III. LR PASSAGE DU NOnD-OUEST
Depuis k» première découverte de l'Amérique que Christophe Colomb trouva en cherchant une route plus courte pour aller aux Indes Orientales, les maîtres de l'Occident ne se donnèrent ni pai.t ni trêve dans leurs efforts pour découvrir un passage qui abrégeât le chemin. Pour se rendre, aux Indes d'abord, puis plus tard à la Chine et au Japon, il était indispensable de côtoyer l'Afrique dans toute sa longueur, depuis le pied de l'Atlas jusqu'à la pointe méridionale terminée par le cap de Bonne-Espérance , puis de remonter vers le nord, à l'est de ce continent, et de se diriger en droite ligne du canal de Mozambique vers les contrées orientales. De telle sorte que, grâce à mille difficultés, aux périls, aux maladies, aux longs calmes plats, à la fortune adverse, à l'Océan immense, le terme le plus court de la navigation était de neuf ou dix mois pour arriver à Goa, de quinze pour débarquer à Malaga, et souvent de vingt-deux pour jeter l'ancre à Canton ou à Nangasaki, avec ce qui restait des passagers, car la dyssenterie, le scorbut et les maladies de peau en avaient enlevé au moms un tiers.
Mcigellan chercha le passage occidental en reconnaissant
LE PASSAGE DU NOnD-OUI-ST.
fous les fleuves d'Amérique juscju'au cap Ilorn et au détroit qui porte son nom ; puis naviguant dans l'Oréan Pacifique, il passa à la Chine et au Japon. Mais cette voie était d'une longueur extrême, et traversait des archipels dont les basfonds hérissés d'écueils et les îles peu espacées, offraient mille difficultés. Que faire? Renoncer à l'entreprise et à l'espérance? Non. On pensa et l'on dit que peut-être, vers le nord, on trouverait uu chemin plus court pour aller de l'Océan Atlantique à la mer pacifique : soit en poussant jusqu'au pôle et redescendant dans l'autre hémisphère, soit en découvrant à l'ouest un passage qui donnât issue dans la mer Pacifique, soit enfin en longeant la Sibérie à l'est, et revenant au midi par cette mer.
Les deux 6a6o^a, Vénitiens, furent envoyés par Henri VII, roi d'Angleterre, pour mettre à exécution ces idées hardies. Ils parvinrent, en passant entre l'Amérique et le Groenland, jusqu'au Labrador, où ils trouvèrent quantité d'ours blancs et les bandes innombrables de morues qui se plaisent dans ces eaux si froides. Mais ils ne purent aller plus loin à cause des glaces flottantes qui menaçaient de submerger leur vaisseau. Plusieurs autres après eux tentèrent la même entreprise audacieuse; entre autres Martin Fro6i5fterqui, sous les auspices du comte de Warwick, partit de Greenwick au mois de juin 1576, s'éleva au milieu des brumes et des glaces jusqu'au soixante-huitième degré de latitude nord et pénétra dans un large bras de mer qui fut appelé, à cause de lui, baie de Frobislier. Plus tard (en 1585) John Davis affronta les mêmes périls, et son intrépidité le conduisit jusqu'au détroit qui porte son nom, et au delà duquel l'Océan se déploie dans son immensité jusqu'au pôle.
En 1G10, Henri Hudson découvrit le détroit et la baie auxquels il donna son nom; de même qu'en 1616, le fameux Baffin, parvenu jusqu'au soixante-dix-septième degré do latitude nord, appela Baie de Bafjîn la grande mer circulaire où il s'était arrêté. Mais aucun do ces vaillauls navigateurs ne
r.r '«AssAcr. nu NORn-nrrsT.
put revenir h l'occident p;ir le passage tant désiré ; et tous ceux qui tentèrent l'aventure dans toute la durée du dixseptième siècle ne furent pas plus heureux. L'échec fut le mèini^ pour ceux qui. doublant le cap Nord à l'exlrémité de la Norwége et se dirigeant à l'Est, côtoyèrent les rivages glacés de la Laponie et de la Sibérie. Barentz découvrit l'Ile ôepientrionale du Spitzberg dont l'extrémité entame le cercle polyire ; la découverte de la Nouvelle-Zemble avait précédé de beaucoup ; puis on reconnut les bouches de \'Oby, du Yénisseï, de la Lena, de l^Oit^kma, du Jarna jusqu'à l'Indigirka dans la partie la plus orientale de la mer Glaciale . mais arrivés dans certains parage.^ dangereux, les navigateurs, s'ils n'étaient point broyés par les glaces, se voyfiient forcés do rebrousser chemin avec leurs navires avariés
Le dix-huitième siècle est plein des témérités au-dessus de toute louante des marins andais, danois, russes, américains et hollandais qui essayèrent de passer de l'Océan Atlantique au Pacifique, ou vice versa. On leur doit de grandes découvertes, surtout par mer, à MihUeton, Fox, Moor et Smith ; par terre, à Heariie et Mnksnzie qui parvinrent jusqu'aux rivages américains qui bordent la mer Glaciale, en descendant, a travers mille obstacles, le fleuve de Coppermine, et celui des Montagnes, qui depuis fut appelé Makenzie. Behring, plus aventureux, s étant avancé dans l'Océan Pacifique au delà du soixante-cinquième degré, y découvrit le détroit qui porto son nom et va de cet océan à la mer Arctique, en séparant l'Amérique de l'Asie. Plus récemment, Cook, Clarck, Yiiong, Meakes et Varicouver enrichirent la géographie des mers et des terres polaires , mais le passsage tant désiré et toujours espéré ne fat jamais trouvé.
Les premières années du dix-neuvième siècle s'écoulèrent en proie aux révolutions et aux guerres incessantes, dans ce bouleversement général, il n'y avait point de place pour les nobles spéculations de la science, pour les arts et l'étude dont