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ville, mais sans la doubler , et en suivre les côtes occidentales dites des Champs azurés , revenir au contraire au méridien du cap Wnlker au quatre-vingt-dix-huitième degré de longitude; et de là, filer, si faire se pouvait, vers le midi, jusqu'à ce qu'il se trouvât en pleine mer , et pût gagner le détroit de Behring et en sortir dans l'Océan Pacifique. Si, par malheur, il se voyait barrer le chemin par quelque énorme banc de glace qu'il ne pût venir à bout de rompre, il lui faudrait alors se diriger au nord par le canal de Wellington, s'approcher le plus possible du pôle, et s'il trouvait la mer libre, l'atteindre et redescendre au Sud-Ouest, ce qui devait indubitablement le mener au détroit de Behring.
Muni de ces instructions, sir John Franklin, ayant fait ses adieux à sa femme et à sa fille, pris congé de ses amis et salué la patrie qu'il ne devait plus revoir, sortit de la Tamise par un vent favorable, le 19 mai 1845, au milieu des ovations et des prédictions heureuses de ses admirateurs. Il emmenait avec lui un navire de charge, le Barretfo Junior commandé par le lieutenant Grifsith, qui portait des vivres et devait naviguer de conserve avec YErèbe et la Terreur jusqu'aux barres de glace, où il devait s'arrêter et répartir ses abondants approvisionnements entre les deux bâtiments.
Le 1*' juillet, après avoir doublé heureusement le cap Faruivell au Groenland, sir Franklin atteignit l'ile de Whalefish près de la terre de Disco, du côté oriental du détroit de Davis. Là. ayant amené ses vaisseaux dans un port sûr, il fit décharger le Barretto et recharger sa cargaison sur XErèbe et la Terreur; il remit ses dépêches pour Londres au lieutenant Grifsith, lui recommandant de transmettre ses souvenirs à tous ses amis et de les exciter à l'espérance de voir enfin résolu le grand problème du passage du nord-ouest. Par une lettre adressée à son ami et ancien camarade le colonel Sabine, le 9 juillet 1845, il priait celui-ci de consoler sa femme de son absence; et il lui disait que si les glaces l'empêchaient la première année de poursuivre sa route, il était absolument
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résolu de ne pas laisser son œuvre inachevée, dût-il y employer une seconde année et peut-être même une troi.sième. Fra)2A7inaynnt quitté l'île de Whaleflsh, s'avança bravement vers le pôle à travers les glaces : le 26 juillet, il fut rencontré au soixante-quatorzième degré de latitude nord, par le navire baleinier le Prince de Galles, capitaine Danett, qui trouva YErèbe et la Terreur attachés par leurs grappins à une énorme masne flottante, et attendant l'occasion de franchir les innombrables montagnes de glace qui remplissaient la baie de Baffin, et d'entrer dans le détroit de Lancastre dont ils n'étaient plus qu'à 220 milles. Daiiett rapporta à Londres de bonnes nouvelles désir Franklin, du capitaine Crozier et de tout l'équipage qui était sain, vigoureux, gai et plein d'espérance. Ces nouvelles furent malheureusement les dernières que l'on reçut en Europe des deux vaisseaux, et de tant de braves marins qui les montaient.
Cependant, l'année 1845 s'acheva sans que l'on apprît rien des voyageurs, la suivante s'écoula tout entière. Ce silence était à Londres le sujet de tous les entretiens et de toutes les conjectures. Est-il possible, disait-on, que sir Franklin n'ait point rencontré un seul des baleiniers américains, anglais, danois ou russes qui sillonnent ces mers boréales, et dont les matelots sont aussi à leur aise au milieu des glaces que dans leur chambre? Il était convenu entre lui et les lords de l'Amirauté, qu'il ne perdrait aucune occasion d'envoyer ses dépêches à Londres, que sur chaque plage où il aborderait , il élèverait une sorte de monument ou pyramide et qu'il y déposerait des tubes de plomb renfermant des parchemins sur lesquels il aurait écrit les principales circonstances de ses explorations. Ces observations se répétaient sans cesse, mais personne n'avait encore conçu la crainte d'un désastre.
Mais lorsque l'année 1847 se fut passée tout entière sans que l'on entendît parler de l'expédition, le public commença à s'inquiéter et à s'effrayer. Celte préoccupation générale eut son retentissement dans tous les ports où étaient rentrés les
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l>aieiniers revenus cette année de la pêche, et arrivant du cap Hoppner et du cap Parry a l'extrémité du Groenland, et du cap Isabelle au-dessus du golfe de Jones, dans les régions hyperboréennes au delà de la baie de Bafjîn ; du golfe de Kolzdme et du cap Glacé dans les eaux du Pacifique ; enfin de la côte asiatique habitée par les derniers Ciukcis jusqu'au cap Takoka, bien au-delà du détroit de Behring. Dans toutes ces régions comprises entre le soixante-dixième et le quatrevingtiènie degré de latitude, aucun de ces hardis pêcheurs n'avait trouvé le moindre indice indiquant que YErèhe. et la Terreur fussent restés enveloppés par les glaces sur quelque rivage, ou du moins y eussent abordé pour y laisser un monument de leur passage.
