‹ La maison de glaceChapitre 10 sur 35 · II · texte numérisé non relu

II

vorce, tout espoir n'est pas perdu!... Enlin... ce qui sera sera !

Néanmoins, dans l'enivrement de la passion, de l'es» pérance, tout cela était plus aisé à dire qu'à faire. A toutes ces réflexions viennent se joindre en son âme les vils calculs de son égoïsme. Le grand, le noble Wolinski ne se reconnaît plus en lui : son amour, sa folie entourent d'un tissu de ruses son esprit et son cœur.

Hélas! il était homme! Mettez en rapport avec les séductions qu'offre une aussi admirable créature que Mariolizza toutes les faiblesses d'un homme, et dites ce que vous eussiez fait à la place de Wolinski?

Use décida à écrire à la princesse; mais par qui faire parvenir la lettre? comment éviter d'ajouter une nouvelle imprudence à toutes celles qui ont compromis le bonheur de Mariolizza? La vieille bohémienne était si adroite à s'acquitter de ces messages? Mais après ce qui s'était passé, il n'y avait plus à espérer qu'elle se chargeât de ces commission?. Étrange, énigmatique créature, qui ressemblait si fort à la princesse, qui s'agitait pour le repos et le bonheur de la jeune fille plus que si c'eût été sa propriété !

Combien cette bohémienne fait payer cher à Wolinski son amour criminel I Quelle conscience infatigable est pour lui cette femme, qu'il voit partout! Entrel-il au palais, la bohémienne, debout sur le seuil,

hoche ]a tête et lui montre du doigt le ciel. A sa sortie, il est sûr de la retrouver à la même place, de voir le même geste.

Et pourquoi ne se débarasserait-il point d'elle? N'at-il pas assez d'autorité, lui, ministre? De quel droit cette femme vient-elle lui rappeler ses devoirs?...

Mais par quels moyens faire parvenir cette lettre? Il est invité à assister à la naissance du chevreau, c'est au palais. Il profitera de cette occasion pour entrer chez l'impératrice lui annoncer que tout est prêt pour le mariage de Koulkowsky, et demander que Sa Majesté veuille bien fixer le jour de la cérémonie.

Peut-être apercevra-t il Mariolizza, peut-être pourrat-il lui remettre sa lettre.

— Mes chevaux 1 crie Wolinski, et aussitôt la voiture s'avance en faisant craquer la neige. Il va se rendre au palais, mais au même instant entre chez lui l'amical triumvirat, accompagné du petit Zouda.

Peroquine déclare qu'aucune force humaine, pas même un ordre de l'impératrice, ne saurait le faire aller à l'accouchement de la chèvre.

Chtchourkoff est ému, il pense avec regret à sa calotte rouge, à sa large veste, à ses quatre chiens polonais.au monotone Ivan, à sa douce paresse, à toutes les occupations de sa petite sphère, qui remplacent si complètement pour lui les événements du vaste globe.

Le comte Soumine-Koupchine déclare qu'il se rendra à l'invitation, mais il jure de dévoiler à l'impératrice toute l'humiliation qu'on éprouve à voir un favori tenir le trône de Russie par une chaîne d'apparence bouffonne, mais qui n'est au fond qu'une chaîne de forçat.

Les amis se rendent immédiatement à la juste fermeté de cette résolution, et promettent de partager avec lui les dangers et l'honneur de cette journée.

Au moment ou Wolinski entre au palais, il trouve l'impératrice sortant des petits appartements. Biren lui donne la main avec l'air de la plus infime servilité.

— Attendez, dît Sa Majesté faisant quelques pas en arrière, je veux bénir ma Lehemiko, afin de la préserver du mauvais œil K

Dans l'embrasure d'une porte, lui servant de cadre, on voyait de loin la pâle mais toujours splendide fille d'Orient. Je ne sais si nous avons déjà dit que l'impératrice trouvait un plaisir particulier à l'habiller presque chaque jour suivant ses caprices; sur elle, comme sur une poupée, elle essayait des costumes de toutes nations; parfois sa fantaisie allait jusqu'à lui en mettre plusieurs ensemble. Elle aimait beaucoup à jouer avec les longs cheveux noirs de la jeune fille;

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