ÉPILOGUE
Que les anges te guident dans toutei tes voies.
Anne Ivanowna survécut peu de temps à ces derniers événements. Sa mort mit fin au règne de Biren.
Qui n'a entendu parler de cette nuit où le favori fut tiré du splendide lit de son palais, traîné par les cheveux et emmené en Sibérie, sur une route encombrée des milliers de ses victimes? Qui ne se souvient de sa femme, celte hautaine et orgueilleuse duchesse, abandonnée aux insultes des soldats, qui l'entraînaient à travers la neige, dans le plus léger déshabillé?
Comme en cet instant elle aurait échangé avec joie
ses précieuses pierreries contre un manteau qui couvrît sa nudité î
Une charmante et gracieuse figure féminine -^pparutsur les marches du trône, mais y trébucha aussitôt. Anna Leopoldowna n'étair pas née pour diriger un empire; elle ne pouvait tenir que le sceptre de la mignardise et de l'amour.
La Russie attendait sa vraie impératrice, la fille de Pierre le Grand.
— Rappelez-vous de qui je suis fille! dit Elisabeth à une poignée de Russes qui, l'acclamant du nom de mère^ surent en une nuit lui tresser la couronne qu'une ténébreuse et avide politique lui avait injustement enlevée.
Que ne pouvait tenter une souveraine élue par le peuple? Elle brisa les chaînes, pansa les blessures, rompit le noir cachet par lequel cœurs et lèvres étaient scellés. Elle donna une victorieuse impulsion aux sciences, en posant la pierre fondamentale de ce temple * qui n'a cessé de contribuer puissamment aux progrès de la Russie.
Nous ne devons point oublier non plus qu'une princesse allemande nous a donné l'exemple du pouvoir qu'obtient la popularité sur le cœur des Russes, et sj