. — Pourquoi!
La Vagabonde. — Je ne veux pas.
Ahalia. — Dis-nous tes raisons.
Tui Vagabonde. — J'ai peur de vous fâcher!
CoNCHA. — Mais non!
La Vagabonde. — Je sens que je m'ennuierais dans cette maison.
Amalia. — Ah! ' '
La Vagabonde. — Vous avez un air si 'sérieux^ et la chambre est si bien rangée,' si propre, 'si ^ liiisante, il me semble qu'on ne doit pas oser bouger ici.
Amaua. . — Mais, pauvre petite, que veûx-tu donc faire î Où veux-tu donc vivre?
La Vagabonde. — Devant, vous, senora, ce n'est pas des choses à dire!'
CoNCHA. — Mais oui! • "
La Vagabonde. — Eh bien!...
Amalia. — Parle ! . .
La Vagabonde. — Je veux chanter, je veux dan-. ser!
Amalia. — Ah ! malheureuse I
La Vagabonde. — Ne me plaignez pas. Les. garçons et les filles m'applaudissent déjà. L'autre sçir, sur la place, une dame m'a donné' une pièce- d'argent, et elle a dit à son mari: « Sait-elle seulement ce qu'elle veut dire, cette danise-là! » Je crois bien que je le sais. Ça veut dire : l'amour.
CoNCHA. — Veux-tu te taire!
La Vagabonde. — Pourquoi, ce n'est pas mal l'amour: c'est joli, c'est atnusant!
Amalia. — Pauvre petite!
La Vagabonde. — Il ne faut pas me plaindre. Je suis jeune, j'ai de beaux yeux, j'ai treize ans. Pauvre petite! Pauvre petite! Ohl non! Je ne resterai pas dans votre maison !
OONCHA. — Tu t'en vas?
La Vagabonde. — Oui.
Amalia, — Emporte un morceau de pain.
La Vagabonde. — Je veux bien !
Amalia, coupant le pain. — Tiens !
La Vagabonde, -t- Merci! Je vous demande pardon d'avoir mal parlé devant des personnes sérieuses comme vous. Si vous n'êtes pas fâchées, je reviendrai vous voir.
CoNCHA. — Quand tu auras faim, n'est-ce pas î
La Vagabonde. — Si je venais vous voir quand j'ai faim, je serais ici tous les jours.
CoNCHA. — Mais non, tu vas gagner une petite fortune, aujourd'hui!
La Vagabonde. — Vous vous moquez de moi !
CoNCHA. — Ne vas-tu pa» mendier sur le passage de la procession?
La Vagabonde. — Ah ! Il y a une procession T Ça c'est une chance. Je veux avoir ce soir au' moins deux pesetas!
Amalu. — Tu mendies, quand je te propose de travailler?
La Vagabonde. — Je ne sais pas travailler, mais je sais très bien mendier. On regarde avec des yeux innocents, comme cela, et on dit : a Je n'ai pas mangé depuis hier, faites l'aumône et le ciel vous bénira. »
Amalia. — Petite hypocrite!
La Vagabonde, se sauve en rîam. — Au revoir! A bientôt, à bientôt.
Elle sort.