‹ La Maison de danses: Pièce en 4 actes et 5 tablChapitre 45 sur 49 · Scène IX · texte numérisé non relu

Scène IX

LUISITO, RAMON et BENITO

Ramon. — Elle était ici depuis longtemps?

LuisiTO. — Qui?

Ramon. — fistrella.

LuisiTo. — Depuis quelques minutes... îllle est venue avec Tomasa.

Benito. — Et Tomasa l'a laissée seule avec toi?

LuisiTO. — 11 y avait aussi Pepillo!

Benito. — Alors î

LuisiTo. — Quoiî

Ramon. — Ils vous ont laissés ensemble tous les deux?

LuisiTO. — Ils sont allés causer avec Amalia, qui est chez la voisine, dans le petit jardin.

Ramon! — Pourquoi Estrella ne les a-t-elle pas accompagnés?

LuisiTO. — Elle est allée les rejoindre.

Benito. — Qu'avait-elle de particulier à te dire?

LuisiTO. — Mais, je ne te permets paa de m'interroger sur ce ton ! Je peux causer avec Estrella. Quel droit as-tu donc sur elle?

Ramon. — Moi, j'ai des droits.

LuisiTO. — Elle est ta fiancée, elle n'est pas encore ta femme.

Ramon. — Elle est ma maîtresse.

LurôiTO. —• Tu mens! Tu mens!

Ramon. — Ah! prends garde!

Benito. — Vous êtes fous tous les deux.

Ramon. — Je me demande vraiment pourquoi tu te mets ainsi en colère? l^t-ce que je te fais port etdes coriies en couchant avec Estrella?

LuisiTOi — Je te défends de parler ainsi. Ce n'est paS'\Tai; je ne té crois pas.

Râmon. — Pour croire, tu voudrais' voir? Nous pourrions t'inidter.

LmsiTO. — Misérable!

Benito, IÙI arrêtant le bras. — Allons, du C^lhue,

hein ! . • ' ' '

LuisiTO. — Au lieu de m'arrêter, tu devi-aLs m'aider à le frapper.

Ramon. — Oh ! Tu ne me fais pas peur.

LuiôiTO, à Benito. — Comment, tu ne dis rien?

Benito. — C'est fini, mon petit!

LursiTo. — Quoi?

Benito. — Nous venons de causer, Ramon et moi. Elle ne me fera plus souffrir.

Luisito. — Enfin, qu'y a-t-il?

Ramon. — Il y &> Luisito, que la belle ne rira plus de nous. Elle ne rira plus! Elle me caressait la nuit...

Luisito. — Non ! Non !

Ramon. — Mais si! Elle me caressait la nuit, «t elle voulait s'enfuir avec ton frère.

Luisito. — Tu sais?...

Benito. — Nous nous sommes tout dit.

Luisito. — Lâche ! Lâche !

Benito. — Quoi?

Luisito. — C'est lâche ce que tu as fait là! C'est lâche !

Benito. — Vraiment ? Une créature du diable s'amuse à nous rendre fouis, et nous la respecterions comme une sainte! Assez de ]>itié! Assez de bonté! J'aurais tout fait pour cette ignoble fille. J'aurais abandonné ma femme et mes enfants.

Ramon. — J'aurais jeté dans la rue ma mère.

J'aurais tué!

Luisito. — Ah! ah! Tu aurais tué? Toi? «

Ramon. — J'ai voulu te tuei hier soir.

Luisito. — Moi?

Ramon. — Oui.

Luisito. — Où donc?

Ramon. — Dans la ruelle du rempart où tu te promenais avec elle, à la nuit tombante.

Luisito. — On t'a raconté ça !

Kamox. - Je vous ai vn.s!

Luisito. — Mais...

Ramon. — Demande à ton frère. Je le lui ai' dit...

Luisito. — Et pourquoi n'as-tu pas frappé?

Ramon. — Parce que ma mère était là, et qu'elle m'en a empêché.

Luisito. — Il fallait la jeter à terre et me poignarder !

Benito. — Luisito...

Luisito. — Laisse-moi! Laisse-moi! Je te hais, je vous méprise. Je voudrais être mort avant de vous avoir entendus.

Benito. — Pourquoi, tout à Tlieure, ne m'a^j-tu pas dit que tu l'aimais?

