CONCHA, AMALIA
Amalia. — Pauvre petite! — Coucha, tu trouves comme elle que la maison est triste?
CoNCHA. — Oh ! mais non ! Jamais je n'ai été aussi heureuse !
Amalia. — Tu ne t'ennuies pas?
Concha. — Comment peux-tu dire? J'aime Luisit!o et je m'entends très bien avec son. frère et avec toi. Tes enfants sont gentils. Oh! non,- je ne m'ennuie' pas ! *
Amalia. — Ton mari t'aime bien?
Concha. — Mais oui! Ah! il' faut que je lui porte son vêtement.
AWlia.' -^ Reste eùcbre, ma petite Condia.
. CONCHÀ. — .Tu as quelque chose à me dire?
• Amalia. — C'est un conseil que je voudrais te donner. Tu es jolie, Conchita, et tu es jeune. Il faut* t'ariranger pour que Luisito te trouvfe toujours à son goût. Tous les jours — il ne suffit pas du dimanche — il faut avoir une belle robe et des fleurs dans les cheveux quand il revient à la inaison. Il faut lutter, Conchita, contre les filles gracieuses qui guettent nos hommes.
Concha. — Crois-tu que Luisito en regarde une?
Amalia. — Non, non ! Je ne sais rien I Mais j'ai peur pour toi, parce que je suis très malheureuse.
Concha. — Amalia!
Amalia. — Mon mari n'est plus le même. Tous les soirs, quand il n'est pas sur la mer, il s'en va. Je ne l'ai plus jamais. C'est comme s'il passait toutes ses nuits dans la barque. '
Concha. — Luisito sort aussL ;
Amalia. — r Pour l'accompagner.
Concha. — Qui sait?
Amalia. — Mais toi, Concha, tu peux te défendre? Moi, je suis presque vieille. Je lui ai donné des enfants; je les ai nourris, ça ne conserve pas une femme. Je n'ai plus que ma tendresse; il is'en moque bien.
CoKCBLA. — Il t'aime, voyons !
Amalia. — Comme il aimerait sa sœur, une sœur
aînée.
Concha. — Il est plus âgé que toi? .
Amalia. — Oui, il est plus jeune tout de même. C'est terrible, Concha; chez les pÀuvres^ les femmes vieillissent plus vite que les hommes; alors, nous ne pouvons pas lutter. C'est impossible. Ah! je voudrais être riche pour lui sembler belle encore! C'est stupide, Concha: je l'aime!
Concha. — Amalia 1
Amalia. — Ne fais pas comme moi, 'jna petite sœur. Sois gaie, sois jolie, garde Luisito!-
Concha. — S'il était trop tard !... S'il ni m'appartenait plus?
Amalia. — Tu dois bien savoir s'il est encore à toi? Tu dois sentir s'il t'aime encore?
. Concha. ^- Je le crois! ^
Amalia. — Et tu te plains ! Ah I que 'iu es heureuse !
Concha. — Mais qui donc aimerait-il?
Amalu. --- Une fille! Des filles qu'il rencontre dans les maisons de danses.
Concha. — Oh ! Ce serait honteux I .
Amalia. — Pourquoi? Les honunes qui travaillent ont besoin de joie comme ceux qui ne font rien. Mais, ne sois pas aussi folle que moi! Ne sois pas une épouse trop vertueuse !
Concha. — Tu es trop bonne, Amalia !
Amalia. — Je ne suis pas bonne, mais, si je ne peux rien faire pour moi, toi, du moins, je t'avertis!
L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE