LE FATALISME
L'étrangeté de ta parole tout orientale, !e feu de tes Fegards, la finesse de ton petit pied cambré, tout en toi est créé pour la volupté et les jouissances folles.
Pouschkink. (A une Grecque.)
Wolinski était étendu sur un des divans de son cabinet; il était bien décidé à ne pas quitter la maison et à se dire malade, jusqu'au moment où Zouda, qu'il
avait envoyé à la recherche du Petit Russien, lui aurait rendu réponse.
Ce Petit Russien se trouvait être pour lui une pénible énigme.
Son cœur bouillonnait à l'idée seule que Biren, non content de passer sur les cadavres de ses victimes, posait déjà son pied sur les degrés les plus élevés de la Russie.
Le duc avait sa cour, le é&z avait déjà sa garde.
Comme par méprise, quelques-uns lui donnaient déjà le titre d'Altesse impériale, — et il ne s'en fâchail point; — on sollicitait même l'honneur du baise-main. L'impératrice sortait tous les jours et s'occupait des affaires de l'État; mais elle s'éteignait visiblement, et le favori3 il n'y avait pas à si méprendre, guettait le moment de s'emparer du pouvoir.
— J'attends l'occasion de le perdre, pensait Wolinski, j'attends un changement de l'impératrice à son égard; mais quand arrivera cette occasion? bon Dieu !
A ces pensées, qui revenaient tyranniquement à son esprit, se réunissait encore un sentiment d'un autre caractère, mais tout aussi pénible que le premier ;
Il était marié, et il aimait.
Quelle infortunée était donc l'objet de cet amour?
La princesse Mariolizza Lehemiko, quoique âgée
seulement de dix-huit ans, avait déjà passé à travers des épreuves qui eussent soffi à remplir la plus romanesque existence.
Étant encore enfant, elle avait perdu son père et sa mère ; sur le seuil même de sa maison brûlée et pillée par les janissaires, elle était tombée au pouvoir d'un pacha i II i avait destinée à son propre harem; mais pendant que la jeune beauté prenait son développement, l'âge devançait les désirs du pacha ; aux passions du cœur, aux aiguillons de l'amour succédèrent les désirs de l'ambition : l'idée lui vint d'employer un moyen de faire sa cour au sultan.
Ce moyen, c'était de lui faire présent de cette merveilleuse beauté.
Dès ce moment il vit dans Vi'ûh fizza l'ornement le plus précieux du harem, la future sultane fa^ orite, et sa prévoyance alla jusqu'à compter à l'avenir sur sa protection.
Nul n'eût pris plus de soin de sa propre iii.e que ne le faisait le pacha de Mariolizza. Les piastres passaient à poignées dans les mains des maîtres étrangers afin de développer dans la jeune princesse tous les talents qui pourraient séduire le sultan. Les charmes extérieurs de Mariolizza, aussi bien que ses qualités morales, pouvaient bien faire que le vieillard ne se trompât point.
Quand Mariolizza, après avoir, comme dans un débat amoureux, jeté la soie noire de ses longs cheveux sur ses belles épaules, voltigeait avec un tambourin dans les mains, et tout à coup jetait innocemment sur son tuteur des yeux enflammés par la danse, ou quand, encore haletante, elle arrêtait sur lui son noir regard humide de volupté, qui semblait demander la réponse d'une question inconnue ; quand ses lèvres frémissantes et vermeilles semblaient appeler le baiser, le cœur du vieillard se serrait, et il était tout prêt de renoncer à son projet de livrer Mariolizza au sultan. Il soupirait; sa barbe, sa fortune, ses honneurs, il eût tout donné pour retrouver quelques instants de sa jeunesse passée. Mais alors le prophète, invoqué par lui, lui venait en aide, et il revenait avec plus de résolution que jamais à ses idées d'ambition. Toutefois, lorsqu'il avait eu l'imprudence de prendre à trop forte dose la liqueur défendue par le Koran, il prenait la hardiesse de poser ses lèvres sur le pied mignon de Mariolizza, touchait de sa main droite son turban, et de la gauche relevait sa barbe en signe d'estime.
