‹ La maison de glaceChapitre 20 sur 35 · ENTRE DEUX FEUX · texte numérisé non relu

ENTRE DEUX FEUX

Wolinski revient chez lui, l'enfer dans le cœur; son regard est sauvage, sa physionomie porte l'empreinte d'une conscience bourrelée, toute sa personne dénote un grand trouble. Ainsi que d'habitude, les gens de son service viennent à sa rencontre. Leur vue lui est odieuse, chacun lui paraît vouloir lire ce qui se passe dans son âme.

— Allez au diable I leur crie-t-il d'une voix emportée.

Et tous s'éloignent effrayés, ne sachant comment interpréter l'humeur singulière du maître.

On ne connaissait pas encore à cette époque l'appartement de monsieur et l'apparfemcnt de madame, tout était commun au logis entre mari et femme.

Craignant de rencontrer Nathalie, Wolinski n'use aller plus loin et reste dans la grande salle. Tantôt il l'arpente d'un pas lourd, indécis, comme succombant sous le fardeau de sa conscience ; tantôt il s'arrête brusquement et reste pendant quelques instants immobile comme un pilier. Il voudrait fuir sa maison, sa famille, le monde entier, se retirer dans un bois profond, dans un couvent; il voudrait se cacher sous terre; la tache de sang le poursuit; tous les objets blancs que son œil rencontre lui semblent teints de ce signe fatal.

Nathalie Andrewna, apprenant le retour de son mari, accourt vers lui. Il accueille froidement ses caresses; à toutes les questions dictées par une tendresse prévenante, il répond d'une voix brève, presque irritée. La pensée d'un malheur inquiète la jeune femme, elle le supplie de s'expliquer. Il se dit malade, hypocondre: mais les larmes qui brillent dans les yeux de Nathalie trouvent enfin le chemin de son cœur.

— C'est assez d'une victime! pense-t-il : celle-ci doit-elle encore payer de sa vie son amour pour moi?

Il tâche de la rassurer, remmène dans son cabinet, l'embrasse et s'efforce de s'oublier dans ses caresses. La bonne et douce créature se réjouit de sa victoire et cherche à l'affermir par toutes les démonstrations de son amour. Ce n'est plus la timide affection de l'épouse à laquelle Wolinski reprochait jadis sa froideur; c'est une maîtresse passionnée prodiguant sa tendresse; elle pleure, elle rit, dans les transports de son amour. Mais qu'a-t-elle tout à coup ?... Elle se dérobe brusquement à lui, comme si Satan l'avait mordue, elle frissonne comme sous l'attouchement d'un fer glacé.

L'imprudent! au milieu des élans de l'amour, s'oubliant, il avait dit : « Chère Mario... » et ses lèvres, ne terminant point le nom commencé, étaient devenues froides, ses cheveux s'étaient hérissés.

— Pourquoi, monsieur, vous êtes-vous arrêté ? dit Nathalie avec un éclat de rire qu'elle ne put soutenir, car la jalousie l'étouffait.

Artemy-PetroAvitz l'entoura fortement de ses bras, comme d'un cercle qui devait l'empêcher de s'échapper; il lui baisa les mains, implora son regard; mais ^le s'arracha de son étreinte et le repoussant ;

^ Arriére, arrière ! homme indigne et trompeur t dit-elle en sanglotant. Ainsi voilà donc votre amour t Voilà donc le trésor que je n'aurais pas échangé pour

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toutes les richesses du inonde ; voilà sa valeur !... Admirable amour ! Pendant que vous m'embrassez et que je me crois aussi heureuse que peut l'être une créature de Dieu, vous avez dans l'esprit et dans le cœur voire Moldave.

Je n'ai été qu'une poupée, un morceau de bois sur lequel il vous plaît de faire des répétitions de votre passion pour la divine Mariolizza. Non, cela ne sera plus, je ne m'exposerai plus désormais à une semblable humiliation Ainsi voilà le motif de ce grand chagrin ! Pourquoi m'avoir trompée? N'était-il pas plus simple de me dire : « Tu m'es devenue indifférente , j'aime ma Moldave, personne autre ne peut avoir mon amour. »

J'eusse préféré cela! répétez-le-moi encore, et

quittons-nous, séparons-nous. Je puis vivre sans amour. Dieu sera avec moi, le Dieu sauveur que vous avez oublié!...

L'infortunée jeune femme sanglotait et se tordait les mains. Dans le feu de la jalousie, elle disait des choses qu'elle n'aurait jamais eu le courage d'accomplir

Artemy-Peirowitz tomba à ses genoux, l'assura que ce n'était qu'une épreuve qu'il avait tentée, lui jura qu'il n'aimait et n'aimerait jamais qu'elle; que quant à Mariolizza, il n'avait pour elle qu'un sentiment de compassion.

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