RÉCIT DE LA BOHÉMIENNE
Pour satisfaire la curiosité de mes leateurs, je ne remonterai pas jusqu'à l'arbre de la science du bien et du mal, mais seulement jusqu'à l'arbre généalogique orné d'une branche du nom de minna. Je m'empresse de commencer. Màrlynsky.
Pendant plusieurs jours consécutifs, l'infortunée Marioulla tenta, mais en vain, de parvenir jusqu'à la princesse Lehemiko.
Même durant les heures de la nuit glaciale, elle se postait en sentinelle devant le palais, essayant d'entrevoir, ne fût-ce qu'à travers une fenêtre, le visage de sa fille chérie, qui, hélas! n'était par aucun instinct attirée vers le cœur de sa mère; enfin la bohémienne apprit que la princesse avait été souffrante, qu'elle était rétablie, et que sa faveur continuait auprès de l'impératrice, ce qui lui apporta un peu de tranquillité. On se
préparait au mariage de Koulkowski, pour lequel les bohémiens avaient été commandés pour égayer plus de trois cents invités.
Le compagnon de Marioulla, Basile le vétérinaire, continuait le trafic des chevaux, mettant des dénis à ceux qui n'en avaient plus, rendant la vue aux aveugles, et faisant d'une vieille rosse un jeune cheval, tâchant de recevoir le plus d'argent et d'en donner le moins possible.
Au milieu de ces occupations qui sont inhérentes au sang des bohémiens, et qu'ils n'abandonneraient pas pour tout l'or du monde, Basile n'oubliait nullement sa compagne, objet constant de sa sollicitude. Lorsqu'il apprit le récent chagrin qui l'avait frappée, il s'ingénia à lui créer une série de nouvelles espérances.
Pourquoi Wolinski ne divorcerait-il pas, puisqu'il n'aimait plus sa femme? Cela s'était déjà vu dans la sainte Russie.
Nathalie Andrewna était malade; il se pourrait, pour le bonheur de Marioulla, qu'elle vînt à mourir!
L'impératrice ordonnerait peut-être à Wolinski d'épouser la princesse, qui l'aimait tant !
Et au fait, pourquoi Marioulla ne trouverait-elle pas l'occasion de remettre à l'impératrice une -supplique qui dirait qu'après avoir promis d'épouser une jeune fille vivant sous Taile protectiùce de Sa Majesté, Wo-
linski avait nié à la pauvre bohémienne cette promesse d'alliance et avait trompé tout le monde?
— Ne t'afflige pas, ma chère Marioulla, continua Basile; détourne tes regards du passé; regarde plutôt vers l'avenir. Il est vrai que la vieille jument hargneuse est toujours moins promple à se réveiller que le jeune cheval fringant ! Mais, afin de conduire plus sûrement l'affaire, raconte-moi tout, à partir de l'époque la plus lointaine, dusses-tu commencer au cheval fabuleux qui sait tout, et à la construction de Moskou, la ville aux pierres blanches. En un mot, apprends-moi comment ta fille est devenue princesse.
Les consolations de Basile ramenaient des lueurs d'espérance dans le cœur de Marioulla, et y renouvelaient la vie. La bohémienne berçait ses espérances, les caressait, les cajolait avec le soin d'un enfant pour sa poupée favorite. Elle ne pouvait donc refuser à celui qui les faisait naître le récit qu'il attendait.
La chambre où ils se trouvaient était triste comme une prison; une chandelle l'éclairait faiblement; sur les murs, noircis par l'humidité, deux narlis \ servant tour à tour de lits ou de divans, étaient appendus.
S'assurant par un coup d'œil du côté de la porte, que