L'espiègle enfant alors le laissait faire par caprice, — jusqu'où ne va pas le caprice d'une femme! — elle trouvait même un certain plaisir, dont elle ne se rendait pas compte, à sentir frissonner sur ses pieds la barbe blanche du pacha. Alors, et comme par accident,
avec son petit pied enfantin, il lui arrivait de jeter à bas le turban du vieillard et de découvrir sa têle chauve; alors Mariolizza éclatait de rire, et en récompense de son humilité, elle lui permettait de reposer un instant sa tète sur ses genoux.
Au reste, *tla aimait le pacha, elle l'aimait comme son bienfaiteur, comme son parent, et savait même, au milieu de toutes ses folies juvéniles, lui prouver son amitié.
Mariolizza eut tous les maîtres qu'elle voulut avoir; elle dansait admirablement, jouait de la guitare avec un charme extrême; et comme sa maîtresse de danse et de musique était une Française, elle apprit en trèspeu de temps à lire, à écrire et à parler le français. De la religion chrétienne, dans le sein de laquelle elle était née, il ne lui resta que des souvenirs fort vagues et une petite croix d'or qu'on lui avait trouvée sur la poitrine.
Comment cette croix s'était trouvée là, c'était ce qu'ignorait la jeune fille; elle se rappelait seulement que la femme qui l'avait sauvée des flammes, lors de l'incendie c!p. la maison paternelle, lui défendit de jamais quitter ce symbole du Christ, qui était la bénédiction de son père.
Ce fut cette même femme qui la vendit au vieux pacha.
70 LÀ K&IgON DE GLACE.
La maîtresse française ayant appris que Mariolizza était née chrétienne, tâcha, en lui parlant la langue que ne comprenaient point les esclaves noirs, d'initier son élève aux principaux dogmes de sa religion. L'effet de ces préceptes et de l'éducation du harem iutde produire dans l'âme de Mariolizza, âme tout à la iois rêveuse et bouillante, un singulier mélange de fatalisme mus !.. et de mysticisme chrétien. Dans le ciel créé par sa brillante imagination habitaient et les esprits purs de la Bible, et les voluptueuses houris du paradis de Mahomet; toutes les actions humaines étaient soumise s, selon elle, à la grande et terrible loi du fatalisme.
Cr .ziie nous l'avons dit, le vieux pacha avait commencé de l'aimer comme un objet destiné à ses plaisirs, ensuite comme un moyen d'atteindre aux faveurs; enfin, il en arriva à la chérir comme sa propre fille. Jl la dispensa de faire les sorbets, les bonbons et autres bagatelles de ce genre confiées ordinairement aux femmes. Il supportait ses caprices, la gâtait en tout point, et la conservait comme une précieuse perle sur laquelle, de peur d'en ternir l'éclat, il craignait de respirer. Les serviteurs, changés en argus, de crainte de punition la gardaient nuit et jour. Pas un coup d'ceil de jeune homme ne s'égara jamais sur ses charmes juvéniles, ce riche poëme qu'un demi-dieu lui-même eût
désiré lire et relire pendant une éternité, comme il était c.rrivé à ce solitaire qui, pendant cent ans. avait écouté le chant d'une fauvette. Le temps arriva où Mari olizza dut être amenée à la cour du sultan. Mais, sous un nouveau prétexte, le pacha retardait son départ. Le jour de la séparation se leva enfin; mais ce fut bien plus l'effet de la Providence ou du fatalisme, comme disait la Mariolizza, que celui de la volonté de l'un ou de l'autre. La guerre éclata entre la Turquie et la Russie; la place du pacha fut donnée à son fils, le célèbre Calchan-Pacha. Dès ce moment le vieillard sentit naître en lui une haine implacable pour le sultan, détesta son fils sans prendre soin de cacher sa haine, et jura de le déshériter de tous ses trésors, et du plus précieux de tous, de Mariolizza, qu'il était décidé, disait-il, à donner à un chien de chrétien, plutôt que de la livrer à ceux qui avaient offensé sa vieillesse et payé d'ingratitude ses longs services. En ce moment, comme pour seconder la vengeance du vieillard, eut lieu un combat entre les Turcs et les Russes, où la victoire resta aux derniers.
La ville ainsi que la contrée commandée par le pacha fit retour à la Russie, et la belle Mariolizza, avec les richesses du père et du fils, et plus de deux mille prisonniers des deux sexes, tomba au pouvoir des vainqueurs : ce fut le pacha lui-même qui la présenta à
Munich comme une princesse moldave et le pria de la recommander aux soins de l'impératrice en personne. Les malheurs de la princesse tombée aux mains des infidèles touchaient le guerrier; il la prit sous sa protection particulière, et l'envoya, sous la garde d'un officier vieux et blessé, à Pétersbourg, après avoir écrit à l'impératrice sa romanesque histoire.
A cette époque, à la cour et parmi les grands, la fantaisie pour les petits Kalmoucks était aussi grande que quelques années plus tôt elle l'était pour les fous, les bouffons et tous les conteurs des autres sortes. On s'emparait avec avidité des enfants de la race asiatique, comme s'il s'agissait d'un chien ou d'un cheval précieux, et plus d'un mari eût souffert de la froideur de sa moitié, s'il ne lui eût fait présent à la nouvelle année d'un petit monstre oriental. On s'amusait à les faire passer dans le sein de la religion chrétienne; on les gâtait, on les couchait avec soi, comme on eût fait d'un ouistiti, d'un king-charles ou d'une perruche, après quoi on les poussait : an en faisait des officiers, ou si c'étaient de jeunes filles, on les donnait pour femme à des hommes d'épée. en les dotant parfois au détriment de ses propres enfants.
Jugez par là de l'effet que produisit à Pétersbourg l'arrivée de Mariolizza : sa vie, ses antécédents romanesques, sa beauté, sa naissance, tournèrent la tôle a
toute îa ville, au point que plus d'une grande dame, si elle l'eût vue, aurait volontiers donné la moitié de sa fortune pour s'approprier la princesse moldave. Aujourd'hui on dit avec un dépit concentré :
— Ah! j'enrage, ma chère, de ne pas avoir l'empereur à ma soirée.
Alors on disait avec un soupir mélancolique :
— Comment trouvez-vous cet Allemand Munich qui ne nous envoie qu'une seule princesse moldave? on dit pourtant que les nôtres en ont pris tout un mille, mais selon toute probabilité l'Allemand les a gardés pour sa patrie. Oh ! je le mordrais volontiers 1
L'impératrice était enchantée de Mariolizza; elle la piaça tout auprès de sa chambre, avec les demoiselles d'honneur, lui fit faire un costume demi-oriental, demi slave, et lui choisit pour précepteur de langue russe le fameux poëte Vasily Kyrylovith Trétiakowsky, attaché à l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg.
Bon Dieu I qu'il était savant, ce digne poëte, et quelle langue ne connaissait-il pasl
Il écrivait les vers français mieux encore que les vers russes. Le Télémaque de Fénelon rejaillit de son cerveau sous la forme de la célèbre Télémaquide, renforcée de caractères grecs, latins, hébreux, et ainsi de suite.
Comme en deux coups un buveur aguerri vide une cnoppe. en deux coups il vida le génie de Rollin, son maître. En ce qui concernait Mariolizza. il dut lui enseigner la langue russe par le moyen de la langue française. Douée de moyens extraordinaires, et poussée à la science par cette force intérieure qui crée des miracles, il ne fallut à Mariolizza que quelques mois pour parler librement la langue russe.
Mariolizza eut à peine le temps de se reconnaître au milieu de cette nouvelle position et de cette nouvelle existence qui n'avait aucun rapport avec celle qu'elle menait au harem du pacha, que sa beauté eut déjà le pouvoir d'attirer toute une légion d'adorateurs. Les flatteries des hommes, leurs attentions serviles, la poursuivaient au point qu'elles finirent par lui être à charge : les vieilles femmes qui n'avaient pas de filles ne se lassaient pas de l'admirer et de le lui dire; les jeunes à tout bout de champ l'assuraient qu'elles perdaient la tête pour elle, faisaient semblant de l'adorer, mais l'enviaient au fond.