L'Europe entière était dans l'anxiété sur le sort de tant d'officiers distingués et d'intrépides marins, et c'étaient des élonnements sans fin qu'en un si long espace de temps, ils n'eussent donné aucune nouvelle ni laissé aucune trace. Enfin, sir John Boss exposa à l'Amirauté que, suivant son opinion, sir Franklin devait avoir enfilé le détroit de Byam et être ressorti à l'ouest en pleine mer, mais que s'étant d'aventure, trop approché des côtes de l'île de Melville, il y avait pu y être jeté et retenu ensuite par les glaces avec ses deux vaisseaux, que ces plages étaient inconnues aux navigateurs européens, aucun d'eux ne s'étant jamais hasardé b les suivre pour descendre au détroit de Behring; qu'il serait donc à propos d'envoyer à leur secours.
L'Amirauté, confiante dans le savoir et l'expérience de Franklin, espérait qu'il surmonterait tous les obstacles et tous les dangers, et croyait chaque jour recevoir l'heureuse nouvelle de son retour. Mais l'année 1847 touchait à sa fin, et l'on n'apprenait rien. On ne pouvait même plus former ni pronostics, ni conjectures. Dans ces circonstances, le premier Lord de l'Amirauté, très-inquiet du baronnet et do ses compagnons, se résolut à envoyer, par différentes voies, plusieurs expéditions à la recherche de ÏEihbe et de la Ter-
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reur; l'une devait explorer les détroits de Lancaslre et de Barroiv ; une autre, passant par le détroit de Behring, examiner toutes les côtes jusqu'au fleuve Makcnzie; une autre encore descendre sur ce même fleuve, sur de solides canots, se jeter dans la mer polaire, et se dirigeant a l'est, explorer les plages, les golfes et les pointes du continent américiain, jusqu'aux bouches du Coppermine.
Il faudrait bien avoir du malheur, disait-on à Londres, pour que tant de recherches n'aboutissent pas à la découverlo des vaisseaux, ou de leurs débris, ou de quelque vestige do leurs équipages ! Ces bâtiments étaient-ils des fétus, que la mer ait pu les engloutir sans qu'on en voit surnager un canot, une cage à poules, une planche, un débris quelconque de tout ce qui est de nature à flotter? Et alors même que tout réqui])age eût été noyé, et caché sous un couvercle de glace, ne dégèle-t-il donc jamais, et les cadavres n'auraient-ils pas été jetés sur quelque plage? Ces cadavres ont dû conserver un haillon, une marque, un collet qui les fera reconnaître pour ceux des marms de l'Erèbe ou de la Terreur; les chiens de mer ne les auront pas dévorés tous, depuis les ofliciers jusqu'aux mousses ! On espérait donc que, de la triple expédition, sortirait un éclaircissement définitif.
A la tête de la première on mit le capitaine sir James Ross, avec les deux grands vaisseaux {'Entreprise et \'Invesli(jaleiir, ce dernier commandé par l'intrépide Bird; outre les détroits de Lancastre et de Barroiv, ils devaient explorer chaque anse et chaque crique entre les caps Clarence et Wallcer; puis enfiler le canal de Wellington, en examinant soigneusement toutes les anfracluosités de ces côtes. La seconde expédition, dirigée vers le Pacifique, fut confiée au capitaine Moore auquel on donna aussi deux bâtiments, le Plover elV Herald, et à qui l'on adjoignit le capitaine Kellct. Sir John Bichardson, ami, compagnon et admirateur de Franklin, fut charge de descendre le fleuve Makenzie jusqu'à la mer polaire, et d'en explorer les côtes jusqu'au Coppermine. Le capitaine
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Moore partit le 30 janvier 1848 ; sir James Roos le 12 juin de la même année ; et sir John Richardson avec le docteur Rae le 25 mars, sur YHibernie, bon et robuste bâtiment.
Ces efforts combinés n'eurent d'autre effet que de découvrir la plus grande partie des îles et des terres qui forment le grand archipel boréal, représenté aujourd'hui avec tant d'exactitude par les cartes maritimes; mais il n'en résulta aucune nouvelle de sir Franklin ni des siens. Ross se vit arrêté par les glaces au port Léopold, et ne put aller plus loin; sur ce point où aboutissent tant de canaux et de détroits, il espérait trouver quelque trace de YErèbe et de la Terreur; sachant par expérience que les renards blancs, pressés par la faim, parcourent des distances énormes, il chercha a les prendre vivants au moyen de grandes cages, transformées en pièges ; et lorsqu'il en tenait un, il lui faisait mettre au cou un collier de cuivre où était gravée l'indication de la position du vaisseau et des dépôts de provisions, après quoi on le remettait en liberté, espérant que quelqu'un de ces animaux arriverait par hasard aux lieux où sir Franklin devait être enfermé par les glaces.
Il fallut hiverner sur ces bords glacés; le 15 mai 1849, on tenta de se rendre au cap Walter où sir Franklin avait dû déposer ses rapports maritimes ; mais les moyens employés pour franchir les barrières qui fermaient toute issue, échouèrent tous ; enfin, dans l'espérance d'enfiler ainsi le canal du Prince Régent, sir James Ross s'attacha à un énorme banc flottant qui le remorqua jusqu'au détroit de Lancaslre, et de là, dans la Baie de Daffîn, où il se brisa, et l'expédition revint en Angleterre par l'Atlantique.
La fortune ne fut pas plus favorable au Plover, et à \ Herald ; arrivés à l'embouchure du Makenzie , leurs marins explorèrent les côtes au moyen des embarcations ; puis, prenant la pleine mer, ils découvrirent de nouvelles îles occidentales, et parcoururent plus de mille milles, luttant iocessammenl contre les montagnes flottantes, les bancs de