Luisito. — Parce que, comme un imbécile, j'ai eu pitié de toi, parce que je croyais que je ne l'aimais plus.

Ramon. — Et, de nouveau, elle t'a pris.

Luisito. — Oui! oui! oui! Je l'aime!

Benito. —r Tu l'aimes encore, après ce que tu viens d'apprendre? . , . ' '

Luisito. — Qu'ai- je appi*is? Qu'elle s'est moquée de toi en te promettant de te suivre à Sëvilleî J'aurais dû m!en donter plus tôt.

Benito. — Si je voulais, elle, part irait avec moi.

Luiçito. — Non ! .

Benito. — Non? ' '

Luisito. — Elle ne t'aime pas! Elle ne t'aime pas! Je le sais. '

. BpNITO, ironique. — Elle te l'a dit? ' .

LmsiTO. — Je le sens. '

Ramon. — T'a-t-elle dit aussi que-jè sUisson amaTit?' Luisito. — Tu es assez bas pour imaginer cette

histoire. ' ' • : :•

Ramon. —^ Moi? -■ • -

Luisito. — Si c'était vrai, le dirais-tu?

Ramon. — Ah ! ah ! Tu me fais rire. Noiis devons le secriet à, lUie gouape qui roule avec tout le monde.

Luisito. — Des mensonges, tout cela ! Et toî,^ tu te vantes !

Benito. — Non! Ça, non!

Luisito. — Il se vante, je te dis.

• Ramon. -- Veux-tu lire une lettre qu'elle m'a

écrite l'autF* jour, quand je suis allé à Gibraltar? Tiens, je le t'ai apportée.

LmsiTO, Usant. — Saleté! saleté! saleté!

Ramon. — Hein, tu reconnais son écritureT II y en a des mots d'amour là dedans? Elle n'oublie pas les bonnes nuits. Elle a de la mémoire et de la reconnaissance.

LtnsiTO. — Mais pourquoi me dites-vous tout celaT Pourquoi me torturez- vous T

Rauon. — Pour que tu sois un homme comme nous, et que tu ne gémisses plus comme uu enfant auprès d'elle.

Benito. — Oui, plus de larmes, pins de prières I

Ramon. — Il ne faut plus que ses yeux menteurs puissent noua regarder; — lu comprends?

Bbhito. — Il ne faut plus que nous - entendions sa voix!

LnrsiTO. — Que voulez-vous? Que voulez-vous?

Ramon — Nous voulons la luer, mon petit !

LciBiTO. — Quoi?

Benito. — Oui, la tuer! La tuer! Qu'elle ne regarde plus, qu'elle ne parle plus! Qu'elle soit sous la terre! '

Ldisito. — Même si elle était daiis le tombeau, clouée entre quatre planches, je la verrais toujours.

Rauok. — Tu la pleureras, mais tu ne seras plus son esclave.

Benito. — Tu ne peux pas nous aider, parce que tu crois qu'elle t'aime.

Rauon. — Si elle t'aimait, tn aurais connu depuis longtemps le goût de sa chair.

LuisiTO. — Tais-toi!

Benito. — Elle se moque de toi, elle t'entraîjie !

Rauom. — Cette nuit, elle riait dans mon épaule en me parlant de toi, et j'avais envie de l'étrangler, parce que je vous avais vus au coucher du soleil. Elle me disait qu'elle ne voudrait pas dea restes de Concha.

LinsiTO. — Elle se moquait de toL

Benito. — Mais tu es donc aveugle!

LuiSiTO. — Vous sentez qu'elle ne vous aim» pas et vous voulez la tuer. Mais, moi, je sais bien qu'elle m'aime.

Rauon. — Comme tu es jeune!

LmsiTO. — Oui, je suis jeune, et c'est pourquoi elle me préfère.

Rauon. — Elle a un amant encore plus jenne que toi; Pepillo!

LuisiTO. — Ça, c'est trop bête!

Rauon. — Tu ne me crois pas? J'ai interrogé le portier de la maison et les voisins. Elle va chez lui presque tous les jours et, quand elle part, le Ut est défait, les draps et les oreillers par ten'e.

LuisiTo. — Jamais elle n'a appartenu à Pepillo, jamais! Et puis, il part ce soir et, tandis qu'il ^éloi- ^cra de la ville, je serai peut-être près d'elle.

Rauon. — Dana le jardin des moines, n'est-ce pas?

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