Deux ans avant son arrivée à Pétersbourg, la guerre n'étant pas encore commencée, et au moment où les deux gouvernements avaient déjà entamé des pourparlers politiques, le vieux pacha, son tuteur, aimait à répéter en liant que si Mariolizza ne l'aimait point, il la don erait volontiers à l'ambassadeur russe, c'est-a-
dire à Wolinski, dont la réputation était parvenue jusqu'en Turquie.
— Est-il jeune? est-il beau? demandait de son côté en plaisantant Mariolizza.
Par un concours étrange de circonstances, quand Mariolizza arriva à Pétersbourg, elle logea au palais, et ce fut ce même Wolinski qui le premier entre les courtisans vint la féliciter de son arrivée.
Voir un homme beau, bien fait, avec des yeux qui remuaient le fond de l'âme et troublaient toutes les pensées du cœvv, un homme aux yeux noirs et perçants, aux cheveux noirs tombant librement sur les épaules. — Wolinski ne portait jamais de poudre, — et faire la comparaison de cet homme avec un vieux pacha à barbe de bouc, ou bien avec un eunuque éthiopien, fut l'affaire d'un instant pour Mariolizza, et cette comparaison ne fut pas, comme on le comprend bien, à l'avantage de ces deux derniers.
Le ministre ne connaissait aucune langue étrangère. Il avait près de lui, pour traducteur, un homme dont le parallèle ne pouvait que lui donner un nouveau relief.
C'était le poëte TnHiakowsky.
Une face ronde comme une sphère, bleuâtre et veinée, étranglée par une cravate crasseuse, sur laquelle reposait un menton à deux étages ; une verrue sur la
joue gauche, une physionomie grotesquement grave, un front bombé, luisant, encadré d'une perruque à mortier, qui était toujours grassement poudrée, tel était le portrait du poëte.
Chaque fois que Mariolizza le regardait, elle secouait tristement la tète.
— C'est dommage, se disait-elle, que ce soit ce laid personnage, et non pas cet homme charmant qui ait à s'expliquer avec moi.
Et elle soupirait.
Quant à Wolinski, il n'avait pas le temps de faire de grands frais de discours ; entraîné par les beautés surhumaines de la jeune Moldave, il employait le temps à faire parler ses yeux, bien plutôt que son traducteur; et il avait raison, car il arriva plus facilement ainsi à faire entrer des sentiments inconnus dans le cœur de la jeune fille : elle voulut nécessairement demander le nom de celui qui lui était envoyé par l'impératrice; mais au nom seul de Wolinski la princesse faillit perdre la tête. Ce fatalisme dont elle s'était pénétrée dès son enfance lui dit que c'était celui-là même qui lui était prédestiné par la Providence, et vers lequel elle était amenée tout exprès de son pays, et qui devait devenir son maître et son soutien.
Ajoutez à cela une âme éminemment remplie de passions méridionales, une imagination ardente, un sang
bouillant : tout ce volcanisme humain d'un côté; de l'autre, une grâce insinuante, un esprit plein de naïveté, de la passion dans chaque mouvement du corps et dans chaque intonation de la voix, et la recette de l'amour est faite. Le petit médecin aux boucles blondes,, aux ailes dorées derrière les épaules, venant au secours de deux pareils malades et venant à eux le plus souvent possible, et chaque fois après avoir taillé proprement une des plumes de ses ailes, leur écrivant la recette suivante : — Allez toujours en avant et doublez la dose, eut bientôt achevé non pas la cure, mais augmenté la maladie, dont ni l'un ni l'autre ne voulut plus guérir.
Wolinski prit enfin congé de la princesse Moldave; mais tout le long de la route il ne vit plus que deux grands yeux brillants qui le poursuivaient partout; partout il rencontrait des lèvres vermeilles, et il eut donné beaucoup pour être changé en abeille afin de pouvoir se poser entre elles, et y mourir.
Chemin faisant, Trétiakowski l'obsédait de questions, mais chaque fois Wolinski, ou bien répondait de travers, ou bien ne répondait pas du tout. Il laissa donc courir librement son imagination et oublia la politique, la cour, Biren, ses amis et même jusqu'à sa femme,
Bientôt tout se concentra en deux mots :
Lui et elle.
Les entraves, Wolinski n'y pensait pas : il avait l'habitude de les surmonter. Ces entraves, d'ailleurs, ne pouvaient venir du côté de Mariolizza, jeune, inexpérimentée, élevée pour le harem, avec des yeux trahissant des vices, où roulait non pas du sang, mais du feu Quel obstacle pourrait-elle opposer à un amour qu'elle partageait?
— Ma femme, ajoutait-il, sera longtemps encore à Moscou; il y a moyen de l'y retenir.
Puis tout à coup une pensée, pensée sombre, coupa- Ole, criminelle, traversait ses esprits.
Si elle mourait, murmurait-il, le reste regarderait mon expérience; la jeune fille peut faire semblant de m'aimer. mais aussi elle peut m'aimer véritablement.
Ainsi donc voici la princesse Lehemiko installée au palais.
Mariolizza sortait partout avec l'impératrice, et partout rencontrait Wolinski. Bientôt, de son côté, elle ne vit plus que lui seul; tous les jeunes gens lui parurent des poupées, des perroquets, des êtres sans âme. Au commencement il ne put que lui parler du regard, mais à chaque rencontre ses regards lui bou eversaient l'âme au point qu'elle semblait prêle à s'élancer de son corps; souvent il dansait avec elle. Mariolizza, vous le voyez, s'était faite rapidement aux coutumes européennes. La pression de la main de Wolinski pénétrait déjà, par un
poison subtil, tout l'être de la jeune fille; un sentiment inconnu pour elle s'infiltrait jusque dans la moelle de ses os; eî quand, effrayée de ces sensations nouvelles, elle voulait retirer sa main, elle n'en avait plus la force. Le jour suivant, la main de Mariolizza répondit à la pression de la main de Wolinski, et il lui parut qu'à cet instant le ciel s'ouvrait devant elle.
Epoque délicieuse, printemps de l'amour! époque qu'ils n'oublieront ni dans les voluptés ni dans les douleurs de la passion 1
De retour dans sa chambre, Mariolizza se sentit toute de flamme, et s'endormit au bruissemeat des aiies des anges.
A en juger par les tabatières et les bagues qui, à chaque instant, passaient des mains de Wolinski dans celles du maître d'éloquence, il était facile de voir que ce dernier seconuait les désirs au ministie et agissait d'après ses instructions. Les premiers mots qui furent enseignés à la jeune princesse furent ceux-ci :
— Ami, je t'aime !
Et comme elle les disait bien ces mots t
Trétiakowsky lui-même en l'écoutant se grattait le crâne comme s'il y sentait un charbon ardent. Bien entendu qu'il avait été expressément défendu au précepteur de laisser même soupçonner à Mariolizza que Wolinski fût marié.
Cet ordre fut sacré pour Trétiakowsky.
Il était, d'un autre côté, impossible que cette idée vînt à Mariolizza, que l'homme qu'elle aimait pût avoir des liaisons indestructibles, qu'il la trompait enfin.
Elie ne cessait de parler de lui à Trétiakowsky, mais, toutefois, en le suppliant de ne pas répéter une seule de ses paroles à Wolinski.
Le maître promettait, mais ne tenait sa parole que jusqu'au moment où il rencontrait son protecteur.
Bientôt elle fut en état de comprendre elle-même les expressions d'Artémy Pétrowitz, expressions d'autant plus dangereuses, qu'elles étaient aussi neuves pour elle que l'amour même.
Il est facile de deviner que l'amour, entouré de circonstances si propices, court avec la rapidité du feu sur une traînée de poudre.
C'était le fatalisme qui avait arrangé tout cela.